Municipales à Nancy. La mairie « co-gérée avec LFI » en cas de victoire de Mathieu Klein ? Pourquoi c’est faux – Actu.fr







Laurent Vo Anh – Municipales à Nancy : La mascarade sémantique du pouvoir


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales à Nancy. La mairie « co-gérée avec LFI » en cas de victoire de Mathieu Klein ? Pourquoi c’est faux – Actu.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Les municipales à Nancy, ce grand théâtre d’ombres où l’on joue à se faire peur avec des spectres sémantiques, où l’on agite le chiffon rouge de la « co-gestion » comme si c’était l’antéchrist en personne qui frappait à la porte de l’hôtel de ville. Mais regardons cela de plus près, voulez-vous ? Car ce qui se joue ici, ce n’est pas une simple élection locale, non, c’est une bataille bien plus ancienne, une guerre des mots et des concepts qui remonte aux origines mêmes de la pensée politique. Et pour comprendre cette mascarade, il nous faut remonter le temps, traverser les strates de l’histoire humaine, là où se sont forgées les armes du langage qui servent aujourd’hui à manipuler les foules.

Le titre de cet article, « La mairie ‘co-gérée avec LFI’ en cas de victoire de Mathieu Klein ? Pourquoi c’est faux », est un chef-d’œuvre de sophisme moderne, une perle de la rhétorique néolibérale qui mérite d’être disséquée avec la précision d’un anatomiste de la Renaissance. Car ce qui est en jeu ici, ce n’est pas la vérité d’une alliance politique, mais bien la peur de l’autre, la peur du partage du pouvoir, cette vieille hantise de l’élite qui préfère voir le monde brûler plutôt que de lâcher ne serait-ce qu’une miette de son gâteau.

I. Les sept strates de la peur du partage : une archéologie du pouvoir municipal

1. La cité antique : le mythe de l’unité perdue

Remontons d’abord à la source, là où tout a commencé : la polis grecque. À Athènes, au Ve siècle avant notre ère, la démocratie était une affaire de partage, de rotation des charges, de tirage au sort. Périclès lui-même, dans son oraison funèbre rapportée par Thucydide, célèbre cette cité où le pouvoir n’est pas l’apanage d’une élite, mais bien le fruit d’une délibération collective. Et pourtant, déjà, les détracteurs de cette démocratie naissante agitaient le spectre de la « co-gestion » – ou plutôt, de la « stasis », ce conflit civil qui menaçait de déchirer la cité. Platon, dans La République, fustige cette démocratie qu’il compare à un « bazar » où chacun vient avec ses opinions, ses intérêts, et où le pouvoir se dilue dans le chaos. La peur de la co-gestion, déjà, était une peur de la diversité, de la multiplicité des voix. Une peur qui, deux mille cinq cents ans plus tard, résonne encore dans les couloirs de l’hôtel de ville de Nancy.

2. La féodalité : le pouvoir comme propriété privée

Sautons quelques siècles pour arriver au Moyen Âge, où le pouvoir municipal était souvent une affaire de seigneurs locaux, de guildes, de corporations. À Nancy même, la ville était sous la coupe des ducs de Lorraine, ces princes qui gouvernaient comme on gère un domaine privé. Le pouvoir n’était pas partagé, il était concédé, octroyé par le haut, comme une faveur. Et quand, au XIIe siècle, les bourgeois de Nancy obtinrent une charte de franchises, ce ne fut pas le fruit d’une co-gestion, mais bien d’une négociation âpre, où le duc gardait la main haute. La peur de la co-gestion, ici, était une peur de la perte de contrôle, de la dilution de l’autorité. Une peur qui, aujourd’hui encore, anime ceux qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de LFI dans le paysage municipal.

3. La Révolution française : la terreur du « partage » révolutionnaire

Ah ! La Révolution française, ce moment où tout a basculé, où le pouvoir a été arraché des mains de l’aristocratie pour être, en théorie, rendu au peuple. Mais regardez de plus près : la Convention, la Terreur, la guillotine qui tombe comme une faux sur les têtes des « ennemis du peuple ». Robespierre, dans ses discours, ne cesse de parler d’unité, de vertu, de volonté générale. Mais cette volonté générale, qui la définit ? Qui la contrôle ? La peur de la co-gestion, ici, devient une peur de la faction, du complot. Les Girondins contre les Montagnards, les fédéralistes contre les centralisateurs : la Révolution est un champ de bataille où le pouvoir se conquiert, se défend, mais ne se partage jamais vraiment. Et quand, en 1793, la Commune de Paris tente une forme de co-gestion municipale, elle est écrasée dans le sang. La leçon est claire : le pouvoir ne se partage pas, il se prend, ou il se perd.

