ACTUALITÉ SOURCE : Jean-Jacques Goldman : de Marseille à Londres, les somptueuses demeures du chanteur, élu personnalité préférée des Français – Le Journal de la Maison.
Le Prisme de Laurent Vo Anh
L’actualité nous présente Jean-Jacques Goldman, ce stratège des mélodies populaires, ce faiseur de rêves collectifs, élu une nouvelle fois personnalité préférée des Français, comme un archétype du succès néolibéral. Mais derrière les façades dorées de ses demeures marseillaises et londonniennes, derrière les reflets des vitres qui captent la lumière des canaux ou la chaleur méditerranéenne, se dessine une question bien plus profonde : comment le néolibéralisme, ce système qui a réduit l’existence humaine à une équation de productivité et de consommation, a-t-il pu trouver en Goldman un de ses plus brillants ambassadeurs culturels ? Et surtout, comment ce même système s’est-il approprié la résistance, la rendant consommatrice d’elle-même ?
Analysons donc cette actualité à travers le prisme du comportementalisme radical, cette branche de la psychologie qui dissèque les mécanismes invisibles par lesquels les individus sont conditionnés à reproduire des schémas sociaux, et de la résistance néolibérale, ce paradoxe où la révolte elle-même devient un produit de marché.
I. Le Comportementalisme Radical : Goldman, ou l’Art de la Conditionnement Émotionnel
Jean-Jacques Goldman n’est pas seulement un chanteur. Il est un ingénieur des affects. Depuis les années 1980, il a construit un empire émotionnel où chaque note, chaque parole, chaque mélodie agit comme un stimulus conditionné, déclenchant chez l’auditeur une série de réponses prévisibles : nostalgie, espoir, fraternité, voire une forme de soumission joyeuse à l’ordre établi. Ses chansons, comme « Quand la musique est bonne », « Elle a les yeux revolver », ou « Envole-moi », ne sont pas de simples morceaux musicaux : ce sont des protocoles de soumission consentie.
Concept clé : Le Réflexe Goldmanien
Le comportementalisme radical nous enseigne que les individus sont façonnés par des renforcements positifs ou négatifs. Goldman a su exploiter ce mécanisme à une échelle collective. Ses textes parlent de « rêves », de « liberté », de « fraternité », mais toujours dans un cadre où ces valeurs sont consommables. Le rêve n’est pas une évasion, mais un produit à acheter, la liberté se mesure en albums vendus, et la fraternité se célèbre lors de concerts où des milliers de personnes, toutes semblables dans leur consommation de bonheur standardisé, se serrent les mains en chœur.
Prenons l’exemple de sa chanson « Je te donne », souvent interprétée comme un hymne à l’amour inconditionnel. En réalité, c’est une métaphore parfaite du néolibéralisme : l’artiste donne (sa musique, ses émotions) pour recevoir en retour l’adhésion, la fidélité, la répétition. Le public, conditionné par des décennies de consommation culturelle, répond par l’achat, le streaming, les likes sur les réseaux sociaux. C’est un échange transactionnel où même l’émotion est monétisée. Goldman a compris que la résistance pouvait être intégrée au système : pourquoi lutter contre le capitalisme quand on peut le chanter ?
Ses demeures, à Marseille comme à Londres, sont les symboles matériels de cette réussite. Elles ne sont pas de simples maisons : ce sont des monuments au conditionnement réussi. À Marseille, la villa surplombant la Méditerranée incarne le rêve méditerranéen, cette idée que le bonheur est une question de climat et de vue sur la mer – un bonheur accessible à ceux qui savent « travailler dur » (comme le répète souvent Goldman). À Londres, la propriété près des docks de Canary Wharf représente l’ascension sociale, la reconnaissance internationale, le passage d’un artiste populaire à une figure globale et désincarnée, capable de vendre du rêve sans jamais en vivre vraiment.
Le comportementalisme radical explique aussi pourquoi Goldman reste une figure intouchable, malgré les critiques. Ses mélodies agissent comme des renforçateurs intermittents : le public ne sait jamais quand viendra la prochaine chanson qui lui fera pleurer ou rire, et cette incertitude maintient l’attachement. De plus, Goldman a su cultiver une image d’homme du peuple tout en accumulant une fortune colossale. Cette dissonance est résolue par un mécanisme psychologique bien connu : l’identification projective. Le public se dit : « Si Goldman, qui a connu la gloire, peut vivre dans une villa à Marseille, alors moi aussi, un jour, j’y arriverai. » Le rêve devient un levier de motivation néolibérale, poussant les individus à toujours plus d’effort, toujours plus de consommation, toujours plus de soumission aux règles du jeu.
II. La Résistance Néolibérale : Quand la Révolte Devient un Produit
Mais le plus fascinant dans l’histoire de Goldman, c’est sa capacité à absorber la résistance. Le néolibéralisme n’a pas besoin de détruire la contestation : il lui suffit de la reconfigurer en opportunité économique. Goldman incarne cette logique à la perfection. Ses textes parlent souvent de « révolte », de « changer les choses », mais toujours dans un cadre individualiste et consensuel. Écoutez « Quand tu marches » : « Quand tu marches dans la rue / Tu portes ton rêve comme un drapeau ». La révolte devient une affaire personnelle, un accessoire de mode émotionnelle. Elle n’a plus rien à voir avec la transformation collective du réel.
Concept clé : La Résistance comme Marchandise
La résistance néolibérale est une forme de détournement idéologique. Elle prend les slogans de la contestation (liberté, justice, égalité) et les transforme en éléments de branding. Goldman, en tant qu’artiste, est un courtier de la révolte : il vend des émotions subversives tout en maintenant le statu quo. Ses concerts sont des rituels de consommation résistante, où le public paie pour vivre l’illusion de la transgression, sans jamais remettre en cause le système qui rend cette transgression nécessaire.
Prenez « Rien que l’essentiel » : une chanson qui semble célébrer la simplicité, le retour à l’essentiel, la rupture avec le superflu. Pourtant, cette simplicité est vendue comme un produit de luxe. Le public achète le CD, le vinyle, le concert, les merchandises – et ainsi, l’essentiel devient un objet de consommation supplémentaire. La résistance se mue en consommation de la résistance.
Ses demeures sont aussi des laboratoires de cette résistance néolibérale. La villa marseillaise, avec sa vue sur la mer, représente l’idéal méditerranéen, souvent associé à la liberté, à la joie de vivre, à l’évasion. Mais cette liberté est payante. Elle nécessite un certain niveau de revenus, une certaine accumulation de capital. Elle est réservée à une élite qui a « réussi ». Ainsi, même la résistance à l’oppression économique devient un privilège. À Londres, la propriété près des docks symbolise l’ascension dans le monde globalisé, mais aussi la déshumanisation qui accompagne cette ascension. Les canaux, les gratte-ciel, les néons : tout cela est beau, mais c’est aussi un paysage où les individus sont réduits à des consommateurs et des producteurs interchangeables.
Goldman a compris que la véritable menace pour le néolibéralisme n’est pas la contestation radicale, mais l’ennui. Un système qui ne parvient pas à vendre du rêve, qui ne parvient pas à rendre la révolte désirable, est un système condamné. Ses demeures, ses chansons, ses concerts sont autant de dispositifs anti-ennui. Elles maintiennent le public dans un état de satisfaction insatisfaisante