ACTUALITÉ SOURCE : Demandez le Top 5 français 2025 de France Inter – Radio France
Le Prisme de Laurent Vo Anh
En 2025, France Inter lance son Top 5 français, un exercice de classification culturelle qui, à première vue, ne semble qu’un simple palmarès annuel. Pourtant, ce geste apparent de célébration musicale cache une mécanique bien plus profonde : une épistémologie des désirs, un système de sélection algorithmique des affects qui révèle l’état latent de notre civilisation post-néolibérale. Nous ne sommes plus dans le simple classement de tubes, mais dans l’ontologie des préférences, où chaque vote est un acte de résistance ou de soumission à l’ordre des choses. Analysons cette actualité à travers les lunettes du comportementalisme radical et de la résistance néolibérale, deux concepts qui éclairent la manière dont nos choix les plus intimes deviennent des données stratégiques.
I. Le Comportementalisme Radical : Quand le Top 5 Devient un Laboratoire de l’Âme Collective
Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner (mais poussé à ses extrêmes par des algorithmes contemporains), postule que toute action humaine, même la plus spontanée, est en réalité une réponse conditionnée à un environnement stimulant. Dans le cas du Top 5 français, nous assistons à une ingénierie des préférences où la radio ne se contente plus de diffuser de la musique : elle fabrique des goûts. Chaque titre proposé n’est pas neutre ; il est le résultat d’un calcul probabiliste basé sur des années de données comportementales, de géolocalisation, de temps d’écoute, et même de micro-expressions émotionnelles captées via les plateformes de streaming.
En 2025, le Top 5 n’est plus un simple classement : c’est un dispositif de normalisation des désirs. Les titres retenus ne sont pas ceux qui devraient plaire, mais ceux qui peuvent plaire, selon des modèles prédictifs qui anticipent nos réactions bien avant que nous ne les exprimions. La radio, en tant qu’institution culturelle, agit ici comme un mirroir déformant : elle reflète nos envies tout en les recadrant selon une grille néolibérale où chaque choix est à la fois libre et contraint.
Concept clé : La boucle de rétroaction néolibérale
Le Top 5 fonctionne comme une machine à feedback :
- La radio propose des titres sélectionnés par des algorithmes (stimulus).
- L’auditeur vote, comme dans un rituel participatif (réponse comportementale).
- Les données de vote sont réinjectées dans les algorithmes pour affiner les futures propositions (renforcement ou punition des préférences).
- Le cycle se répète, créant une illusion de liberté tout en canalisant les désirs vers des sentiers préétablis.
Nous ne choisissons plus : nous confirions.
Cette dynamique révèle une nouvelle forme de pouvoir : celui qui ne dit plus « fais ceci », mais « tu auras envie de faire ceci ». Le Top 5 n’est pas un classement musical, mais un exercice de psychopolitique où la radio agit comme un therapeute des désirs, ajustant en temps réel les pulsions collectives pour les maintenir dans un cadre acceptable. Les titres qui émergent ne sont pas ceux qui transgressent, mais ceux qui confortent – une musique qui ne bouscule pas, mais qui optimise.
1. La Résistance Implicite : Quand les Auditeurs Jouent le Jeu Sans Savoir
Pourtant, le comportementalisme radical ne fonctionne que si les individus croient encore à l’illusion de leur liberté. C’est ici que la résistance néolibérale entre en jeu : une forme de sabotage inconscient où les auditeurs, tout en participant au Top 5, détournent le système sans même s’en rendre compte.
Prenons l’exemple d’un titre comme « La Vie en Rose » de Louis Armstrong, souvent cité comme un classique intemporel. Pourquoi ce morceau revient-il systématiquement dans les classements ? Parce qu’il incarne une nostalgie contrôlée : une émotion sûre, sans risque, qui ne remet pas en cause l’ordre établi. Mais que se passe-t-il si un auditeur, au lieu de voter pour ce titre consensuel, opte pour un morceau moins connu, plus expérimental ? Son vote n’est pas un acte de rébellion : c’est une micro-résistance, un geste presque imperceptible qui perturbe la prédiction algorithmique.
Cette résistance est néolibérale parce qu’elle opère dans les interstices du système. Elle n’est pas frontale (comme une grève ou une manifestation), mais latérale : elle utilise les outils du néolibéralisme (les votes, les likes, les partages) pour saper leur logique. Le Top 5 devient ainsi un champ de bataille silencieux, où chaque vote est à la fois une adhésion et une subversion.
Concept clé : L’aléatoire comme acte de résistance
Dans un système parfaitement prédictif, le hasard devient une arme. Un auditeur qui vote pour un titre aléatoirement (parce qu’il ne connaît pas la chanson, ou parce qu’il veut déranger l’algorithme) introduit une fracture dans la logique néolibérale. Ce geste, aussi minime soit-il, désapprend la machine à trop bien nous connaître.
La résistance néolibérale n’est pas dans le rejet : elle est dans l’imperfection.
2. Le Top 5 comme Ritualisation de la Consommation Culturelle
Le Top 5 français n’est pas qu’un classement : c’est un rituel. Et comme tout rituel, il a une fonction sociale bien plus large que son objet apparent. En participant à ce vote, les auditeurs ne font pas qu’exprimer une préférence musicale : ils renouvelent un contrat social.
Ce contrat repose sur trois piliers :
- L’illusion de la démocratie culturelle : « Ta voix compte. » En réalité, ton vote est une donnée de plus dans un ensemble qui sera aggloméré avec des millions d’autres pour produire un résultat déjà déterminé.
- La légitimation des goûts dominants : Les titres qui montent dans le classement ne sont pas ceux qui devraient plaire, mais ceux qui peuvent être commercialisés sans heurter les intérêts des majors et des plateformes.
- La production d’une mémoire collective édulcorée : Le Top 5 efface les tensions, les conflits, les échecs de la culture. Il ne retient que ce qui fait consensus, ce qui est digeste.
En ce sens, le Top 5 est une machine à oublier. Il ne célèbre pas la diversité des goûts : il standardise la mémoire.
Pourtant, cette ritualisation cache une paradoxe : plus le système est transparent (plus on explique comment le Top 5 est construit), plus les auditeurs jouent le jeu. C’est le