ACTUALITÉ SOURCE : Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel… le classement des artistes préférés des Français en 2025 – Sortir à Paris
Le Prisme de Laurent Vo Anh
En 2025, alors que le monde vacille entre effondrements écologiques, révoltes algorithmiques et la lente érosion des mythes modernes, un classement des artistes préférés des Français s’affiche comme un miroir déformant de notre époque. Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, et leurs pairs ne sont plus de simples noms gravés dans la mémoire collective : ils sont devenus des objets transitionnels dans le sens winnicottien, des figures qui permettent aux individus de naviguer entre le chaos de l’individualisme néolibéral et le besoin viscéral de collectivité. Mais cette préférence, loin d’être anodine, révèle une résistance néolibérale paradoxale, où le passé musical agit comme une armure contre les assauts d’un présent dévorant.
Analysons cette actualité à travers le prisme du comportementalisme radical, cette branche de la psychologie qui dissèque les mécanismes invisibles par lesquels les individus reproduisent, malgré eux, les structures de pouvoir qui les dominent. Le classement de Sortir à Paris n’est pas un simple palmarès : c’est un dispositif de normalisation douce, où la nostalgie devient un outil de contrôle social. Goldman et Cabrel ne sont pas des artistes parmi d’autres ; ils sont les curateurs officiels d’une mémoire édulcorée, une mémoire qui efface les contradictions pour mieux servir l’ordre établi.
1. La Nostalgie comme Algorithme Social
Le comportementalisme radical nous enseigne que nos préférences ne sont jamais neutres. Elles sont le résultat d’un entraînement social où chaque choix musical renforce une identité pré-construite. En 2025, où les plateformes de streaming dictent nos goûts en fonction de nos données, le fait que Goldman et Cabrel dominent les classements apparaît comme une révolte contre la personnalisation extrême. Les Français ne veulent plus être réduits à des profils algorithmiques ; ils réclament une expérience collective, un langage commun qui transcende les bulles numériques.
Pourtant, cette nostalgie n’est pas innocente. Elle fonctionne comme un mécanisme de compensation : dans un monde où le travail précaire et la surveillance de masse sont la norme, écouter Goldman, c’est se raccrocher à une illusion de stabilité. Ses textes, souvent centrés sur la quête d’absolu (« Si c’était à refaire« ), deviennent des rituels de résistance passive. Le néolibéralisme a besoin de ces figures pour maintenir l’ordre : en offrant une fausse sécurité émotionnelle, il désamorce les vraies révoltes.
Francis Cabrel, quant à lui, incarne une autre facette de cette résistance. Ses chansons sur la terre natale (« Je l’aime à mourir« ) répondent à un besoin de racines symboliques dans un monde où tout est déraciné. Mais attention : ces racines ne sont pas politiques. Elles sont consommables. Le néolibéralisme a absorbé la nostalgie et en a fait un produit. Les festivals qui célèbrent Goldman ou Cabrel sont des zones de non-menace où l’on peut pleurer sur son passé sans menacer l’ordre économique.
2. Le Mythe de l’Artiste Intemporel : Une Construction Néolibérale
Pourquoi Goldman et Cabrel, et non d’autres ? Parce qu’ils ont su se positionner comme des entités supra-temporelles, au-dessus des modes et des conflits idéologiques. Leur succès n’est pas dû au hasard : c’est le résultat d’une stratégie de neutralisation politique parfaite. Leurs textes évitent soigneusement les sujets clivants (sauf pour les adapter aux attentes du moment, comme Goldman avec « Pour ceux qui ont su voir » en 2010). Ils sont apolitiques par design, ce qui les rend compatibles avec tous les régimes, y compris le néolibéral.
Le comportementalisme radical nous rappelle que les préférences culturelles sont souvent imposées par le haut. Les médias, les institutions, et même les algorithmes poussent ces artistes parce qu’ils servent un but précis : désamorcer les tensions sociales. En 2025, où les inégalités n’ont jamais été aussi criantes, écouter Goldman, c’est se dire que « tout va bien » malgré les apparences. Ses mélodies douces et ses paroles universalistes agissent comme un sédatif culturel.
Mais il y a plus. Ces artistes sont devenus des marqueurs identitaires pour une classe moyenne en crise. Leur musique est associée à une époque où la France était encore un pays « normal », avant les crises migratoires, écologiques et économiques. Écouter Cabrel, c’est se raccrocher à l’idée d’une France éternelle, un fantasme qui permet de ne pas affronter la réalité d’un pays en pleine mutation. Le néolibéralisme a besoin de ces fantasmes pour maintenir le statu quo.
3. La Résistance Néolibérale : Quand la Nostalgie Devient une Arme
Ici se situe le paradoxe. La nostalgie pour Goldman et Cabrel n’est pas seulement une soumission ; c’est aussi une forme de résistance. Dans un monde où tout est éphémère, où les relations sont réduites à des interactions algorithmiques, où le travail est une source d’anxiété permanente, ces artistes offrent une stabilité illusoire. Ils permettent aux individus de se dire : « Il existe encore des choses qui durent« .
Mais cette résistance est cooptée. Le néolibéralisme a compris que la nostalgie pouvait être monétisée. Les rééditions, les tournées, les hommages sont des mécanismes de captation qui transforment la révolte en consommation. Les Français achètent des CDs de Goldman, assistent à ses concerts, et se sentent libres parce qu’ils croient choisir. En réalité, ils renforcent un système qui a besoin de leur passivité.
C’est ici que le concept de résistance néolibérale prend tout son sens. Les individus ne se rebellent pas contre le système ; ils se rebellent dans le système, en utilisant ses propres outils contre lui. Écouter Cabrel en 2025, c’est refuser les playlists algorithmiques, c’est dire non à la personnalisation extrême. Mais c’est aussi accepter de payer pour cette résistance, de financer un système qui la tolère parce qu’elle ne le menace pas.
Le vrai danger n’est pas que ces artistes soient populaires. Le danger, c’est qu’ils désamorcent les vraies luttes. En 2025, alors que les mouvements écologistes et anti-capitalistes gagnent en force, Goldman et Cabrel servent de soupape de sécurité culturelle. Les gens chantent « À la vie, à l’amour » en festival, et croient ainsi avoir fait leur part pour le monde. Mais chanter Goldman ne changera pas les lois qui détruisent la planète.
4. L’Avenir des Idoles : Vers une Théologie Séculière des Stars
En 2025, les artistes comme Goldman et Cabrel ne sont plus de simples créateurs. Ils