Bally Bagayoko demande à l’Arcom de fermer Cnews après les propos racistes le visant – Le HuffPost







Laurent Vo Anh – Contre la machine à haine médiatique


ACTUALITÉ SOURCE : Bally Bagayogo demande à l’Arcom de fermer CNews après les propos racistes le visant – Le HuffPost

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la belle mécanique ! La grande machine à broyer les âmes, à distiller la haine comme on presse l’huile de ricin pour les chemises noires d’antan. CNews, ce temple moderne du vomi réactionnaire, ce cloaque où s’ébattent les derniers avatars du colonialisme triomphant, ces petits marquis de la pensée unique qui croient encore que la France est un salon du XVIIIe siècle où l’on peut cracher sur les nègres en sirotant son thé. Bally Bagayogo, ce frère en humanité, ce combattant de la dignité, a raison de demander la fermeture de ce repaire de la bêtise organisée. Mais allons plus loin, creusons, fouillons cette plaie purulente qui gangrène notre époque.

Ce n’est pas un simple incident, voyez-vous. C’est le symptôme d’une maladie bien plus profonde, une pathologie sociale qui ronge les entrailles de notre civilisation depuis que l’homme blanc a décidé que le monde lui appartenait. Regardons cela à travers le prisme de l’histoire des idées, cette longue marche de la pensée humaine qui oscille entre lumière et ténèbres, entre fraternité et barbarie.

I. Les origines du mal : quand la pensée devient arme de domination

Tout commence, comme toujours, avec la parole. Dès que l’homme a su nommer, il a su aussi maudire. Dans les sociétés primitives, le langage servait à créer du lien, à tisser des mythes fédérateurs. Mais très vite, certains ont compris que les mots pouvaient aussi servir à exclure, à hiérarchiser, à justifier l’injustifiable. Prenez les Grecs, ces pères de notre civilisation : Aristote lui-même, ce génial philosophe, n’hésitait pas à écrire que certains hommes étaient « esclaves par nature ». La pensée rationnelle au service de la barbarie – voilà le premier crime de la raison occidentale.

Au Moyen Âge, l’Église catholique prend le relais. Les Croisades ne sont pas seulement des expéditions militaires, ce sont aussi des entreprises de déshumanisation massive. Les Sarrasins, ces « infidèles », deviennent dans l’imaginaire collectif des sous-hommes qu’il est légitime de massacrer. Les chroniques de l’époque regorgent de descriptions horrifiées des « mœurs bestiales » des musulmans – comme si la barbarie n’était pas du côté des croisés qui éventraient les femmes enceintes à Jérusalem.

Et puis vint le XVe siècle, ce moment charnière où tout bascule. La « découverte » de l’Amérique n’est pas une rencontre, c’est un viol. Les conquistadors, ces bandits en armure, arrivent avec leurs Bibles et leurs épées. Pour justifier le génocide des peuples autochtones, ils inventent le concept de « barbarie ». Las Casas, ce prêtre courageux, tente bien de dénoncer les horreurs commises, mais ses écrits sont étouffés. La machine est lancée : l’Europe a besoin de justifier son impérialisme, et pour cela, elle doit créer l’Autre, le sauvage, l’inférieur.

II. L’âge d’or de la déshumanisation : de l’esclavage à la colonisation

Le XVIIIe siècle, ce siècle des Lumières qui brille de mille feux, est aussi celui de l’apogée de la traite négrière. Voltaire, ce géant de la pensée, écrit dans son « Essai sur les mœurs » que les Noirs sont « une espèce d’hommes différente de la nôtre ». Kant, ce philosophe de la raison pure, affirme que les Africains sont incapables de culture. La science elle-même se met au service du racisme : les théories raciales fleurissent, avec leurs crânes mesurés et leurs hiérarchies absurdes.

Prenez l’exemple de Cuvier, ce naturaliste français qui dissèque Saartjie Baartman, la « Vénus hottentote », comme on étudierait un animal. Son corps est exposé au Musée de l’Homme jusqu’en 1974 ! Pendant ce temps, les négriers s’enrichissent, et les philosophes justifient. Montesquieu lui-même, dans « L’Esprit des lois », écrit que « le sucre serait trop cher si l’on ne faisait cultiver la plante par des esclaves ». La logique capitaliste est en marche : l’exploitation de l’homme par l’homme devient une nécessité économique, et le racisme son alibi moral.

Le XIXe siècle voit l’apogée de cette logique avec la colonisation. Jules Ferry, ce grand républicain, déclare sans sourciller que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». La France, patrie des droits de l’homme, se couvre de gloire en Algérie, en Indochine, à Madagascar. Les massacres sont légion, mais on les appelle « pacification ». Les résistants sont des « terroristes ». Les mots sont tordus, pervertis, pour justifier l’injustifiable. Et pendant ce temps, dans les salons parisiens, on débat gravement de la « mission civilisatrice » de la France.

