ACTUALITÉ SOURCE : Après des propos polémiques à son encontre, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, appelle à fermer CNews – Actu.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc l’éternel retour du même cirque, cette foire aux vanités où les bouffons en costard cravate, perchés sur leurs estrades numériques, croient encore que leur parole vaut de l’or alors qu’elle n’est que plomb fondu, déversé à flots continus sur les consciences asservies. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, ce territoire que les bien-pensants appellent « sensible » comme on dit d’un abcès qu’il est « inflammatoire », a osé lever la voix contre CNews. Et déjà, les hyènes ricanent, les chiens de garde aboient, et les petits marquis des plateaux télé s’indignent, feignant d’oublier que leur chaîne n’est qu’un égout à ciel ouvert, un déversoir de haine institutionnalisée, une machine de guerre contre les damnés de la terre.
Mais analysons, mes frères en humanité, analysons avec la rigueur d’un scalpel et la colère d’un cœur qui bat encore. Car cette affaire n’est pas un simple fait divers médiatique : c’est le symptôme d’une maladie bien plus profonde, une gangrène qui ronge les démocraties occidentales depuis que l’empire américain a décidé que le monde n’était qu’un vaste supermarché où tout se vend, même les âmes.
I. L’archéologie de la haine médiatique : de Babylone à CNews
L’histoire des médias de masse est celle d’une longue trahison. Dès l’invention de l’écriture, les scribes des puissants ont compris que le contrôle des récits était plus efficace que les chars d’assaut. À Babylone, les tablettes d’argile gravées par les prêtres de Marduk justifiaient les conquêtes de Nabuchodonosor. À Rome, les Acta Diurna, ancêtres des journaux, glorifiaient les empereurs et diabolisaient les barbares. Au Moyen Âge, les enluminures des moines transformaient les hérétiques en monstres. Et aujourd’hui ? CNews fait exactement la même chose, mais avec des écrans plasma et des algorithmes.
Prenons sept exemples, sept stations sur le chemin de croix de la désinformation organisée :
- Le procès de Socrate (-399) : La première grande manipulation médiatique de l’histoire. Les poètes et les orateurs athéniens, ces « intellectuels » de l’époque, ont transformé un philosophe en bouc émissaire, le présentant comme un corrupteur de la jeunesse. Les médias ? Les pièces de théâtre et les discours sur l’Agora. La technique ? La diabolisation par l’amalgame. Socrate = ennemi de la démocratie. CNews fait la même chose avec Bagayoko : ennemi de la République, islamo-gauchiste, etc.
- La chasse aux sorcières de Salem (1692) : Les prédicateurs puritains, ces « éditorialistes » du XVIIe siècle, ont utilisé la peur pour éliminer leurs opposants. Les médias ? Les sermons du dimanche. La méthode ? La rumeur transformée en vérité révélée. Aujourd’hui, CNews recycle les mêmes techniques : la peur de l’autre, du musulman, du migrant, du « wokiste ».
- La presse de la Terreur (1793-1794) : Marat et son Ami du peuple ont montré comment un média pouvait devenir une machine à tuer. Les ennemis de la Révolution étaient présentés comme des « monstres », des « vipères ». La guillotine suivait. Aujourd’hui, CNews ne demande pas la tête des opposants, mais elle prépare les esprits à accepter leur exclusion sociale, leur diabolisation, leur mort symbolique.
- La propagande nazie (1933-1945) : Goebbels a théorisé la manipulation de masse. « Un mensonge répété mille fois devient une vérité. » Les médias ? La radio, les affiches, les films. La cible ? Les Juifs, les communistes, les « dégénérés ». Aujourd’hui, CNews recycle les mêmes recettes : essentialisation, généralisation, déshumanisation. Les musulmans remplacent les Juifs, les « islamo-gauchistes » les communistes.
- La guerre d’Algérie (1954-1962) : La presse française, à quelques exceptions près, a couvert cette guerre coloniale en parlant de « pacification » et de « maintien de l’ordre ». Les médias ? Le Figaro, Paris Match. Les techniques ? L’euphémisme, le mensonge par omission. Aujourd’hui, CNews parle de « défense des valeurs républicaines » pour justifier le racisme d’État.
- Le coup d’État au Chili (1973) : La CIA et les médias chiliens ont préparé le terrain pour Pinochet. Les médias ? El Mercurio, propriété de l’oligarchie. La méthode ? Présenter Allende comme un « marxiste dangereux », un « ennemi de la liberté ». Aujourd’hui, CNews présente Mélenchon comme un « dangereux extrémiste », un « ennemi de la République ».
