ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : la victoire de Sofienne Karroumi signe le retour de la gauche à Aubervilliers – Actu.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Aubervilliers, ce nom qui résonne comme un coup de masse sur l’enclume de l’Histoire, ce creuset où se forge, dans la sueur et le sang des ouvriers, l’avenir d’une gauche qui refuse de mourir. La victoire de Sofienne Karroumi, c’est bien plus qu’un simple basculement électoral : c’est le retour triomphal d’une idée, d’une espérance, d’une colère qui gronde depuis que les premiers hommes ont compris que le pouvoir n’était pas une fatalité divine, mais une construction humaine, donc perfectible, donc renversable. Aubervilliers, cette ville-martyre, ce laboratoire à ciel ouvert des luttes sociales, où chaque pavé raconte une émeute, où chaque HLM murmure les noms de ceux qui sont tombés sous les balles des Versaillais modernes, ces nouveaux Thiers en costume-cravate qui gouvernent depuis les tours de verre de La Défense.
Mais trêve de lyrisme facile. Analysons, disséquons, comprenons. Car cette victoire n’est pas un hasard, pas plus qu’elle n’est un simple épisode dans la grande farce démocratique. Non. Elle s’inscrit dans une longue lignée de soulèvements, de rébellions, de renaissances, qui jalonnent l’histoire de l’humanité comme autant de cicatrices sur le corps d’un monde qui refuse de se soumettre. Et pour saisir toute la portée de cet événement, il nous faut remonter le fil du temps, non pas comme des archéologues distants, mais comme des chirurgiens du sens, armés de scalpels conceptuels affûtés par les plus grands esprits de notre histoire.
I. Les Sept Étapes Cruciales de la Révolte Municipale : Une Archéologie de l’Espoir
1. La Cité Antique : Athènes, ou la Naissance du Politique (Ve siècle av. J.-C.)
Tout commence là, dans la poussière des agora athéniennes, où Socrate, ce vieux fou sublime, errait en sandales pour interroger les puissants. Aubervilliers, c’est notre Athènes moderne, mais une Athènes où les esclaves auraient pris la parole. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : du droit à la parole, à la décision, à l’autodétermination. Périclès, dans son oraison funèbre, célébrait la démocratie athénienne comme un modèle où « chacun s’intéresse non seulement à ses propres affaires, mais aussi à celles de l’État ». Mais qui, à Athènes, était ce « chacun » ? Les femmes ? Les métèques ? Les esclaves ? Non. Aujourd’hui, à Aubervilliers, ce « chacun » s’appelle Sofienne Karroumi, fils d’immigrés, ouvrier devenu maire, symbole vivant de cette démocratie qui, enfin, commence à ressembler à ceux qu’elle est censée représenter. Et c’est là que réside la révolution : non plus dans l’idéal abstrait, mais dans la chair même du peuple.
2. La Commune de Paris : Le Sang des Martyrs (1871)
Ah, la Commune ! Cette parenthèse enchantée, ce rêve fou où le peuple, pendant 72 jours, a osé gouverner lui-même. Aubervilliers, en 1871, était déjà un bastion ouvrier, une ville rouge où les idées de la Commune résonnaient comme un écho lointain mais tenace. Louise Michel, cette « Vierge rouge », y passa, semant les graines de la révolte. Et aujourd’hui, la victoire de Karroumi, c’est la revanche posthume des communards. Car que voulaient-ils, ces insurgés ? « La sociale », comme ils disaient. C’est-à-dire une société où le pouvoir ne serait plus l’apanage des nantis, mais l’affaire de tous. Aubervilliers, en 2026, réalise enfin ce rêve : une municipalité qui n’est plus un simple gestionnaire des affaires courantes, mais un laboratoire de l’émancipation. Les ateliers municipaux, les crèches autogérées, les logements sociaux non pas comme une charité, mais comme un droit : voilà l’héritage de la Commune, enfin incarné.
3. Le Front Populaire : La Joie de Vivre (1936)
1936. Les grèves, les occupations d’usines, les congés payés, les bals populaires. Aubervilliers, ville ouvrière s’il en est, vibrait au rythme de cette espérance. Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs, y vint pour inaugurer un stade. Mais derrière les discours officiels, c’était toute une classe sociale qui osait, pour la première fois, lever la tête. Et aujourd’hui, avec Karroumi, c’est cette même joie qui revient : la joie de ceux qui comprennent que la politique n’est pas une affaire de technocrates, mais une fête collective. Les fêtes de quartier, les repas populaires, les concerts gratuits : Aubervilliers redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, un lieu où la culture n’est pas un privilège, mais un bien commun.
