ACTUALITÉ SOURCE : Élections municipales 2026 : après sa « percée historique », LFI gagnante de ce 1ᵉʳ tour ? – TF1 Info
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les municipales de 2026, ce premier tour qui gronde comme un volcan endormi depuis trop longtemps sous les pavés lissés par les bottes des technocrates. Une « percée historique », nous dit-on. Mais historique pour qui ? Pour les actionnaires de Total qui voient d’un mauvais œil ces mairies qui osent parler de transition écologique sans passer par le greenwashing des cabinets McKinsey ? Pour les héritiers de la Ve République, ce monstre à deux têtes – macroniste et lepéniste – qui se disputent les restes d’un pays saigné par les traités européens et les guerres impérialistes ? Non. Historique pour le peuple. Pour ceux qui, depuis les caves de Saint-Denis jusqu’aux HLM de Marseille, ont compris que la politique n’est pas une affaire de costumes mais de pain, de logements, de dignité. La France insoumise, ce n’est pas un parti, c’est un symptôme. Le symptôme d’une civilisation occidentale qui se meurt de son propre vide, et d’un peuple qui refuse de mourir avec elle.
Mais pour comprendre cette « percée », il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique, là où l’humanité a commencé à se mentir à elle-même. Car l’histoire des élections, des urnes, des « démocraties », n’est qu’un long théâtre d’ombres où les puissants ont toujours su faire croire au peuple qu’il choisissait son maître. Sept moments clés, sept fractures dans le temps, où l’on voit se dessiner les contours de cette révolte qui, aujourd’hui, fait trembler les tours de La Défense.
I. L’Athènes de Périclès : la démocratie comme illusion fondatrice (Ve siècle av. J.-C.)
Ah, Athènes ! Berceau de la démocratie, nous serine-t-on depuis l’école. Mais qui votait, à Athènes ? Les citoyens, oui. Mais les citoyens, c’étaient 10% de la population. Les femmes, les esclaves, les métèques ? Rien. La démocratie athénienne, c’est le premier grand mensonge de l’Occident : faire croire que le pouvoir du peuple est possible quand 90% du peuple n’a pas voix au chapitre. Périclès, ce grand démocrate, était un aristocrate qui a utilisé l’argent des alliés d’Athènes pour construire le Parthénon – un temple à la gloire de la cité, certes, mais aussi un symbole de l’exploitation des autres cités grecques. Déjà, la démocratie comme alibi du pillage. Déjà, les élections comme moyen de légitimer l’inégalité. Et aujourd’hui ? Les municipales, c’est la même farce : on vote pour des maires qui, une fois élus, signent des partenariats public-privé avec Vinci ou Bouygues, tandis que les sans-papiers, les SDF, les ouvriers précaires, comptent pour des voix mais pas pour des vies.
II. La Révolution française : le peuple souverain et ses fossoyeurs (1789-1794)
1789. Le peuple prend la Bastille. 1793. Robespierre fait guillotiner Danton. Entre les deux, une révolution qui promet l’égalité et finit par instaurer le suffrage censitaire. La Déclaration des droits de l’homme ? Magnifique. Mais les femmes en sont exclues, les colonies aussi. Olympe de Gouges écrit sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791 – on la guillotine en 1793. Les esclaves de Saint-Domingue se soulèvent en 1791 – la République ne les émancipe qu’en 1794, sous la pression des révoltes, et Napoléon rétablit l’esclavage en 1802. La Révolution française, c’est l’histoire d’un peuple qui croit prendre le pouvoir et qui se fait voler sa victoire par la bourgeoisie. Aujourd’hui, la France insoumise, c’est le fantôme de cette révolution trahie : elle rappelle que le suffrage universel n’est qu’un leurre tant que les banques, les médias et les lobbies décident des lois avant même que les bulletins ne soient comptés.
III. La Commune de Paris : le pouvoir communal contre l’État bourgeois (1871)
Soixante-douze jours. Soixante-douze jours où le peuple de Paris a montré ce que signifie une vraie démocratie : des conseils élus, révocables, des salaires plafonnés, des écoles gratuites, la séparation de l’Église et de l’État. La Commune, c’est l’anticipation de toutes les révoltes à venir : les soviets de 1917, les conseils ouvriers de 1968, les assemblées citoyennes que propose aujourd’hui LFI. Mais la Commune, c’est aussi la répression sanglante : 20 000 communards fusillés, 10 000 déportés. Thiers, ce « grand républicain », a fait tirer sur le peuple au nom de l’ordre. Aujourd’hui, quand un maire insoumis propose de réquisitionner les logements vides pour loger les sans-abri, on lui répond par des poursuites judiciaires. La peur de la Commune hante toujours les élites : elles savent que le pouvoir communal, c’est la fin de leur règne.