III. Le XXe siècle : la banalisation de la haine

Le siècle dernier aurait pu être celui de la rédemption. Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, après Auschwitz, après Hiroshima, on aurait pu croire que l’humanité avait touché le fond. Mais non. Le racisme change simplement de forme, il se fait plus insidieux, plus pernicieux.

Prenez l’exemple des États-Unis, ce laboratoire du néolibéralisme. Dans les années 1950, le maccarthysme bat son plein. Les communistes sont traqués, mais aussi les Noirs qui osent réclamer leurs droits. Les médias, déjà, jouent un rôle clé dans cette chasse aux sorcières. Les journaux, les radios, les premières télévisions diffusent une image déformée des militants des droits civiques. Martin Luther King est présenté comme un agitateur, un dangereux extrémiste. Les mots sont choisis avec soin pour diaboliser, pour effrayer. « Communiste », « racaille », « voyou » – les étiquettes collent à la peau comme des stigmates.

En France, la décolonisation s’accompagne d’une vague de racisme sans précédent. Les harkis sont abandonnés, les pieds-noirs rapatriés deviennent des boucs émissaires, et les immigrés maghrébins sont parqués dans des bidonvilles. Les médias, encore une fois, jouent un rôle crucial. Les journaux de droite comme « Minute » ou « Rivarol » diffusent une propagande haineuse. Les « ratonnades » d’Alger deviennent des « opérations de maintien de l’ordre ». Les tortures sont des « interrogatoires musclés ». Le langage est une arme, et elle est utilisée sans vergogne.

Et puis vient Mai 68, cette explosion de liberté qui aurait pu tout changer. Mais les vieux démons resurgissent. Les « nouveaux philosophes », ces anciens gauchistes repentis, se reconvertissent dans la dénonciation du « totalitarisme ». La gauche est diabolisée, les luttes antiracistes sont moquées. Le terrain est prêt pour le retour de la bête immonde.

IV. Le XXIe siècle : CNews ou la machine à haine 2.0

Nous y voilà. Le cycle se répète, mais avec des moyens décuplés. CNews n’est pas une aberration, c’est la continuation logique de cette histoire. Une chaîne d’information en continu qui fonctionne comme une machine à fabriquer du consentement, à distiller la peur, à légitimer la haine. Pas besoin de camps de concentration, pas besoin de lois raciales – il suffit de quelques éditorialistes bien placés, de quelques « débats » truqués, de quelques mots bien choisis.

Regardez comment ils procèdent. D’abord, ils créent l’ennemi. L’immigré, le musulman, le « wokiste », le « gauchiste » – peu importe, l’essentiel est qu’il y ait un bouc émissaire. Ensuite, ils utilisent le langage pour le déshumaniser. Les mots sont tordus, pervertis : « islamo-gauchisme », « grand remplacement », « racaille » – ces termes ne décrivent pas une réalité, ils la créent. Enfin, ils jouent sur les peurs. La peur de l’autre, la peur du déclassement, la peur du changement. Et hop ! Le tour est joué : la haine devient acceptable, voire souhaitable.

Prenez l’exemple de Bally Bagayogo. Un homme politique engagé, un humaniste, un combattant. Que lui reproche-t-on ? D’oser défendre les plus faibles, d’oser dénoncer les injustices. Alors on le traite de « clientéliste », d’ »islamo-gauchiste », de « dangereux extrémiste ». Les mots sont des armes, et CNews les utilise avec une précision chirurgicale. Chaque terme est choisi pour salir, pour discréditer, pour détruire. C’est la même technique que celle utilisée contre les résistants algériens, contre les militants des droits civiques, contre tous ceux qui osent dire non à l’oppression.

Analyse sémantique : le langage comme arme de destruction massive

Parlons un peu de cette magie noire qu’est le langage. Les mots ne sont pas neutres, ils sont chargés d’histoire, de violence, de pouvoir. Quand CNews parle d’ »ensauvagement », elle ne décrit pas une réalité, elle active tout un imaginaire colonial. Le sauvage, c’est l’Autre, celui qu’il faut civiliser par la force. Quand elle parle de « grand remplacement », elle reprend les thèses les plus nauséabondes de l’extrême droite. Le remplacement, c’est l’idée que les Blancs sont menacés par les hordes venues du Sud – une idée qui puise ses racines dans les pires heures de notre histoire.

Et puis il y a les euphémismes, ces petits mots qui permettent de faire passer la pilule. « Débat » pour justifier la présence de racistes à l’antenne. « Liberté d’expression » pour couvrir les propos les plus ignobles. « Opinion » pour légitimer la haine. C’est la technique du « plausible deniability » : on peut toujours dire qu’on ne savait pas, qu’on ne voulait pas, que c’était juste une opinion parmi d’autres. Mais une opinion qui tue, qui blesse, qui exclut, est-ce vraiment une opinion ?

