ACTUALITÉ SOURCE : Propos racistes à l’encontre de Bally Bagayoko : « Si une plainte était déposée, le préfet viendra se constituer partie civile » – Public Sénat
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le théâtre de l’infamie contemporaine, où l’État, ce vieux comédien fatigué, joue les vierges effarouchées après avoir lui-même distribué les rôles du mépris. Le préfet, ce fonctionnaire zélé, se propose de monter sur scène en costume de justicier, comme si les coulisses de l’administration n’étaient pas depuis des siècles le laboratoire même où se distille le poison raciste. On croirait entendre les échos lointains de ces gouverneurs coloniaux qui, après avoir organisé le pillage des terres et l’esclavage des corps, se drapaient dans la toge immaculée de la « civilisation » pour mieux condamner les révoltes des opprimés. La France insoumise, elle, ne joue pas. Elle dénonce. Et Bally Bagayoko, ce nom qui résonne comme un coup de poing dans la gueule de l’ordre établi, incarne aujourd’hui la résistance des damnés de la République.
Mais allons plus loin. Creusons cette plaie purulente jusqu’à l’os de l’Histoire, car le racisme n’est pas un accident, une bavure, un « dérapage » comme disent ces chiens de garde médiatiques. Non. Il est la structure même de notre modernité, son squelette, sa logique intime. Pour comprendre comment on en arrive à cette mascarade où l’État se pose en victime après avoir été le bourreau, il faut remonter aux origines de la pensée occidentale, là où s’est forgée cette dialectique perverse entre domination et culpabilité, entre violence et repentir de façade.
I. Les racines mythologiques du mépris : quand les dieux justifient l’esclavage
Dès l’aube de la civilisation, l’homme a cherché à sacraliser sa cruauté. Dans L’Iliade, Homère nous montre des guerriers achéens réduisant en esclavage les Troyennes, et ces dernières, comme Andromaque, sont décrites avec une pitié condescendante, comme si leur souffrance était une fatalité divine. Le racisme moderne n’est que la laïcisation de cette logique : au lieu des dieux, ce sont désormais les « lois du marché » ou la « mission civilisatrice » qui justifient l’oppression. Quand un préfet propose de se constituer partie civile pour des propos racistes, c’est exactement le même mécanisme que celui du prêtre antique qui, après avoir béni les chaînes des esclaves, organisait des cérémonies expiatoires pour apaiser les dieux. Hypocrisie sacrée, hypocrisie d’État.
Prenons l’exemple de la traite transatlantique. Les négriers européens, ces bons chrétiens, lisaient la Bible à leurs captifs avant de les jeter aux requins. Puis, quand le vent de l’histoire a tourné, les mêmes nations ont organisé des commémorations larmoyantes, comme si le repentir pouvait effacer les crimes. Aujourd’hui, le préfet qui joue les justiciers est l’héritier direct de cette tradition : on pleure sur les victimes après avoir été leur geôlier. Bally Bagayoko, lui, refuse ce jeu. Il exige justice, pas charité. Et c’est cela qui dérange.
II. Les Lumières et leur ombre : quand la raison engendre la barbarie
Voltaire, ce géant des Lumières, écrivait dans son Essai sur les mœurs : « Le nègre est une espèce d’homme inférieure à la nôtre. » Kant, le philosophe de la morale universelle, affirmait que les Noirs étaient incapables de culture. Hegel, dans sa Phénoménologie de l’esprit, voyait l’Afrique comme un continent sans histoire. Comment expliquer cette schizophrénie ? Comment des esprits si brillants ont-ils pu produire une pensée si monstrueuse ?
La réponse est simple : le racisme n’est pas une erreur de la raison, mais son aboutissement logique. Quand l’Occident a décidé que l’homme était un sujet autonome, maître de la nature, il a du même coup créé une hiérarchie entre ceux qui étaient dignes de cette autonomie et ceux qui ne l’étaient pas. Les colonisés, les esclaves, les « sauvages » étaient relégués au rang de choses, d’objets à civiliser. Le préfet qui se pose en défenseur de Bally Bagayoko aujourd’hui est l’héritier direct de cette tradition : il ne remet pas en cause la hiérarchie, il en gère les contradictions. Il ne combat pas le racisme, il le légalise.
