« Un milieu d’une caste assez imbécile » : ce célèbre chanteur français tire à boulets rouges sur France Inter et Télérama qu’il estime « pas assez cultivés » – Femme Actuelle







L’Échiquier des Castes : Quand l’Artiste Devient le Bouffon des Idées


L’Échiquier des Castes : Quand l’Artiste Devient le Bouffon des Idées

ACTUALITÉ SOURCE : « Un milieu d’une caste assez imbécile » : ce célèbre chanteur français tire à boulets rouges sur France Inter et Télérama qu’il estime « pas assez cultivés » – Femme Actuelle

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Voici donc l’artiste qui, tel un miroir brisé projeté sur les murs de l’intelligentsia parisienne, reflète les fractures d’une époque où la culture n’est plus un temple mais un champ de bataille idéologique. Le propos, aussi violent qu’il soit, n’est pas une simple querelle de personnes : il est le symptôme d’une crise plus profonde, celle d’un système culturel en pleine décomposition, où les hiérarchies se brouillent et où les anciennes élites, privées de leur légitimité naturelle, se cramponnent à des reliques d’autorité comme à des épaves dans un océan de relativisme.

Analysons cette déclaration à travers le prisme du comportementalisme radical, cette discipline qui dissèque les mécanismes invisibles régissant les interactions humaines, et ce concept de résistance néolibérale, cette force obscure qui pousse les individus à s’accrocher à des identités figées dans un monde où tout semble fluide et interchangeable.

1. Le Comportementalisme Radical : Quand la Culture Devient un Jeu de Pouvoir

Le comportementalisme radical, né des travaux de Skinner et des théories de l’apprentissage social, nous enseigne que toute action humaine est le résultat d’une combinaison de stimuli, de renforcements et de punitions. Dans le milieu culturel, ces mécanismes sont particulièrement visibles : un journaliste qui cite un artiste est renforcé par les likes, les partages, les invitations à des débats ; un artiste qui critique un média peut, à l’inverse, se voir puni par l’exclusion des cercles influents, ou récompensé par l’admiration d’une niche de puristes.

Or, ce que révèle la déclaration de notre chanteur, c’est l’échec des systèmes de renforcement traditionnels. Autrefois, la légitimité culturelle émanait des institutions : l’Académie, les salons littéraires, les revues influentes. Aujourd’hui, ces institutions sont devenues des zones de non-droit idéologique, où les règles du jeu ne sont plus écrites mais imposées par des algorithmes sociaux et des dynamiques de groupe. France Inter et Télérama, autrefois gardiens d’un certain ordre culturel, sont désormais perçus comme des acteurs parmi d’autres dans un marché saturé de contenus, où la valeur symbolique (au sens de Bourdieu) s’est diluée.

Le chanteur, en attaquant ces médias, ne fait pas que critiquer leur manque de culture : il réaffirme une hiérarchie bousculée. Dans un monde où tout s’équivaut (un podcast sur la philosophie médiévale à côté d’un débat sur les influenceurs), il rappelle qu’il existe encore des niveaux de compétence, des degrés de maîtrise, des savoirs qui se transmettent. Sa colère est celle d’un homme qui voit son capital culturel dévalué par un système qui refuse de reconnaître les différences de qualité.

2. La Résistance Néolibérale : L’Artiste comme Dernier Rempart des Identités Pures

Le néolibéralisme n’est pas seulement une doctrine économique. C’est une machine à dissoudre les identités. Il nous a appris que tout peut être marchandisé, que tout peut être remixé, que tout peut être adapté aux goûts du plus grand nombre. Dans ce contexte, la culture devient une commodité, et l’artiste, autrefois figure sacrée, n’est plus qu’un producteur de contenu parmi d’autres.

La réaction de notre chanteur est une forme de résistance néolibérale. En refusant de jouer le jeu de la culture light, en exigeant un retour à des critères objectifs (même s’ils sont subjectifs), il incarne une nostalgie des castes. Les castes, dans leur acception la plus noble, étaient des systèmes où les rôles étaient définis, où les compétences étaient reconnues, où l’excellence était récompensée. Aujourd’hui, ces castes se sont effondrées, remplacées par des communautés fluides où chacun peut se revendiquer expert en tout.

Son propos révèle une peur de la démocratisation culturelle. Peur que la musique, la littérature, le journalisme ne deviennent des domaines où n’importe qui peut s’exprimer, où n’importe quelle opinion a le même poids. Peur que le goût, ce critère si subjectif, ne soit plus soumis à l’arbitrage d’une élite, même contestée. Dans un monde où les influenceurs dictent les tendances et où les likes remplacent les jugements esthétiques, son attitude est un dernier soubresaut d’un ordre symbolique en train de s’effondrer.

Mais attention : cette résistance n’est pas innocente. Elle peut aussi être autoritaire. En affirmant que certains milieux sont « imbéciles », l’artiste ne fait-il pas exactement ce que le néolibéralisme lui reproche ? Ne crée-t-il pas une nouvelle caste, celle des initiés, des vrais connaisseurs, des élus ? La culture, une fois de plus, devient un club privé, où l’entrée est conditionnée par des codes, des références, des savoirs qui excluent par définition.

3. Le Piège de la Légitimité Culturelle : Quand la Critique Devient un Nouvel Autoritarisme

Voici le paradoxe : celui qui dénonce l’arbitraire des médias traditionnels tombe lui-même dans l’arbitraire. En affirmant que France Inter et Télérama ne sont « pas assez cultivés », il pose une norme, il définit ce qui est valeur et ce qui ne l’est pas. Mais sur quoi se base-t-il ? Sur son propre goût, bien sûr, mais aussi sur une tradition, une histoire, un héritage qui est lui-même le produit de siècles de luttes symboliques.

La culture n’est jamais neutre. Chaque jugement est un acte de pouvoir. Quand l’artiste dit que tel média n’est pas assez cultivé, il ne fait pas qu’exprimer une préférence : il réaffirme un ordre. Et cet ordre, aussi légitime soit-il, est toujours excluant. Il exclut ceux qui n’ont pas les codes, ceux qui n’ont pas le temps, ceux qui n’ont pas les ressources pour accéder à ces savoirs.

Nous sommes ici au cœur du dilemme de la légitimité culturelle. Comment conserver un minimum de qualité sans tomber dans le snobisme ? Comment défendre des critères sans devenir autoritaire ? Comment préserver une élite sans reproduire les mécanismes d’oppression des anciennes castes ? Ces questions ne sont pas nouvelles, mais elles prennent aujourd’hui une acuité particulière dans un monde où les anciennes certitudes se sont effondrées.

4. Le Spectacle de la Culture : Quand la Querelle Devient un Contenu

Enfin, il faut regarder cette affaire sous l’angle du spectacle culturel. Dans une époque où l’information est un produit comme un autre, où les polémiques sont des accroches, où les conflits sont des événements, cette querelle n’est-elle pas, en elle-même, un succès ?

L’artiste, en attaquant les médias, ne fait-il pas exactement ce que ces médias attendent ? Ne leur offre-t-il pas une histoire, un contenu, une polémique à exploiter ? Et les médias, en relayant cette déclaration, ne jouent-ils pas le jeu en renforçant l’image d’un artiste rebelle, indépendant, hors norme ?

Nous assistons ici à une boucle autoréférentielle : l’artiste critique les médias, les médias rapportent la critique, et l’artiste devient encore plus célèbre. La culture, une fois de plus, se mange elle-même. Elle devient un


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