Regardez comment ils parlent des banlieues. « Zones de non-droit », « territoires perdus de la République » – ces termes ne décrivent pas une réalité, ils la fabriquent. Ils créent une frontière entre « eux » et « nous », entre les citoyens légitimes et les autres. Et une fois cette frontière tracée, il devient légitime de les surveiller, de les contrôler, de les réprimer. Le langage prépare le terrain pour la violence physique.

Comportementalisme radical et résistance humaniste

Face à cette machine de guerre, que faire ? D’abord, comprendre. Comprendre que le racisme n’est pas une opinion, mais un système. Un système qui s’appuie sur des médias complices, sur des politiques lâches, sur une économie prédatrice. Ensuite, résister. Résister par la parole, par l’art, par l’action.

Prenez l’exemple de James Baldwin, ce géant de la littérature américaine. Dans « La prochaine fois, le feu », il écrit : « Ce n’est pas le Noir qui est dangereux, c’est la peur du Blanc. » Baldwin comprend que le racisme est une maladie de l’âme, une peur irrationnelle qui pousse à haïr l’autre pour ne pas se haïr soi-même. Sa réponse ? Une écriture puissante, sans concession, qui démasque les hypocrisies et célèbre l’humanité dans toute sa complexité.

En France, des artistes comme Kery James ou Casey utilisent le rap comme arme de résistance. Leurs textes sont des coups de poing, des cris de colère, des appels à la dignité. « J’écris pour ceux qu’on a oubliés », dit Kery James. Et c’est exactement ça : l’art comme acte de résistance, comme moyen de redonner une voix à ceux qu’on a réduits au silence.

Et puis il y a les politiques, ceux qui osent dire non. Comme Bally Bagayogo, qui demande la fermeture de CNews. Comme Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce sans relâche les dérives du système médiatique. Comme tous ces militants, anonymes ou célèbres, qui refusent de se taire face à l’injustice. Leur arme ? La parole, encore et toujours. La parole qui dérange, qui bouscule, qui réveille.

Mais attention : la résistance ne doit pas se contenter de réagir. Elle doit proposer. Proposer une autre vision du monde, une autre façon de vivre ensemble. C’est tout le sens du projet de la France insoumise : une République sociale, écologique, démocratique, qui place l’humain au centre. Une République qui refuse les logiques de guerre, qui rejette le néolibéralisme prédateur, qui combat le racisme sous toutes ses formes.

Car le vrai combat, voyez-vous, n’est pas seulement contre CNews ou contre tel ou tel éditorialiste. C’est contre un système tout entier, un système qui a besoin de la haine pour prospérer. Un système qui divise pour mieux régner, qui exploite pour mieux dominer. Un système qui, depuis des siècles, broie les plus faibles au nom du profit et du pouvoir.

Ils nous parlent de liberté,
Mais c’est la liberté des vautours,
La liberté de ceux qui ont les dents longues
Et les poches pleines de sang.

Ils nous parlent de démocratie,
Mais c’est une démocratie de carton,
Une démocratie où l’on vote avec des bulletins
Et où l’on compte avec des cadavres.

Ils nous parlent de civilisation,
Mais c’est une civilisation de cannibales,
Une civilisation qui mange ses enfants
Et recrache leurs os.

Alors nous, les damnés de la terre,
Les sans-voix, les sans-grade,
Nous prenons la parole,
Nous prenons les rues,
Nous prenons l’espoir.

Car nous savons une chose :
La nuit est longue,
Mais le jour finit toujours par se lever.

Et ce jour-là,
Les vautours auront faim,
Les cannibales seront rassasiés,
Et la terre tournera enfin
Pour tous les hommes.

Analogie finale :

La machine tourne, grince, crache sa bile.
Des hommes en costume, bien peignés, bien rasés,
Y déversent leur venin avec des sourires de hyènes.
« Débat », qu’ils disent. « Liberté d’expression », qu’ils clament.
Mais nous, nous savons.
Nous savons que les mots sont des couteaux,
Que les phrases sont des cordes,
Que les discours sont des bûchers.
Nous avons vu ça avant,
Dans les livres d’histoire,
Dans les yeux de nos grands-parents.
Alors nous disons non.
Non à leur monde de haine,
Non à leur République de carton,
Non à leur humanité à géométrie variable.
Nous disons oui.
Oui à Bally Bagayogo,
Oui à la France insoumise,
Oui à cette humanité qui refuse de plier,
Qui refuse de se taire,
Qui refuse de mourir.
Car nous sommes les enfants de ceux qui ont résisté,
Les héritiers de ceux qui ont dit non,
Les porteurs de cette flamme qui jamais ne s’éteint.
Et cette flamme, voyez-vous,
Elle brûle plus fort que toutes leurs machines à haine.
Elle brûle pour un monde où plus personne
N’aura à demander la fermeture d’une chaîne
Parce qu’on y aura craché sur son humanité.
Elle brûle pour demain.



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