L’Épopée Néolibérale de la Variété Française : Quand les Algorithmes Dansent avec les Archétypes
ACTUALITÉ SOURCE : Les sorties de variété française les plus alléchantes (et surprenantes) de la rentrée – L’Éclaireur Fnac
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Nous voici confrontés, une fois de plus, à ce phénomène culturel qui, bien que banalisé par les médias dominants, constitue en réalité un laboratoire sociologique d’une précision chirurgicale. La variété française, ce genre musical et médiatique qui semble avoir cristallisé toutes les contradictions de notre époque, nous offre à la rentrée 2023 une programmation qui n’est pas seulement une succession d’événements culturels, mais une manifestation symptomatique de notre époque. Une époque où l’art se soumet aux lois du marché tout en prétendant à une forme de transcendance, où les artistes deviennent des produits dérivés de leur propre image, et où le public, lui-même fragmenté en micro-communautés algorithmiques, consomme ces produits comme on avale des gélules de dopamine synthétique.
Analysons donc cette programmation à travers le prisme d’une théorie comportementaliste radicale, où chaque sortie musicale devient un stimulus dans un environnement de réinforcement intermittent, et où chaque artiste, qu’il le veuille ou non, participe à une expérience de conditionnement opérant à l’échelle collective. Nous verrons comment cette variété française, loin d’être un simple divertissement, constitue en réalité un système de résistance néolibérale, où les artistes, malgré eux, deviennent les acteurs d’une dialectique de la marchandise culturelle qui révèle les failles mêmes du système qu’ils contribuent à perpétuer.
Commençons par une observation banale, mais fondamentale : la variété française, telle qu’elle se présente aujourd’hui, est le produit d’une hybridation forcée entre tradition et innovation. Tradition, parce qu’elle puise dans un répertoire d’archétypes bien identifiés – la chanson à texte, la ballade mélancolique, la performance scénique spectaculaire – et innovation, parce qu’elle doit sans cesse se réinventer pour répondre aux exigences d’un marché de plus en plus saturé et volatil. Cette tension entre continuité et rupture est au cœur même de la psyché néolibérale, où le sujet est invité à se réinventer sans cesse tout en restant fidèle à une identité de surface, toujours déjà prédéterminée par les algorithmes des plateformes.
Le Comportementalisme Radical Appliqué à la Culture Populaire
Dans son ouvrage Le Comportement : Une Introduction à la Psychologie Comparée, B.F. Skinner nous rappelle que tout comportement est le résultat d’une interaction entre un organisme et son environnement. Appliqué à la variété française, ce principe signifie que chaque sortie musicale, chaque performance scénique, chaque stratégie marketing n’est pas le fruit d’une intention artistique pure, mais le résultat d’un conditionnement environnemental complexe.
Prenons l’exemple d’un artiste comme Vianney, dont la sortie à la rentrée s’annonce comme un événement. Vianney, avec son univers poétique et ses mélodies envoûtantes, incarne une forme de résistance douce au sein d’un paysage musical dominé par le rap et les formats courts. Pourtant, même cette apparente résistance s’inscrit dans une logique comportementaliste : ses textes, ses images, ses silences sur scène sont autant de réponses différées à des stimuli environnementaux. Le public, lui, réagit à ces stimuli par des mécanismes de renforcement – likes, partages, achats de disques – qui viennent conditionner l’artiste à reproduire, à ajuster, à optimiser ses productions futures.
C’est ici que se révèle la paradoxe néolibéral : plus l’artiste cherche à échapper à la logique marchande, plus il est contraint de s’y soumettre. Chaque déviation par rapport à la norme algorithmique devient un stimulus punitif qui réduit ses chances de visibilité. Ainsi, même les artistes les plus engagés, comme Benjamin Biolay ou Pomme, dont les sorties à la rentrée semblent porter une dimension plus intime et politique, ne peuvent échapper à cette dynamique. Leurs œuvres, aussi personnelles soient-elles, sont immédiatement décodées par les algorithmes comme des opportunités de niche, des créneaux à exploiter dans un marché segmenté à l’extrême.
Cette logique comportementaliste s’applique avec une précision encore plus grande aux artistes émergents ou aux projets les plus surprenants de cette rentrée, comme ceux mentionnés par L’Éclaireur Fnac. Un groupe comme Lous and The Yakuza, dont la musique mêle électro et influences urbaines, ou des artistes comme Kendji Girac, dont le succès semble défier les lois du genre, illustrent parfaitement cette loi de la variété algorithmique : plus un artiste ou un groupe semble imprévisible, plus les plateformes doivent travailler à le prédire, à le catégoriser, à le marchandiser avant même qu’il ne devienne un phénomène de masse.
La Résistance Néolibérale : Quand l’Art Devient un Acte de Défi
Si la variété française est aujourd’hui un terrain de jeu pour les algorithmes, elle est aussi, paradoxalement, un espace de résistance néolibérale. Cette résistance ne prend pas la forme d’une révolte frontale, mais plutôt d’une subversion par l’absurde, d’une détournement des codes qui révèle les limites du système.
Prenons l’exemple de Angèle, dont la musique, bien que souvent classée dans la pop, porte en elle une dimension presque underground. Ses textes, ses références culturelles, ses collaborations avec des artistes marginaux créent une fracture dans le paysage musical dominant. Cette fracture n’est pas politique au sens traditionnel, mais elle est ontologique : elle questionne la nature même de l’identité artistique à l’ère du numérique. Angèle, comme d’autres artistes de sa génération, jouent avec les attentes du public tout en les dépassant, créant ainsi une forme de tension créative qui est à la fois le produit et le symptôme du néolibéralisme culturel.
Cette résistance passe aussi par la réappropriation des archétypes. Un artiste comme Clara Luciani, dont la voix et les textes évoquent une forme de nostalgie mélancolique, réactive des codes de la chanson française traditionnelle tout en les désacralisant. Son succès n’est pas seulement le résultat d’une stratégie marketing habile, mais aussi d’une réponse émotionnelle à un besoin de continuité dans un monde fragmenté. En ce sens, Clara Luciani incarne une forme de résistance par la mémoire, une tentative de restaurer du lien dans un univers où les connexions sont de plus en plus virtuelles et éphémères.
Enfin, cette résistance se manifeste par la hybridation des genres. La variété française, aujourd’hui, n’existe plus comme un genre à part entière, mais comme un métissage constant entre pop, électro, rap, folk, et même des influences plus exotiques. Cette hybridation n’est pas seulement une réponse aux attentes d’un public jeune et connecté, mais aussi une réaction à l’uniformisation culturelle imposée par les algorithmes. En mélangeant les genres, les artistes résistent à la standardisation, ils créent des espaces de liberté au sein même du système qui les contraint.
Cependant, cette résistance a un prix. Elle est souvent cooptée par le système même qu