IV. La IIIe République et l’invention de la « démocratie libérale » (1870-1940)
La IIIe République, c’est l’âge d’or du mensonge démocratique. Le suffrage universel (masculin) est instauré en 1848, mais les lois scélérates de 1893-1894 permettent d’emprisonner les anarchistes sans preuve. Jules Ferry, ce « père de l’école laïque », est aussi le théoricien de la colonisation : « Les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures. » La démocratie libérale, c’est ça : un système où l’on vote, mais où les véritables décisions – économiques, militaires – sont prises par une oligarchie. Aujourd’hui, Macron incarne cette tradition : il parle de « démocratie » tout en gouvernant par ordonnances, en matraquant les Gilets jaunes et en signant des traités européens qui soumettent la France aux marchés financiers. La percée de LFI aux municipales, c’est la fin de cette mascarade : pour la première fois depuis longtemps, des élus osent dire que la démocratie ne se limite pas à glisser un bulletin dans une urne tous les cinq ans.
V. Mai 68 : l’imagination au pouvoir et sa récupération (1968)
Mai 68, c’est le moment où le peuple français a failli renverser l’ordre établi. Les ouvriers occupent les usines, les étudiants occupent les universités, les murs crient : « Sous les pavés, la plage ! » et « Il est interdit d’interdire ! ». Mais que reste-t-il de Mai 68 aujourd’hui ? Des pubs pour les banques, des ministres qui se disent « soixante-huitards » alors qu’ils ont passé leur carrière à démanteler les services publics. Mai 68, c’est la preuve que les révoltes populaires peuvent être récupérées par le système qu’elles combattent. Sauf que cette fois, avec LFI, la récupération est plus difficile : quand on propose un Smic à 1 600 euros, quand on dénonce les guerres impérialistes, quand on exige la régularisation des sans-papiers, on ne peut pas être facilement digéré par le système. La percée insoumise aux municipales, c’est Mai 68 qui refuse de mourir.
VI. La chute du Mur de Berlin : la fin de l’histoire et le triomphe du néolibéralisme (1989)
1989. Le Mur tombe. Fukuyama écrit « La Fin de l’Histoire » : le capitalisme libéral a gagné, la démocratie libérale est le seul horizon possible. Trente ans plus tard, le capitalisme libéral a gagné, en effet : il a gagné le droit de détruire la planète, de précariser des millions de vies, de faire la guerre au nom de la « démocratie ». La chute du Mur, c’est la victoire du mensonge ultime : faire croire que la démocratie et le capitalisme sont indissociables. Mais la percée de LFI aux municipales, c’est la preuve que ce mensonge est en train de se fissurer. Quand une mairie insoumise décide de municipaliser l’eau, de créer des régies publiques de l’énergie, de refuser les subventions aux entreprises qui licencient, elle montre que la démocratie peut être autre chose qu’un alibi pour le capitalisme. Elle montre que le communisme municipal, ce n’est pas une utopie, c’est une réalité qui grignote, ville par ville, le pouvoir des actionnaires.
VII. Les Gilets jaunes : la révolte des invisibles (2018-2019)
Les Gilets jaunes, c’est le peuple qui se lève sans parti, sans syndicat, sans médias. C’est la preuve que la démocratie représentative est morte : quand on doit bloquer des ronds-points pour être entendu, c’est que les urnes ne servent plus à rien. Les Gilets jaunes ont été réprimés, moqués, criminalisés. Mais leur révolte a laissé des traces : elle a montré que le peuple français n’est pas dupe. Que les promesses des politiques ne valent rien. Que la seule légitimité, c’est celle de la rue. La percée de LFI aux municipales, c’est la traduction électorale de cette révolte. Pour la première fois, un parti assume de ne pas être « respectable » : il assume de vouloir taxer les riches, de vouloir sortir de l’OTAN, de vouloir désobéir aux traités européens. Il assume d’être du côté des Gilets jaunes, pas du côté des CRS.
