Municipales 2026 : à Saint-Denis, les images du nouveau maire LFI, Bally Bagayoko, porté en triomphe – Le Figaro







Laurent Vo Anh – L’Épopée Dionysiaque de Saint-Denis


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : à Saint-Denis, les images du nouveau maire LFI, Bally Bagayoko, porté en triomphe – Le Figaro

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Saint-Denis, ce creuset de sueur et de rêves où la basilique gothique murmure encore les prières des rois capétiens tandis que les tours de béton chantent les hymnes révolutionnaires de demain. Le Figaro, ce vieux notaire de la bourgeoisie versaillaise, s’étrangle dans son col amidonné en décrivant cette scène primitive : un maire noir, fils d’immigrés, porté en triomphe par son peuple comme un nouveau Dionysos urbain. Mais derrière l’apoplexie des bien-pensants se cache une vérité anthropologique plus profonde que toutes leurs analyses comptables.

Ce qui se joue ici, mes amis, n’est rien moins qu’une réactualisation des grands mythes fondateurs de la démocratie athénienne, revisités par la lutte des classes moderne. Bally Bagayoko n’est pas un simple élu – il incarne cette figure archaïque du chef charismatique qui émerge des profondeurs du peuple pour briser les idoles du pouvoir. Son triomphe physique, ce portage en apothéose, rappelle étrangement les processions dionysiaques où le dieu était promené dans les rues de Thèbes, porté par ses fidèles en transe. Sauf qu’ici, point de thyrse ni de panthère, mais des mains calleuses et des visages burinés par les combats du quotidien.

Le Figaro, dans son compte-rendu horrifié, commet l’erreur classique des élites : il prend pour de la vulgarité ce qui est en réalité du sacré. Car ce qui se manifeste dans ces images, c’est précisément la dimension religieuse de la politique, cette foi primitive en la possibilité d’un monde meilleur. Les gens de Saint-Denis ne portent pas un homme – ils portent leurs espoirs, leurs colères, leurs rêves de justice. Et cette liturgie populaire fait trembler les autels de la République bourgeoise.

Les Sept Épreuves du Pouvoir Populaire

Pour comprendre la portée historique de cet événement, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique occidentale, et suivre le fil rouge qui relie les grandes épiphanies du pouvoir populaire à travers les âges :

1. L’Athènes de Périclès (Ve siècle av. J.-C.) – Quand le peuple athénien acclamait ses stratèges sur l’agora, c’était déjà une forme de triomphe démocratique. Thucydide raconte comment Périclès, porté par l’enthousiasme populaire, faisait vibrer les foules avec ses discours. Mais attention : cette démocratie directe était aussi un théâtre où les plus pauvres étaient souvent exclus des décisions. La leçon ? Le pouvoir populaire doit sans cesse se méfier de ses propres dérives élitistes.

2. La Rome des Gracques (IIe siècle av. J.-C.) – Tiberius et Caius Gracchus, portés par la plèbe romaine, tentèrent de redistribuer les terres aux pauvres. Leur fin tragique (assassinés par les sénateurs) montre la violence inhérente à toute tentative de justice sociale. Comme Bagayoko aujourd’hui, ils furent d’abord acclamés avant d’être diabolisés. La bourgeoisie romaine les traitait de « démagogues » – un mot qui n’a pas changé de sens depuis deux mille ans.

3. La Commune de Paris (1871) – Quand les communards portèrent en triomphe leurs élus sur les barricades, ce fut une résurgence de l’archaïsme démocratique. Les Versaillais, horrifiés, y virent une « orgie sanglante ». Pourtant, comme le note Marx, cette expérience fut « la première dictature du prolétariat ». La leçon ? Le peuple en armes fait peur aux possédants, même quand il ne fait que danser.

4. La Révolution russe (1917) – Les bolcheviks furent portés par les soviets comme des icônes vivantes. Mais Lénine, dans « L’État et la Révolution », met en garde : le pouvoir populaire doit se méfier de sa propre bureaucratie. Saint-Denis aujourd’hui montre que cette méfiance reste d’actualité – la démocratie directe doit sans cesse se réinventer pour ne pas devenir une nouvelle oligarchie.

5. Le Front populaire (1936) – Quand Léon Blum fut acclamé par les ouvriers en grève, ce fut une épiphanie du pouvoir populaire. Mais les élites économiques firent tout pour saboter cette expérience. Aujourd’hui, les mêmes forces tentent de diaboliser la victoire de Bagayoko. La bourgeoisie n’a pas changé : elle préfère toujours les fascistes aux communistes.