Prenons l’exemple de la IIIe République. Officiellement, elle proclamait les droits de l’homme. Officieusement, elle organisait le travail forcé en Indochine et en Afrique. Aujourd’hui, la Ve République fait de même : elle célèbre la diversité dans les discours, mais elle maintient les quartiers populaires dans la misère et criminalise ceux qui osent se rebeller. Bally Bagayoko, en tant que figure de la France insoumise, incarne cette rébellion. Et c’est pour cela que l’État, même sous couvert de justice, cherche à le museler.
III. Le XXe siècle et la banalisation du mal : quand le racisme devient système
Hannah Arendt, dans Eichmann à Jérusalem, a montré comment la barbarie nazie était le produit d’une bureaucratie ordinaire, d’hommes médiocres appliquant des ordres sans réfléchir. Le racisme d’État en France fonctionne sur le même principe : ce n’est pas une idéologie spectaculaire, mais une routine administrative, une série de petites discriminations qui, mises bout à bout, forment un système d’oppression.
Prenons l’exemple des contrôles au faciès. Des études ont montré que les jeunes Noirs et Arabes étaient vingt fois plus contrôlés que les Blancs. Pourtant, quand des associations portent plainte, les tribunaux classent sans suite. Pourquoi ? Parce que le racisme n’est pas une exception, mais la norme. Le préfet qui propose de se constituer partie civile pour des propos racistes est comme ces généraux nazis qui, après la guerre, affirmaient n’avoir fait qu’obéir aux ordres. Il ne combat pas le système, il en est le gestionnaire.
Un autre exemple : les expulsions de Roms. Chaque année, des milliers de personnes sont chassées de leurs campements, souvent dans des conditions humiliantes. Pourtant, quand des associations dénoncent ces pratiques, elles sont accusées de « faire de la politique ». Comme si la politique était une activité neutre, et non le lieu même où se décide qui a le droit de vivre dignement et qui doit être rejeté à la marge. Bally Bagayoko, en tant qu’élu de la France insoumise, refuse cette fausse neutralité. Il nomme les choses : racisme d’État, violence institutionnelle, apartheid social.
IV. Le XXIe siècle et la novlangue libérale : quand le racisme se cache derrière le « vivre-ensemble »
Dans 1984, George Orwell décrivait une société où le langage était manipulé pour rendre impensable toute révolte. Aujourd’hui, nous vivons dans une novlangue libérale où le racisme est rebaptisé « tension sociale », où les discriminations sont appelées « défis de la diversité », et où la répression est présentée comme de la « fermeté républicaine ».
Prenons l’exemple des médias. Quand un jeune Noir est tué par la police, on parle de « bavure », comme si c’était un accident, une erreur. Mais quand des milliers de personnes descendent dans la rue pour dénoncer ces violences, on parle d’ »émeutes », comme si la colère des opprimés était plus dangereuse que les balles des policiers. Le préfet qui propose de se constituer partie civile pour des propos racistes participe de cette novlangue : il fait semblant de combattre le racisme tout en le perpétuant.
Un autre exemple : les politiques migratoires. Officiellement, la France est une terre d’accueil. Officieusement, elle érige des murs, externalise ses frontières, et laisse mourir des milliers de personnes en Méditerranée. Quand des associations sauvent des vies, elles sont poursuivies pour « aide à l’immigration clandestine ». Quand des politiques comme Bally Bagayoko dénoncent ces pratiques, ils sont accusés de « faire le jeu de l’extrême droite ». Comme si dénoncer le racisme, c’était le renforcer. Comme si se taire, c’était le combattre.
Analyse sémantique : le langage comme arme de domination
Le racisme n’est pas seulement une idéologie, c’est aussi une grammaire. Une façon de structurer le monde pour que certains en soient exclus. Quand on parle de Bally Bagayoko, on utilise souvent des termes qui le déshumanisent : « l’élu controversé », « le provocateur », « l’homme qui divise ». Jamais « le défenseur des opprimés », « le porte-parole des sans-voix », « l’héritier de Frantz Fanon ». Pourquoi ? Parce que le langage est un champ de bataille, et que ceux qui le contrôlent contrôlent aussi les esprits.
