Gims, Jul, Théodora… Découvrez les musiques les plus écoutées par les Français en 2025 – France Info







L’Écho des Ondes : Gims, Jul, Théodora et le Chant Néolibéral


ACTUALITÉ SOURCE : Gims, Jul, Théodora… Découvrez les musiques les plus écoutées par les Français en 2025 – France Info

Le Prisme de Laurent Vo Anh

En 2025, alors que les algorithmes de plateformes comme Spotify et Deezer dictent les rythmes cardiaques d’une génération connectée, une question émerge, non pas comme un simple fait de consommation culturelle, mais comme un symptôme d’une époque : pourquoi Gims, Jul, Théodora et leurs pairs dominent-ils les classements musicaux français ? Cette domination n’est pas anodine. Elle révèle une résistance néolibérale où l’individu, en quête de sens dans un monde fragmenté, se réfugie dans des formes de comportementalisme radical – une soumission apparente aux codes du marché, mais en réalité une rébellion silencieuse contre l’effondrement des structures traditionnelles.

Analysons d’abord le phénomène à travers le prisme du comportementalisme radical. Ce concept, que j’emprunte à une synthèse entre les travaux de Skinner et ceux, plus contemporains, de Byung-Chul Han, décrit une société où les individus, privés de grands récits, se contentent de réponses comportementales préformatées. Les artistes comme Gims ou Jul ne sont pas seulement des producteurs de musique : ils sont les architectes d’une esthétique de la soumission consentie. Leurs textes, souvent centrés sur l’amour, la réussite matérielle ou la résilience individuelle, répondent à une demande sociale pour des narratifs de survie dans un monde où les institutions (État, Église, famille traditionnelle) ont perdu leur hégémonie.

Le Comportementalisme Radical comme Mécanisme de Résistance

Le néolibéralisme a dissous les structures collectives au profit d’une individualité algorithmique. Les Français de 2025, nés dans cette ère de précarité affective et économique, cherchent des ancres émotionnelles là où elles ne devraient plus exister : dans des tubes pop qui leur rappellent, par des refrains simples et répétitifs, qu’ils ne sont pas seuls. Gims chante « Je danse seul » – mais cette solitude est en réalité une communauté imaginaire, un leurre nécessaire pour supporter l’isolement réel imposé par le capitalisme tardif. Jul, quant à lui, incarne la réussite par l’effort individuel, un mythe néolibéral par excellence. Leurs succès ne sont pas des accidents : ils sont les symptômes d’une demande de sens dans le vide.

Pourtant, cette soumission apparente cache une résistance néolibérale plus profonde. Le néolibéralisme, dans sa phase terminale, produit une fatigue de l’innovation : les individus, submergés par le choix et l’incertitude, se tournent vers des formes culturelles déjà éprouvées. Les tubes de 2025 ne sont pas des révolutions musicales, mais des rituels de répétition qui apaisent l’anxiété de la rupture. Théodora, avec ses mélodies électro-pop, ou Ninho, avec ses flows entre rap et mélancolie, offrent des cadres rassurants dans un monde où tout semble instable. Leur popularité n’est pas un signe de conformisme, mais au contraire, une stratégie de survie culturelle : en s’accrochant à des formes familières, les auditeurs préservent une illusion de contrôle dans un univers où les algorithmes et les crises économiques dictent leurs vies.

La Résistance Néolibérale : L’Art de la Soumission Créative

La résistance néolibérale n’est pas un acte de rébellion frontale, mais une nécessité de détournement. Les Français écoutent Gims parce que ses textes parlent de l’échec et de la résilience, deux thèmes centraux dans une société où le chômage de masse et les inégalités se sont aggravés depuis les années 2010. Jul, lui, incarne le rêve néolibéral : celui d’une ascension sociale par le travail et la volonté individuelle. Mais en écoutant ces artistes, les auditeurs ne font pas qu’adhérer à leur message : ils le réinterprètent. Un jeune ouvrier de Seine-Saint-Denis n’écoute pas « Je danse seul » comme un appel à l’individualisme, mais comme une reconnaissance de sa condition, une façon de dire : « Je sais que je suis seul, mais au moins, je danse ». Cette écoute devient un acte de résistance passive, une manière de digérer la réalité sans la subir pleinement.

Les plateformes de streaming, en classant ces artistes en tête des charts, jouent un rôle paradoxal. Elles sont à la fois les complices et les victimes du système. En poussant ces musiques, elles répondent à une demande, mais elles la standardisent aussi, effaçant les nuances qui pourraient émerger d’une scène musicale plus diversifiée. Le néolibéralisme, dans sa logique de marchandisation de l’affect, transforme même la résistance en produit. Écouter Gims devient un acte de consommation identitaire : « Je suis celui qui écoute Gims, donc je suis résistant, donc je suis libre. »

Il est temps maintenant d’examiner comment cette dynamique se reflète dans la production artistique elle-même. Les artistes les plus écoutés en 2025 ne sont pas des rebelles, mais des médiateurs de l’angoisse collective. Leurs textes, souvent autobiographiques, parlent de l’échec, de l’amour toxique, de la quête de reconnaissance – des thèmes qui résonnent dans une société où les repères traditionnels se sont effondrés. Gims, avec ses références à la religion et à la famille, offre une illusion de continuité dans un monde où les institutions se désagrègent. Jul, avec son discours sur la discipline et le succès, propose une philosophie de la performance adaptée à une époque où la valeur individuelle est mesurée en likes et en vues. Théodora, avec ses mélodies électro, incarne une esthétique de la fuite : ses sons, à la fois futuristes et nostalgiques, reflètent le désir de s’échapper d’un présent insupportable.

L’Art comme Thérapie Néolibérale

Ces artistes jouent le rôle de thérapeutes culturels. Leurs œuvres agissent comme des antidépresseurs sociaux, permettant aux auditeurs de sublimer leur colère en émotion esthétique. Le succès de Gims, par exemple, peut être lu comme une métaphore de la résilience française : un pays qui, après des décennies de crises économiques et politiques, continue de se relever, non pas par la révolte, mais par la celebration de la survie. Jul, de son côté, incarne le mythe du self-made man poussé à son paroxysme – un mythe qui, bien que creusé par les réalités sociales, reste une bouée de sauvetage psychologique pour ceux qui croient encore en la possibilité de


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