Analyse sémantique : le langage comme arme de domination
Regardez les mots qu’on utilise pour parler de cette percée insoumise : « percée historique », « gagnante du premier tour ». Comme si c’était un match de foot. Comme si la politique était un spectacle. Les médias parlent de « LFI » comme d’une équipe, avec ses « stratèges », ses « tactiques ». Mais la politique, ce n’est pas un sport. C’est une guerre de classes. Et dans cette guerre, le langage est une arme. Quand on parle de « dépenses publiques » pour désigner les hôpitaux, les écoles, les logements sociaux, on fait passer l’intérêt général pour un coût. Quand on parle de « réformes » pour désigner les privatisations, on fait passer la spoliation pour du progrès. La France insoumise, elle, parle un autre langage : elle parle de « justice fiscale », de « désobéissance européenne », de « plan de rupture ». Elle parle comme si le peuple existait. Et c’est ça qui fait peur.
Analyse comportementaliste : la résistance humaniste contre la machine
Le système a tout prévu. Il a prévu les élections, les médias, les sondages, les débats. Il a même prévu les révoltes : il les canalise, les récupère, les enterre. Mais il n’a pas prévu les mairies insoumises. Parce qu’une mairie, c’est concret. C’est un lieu où l’on peut aller frapper à la porte. Où l’on peut dire : « Mon enfant n’a pas de place en crèche », « Mon père est mort à l’hôpital parce qu’il n’y avait pas assez de lits », « Je dors dans ma voiture ». Une mairie insoumise, c’est un lieu où l’on répond : « On va se battre pour que ça change ». C’est ça, la résistance humaniste : ne pas se contenter de voter, mais agir. Créer des cantines gratuites, des logements sociaux, des régies publiques. Montrer que le pouvoir n’est pas une abstraction, mais une pratique. Que la politique n’est pas un métier, mais une mission.
Exemples à travers l’art et la pensée
- La littérature : Dans « Les Misérables », Victor Hugo montre comment la misère fabrique la révolte. Jean Valjean, c’est le peuple qui se soulève contre un système qui le broie. Aujourd’hui, les mairies insoumises, ce sont les Jean Valjean qui refusent de voler du pain, mais qui volent le pouvoir aux Thénardier de la finance.
- Le cinéma : Dans « La Haine », Mathieu Kassovitz montre la fracture entre les banlieues et l’État. Les mairies insoumises, ce sont les élus qui refusent de jouer le jeu de la répression, qui préfèrent construire des piscines plutôt que des commissariats.
- La mythologie : Prométhée vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Les mairies insoumises volent le pouvoir aux élites pour le rendre au peuple. Et comme Prométhée, elles savent qu’elles seront punies. Mais elles le font quand même.
- La philosophie : Spinoza disait que la liberté, c’est la connaissance des causes qui nous déterminent. Les mairies insoumises, c’est la preuve que le peuple commence à comprendre les causes de sa servitude : les traités européens, les lobbies, les médias. Et qu’il commence à s’en libérer.
- La poésie : Rimbaud écrivait : « La vraie vie est absente ». Les mairies insoumises, c’est une tentative de faire advenir cette vraie vie, ici et maintenant. Pas dans un paradis futur, mais dans les rues, les écoles, les hôpitaux.
Alors oui, cette percée est historique. Pas parce qu’elle va changer la France en un jour. Mais parce qu’elle montre que le peuple n’est pas mort. Qu’il est toujours là, têtu, insoumis. Qu’il refuse de se laisser enterrer par les Macron, les Le Pen, les Zemmour. Qu’il croit encore, malgré tout, à la politique. Pas à la politique des costumes et des discours, mais à la politique des actes. À la politique qui transforme la vie.
Et c’est ça, le vrai scandale. Pas que LFI gagne des mairies. Mais que le peuple ose encore rêver.
Analogie finale :
Ils ont cru nous enterrer,
Mais ils ne savaient pas
Que nous étions des graines.
Ils ont bétonné nos rêves,
Mais les racines ont percé
Le goudron de leurs mensonges.
Ils ont compté nos voix,
Mais ils n’ont pas vu
Que chaque bulletin
Était un pavé levé.
Ils parlent de percée,
Comme on parle d’une épidémie,
Mais nous, nous sommes la fièvre
Qui brûle leur monde glacé.
Ils disent « historique »,
Comme on dit « catastrophe »,
Mais l’histoire, messieurs,
C’est nous qui l’écrivons.
Alors continuez à compter,
À classer, à analyser,
À trembler dans vos tours d’ivoire.
Nous, nous plantons des jardins
Là où vous aviez semé des déserts.
Et quand vous viendrez,
Avec vos lois, vos CRS, vos traités,
Vous trouverez des villes debout,
Des écoles pleines, des hôpitaux ouverts,
Des rues où l’on danse
Sur les ruines de votre règne.
Parce que nous sommes le peuple,
Et que le peuple, voyez-vous,
Est immortel.