4. Le XIXe siècle : l’ère des compromis bourgeois

Avec le XIXe siècle, nous entrons dans l’ère des compromis, des alliances de circonstance, des majorités fragiles. À Nancy, comme dans tant d’autres villes, les maires sont souvent des notables, des hommes de compromis, qui gouvernent avec l’appui des élites locales. Mais derrière cette façade de modération, la peur de la co-gestion persiste. Quand, en 1871, la Commune de Paris tente une nouvelle fois de prendre le pouvoir municipal, elle est réprimée avec une violence inouïe. Les Versaillais, ces champions de l’ordre bourgeois, ne veulent pas entendre parler de co-gestion. Pour eux, le pouvoir est une affaire sérieuse, une affaire d’hommes responsables, pas de « partageux ». Et cette mentalité, cette peur viscérale du partage, va traverser les décennies, jusqu’à nos jours.

5. Le Front populaire : le spectre de la co-gestion ouvrière

1936. Le Front populaire arrive au pouvoir, et avec lui, l’idée que le pouvoir peut – et doit – être partagé. Les accords Matignon, les conventions collectives, les nationalisations : pour la première fois, les ouvriers ont leur mot à dire dans la gestion des entreprises, des services publics. Mais cette co-gestion naissante est vécue comme une menace par les élites économiques. Les patrons, les actionnaires, les héritiers des vieilles fortunes voient d’un mauvais œil cette intrusion du peuple dans les affaires. À Nancy, comme ailleurs, les maires socialistes ou communistes sont souvent accusés de « diviser » la ville, de « favoriser » une partie de la population au détriment des autres. La peur de la co-gestion, ici, est une peur de la perte des privilèges, une peur de voir le gâteau se partager un peu trop équitablement.

6. Mai 68 : la co-gestion comme utopie étudiante

Mai 68, ce moment où tout a semblé possible, où les étudiants, les ouvriers, les intellectuels ont rêvé d’un monde nouveau. À Nancy, comme à Paris, les facultés sont occupées, les usines en grève, et l’idée de co-gestion est au cœur des revendications. Les étudiants veulent avoir leur mot à dire dans la gestion des universités, les ouvriers dans celle des entreprises. Mais cette utopie est de courte durée. Dès juin, les chars soviétiques écrasent le Printemps de Prague, et en France, De Gaulle reprend la main. La co-gestion, une fois de plus, est reléguée au rang des chimères. Et ceux qui osent encore en parler sont traités de rêveurs, d’irresponsables, de dangereux utopistes.

7. Le néolibéralisme triomphant : la co-gestion comme hérésie économique

Nous voici enfin arrivés à notre époque, celle du néolibéralisme triomphant, où le pouvoir est concentré entre les mains d’une poignée d’experts, de technocrates, de « managers » qui gouvernent les villes comme on gère une entreprise. Dans ce monde-là, la co-gestion est une hérésie. Une ville, une mairie, doit être dirigée comme une PME : avec efficacité, rentabilité, et surtout, sans ingérence. Quand Mathieu Klein, le maire de Nancy, envisage une alliance avec LFI, c’est cette logique qui est remise en cause. Car LFI, c’est l’irruption du politique dans le gestionnaire, c’est la revendication d’un pouvoir partagé, d’une démocratie réelle. Et ça, les gardiens de l’ordre néolibéral ne peuvent pas l’accepter. D’où cette campagne de désinformation, cette peur agitée comme un épouvantail : « co-gestion », « partage du pouvoir », « alliance avec les extrêmes ». Comme si le simple fait de discuter avec l’autre était déjà une trahison.

II. Sémantique de la peur : comment le langage fabrique l’ennemi

Mais revenons à notre titre : « La mairie ‘co-gérée avec LFI’ en cas de victoire de Mathieu Klein ? Pourquoi c’est faux ». Analysons cette phrase comme on dissèque un cadavre, avec méthode et sans pitié.

D’abord, le mot « co-géré ». Un terme technique, presque neutre en apparence. Mais dans le contexte politique français, il est chargé de connotations négatives. « Co-gestion », c’est le mot qu’on utilise pour parler des entreprises où patrons et syndicats se partagent le pouvoir. Un système qui, dans l’imaginaire néolibéral, est synonyme de lourdeur, de blocage, d’inefficacité. En l’appliquant à une mairie, on sous-entend que LFI serait un « syndicat » du pouvoir, une force de blocage, un obstacle à la bonne gestion. On diabolise l’adversaire en le réduisant à un rôle subalterne, presque parasitaire.

