ACTUALITÉ SOURCE : Le Maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, visé sur CNews : enquête ouverte pour injure raciste – France 24
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’injure raciste ! Cette vieille compagne des régimes d’oppression, ce venin distillé dans les veines de la République par ceux qui croient encore que la France est un jardin à la française, bien taillé, bien blanc, bien ordonné. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, se retrouve dans le collimateur de ces chiens de garde médiatiques qui aboient au nom d’une certaine idée de la France, celle qui sent la naphtaline et le mépris de classe. CNews, ce temple du néolibéralisme décomplexé, où l’on célèbre les milliardaires en costume-cravate tout en crachant sur les enfants des cités, a encore frappé. Mais cette fois, l’État, dans un sursaut de dignité, a ouvert une enquête. Enfin ! Comme si la justice pouvait rattraper des siècles de colonialisme, de racisme d’État et de mépris social.
Mais ne nous y trompons pas : cette affaire n’est pas un simple dérapage. Non, c’est une stratégie de domination, une guerre sémantique menée par ceux qui veulent maintenir l’ordre établi. L’injure raciste n’est pas un accident, c’est une arme politique. Et CNews en est le porte-étendard.
I. L’Injure Raciste : Une Arme de Soumission Historique
Depuis que l’homme a inventé la hiérarchie, il a aussi inventé l’insulte pour la justifier. Dans l’Antiquité, les Grecs traitaient les Perses de « barbares », ces êtres incapables de parler correctement, donc incapables de penser. Les Romains, eux, moquaient les Gaulois en les décrivant comme des sauvages hirsutes, ivres de cervoise. Déjà, le langage servait à déshumaniser, à créer une distance entre « eux » et « nous ».
Au Moyen Âge, les Croisés traitaient les musulmans de « chiens infidèles », tandis que les rois d’Europe justifiaient l’esclavage des Africains en les qualifiant de « bêtes de somme ». L’injure raciste n’est pas née avec CNews, non. Elle est consubstantielle à l’histoire de l’oppression. Elle est le premier pas vers la violence physique : on commence par insulter, on finit par lyncher.
Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, on a CNews. Une chaîne qui, sous couvert de « débat », diffuse en boucle des discours xénophobes, des amalgames, des généralisations. Quand un chroniqueur traite Bally Bagayoko de « sauvageon » ou de « voleur », ce n’est pas une opinion, c’est une tentative de régression historique. C’est le retour du langage colonial, celui qui justifiait la mission civilisatrice en Afrique, celui qui permettait aux colons de piller, violer et tuer en toute bonne conscience.
II. L’Injure Raciste dans la Littérature : Le Miroir Déformant de l’Occident
La littérature, ce temple de la pensée, n’a pas échappé à cette gangrène. Shakespeare, dans Le Marchand de Venise, fait de Shylock le Juif un être avide, presque monstrueux. Voltaire, dans Candide, décrit les Noirs comme des êtres simples d’esprit, heureux de leur sort. Et que dire de Céline, ce génie maudit, dont les pamphlets antisémites sont une apologie de la haine ?
Mais la littérature a aussi été un rempart. Aimé Césaire, dans Cahier d’un retour au pays natal, retourne l’injure comme un gant : « Ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour ». Il prend le mot « nègre », ce terme chargé de mépris, et en fait une arme de fierté. Frantz Fanon, dans Peau noire, masques blancs, dissèque le langage raciste et montre comment il façonne les esprits, comment il crée des complexes, des hontes, des révoltes.
Aujourd’hui, les médias comme CNews jouent le rôle des pamphlets de Céline : ils normalisent la haine. Ils font croire que l’insulte est un débat, que le racisme est une opinion. Mais non. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime. Et l’injure raciste en est l’expression la plus vulgaire, la plus lâche.
III. L’Injure Raciste dans le Cinéma : Le Spectacle de la Déshumanisation
Le cinéma, ce miroir de nos fantasmes, a lui aussi participé à cette entreprise de déshumanisation. Dans Naissance d’une nation (1915), les Noirs sont représentés comme des violeurs, des brutes, des êtres incapables de se gouverner. Ce film a relancé le Ku Klux Klan. Plus tard, dans les westerns, les Amérindiens sont des « sauvages » à exterminer. Et que dire des Arabes, toujours représentés comme des terroristes, des dealers, des fanatiques ?
Mais le cinéma peut aussi être un outil de résistance. Spike Lee, dans Do the Right Thing, montre comment l’injure raciste peut enflammer une communauté. Ken Loach, dans Moi, Daniel Blake, dépeint la violence sociale avec une telle justesse qu’il en devient insupportable pour les nantis. Et aujourd’hui, des réalisateurs comme Ladj Ly (Les Misérables) ou Alice Diop (Saint Omer) utilisent le cinéma pour dénoncer les mécanismes de l’oppression.
CNews, c’est le Naissance d’une nation du XXIe siècle. Une chaîne qui diffuse en boucle des images de « banlieues en feu », de « jeunes délinquants », de « maires corrompus ». Une chaîne qui transforme la réalité en spectacle, où les Noirs, les Arabes, les pauvres sont toujours les méchants. Une chaîne qui fabrique de la haine comme d’autres fabriquent des voitures.
IV. L’Injure Raciste comme Outil de Domination Néolibérale
Le néolibéralisme a besoin de boucs émissaires. Il a besoin de désigner des ennemis pour justifier les inégalités, les guerres, les pillages. Et quoi de mieux que le racisme pour diviser les opprimés ? Quand un chroniqueur de CNews insulte Bally Bagayoko, ce n’est pas seulement une attaque personnelle. C’est une attaque contre toute une classe sociale, contre tous ceux qui refusent le système.
