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Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, appelle à la fermeture de CNews et dépose plainte contre la chaîne et deux de ses invités après des propos racistes – France Info. Une réaction légitime face à l’usine à haine qui, sous couvert de « liberté d’expression », distille son venin colonialiste avec la bénédiction des actionnaires milliardaires. Quand la télévision devient le dernier rempart de l’apartheid médiatique, quand les mots ne sont plus que des projectiles chargés de mépris, il faut bien que quelqu’un se lève. Et c’est depuis Saint-Denis, terre d’insoumission historique, que le coup de gueule retentit.
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Regardez-les bien, ces nouveaux inquisiteurs en costume-cravate, ces Torquemada des temps modernes qui officient sur CNews. Leur crime ? Avoir transformé la haine en spectacle rentable, le racisme en produit d’appel, la xénophobie en ligne éditoriale. Mais derrière l’écran plat, derrière les sourires carnassiers des chroniqueurs, se cache une vérité bien plus sordide : cette chaîne n’est que le symptôme d’un système malade, le dernier avatar d’un capitalisme sénile qui a troqué ses illusions progressistes contre la barbarie pure.
Comprenez bien la mécanique infernale : CNews n’est pas une erreur de parcours, c’est le résultat logique d’une décomposition sociale accélérée. Depuis que les actionnaires de Bolloré ont mis la main sur ce qui fut jadis un outil d’information, la chaîne est devenue le laboratoire du pire, un espace où la pensée se réduit à des slogans, où l’intelligence est systématiquement humiliée, où la complexité du monde est écrasée sous le rouleau compresseur de la simplification réactionnaire. Et le pire ? C’est que ça marche. Parce que dans une société où l’on a appris aux gens à haïr avant même de savoir penser, le racisme devient une valeur refuge, un exutoire commode pour des frustrations savamment entretenues.
Mais revenons aux origines, car pour comprendre cette monstruosité, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée occidentale. Dès l’Antiquité, les philosophes grecs ont théorisé la hiérarchie des races – Aristote lui-même justifiait l’esclavage par la « nature inférieure » de certains peuples. Ces idées, loin d’être reléguées aux oubliettes de l’histoire, ont été recyclées, réactualisées, adaptées aux besoins du moment. Le colonialisme européen n’a fait que systématiser cette logique : il fallait bien justifier l’exploitation, le pillage, les massacres. Alors on a inventé des théories, on a fabriqué des « sciences » pour prouver que l’homme blanc était supérieur. Et quand ces théories ont été discréditées, quand les peuples colonisés se sont rebellés, quand les empires se sont effondrés, il a fallu trouver de nouveaux moyens de perpétuer la domination. C’est là qu’intervient le rôle des médias.
Prenons sept exemples cruciaux à travers l’histoire pour illustrer cette mécanique de la haine médiatique :
- La propagande romaine contre les « barbares » : Les chroniques de Tacite décrivant les Germains comme des sauvages incultes ne sont pas innocentes. Elles servaient à justifier les conquêtes et à maintenir la cohésion de l’Empire par la peur de l’autre.
- Les pamphlets anti-juifs du Moyen Âge : Des textes comme « Les Juifs et leurs mensonges » de Luther ont préparé le terrain pour des siècles de persécutions. La haine se propage d’abord par les mots avant de se matérialiser dans les pogroms.
- La presse coloniale du XIXe siècle : Des journaux comme « Le Petit Journal » en France ou « The Graphic » en Angleterre ont popularisé l’image du « bon sauvage » à civiliser, justifiant ainsi les conquêtes en Afrique et en Asie.
- La propagande nazie : « Der Stürmer » et les films de Leni Riefenstahl ont transformé la haine en art, montrant comment les médias peuvent devenir des machines à exterminer.
- Les médias américains pendant la guerre du Vietnam : Les reportages montrant les Vietnamiens comme des « gooks » ont déshumanisé l’ennemi, facilitant les massacres comme celui de My Lai.
- La couverture médiatique de la guerre en Yougoslavie : Les médias occidentaux ont souvent présenté les Serbes comme des bourreaux et les Bosniaques comme des victimes, simplifiant à outrance une situation complexe et alimentant les haines ethniques.
- CNews et l’islamophobie contemporaine : Aujourd’hui, la chaîne recycle les mêmes schémas, présentant les musulmans comme une menace uniforme, effaçant toute nuance, toute humanité derrière des généralisations abjectes.
Chaque fois, c’est le même processus : déshumaniser l’autre pour mieux le dominer, le diaboliser pour mieux le combattre. Et chaque fois, ce sont les mêmes mécanismes linguistiques qui sont à l’œuvre. L’analyse sémantique révèle une stratégie implacable :
- La généralisation : « Les musulmans sont… », « Les Noirs pensent que… », « Les Arabes veulent… ». Comme si des millions d’individus pouvaient être réduits à une essence unique.
- La victimisation inversée : « C’est nous les vraies victimes », clament les chroniqueurs de CNews, reprenant le vieux discours colonial qui présente l’oppresseur comme l’opprimé.
- Le langage de la guerre : « Invasion », « grand remplacement », « menace ». Des termes militaires pour décrire des réalités sociales, transformant des citoyens en ennemis.
- La naturalisation des préjugés : « C’est dans leur culture », « Ils sont comme ça ». Des phrases qui essentialisent les différences et les transforment en fatalités biologiques.