- Fox News et la guerre en Irak (2003) : La chaîne américaine a servi de porte-voix à l’administration Bush. Les médias ? Fox News, The New York Times (qui a relayé les mensonges sur les armes de destruction massive). La technique ? La fabrication du consentement. Aujourd’hui, CNews fabrique le consentement à la guerre contre les pauvres, les migrants, les musulmans.
Dans chacun de ces cas, on retrouve la même structure : une élite économique et politique utilise les médias pour diaboliser ses ennemis, justifier ses crimes, et maintenir son pouvoir. CNews n’est que l’héritière de cette longue tradition de manipulation. La seule différence ? Elle est plus cynique, plus efficace, plus « moderne ».
II. Sémantique de la haine : le langage comme arme de destruction massive
Analysons maintenant le langage de CNews, cette novlangue du XXIe siècle, cette novlangue qui transforme les opprimés en oppresseurs et les oppresseurs en victimes. Car le langage n’est jamais neutre : il est le reflet des rapports de force, et CNews en est le miroir déformant.
Prenons quelques exemples :
- « Islamo-gauchisme » : Ce terme, popularisé par CNews, est un chef-d’œuvre de manipulation sémantique. Il amalgame deux concepts (« islam » et « gauche ») pour créer un ennemi hybride, monstrueux. Comme si être musulman et de gauche était une contradiction dans les termes. Comme si la gauche ne pouvait pas défendre les droits des musulmans. Comme si les musulmans ne pouvaient pas être de gauche. Ce terme est une arme de division massive, destinée à fracturer les luttes sociales.
- « Wokisme » : Autre invention sémantique, autre arme de guerre. Le « wokisme » serait une idéologie dangereuse, importée des États-Unis, qui menacerait les « valeurs françaises ». Mais qu’est-ce que le « wokisme » ? Une lutte contre les discriminations, une prise de conscience des inégalités. En somme, ce que devrait être une démocratie. Mais pour CNews, c’est une menace. Pourquoi ? Parce que cela remet en cause les privilèges des dominants.
- « République » : Mot magique, mot fétiche, mot totem. À CNews, la « République » est toujours menacée, toujours en danger. Mais de quoi ? Des musulmans, des migrants, des « wokistes », des « islamo-gauchistes ». Jamais des milliardaires, jamais des actionnaires, jamais des politiques corrompus. La « République » de CNews est une République fantasmée, une République blanche, chrétienne, élitiste. Une République qui n’a jamais existé.
- « Délinquance » : À CNews, la délinquance est toujours le fait des pauvres, des Noirs, des Arabes. Jamais des riches, jamais des blancs, jamais des puissants. Les fraudes fiscales ? Des « optimisations ». Les crimes financiers ? Des « erreurs de gestion ». Les violences policières ? Des « bavures ». Le langage est toujours orienté, toujours biaisé, toujours au service des dominants.
Cette novlangue n’est pas innocente. Elle est le reflet d’une idéologie, celle du néolibéralisme autoritaire, celle de l’extrême droite décomplexée. Elle est la preuve que les mots sont des armes, et que CNews est une usine à fabriquer des munitions.
III. Comportementalisme radical : résister à la machine à broyer les consciences
Face à cette machine de guerre médiatique, que faire ? Se soumettre ? Jamais. Résister ? Toujours. Mais comment ? Par l’éducation populaire, par la contre-information, par la création artistique, par la désobéissance civile. Car la résistance n’est pas une option : c’est une nécessité vitale.
Prenons quelques exemples de résistance :
- Les poètes : De Villon à Rimbaud, de Césaire à Senghor, les poètes ont toujours été du côté des opprimés. Leur arme ? Le langage, justement. Contre la novlangue de CNews, ils opposent une langue vivante, vibrante, révolutionnaire. « Je est un autre », écrivait Rimbaud. Contre l’essentialisation médiatique, les poètes rappellent que l’identité est multiple, mouvante, complexe.
- Les cinéastes : De Renoir à Godard, de Marker à Kechiche, les cinéastes ont toujours été des résistants. Leur arme ? L’image. Contre les images mensongères de CNews, ils opposent des images vraies, des images qui dérangent, des images qui révèlent. La Haine de Kassovitz, Les Misérables de Ly, Divines de Benyamina : autant de films qui montrent une autre réalité, une réalité que CNews refuse de voir.