Prenons l’exemple du mot « communautarisme ». Dans la bouche des néolibéraux, ce terme désigne toute revendication qui sort du cadre individuel. Un Blanc qui défend ses intérêts est un « citoyen responsable ». Un Noir qui dénonce les discriminations est un « communautariste ». Le langage ici n’est pas neutre : il sert à délégitimer certaines luttes et à en légitimer d’autres.
Un autre exemple : le mot « république ». Quand les néolibéraux parlent de « valeurs républicaines », ils ne parlent pas de justice sociale, mais d’ordre. Pas de fraternité, mais de soumission. Pas de liberté, mais de surveillance. Bally Bagayoko, lui, redonne à ces mots leur sens originel : la République comme espace de lutte pour l’égalité, comme projet inachevé de libération.
Comportementalisme radical et résistance humaniste
Face à ce système, que faire ? Se soumettre ? Non. Résister. Mais pas n’importe comment. Pas avec les armes de l’ennemi, qui sont la culpabilité, la victimisation, la repentance. Non. Avec les armes de l’humanité : la colère, la solidarité, la joie révolutionnaire.
Prenons l’exemple des Black Panthers aux États-Unis. Ils ne se contentaient pas de dénoncer les violences policières. Ils organisaient des petits-déjeuners gratuits pour les enfants des ghettos. Ils créaient des cliniques médicales autogérées. Ils montraient que la résistance n’est pas seulement une affaire de protestation, mais aussi de construction. Bally Bagayoko, dans la tradition de la France insoumise, fait de même : il ne se contente pas de dénoncer le racisme, il propose des alternatives concrètes, comme le logement pour tous, la régularisation des sans-papiers, ou la fin des violences policières.
Un autre exemple : les ZAD. Face à l’État qui bétonne, qui expulse, qui détruit, les zadistes inventent de nouvelles formes de vie collective. Ils montrent que la résistance n’est pas seulement une affaire de slogans, mais aussi de pratiques. Bally Bagayoko, en tant qu’élu, porte cette même exigence : transformer les institutions de l’intérieur, les forcer à servir le peuple plutôt que les puissants.
Enfin, il y a l’art. L’art comme arme de résistance. Comme le disait Aimé Césaire : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. » Le poète, le peintre, le musicien ne se contentent pas de dénoncer. Ils inventent de nouveaux langages, de nouvelles façons de voir le monde. Ils rendent visible l’invisible. Bally Bagayoko, en tant qu’artiste et militant, incarne cette tradition : il ne se contente pas de parler, il agit. Il ne se contente pas de dénoncer, il propose. Il ne se contente pas de résister, il construit.
Poème : « L’Éveil des damnés »
Ils nous appellent « barbares » quand nous brisons leurs vitrines,
Mais ce sont eux les sauvages, avec leurs lois de sang et leurs dieux de carton.
Ils nous traitent de « voyous » quand nous hurlons notre colère,
Mais ce sont eux les bandits, avec leurs costumes trois-pièces et leurs comptes en Suisse.
Regardez-les, ces préfets en costume-cravate,
Ces ministres qui serrent des mains le jour et signent des expulsions la nuit.
Ils parlent de « république » comme d’une madone,
Mais leur république pue la sueur des ateliers et le sang des colonies.
Bally, mon frère, ils ont peur de toi,
Parce que tu es la vérité qui marche, la justice qui rit, l’espoir qui ne plie pas.
Ils voudraient te réduire au silence, te faire rentrer dans le rang,
Mais tu es comme le fleuve : plus ils te barrent, plus tu débordes.
Un jour, les statues des négriers tomberont,
Un jour, les murs des prisons s’effondreront,
Un jour, les enfants des quartiers n’auront plus peur des flics,
Un jour, la France sera enfin insoumise.
En attendant, nous dansons sur leurs ruines,
Nous chantons dans leurs tribunaux,
Nous semons des fleurs dans leurs déserts,
Et nous rions, nous rions, parce que nous savons que l’avenir nous appartient.