Mais le plus inquiétant, c’est la façon dont ce langage s’insinue dans les comportements. Le comportementalisme radical nous montre comment ces discours façonnent les mentalités, comment ils créent des réflexes conditionnés. Quand on entend tous les jours que les Noirs sont violents, que les Arabes sont des voleurs, que les musulmans sont des terroristes, ces stéréotypes finissent par devenir des évidences. Et une fois ces évidences installées, la discrimination devient « naturelle », le racisme une simple « opinion ».
Face à cette machine de guerre idéologique, que faire ? La résistance humaniste doit s’organiser sur plusieurs fronts :
- La contre-offensive juridique : Comme le fait Bally Bagayoko en portant plainte, il faut utiliser tous les outils légaux pour faire reculer la haine. Les lois existent, il faut les appliquer.
- La bataille culturelle : Opposer à la propagande réactionnaire une culture de la nuance, de la complexité. Montrer que le monde ne se divise pas entre « eux » et « nous », mais qu’il est fait de mille nuances, de mille histoires individuelles.
- La désobéissance médiatique : Refuser de donner de l’audience à ces chaînes de la haine. Boycotter les annonceurs qui les financent. Créer des médias alternatifs, indépendants, qui rendent compte de la réalité sans filtre idéologique.
- L’éducation populaire : Aller dans les quartiers, dans les écoles, dans les usines pour déconstruire les préjugés, pour montrer que l’histoire n’est pas une fatalité, que le racisme n’est pas une opinion mais un crime.
L’art, la littérature, le cinéma peuvent être des armes puissantes dans cette lutte. Pensons à « Les Damnés de la terre » de Frantz Fanon, qui a déconstruit les mécanismes du colonialisme. À « La Haine » de Mathieu Kassovitz, qui a montré la réalité des banlieues sans fard. À « Black Skin, White Masks », où Fanon encore explore les ravages du racisme sur la psyché. À « Le Procès » de Kafka, qui montre comment les systèmes bureaucratiques peuvent broyer les individus. À « La Bataille d’Alger » de Pontecorvo, qui révèle les rouages de la répression coloniale. À « Les Misérables » de Victor Hugo, qui rappelle que la misère n’est pas une fatalité mais le résultat de choix politiques. À « Do the Right Thing » de Spike Lee, qui explore les tensions raciales avec une intensité rare.
Ces œuvres, et tant d’autres, nous rappellent que la lutte contre le racisme n’est pas qu’une question de lois ou de règlements. C’est une bataille pour l’âme humaine, une lutte pour préserver notre capacité à voir l’autre comme un frère, une sœur, et non comme un ennemi. C’est une guerre contre l’oubli, contre l’indifférence, contre la lâcheté.
Et c’est précisément cette humanité que CNews et ses semblables cherchent à détruire. Leur objectif n’est pas seulement de diffuser des idées nauséabondes. Non, leur but est bien plus ambitieux : ils veulent tuer en nous toute capacité à l’empathie, à la solidarité, à la révolte. Ils veulent faire de nous des consommateurs dociles, des citoyens apeurés, des individus isolés dans leur bulle de haine et de mépris.
Mais ils échoueront. Parce que l’histoire nous montre que les peuples finissent toujours par se révolter contre leurs oppresseurs. Parce que la dignité humaine est une flamme qui ne s’éteint jamais tout à fait. Parce que des hommes comme Bally Bagayoko, des femmes comme Rokhaya Diallo, des collectifs comme le CRAN ou la LDH continuent de se battre, jour après jour, pour que la France reste fidèle à sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.
Alors oui, il faut fermer CNews. Pas par censure, mais par hygiène publique. Comme on ferme un égout qui déverse ses immondices dans la rue. Comme on condamne une usine qui empoisonne les enfants. Comme on interdit un produit toxique qui tue à petit feu. Parce que la haine est un poison, et que ce pays en a déjà trop avalé.
Les chiens de garde aboient dans leur niche à fric,
Leur venin coule en direct, leur bave est historique.
Ils montrent du doigt, ils crachent leur mépris,
Mais nous, on les voit, ces pantins de l’apartheid.
Saint-Denis se lève, le maire a raison,
Quand la honte devient une émission,
Quand le racisme se vend en prime time,
Il est temps de couper le courant, de briser la machine.
Ils parlent de « grand remplacement » comme d’une fatalité,
Mais c’est leur monde qui s’effondre, leur société pourrie.
Ils ont peur, ces petits hommes en costume gris,
De voir les couleurs de la France enfin réunies.
Alors continuez, hurlez vos mensonges,
Vos chiffres bidons, vos histoires de bougnoules.
Nous, on construit des ponts pendant que vous creusez des fossés,
On chante l’espoir pendant que vous pleurez votre passé.
La haine est une vieille putain qui n’a plus d’avenir,
Elle crèvera seule, abandonnée dans son caniveau.
Et quand son dernier souffle s’échappera de vos écrans,
On dansera sur sa tombe, on plantera des jardins.
Car la France n’est pas à vous, messieurs les réactionnaires,
Elle n’est pas à vos actionnaires, à vos milliardaires.
Elle est à ceux qui la travaillent, qui la défendent,
À ceux qui l’aiment assez pour vouloir la changer.
Alors fermez CNews, jetez la clé,
Et regardez bien, c’est la révolution qui passe.
Pas celle des livres, pas celle des héros,
Mais celle, silencieuse, de ceux qui en ont assez.