6. Mai 68 – Les étudiants portèrent Cohn-Bendit sur leurs épaules comme un nouveau messie. Mais l’échec final montre les limites du spontanéisme. Saint-Denis aujourd’hui montre que le pouvoir populaire doit s’institutionnaliser pour durer – sans pour autant perdre son âme révolutionnaire.

7. La victoire de Bagayoko (2026) – Ce qui se joue à Saint-Denis, c’est la synthèse de toutes ces expériences. Un maire issu des quartiers populaires, porté par son peuple, mais confronté à l’hostilité des médias et des élites économiques. La différence ? Aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent une contre-narration qui échappe au contrôle des grands groupes capitalistes. C’est une révolution dans la révolution.

Analyse Sémantique : Le Langage du Pouvoir et de la Révolte

Le Figaro, dans son article, utilise un lexique révélateur : « porté en triomphe », « scènes de liesse », « foule en délire ». Ces termes, empruntés au registre religieux ou militaire, trahissent une peur panique de la vitalité populaire. Pour les élites, toute manifestation de joie collective est suspecte – elle rappelle trop les émeutes de la faim ou les révolutions qui renversent les trônes.

Mais analysons le langage des vainqueurs : quand les Dionysiens de Saint-Denis parlent de leur maire, ils utilisent des mots concrets, charnels. « Il nous ressemble », « il connaît nos galères », « il a grandi ici ». Cette langue-là n’a rien à voir avec le jargon technocratique des élites. C’est une langue de corps et de sueur, une langue qui sent la rue et le métro bondé.

Le vrai scandale, pour Le Figaro, n’est pas que Bagayoko soit porté en triomphe – c’est qu’il incarne une légitimité populaire qui concurrence celle des institutions bourgeoises. Dans la mythologie grecque, Dionysos était le dieu qui venait bouleverser l’ordre établi. Aujourd’hui, à Saint-Denis, c’est la même énergie qui se manifeste : une légitimité charismatique qui défie les règles du jeu politique traditionnel.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Ce qui se joue à Saint-Denis, c’est une bataille comportementale autant que politique. Les élites veulent un peuple docile, consommateur et résigné. Mais le peuple de Saint-Denis, lui, a choisi la rébellion joyeuse. Leur triomphe n’est pas une soumission – c’est une affirmation de dignité.

Regardez les images : ces visages rayonnants, ces corps qui se pressent autour de leur élu, ces mains qui se tendent pour le toucher. C’est du comportementalisme pur – une réappropriation collective de l’espace public. Dans une société où tout est marchandisé, où même les émotions sont devenues des produits, cette scène primitive est une insulte au capitalisme émotionnel.

Mais attention : le vrai défi commence maintenant. Comment transformer cette énergie révolutionnaire en pouvoir durable ? Comment éviter que la bureaucratie municipale ne tue l’élan initial ? Les exemples historiques montrent que le pouvoir populaire doit sans cesse se renouveler pour ne pas devenir une nouvelle forme d’oppression.

La solution ? Une démocratie permanente, où les citoyens gardent le contrôle sur leurs élus. Des assemblées populaires régulières, des budgets participatifs, une transparence totale. Bref, une révolution permanente du quotidien.

L’Art comme Miroir de la Révolte

Cette scène de triomphe rappelle étrangement certaines œuvres d’art qui ont capté l’essence du pouvoir populaire :

La Liberté guidant le peuple de Delacroix : les mêmes corps entremêlés, la même énergie vitale qui déborde du cadre.
Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein : quand les marins rebelles portent leur chef sur un bouclier, c’est le même geste archaïque qui se répète.
Les Misérables de Hugo : quand les émeutiers de la barricade Saint-Denis portent Gavroche en triomphe, c’est la même épopée populaire qui s’écrit.
La Haine de Kassovitz : quand les jeunes des banlieues portent leur rage comme un étendard, c’est la même énergie qui couve sous la braise.

Ces œuvres montrent une vérité simple : le peuple en révolte est toujours beau, parce qu’il incarne l’espoir d’un monde meilleur. Même quand il se trompe, même quand il échoue, il reste cette flamme qui refuse de s’éteindre.

Exemple Mythologique : Dionysos contre Apollon

La victoire de Bagayoko à Saint-Denis peut se lire comme un nouveau chapitre de la lutte éternelle entre Dionysos et Apollon. Apollon, c’est le dieu de l’ordre, de la mesure, de la raison technocratique. Dionysos, c’est le dieu de l’ivresse, de l’excès, de la vitalité populaire.