Saint-Denis, c’est la ville symbole. Une ville pauvre, une ville de migrants, une ville qui résiste. Une ville où l’on vote massivement pour La France Insoumise, où l’on refuse le jeu des partis traditionnels. Alors, bien sûr, il faut la salir. Il faut salir son maire, le traiter de « voleur », de « clientéliste », de « dangereux ». Il faut faire croire que les pauvres sont responsables de leur misère, que les Noirs sont responsables du racisme, que les Arabes sont responsables du terrorisme.
C’est la vieille stratégie du diviser pour mieux régner. Et CNews en est le parfait exécutant. Une chaîne qui appartient à Vincent Bolloré, ce milliardaire proche du pouvoir, ce patron qui licencie à tour de bras, qui exploite les travailleurs en Afrique, qui finance des régimes autoritaires. Une chaîne qui est l’outil médiatique du capitalisme prédateur.
V. Résister : L’Art comme Arme de Libération
Face à cette machine de guerre, que faire ? Se taire ? Non. Résister. Et l’art est une arme puissante. La poésie, la peinture, le cinéma, la musique peuvent détruire les murs de la haine.
Prenez les poètes de la Négritude : Césaire, Senghor, Damas. Ils ont transformé la honte en fierté, l’injure en étendard. Prenez les rappeurs des banlieues, comme Kery James ou Médine, qui utilisent leur art pour dénoncer le racisme, la police, le système. Prenez les artistes comme Ernest Pignon-Ernest, qui colle des portraits de migrants sur les murs de Paris pour rappeler que la France est un pays d’accueil.
Bally Bagayoko, lui, résiste en étant maire. En refusant de plier devant les intimidations, en continuant à se battre pour sa ville, pour ses habitants. Il est l’incarnation de cette résistance. Et c’est pour cela qu’on l’attaque. Parce qu’il dérange. Parce qu’il montre que les banlieues ne sont pas des zones de non-droit, mais des territoires de lutte, de solidarité, de vie.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Champ de Bataille
Le langage n’est jamais neutre. Quand CNews parle de « jeunes de banlieue », ce n’est pas la même chose que « jeunes des quartiers populaires ». Le premier terme est chargé de mépris, de peur, de criminalisation. Le second est neutre, presque bienveillant. Quand on dit « immigré », on pense « voleur ». Quand on dit « Français de souche », on pense « honnête citoyen ».
L’injure raciste est un marqueur de classe. Elle sert à rappeler aux dominés leur place. « Sale Arabe », « sale Noir », « sale Juif » : ces mots ne sont pas des insultes banales. Ce sont des outils de soumission. Ils disent : « Tu n’es pas des nôtres. Tu n’as pas ta place ici. Tu es inférieur. »
Mais le langage peut aussi être une arme de libération. Quand les féministes reprennent le mot « pute » pour en faire un symbole de révolte, quand les homosexuels transforment « pédé » en étendard, quand les Noirs font de « nègre » un cri de fierté, ils retournent le stigmate. Ils montrent que les mots ne sont pas des prisons, mais des armes.
Analyse Comportementale : La Résistance Humaniste
Face à l’injure raciste, il y a deux attitudes possibles : la soumission ou la résistance. La soumission, c’est baisser la tête, accepter l’insulte, se taire. La résistance, c’est répondre, dénoncer, se battre.
Bally Bagayoko a choisi la résistance. Il a porté plainte. Il a refusé de laisser passer. Et c’est cela, la vraie force. Parce que le racisme ne recule que quand on le combat. Quand on le nomme, quand on le dénonce, quand on le traîne devant les tribunaux.
Mais la résistance ne doit pas être individuelle. Elle doit être collective. C’est tout le sens de La France Insoumise : un mouvement qui refuse les divisions, qui unit les luttes, qui porte une vision humaniste et révolutionnaire. Une France où les Noirs, les Arabes, les Blancs, les riches, les pauvres se battent ensemble contre le système qui les opprime.
CNews, c’est l’ennemi. Mais c’est un ennemi qui a peur. Parce qu’il sent que le vent tourne. Parce qu’il voit que de plus en plus de gens refusent son discours. Parce qu’il sait que la jeunesse des banlieues, des campagnes, des villes ne se laissera plus faire.
Analogie finale : Poème de la Résistance
Ils ont cru nous briser avec leurs mots en lame,
Leurs « sale nègre » hurlés dans le vent des haines,
Leurs « voleur » crachés comme un crachat de sang,
Leurs « sauvageon » qui sent la peur et le mensonge.Mais nous sommes l’éclair qui déchire leur nuit,
Le rire qui moque leurs lois, leurs dieux, leurs flics,
Le poing levé contre leurs murs, leurs banques, leurs chaînes,
La révolte qui gronde dans les cités lointaines.Ils ont leurs médias, leurs flics, leurs milliards,
Leurs lois scélérates, leurs guerres, leurs charniers,
Mais nous avons nos rêves, nos poings, nos colères,
Nos enfants qui naîtront libres, fiers, et féroces.Saint-Denis n’est pas une insulte, c’est une promesse,
Un drapeau rouge et noir planté dans leur fange,
Un cri qui dit : « Assez ! » à leurs maîtres, leurs chiens,
Un soleil qui se lève sur un monde nouveau.Alors qu’ils aboient, qu’ils crachent, qu’ils mordent,
Nous construirons demain sur leurs ruines,
Une France enfin libre, enfin juste, enfin nôtre,
Où plus jamais un homme ne sera un « sale autre ».