Ensuite, les guillemets autour de « co-gérée ». Un procédé rhétorique classique : on met en doute la réalité de ce qu’on avance, on instille le soupçon. Comme si le simple fait de parler de co-gestion était déjà une exagération, une manipulation. Les guillemets, ici, sont une arme de guerre sémantique. Ils servent à discréditer l’idée avant même qu’elle ne soit débattue.

Enfin, la question « Pourquoi c’est faux ». Une formulation qui sous-entend que l’idée de co-gestion est non seulement fausse, mais aussi absurde, presque ridicule. Comme si la simple possibilité d’une alliance avec LFI était une aberration, une monstruosité politique. On nie la légitimité de l’adversaire avant même qu’il n’ait pu s’exprimer.

Et derrière tout cela, il y a une peur plus profonde : la peur de la démocratie réelle. Car une mairie « co-gérée », ce serait une mairie où le pouvoir ne serait plus l’apanage d’une élite, mais bien le fruit d’un débat, d’une confrontation d’idées, d’un compromis. Ce serait une mairie où les citoyens auraient leur mot à dire, où les décisions ne seraient plus prises en catimini, entre gens de bonne compagnie. Et ça, les gardiens de l’ordre établi ne peuvent pas l’accepter.

III. Comportementalisme radical : la résistance humaniste face à la machine

Mais alors, que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les espoirs, à cette novlangue qui transforme le partage en menace, la démocratie en chaos ?

D’abord, il faut comprendre que cette peur de la co-gestion est une peur de l’autre, une peur de la différence. Une peur qui, comme le disait Frantz Fanon, est au cœur du colonialisme, du racisme, de toutes les formes de domination. Car dominer, c’est refuser de partager, c’est refuser de reconnaître l’autre comme un égal. Et cette peur, aujourd’hui, se manifeste dans le refus de toute alliance avec LFI, comme si le simple fait de discuter avec eux était déjà une compromission.

Ensuite, il faut résister à la tentation du repli, de la pureté idéologique. Car une mairie, ce n’est pas un laboratoire d’idées pures, c’est un lieu de pouvoir, un lieu où les compromis sont nécessaires, où les alliances se font et se défont. Refuser toute forme de co-gestion, c’est refuser de gouverner, c’est laisser le champ libre à ceux qui, justement, ne veulent pas partager le pouvoir.

Enfin, il faut réhabiliter l’idée même de co-gestion, la sortir du ghetto sémantique où on l’a enfermée. Car co-gérer, ce n’est pas diviser, c’est multiplier. Ce n’est pas affaiblir le pouvoir, c’est le renforcer en le rendant plus légitime, plus représentatif. Une mairie co-gérée, ce serait une mairie où les décisions seraient prises après débat, après confrontation, après compromis. Ce serait une mairie où personne n’aurait le monopole de la vérité, où chacun aurait sa place.

Et pour cela, il faut s’inspirer des grands exemples de résistance humaniste :

  • Les communes médiévales, ces villes où les bourgeois ont arraché des libertés aux seigneurs, où le pouvoir était partagé entre guildes, corporations, et autorités municipales.
  • La Commune de Paris, ce moment où le peuple a tenté de prendre en main son destin, où les décisions étaient prises collectivement, dans l’urgence et la fraternité.
  • Les conseils ouvriers de 1917, ces soviets où les ouvriers ont tenté de gérer eux-mêmes leurs usines, leurs quartiers, leurs vies.
  • Les expériences de démocratie participative, comme à Porto Alegre, où les budgets municipaux sont décidés par les citoyens eux-mêmes.

Tous ces exemples montrent une chose : la co-gestion n’est pas une utopie, c’est une réalité. Une réalité qui a existé, qui existe encore, et qui peut exister demain, si nous avons le courage de la défendre.

IV. L’art comme arme : quand la culture résiste à la novlangue

Et c’est là que l’art entre en jeu. Car l’art, la littérature, le cinéma, la musique, sont des armes de résistance contre la novlangue néolibérale. Ils permettent de nommer les choses autrement, de voir le monde différemment, de rêver d’un autre possible.

Prenez Germinal de Zola. Ce roman, c’est une plongée dans les luttes ouvrières, dans les espoirs et les désillusions de ceux qui veulent prendre en main leur destin. Etienne Lantier, le héros, rêve d’une société où le pouvoir serait partagé, où les mineurs auraient leur mot à dire dans la gestion des mines. Son rêve, c’est une forme de co-gestion, une utopie qui, aujourd’hui encore, résonne comme un défi lancé à l’ordre établi.