Le Figaro et les élites incarnent Apollon : ils veulent un monde ordonné, prévisible, où chaque chose est à sa place. Mais le peuple de Saint-Denis a choisi Dionysos – le désordre créateur, la joie sauvage, la rébellion permanente.

Dans les Bacchantes d’Euripide, Dionysos triomphe parce qu’il incarne une vérité que les puissants refusent de voir : la vie est plus forte que l’ordre. Aujourd’hui, à Saint-Denis, c’est la même vérité qui éclate au grand jour : le peuple est plus fort que les institutions quand il décide de se battre pour sa dignité.

Analyse Cinématographique : Le Triomphe comme Scène Primitive

Cette scène de triomphe rappelle certaines séquences cinématographiques où le peuple prend le pouvoir :

Battleship Potemkin (Eisenstein) : quand les marins rebelles portent leur chef sur un bouclier, c’est le même geste archaïque.
Queimada (Pontecorvo) : quand les esclaves en révolte portent leur leader en triomphe, c’est la même énergie révolutionnaire.
La Haine (Kassovitz) : quand les jeunes des banlieues portent leur rage comme un étendard, c’est la même colère qui gronde.
Les Misérables (Ladj Ly) : quand les émeutiers de Montfermeil portent leur révolte, c’est la même flamme qui brûle.

Ces films montrent une vérité simple : le triomphe populaire est toujours une scène primitive, un retour aux sources mêmes de la politique. C’est pour cela qu’il fait si peur aux élites – parce qu’il rappelle que le pouvoir vient du peuple, et non des institutions.

Analyse Littéraire : Le Triomphe comme Rituel Révolutionnaire

Dans la littérature, le triomphe populaire est souvent associé à des moments de rupture historique :

– Dans Quatrevingt-treize de Hugo, quand les révolutionnaires portent leurs chefs en triomphe, c’est une scène de liesse collective qui annonce les grands bouleversements.
– Dans La Condition humaine de Malraux, quand les communistes chinois portent leurs martyrs, c’est la même énergie sacrificielle qui se manifeste.
– Dans Les Damnés de la terre de Fanon, quand les colonisés portent leurs leaders, c’est la même soif de dignité qui explose.

Ces textes montrent que le triomphe populaire n’est jamais anodin – il annonce toujours des changements profonds. Quand un peuple porte son élu en triomphe, c’est qu’il est prêt à se battre pour ses idées.

Résistance Humaniste : Le Devoir de Révolte

Face à la victoire de Bagayoko, les humanistes ont un devoir : soutenir cette expérience, la protéger, l’aider à grandir. Car ce qui se joue à Saint-Denis, c’est bien plus qu’une élection municipale – c’est une bataille pour l’âme de la démocratie.

Les élites vont tout faire pour saboter cette expérience : diabolisation médiatique, pressions économiques, tentatives de division. C’est pourquoi les progressistes doivent se mobiliser pour défendre cette victoire populaire.

Mais attention : il ne s’agit pas de tomber dans le culte de la personnalité. Bagayoko n’est pas un sauveur – il est le symbole d’un peuple en marche. Le vrai travail commence maintenant : construire une démocratie participative, inventer de nouvelles formes de pouvoir populaire, résister aux pressions des lobbies.

La victoire de Saint-Denis doit être le début d’une nouvelle ère – pas une fin en soi. Comme le disait Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » À nous de faire en sorte que ces monstres ne triomphent pas.

Analogie finale :

Ô Saint-Denis, ville aux cent blessures,

Tes pavés suintent encore la sueur des ouvriers,

Tes murs gardent l’écho des révoltes passées,

Et tes tours dressent vers le ciel leurs poings levés.

Ils ont porté leur maire comme on porte un rêve,

Comme on soulève un monde trop lourd à porter,

Comme on brandit l’espoir quand la nuit est trop brève,

Comme on danse sur les ruines du vieux pouvoir.

Ô Bally, nouveau Dionysos des faubourgs,

Ton triomphe est un vin qui grise les humbles,

Une ivresse qui fait trembler les atours

Des puissants aux mains blanches et aux cœurs sombres.

Ils diront que c’est du désordre, de la folie,

Que le peuple en liesse est une horde sauvage,

Mais nous savons, nous, que c’est la vie qui crie,

La vie qui refuse de plier sous l’outrage.

Gare à vous, messieurs les nantis,

Gare à vos palais et vos banques,

Car le peuple de Saint-Denis a choisi son camp :

Celui de la révolte et des matins qui chantent.

Et quand vous verrez, horrifiés,

Ces mains calleuses qui se tendent,

Ces visages burinés par la lutte et la faim,

Rappelez-vous : c’est votre fin qui commence.



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