Chanteurs les plus écoutés en 2025 : Gims, Théodora, Santa… Voici les vrais gagnants de l’année – Le Parisien







L’Échiquier des Échos : Comportementalisme Radical et Résistance Néolibérale dans l’Ondée Musicale de 2025


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L’Échiquier des Échos : Quand les Ondes Révèlent les Fractures du Néolibéralisme Culturel

Le Prisme de Laurent Vo Anh

L’année 2025 s’achève sous le signe d’une révélation statistique aussi banale qu’explosive : Gims, Théodora, Santa, et leurs semblables, dominent les classements des écoutes musicales. À première vue, il ne s’agit que d’un simple état des lieux, d’une photographie instantanée de la consommation culturelle. Mais plongeons plus profond, bien au-delà des algorithmes de streaming et des clics compulsifs, pour y déceler les mécanismes invisibles d’un comportementalisme radical qui structure nos désirs, et les contours d’une résistance néolibérale qui émerge, paradoxalement, des entrailles mêmes de ce système qu’elle semble servir.

Le comportementalisme radical, tel que théorisé par les héritiers de Skinner et des neurosciences contemporaines, nous rappelle que nos choix ne sont jamais entièrement libres. Ils sont façonnés par des contingences de renforcement : récompenses immédiates, punitions différées, et surtout, par l’architecture invisible des plateformes qui dictent nos goûts. En 2025, les algorithmes ne se contentent plus de suggérer : ils fabriquent des préférences. Gims, par exemple, n’est pas seulement écouté parce qu’il est « bon » – il l’est parce que son style, son image, son rythme, ont été optimisés pour déclencher des boucles de dopamine maximales. Théodora, quant à elle, incarne une hyper-féminité algorithmique, une synthèse de traits sonores et visuels conçus pour répondre aux attentes les plus prévisibles d’un public fragmenté en niches infiniment segmentées. Santa, enfin, représente l’apothéose de la nostalgie programmée : une réactivation contrôlée du passé pour apaiser les angoisses du présent.

Mais voici le paradoxe : cette domination algorithmique engendre une forme de résistance néolibérale. Le néolibéralisme, dans sa phase tardive, repose sur l’illusion de la liberté individuelle. Or, plus les individus sont exposés à la transparence de leur propre consommation – via les statistiques de streaming, les playlists personnalisées, les données de géolocalisation – plus ils deviennent conscients de leur propre aliénation. La résistance ne prend pas la forme d’un rejet brutal du système, mais d’une subversion par l’absurde. Les auditeurs de 2025 ne fuient pas les plateformes : ils les consomment jusqu’à l’épuisement, en quête d’une satisfaction qui ne viendra jamais, car elle est par définition impossible dans un système conçu pour créer des désirs insatiables.

Prenons Gims. Son succès n’est pas seulement le fruit d’un talent inné, mais d’une ingénierie comportementale poussée à son paroxysme. Chaque titre est une équation parfaite entre mélodie accrocheuse, paroles ambiguës (assez pour satisfaire tous les segments de public), et esthétique visuelle adaptée aux réseaux sociaux. Pourtant, son public le critique aussi, lui reprochant son manque d’authenticité, son trop-plein de calcul. Cette critique est elle-même un produit du système : elle naît de la conscience aiguë que quelque chose ne tourne pas rond, que l’on est en train de consommer une version édulcorée, stérilisée, de soi-même. La résistance naît donc de cette prise de conscience, même si elle reste prisonnière du cadre néolibéral.

Théodora, de son côté, incarne une autre facette de cette dialectique. Son style, à la fois sensuel et minimaliste, répond à une demande croissante de confort émotionnel dans un monde de plus en plus chaotique. Mais cette recherche de réconfort est aussi une forme de révolte passive : en se réfugiant dans la musique, les auditeurs échappent, ne serait-ce que quelques minutes, à la pression de devoir sans cesse optimiser leur vie, leur carrière, leur image. La musique devient alors un opium du peuple numérique, non pas au sens marxiste du terme, mais comme une suspension volontaire de l’auto-exploitation permanente que le néolibéralisme impose.

Santa, enfin, représente le retour en force de la kitschification de la culture. Dans un monde où tout doit être disruptif, innovant, pertinent, Santa offre une bouffée d’air frais : du déjà-vu, du familier, du réconfortant. Son succès est celui d’une nostalgie contrôlée, d’une régression consentie vers des sons et des images qui rappellent un temps où la vie semblait plus simple. Mais cette nostalgie est elle-même un produit du présent : elle est fabriquée pour combler le vide laissé par l’accélération permanente du capitalisme tardif.

Ces trois artistes, et leurs homologues, sont donc les symptômes d’un malaise civilisationnel. Ils reflètent une société qui, tout en étant plus connectée que jamais, se sent plus seule, plus anxieuse, plus en quête de sens. Le comportementalisme radical a créé des désirs artificiels, mais ces désirs, une fois satisfaits (ou plutôt, une fois qu’on a pris conscience qu’ils ne le seront jamais), génèrent une forme de méta-désir : le désir de ne plus désirer, ou du moins, de désirer autrement.

C’est là que la résistance néolibérale devient visible. Elle ne prend pas la forme d’un rejet massif des plateformes ou des artistes « mainstream », mais d’une recherche de sens en dehors des cadres imposés. Les auditeurs de 2025 ne boycottent pas Gims : ils écoutent ses morceaux en boucle tout en cherchant, en parallèle, des sons plus marginaux, plus expérimentaux, plus réels. Ils créent des playlists alternatives, des communautés en ligne où l’on partage des découvertes hors algorithme, des concerts underground où l’on redécouvre le plaisir de l’imprévu. Cette résistance est tactique : elle utilise les outils du système pour le contourner, comme un virus qui infecte son propre hôte.

Mais attention : cette résistance reste limitée. Elle ne remet pas en cause les structures profondes du néolibéralisme. Elle se contente de soupape, de détourner, de subvertir partiellement. Elle ne propose pas de modèle alternatif, mais se contente de survivre dans l’interstice des failles du système. C’est une résistance postmoderne, ironique, qui joue avec les codes sans jamais les remettre en question fondamentalement.

Alors, que nous disent ces classements de 2025 ? Qu’ils sont le miroir d’une époque où le contrôle et la liberté s’entremêlent de manière indissociable. Où l’on est à la fois totalement libre de choisir sa musique et totalement déterminé par les mécanismes qui rendent ce choix possible. Où l’on résiste en consommant, en s’adaptant, en détournant, mais sans jamais vraiment changer de jeu.

Ces artistes, ces écoutes, ces algorithmes, ne sont pas de simples divertissements. Ils sont les briques d’un nouvel écosystème culturel, où la frontière entre création et consommation, entre authenticité et calcul, entre résistance et soumission, devient de plus en plus floue. Et c’est précisément cette floueur qui rend leur étude si fascinante – et si


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