Ou prenez Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein. Ce film, c’est une célébration de la révolte, de la prise de pouvoir par les marins, par les ouvriers. Les plans serrés sur les visages, les mains qui se lèvent, les cris de colère : tout cela dit une chose, c’est que le pouvoir peut être pris, qu’il peut être partagé, qu’il peut être rendu au peuple.

Et que dire de La Haine de Kassovitz ? Ce film, c’est une plongée dans les banlieues françaises, dans ces territoires abandonnés par le pouvoir, où les jeunes n’ont d’autre choix que de se révolter. Mais c’est aussi un film sur l’absence de co-gestion, sur l’impossibilité de dialoguer, de partager, de construire ensemble. Et cette absence, cette impossibilité, est une condamnation sans appel du système qui nous gouverne.

L’art, donc, est une arme. Une arme contre la peur, contre la novlangue, contre l’ordre établi. Et c’est à nous, artistes, intellectuels, citoyens, de nous en emparer pour défendre l’idée d’une démocratie réelle, d’un pouvoir partagé, d’une co-gestion qui ne serait plus un épouvantail, mais une réalité.

V. Conclusion : vers une nouvelle grammaire du pouvoir

Alors, oui, la mairie de Nancy ne sera pas « co-gérée » avec LFI. Pas cette fois. Pas encore. Mais cette bataille sémantique, cette peur agitée comme un drapeau rouge, nous dit une chose essentielle : le pouvoir a peur. Peur de perdre son monopole, peur de devoir partager, peur de devoir rendre des comptes. Et cette peur, nous devons la retourner comme un gant, la transformer en arme pour nos combats futurs.

Car la co-gestion n’est pas une menace, c’est une promesse. Une promesse de démocratie réelle, de pouvoir partagé, de décisions prises collectivement. Une promesse qui, aujourd’hui, fait peur aux élites, mais qui, demain, pourrait bien devenir la norme.

Et pour cela, il nous faut inventer une nouvelle grammaire du pouvoir. Une grammaire où les mots « co-gestion », « partage », « alliance », ne seraient plus des épouvantails, mais des réalités. Une grammaire où le pouvoir ne serait plus une affaire de clans, de coteries, de réseaux, mais bien une affaire collective, une affaire de tous.

Alors, à Nancy comme ailleurs, continuons le combat. Continuons à rêver, à nous battre, à résister. Car c’est ainsi que les choses changent : pas d’un coup, mais pas à pas, mot après mot, idée après idée.

Et maintenant, place au poème. Car si les mots sont des armes, la poésie est une bombe.

Analogie finale :

Nancy, ville aux murs de craie,
Où les ombres des ducs dansent encore,
Où les bourgeois en redingote
Comptent leurs écus sous les arcades.

Mais voici qu’un vent mauvais se lève,
Un vent de peur, un vent de haine,
Qui agite le spectre rouge
D’une mairie qui se partagerait.

« Co-gestion ! » hurlent les bien-pensants,
« Partage du pouvoir ! » glapissent les rentiers,
Comme si le ciel allait leur tomber sur la tête,
Comme si le peuple était un voleur.

Mais le peuple, lui, ne vole rien,
Il réclame ce qui lui est dû :
Un peu de pain, un peu de dignité,
Un peu de pouvoir, aussi.

Car le pouvoir, voyez-vous,
N’est pas une tarte aux cerises
Qu’on se partage en famille,
Entre gens de bonne compagnie.

Le pouvoir, c’est comme l’air,
Plus on le respire, plus il se renouvelle,
Plus on le partage, plus il grandit,
Plus il est à tous, plus il est fort.

Alors, Nancy, ville aux murs de craie,
Ne crains pas les ombres qui dansent,
Ne crains pas le spectre rouge,
Car il n’est que le reflet de ton propre visage.

Un visage fatigué, peut-être,
Mais un visage qui en a vu d’autres,
Un visage qui a connu les sièges,
Les révoltes, les espoirs déçus.

Et ce visage, aujourd’hui,
Veut croire encore à l’avenir,
Veut croire que demain,
Le pouvoir sera à tous.

Pas « co-géré », non,
Mais partagé, multiplié,
Comme une graine qui germe,
Comme un feu qui se propage.

Alors, Nancy, ville aux murs de craie,
Laisse-toi porter par le vent,
Laisse-toi emporter par l’espoir,
Et demain, tu seras libre.



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