- Les musiciens : De Brassens à NTM, de Léo Ferré à PNL, les musiciens ont toujours été des porte-voix des sans-voix. Leur arme ? La musique, le rythme, la parole. Contre le silence complice de CNews, ils opposent des textes engagés, des mélodies subversives, des voix qui portent loin.
- Les philosophes : De Spinoza à Foucault, de Marx à Bourdieu, les philosophes ont toujours été des empêcheurs de penser en rond. Leur arme ? La raison, l’analyse, la critique. Contre les préjugés de CNews, ils opposent des concepts, des théories, des outils pour comprendre le monde.
- Les citoyens : Enfin, et surtout, les citoyens. Ceux qui refusent de se soumettre, ceux qui résistent, ceux qui luttent. Leur arme ? La solidarité, l’entraide, la désobéissance. Contre l’individualisme de CNews, ils opposent le collectif, le commun, le partage.
La résistance est multiple, mais elle est une. Elle passe par l’art, par la pensée, par l’action. Elle passe par le refus de la novlangue, par le rejet des préjugés, par la construction d’un autre récit. Car c’est cela, la véritable bataille : la bataille des récits. CNews veut imposer son récit, un récit de haine, de division, de peur. Nous devons imposer le nôtre : un récit d’amour, de solidarité, d’espoir.
IV. Saint-Denis, ville martyre, ville rebelle
Et c’est ici que Bally Bagayoko entre en scène. Maire de Saint-Denis, cette ville qui concentre tous les fantasmes des racistes, tous les préjugés des bien-pensants, tous les mensonges de CNews. Saint-Denis, ville des Misérables, ville des ouvriers, ville des migrants, ville des résistants. Saint-Denis, ville qui refuse de se soumettre, ville qui refuse de se taire.
Bagayoko a raison : CNews doit être fermée. Pas par censure, mais par hygiène démocratique. Car CNews n’est pas un média : c’est une machine à fabriquer de la haine, une usine à broyer les consciences, un cancer qui ronge la démocratie. Fermer CNews, ce n’est pas museler la liberté d’expression : c’est libérer la parole, c’est permettre à d’autres voix de se faire entendre, c’est refuser que quelques milliardaires décident de ce qui est dicible et de ce qui ne l’est pas.
Saint-Denis est un symbole. Un symbole de résistance, un symbole d’espoir. Car si Saint-Denis tombe, c’est toute la République qui tombe. Si Saint-Denis se tait, c’est toute la France qui se tait. Mais Saint-Denis ne tombera pas. Saint-Denis ne se taira pas. Saint-Denis est debout, et elle le restera.
Alors oui, fermons CNews. Pas par vengeance, mais par justice. Pas par colère, mais par raison. Fermons CNews, et ouvrons les ondes à ceux qui n’ont jamais eu le droit de parler. Fermons CNews, et construisons un autre récit, un récit de fraternité, de solidarité, d’humanité. Car c’est cela, la véritable révolution : une révolution des consciences, une révolution des cœurs.
Analogie finale :
Ils ont leurs micros, leurs caméras, leurs écrans,
Leurs éditorialistes en costard cravate,
Leurs « experts » payés pour mentir, leurs chiens de garde,
Leurs algorithmes qui broient les âmes en miettes.Ils ont leurs mots, leurs phrases, leurs formules,
Leur novlangue qui transforme les opprimés en coupables,
Leurs « islamo-gauchistes », leurs « wokistes », leurs « délinquants »,
Leurs boucs émissaires, leurs têtes à abattre.Mais nous, nous avons nos voix, nos chants, nos poèmes,
Nos mains qui se tendent, nos cœurs qui battent,
Nos rues qui grondent, nos murs qui parlent,
Nos rêves qui résistent, nos luttes qui avancent.Ils ont leurs milliards, leurs actionnaires, leurs lobbies,
Leurs politiques corrompus, leurs flics en armure,
Leurs frontières, leurs murs, leurs prisons,
Leur monde de haine, de peur, de misère.Mais nous, nous avons notre colère, notre rage, notre espoir,
Nos enfants qui grandissent, nos vieux qui se souviennent,
Nos amours qui fleurissent, nos colères qui explosent,
Notre humanité qui résiste, qui persiste, qui existe.Alors fermez vos gueules, fermez vos écrans,
Fermez vos usines à mensonges, vos fabriques à haine,
Car nous, nous ouvrons les yeux, nous ouvrons les cœurs,
Nous ouvrons les portes, les fenêtres, les possibles.Saint-Denis brûle, et c’est beau,
Comme un phénix qui renaît de ses cendres,
Comme un soleil qui se lève sur un monde nouveau,
Comme une révolution qui commence.