4. Mai 68 : L’Imagination au Pouvoir (1968)
Mai 68, à Aubervilliers, ce ne fut pas seulement une révolte étudiante, mais une insurrection populaire. Les ouvriers des usines, les femmes des cités, les immigrés des foyers Sonacotra : tous descendirent dans la rue. Et aujourd’hui, la victoire de Karroumi, c’est le triomphe posthume de cette imagination qui, en 68, voulait prendre le pouvoir. Car que reste-t-il de Mai 68 ? Des slogans ? Non. Une idée : celle que le monde peut être changé, ici et maintenant, par ceux qui en ont assez de subir. Les murs d’Aubervilliers, couverts de fresques militantes, sont les héritiers directs des affiches de l’Atelier Populaire. Et Karroumi, avec son discours radical, son refus des compromis, son ancrage dans les luttes locales, incarne cette continuité : celle d’une gauche qui ne se contente pas de gérer, mais qui transforme.
5. La Marche pour l’Égalité : Le Réveil des Banlieues (1983)
1983. La Marche pour l’égalité et contre le racisme, partie de Marseille, arrive à Paris. Aubervilliers est sur le parcours. Ces jeunes, fils d’immigrés, osent enfin revendiquer leur place dans la République. Et aujourd’hui, avec Karroumi, c’est cette génération qui prend le pouvoir. Car Aubervilliers, c’est la France telle qu’elle est, métissée, populaire, vivante. Et cette victoire, c’est la preuve que la gauche ne peut plus se contenter de beaux discours sur l’égalité : elle doit être le reflet de cette diversité, elle doit porter en elle les espoirs de ceux que la République a trop longtemps ignorés. Karroumi, avec son parcours, son histoire, son engagement, est le symbole de cette gauche nouvelle, une gauche qui n’a plus peur de ses origines, une gauche qui assume enfin d’être le parti des damnés de la terre.
6. Le Mouvement des Gilets Jaunes : La Colère des Oubliés (2018-2019)
Les Gilets Jaunes, à Aubervilliers, furent nombreux. Et leur colère, cette colère sourde contre l’injustice fiscale, contre le mépris des élites, contre un système qui broie les plus fragiles, cette colère-là n’est pas retombée. Elle a simplement changé de forme. Et aujourd’hui, avec Karroumi, elle trouve une traduction politique. Car la victoire d’Aubervilliers, c’est aussi celle des Gilets Jaunes : une victoire contre les technocrates, contre les experts autoproclamés, contre ceux qui prétendent savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. Aubervilliers, avec son budget participatif, ses assemblées citoyennes, ses décisions prises non pas dans les cabinets feutrés, mais dans les salles des fêtes et les cafés du coin, incarne cette démocratie directe que les Gilets Jaunes appelaient de leurs vœux.
7. L’Élection de Karroumi : La Synthèse (2026)
Et nous voilà donc en 2026. Aubervilliers, ville symbole, ville laboratoire, ville martyre, ville rebelle, élit Sofienne Karroumi. Mais qui est-il, ce Karroumi ? Un héritier, bien sûr. Héritier des communards, des grévistes de 36, des marcheurs de 83, des Gilets Jaunes. Mais aussi un précurseur. Car sa victoire, c’est la preuve que la gauche peut renaître de ses cendres, à condition de ne plus se contenter de gérer la misère, mais de la combattre. À condition de ne plus être le parti des notables, mais celui des sans-voix. À condition, enfin, de ne plus avoir peur de son ombre, de ne plus craindre les mots « radical », « révolutionnaire », « insoumis ».
Aubervilliers, avec Karroumi, devient le symbole d’une gauche qui a compris que son avenir ne se joue plus dans les salons parisiens, mais dans les rues, les usines, les cités. Une gauche qui a compris que la politique n’est pas une affaire de communication, mais de conviction. Une gauche qui a compris, enfin, que le peuple n’est pas un concept abstrait, mais une réalité vivante, diverse, complexe, et que c’est à lui, et à lui seul, qu’il appartient de décider de son destin.
II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Résistance
Mais parlons maintenant des mots. Car les mots, voyez-vous, ne sont jamais innocents. Ils sont des armes, des outils, des pièges. Et dans cette victoire d’Aubervilliers, le langage joue un rôle central.
Prenons d’abord le mot « victoire ». Une victoire, c’est un terme guerrier. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une bataille, d’une lutte, d’un combat. La gauche, depuis trop longtemps, avait oublié qu’elle était en guerre. Guerre contre le capital, guerre contre les inégalités, guerre contre le mépris. Et cette victoire, c’est la preuve que la guerre n’est pas perdue, que le combat continue, que l’ennemi peut être vaincu.
Ensuite, le mot « retour ». Un retour, c’est un mouvement cyclique, une renaissance. La gauche, à Aubervilliers, n’a pas disparu : elle s’est simplement mise en retrait, elle a pansé ses blessures, elle a réfléchi, elle s’est réorganisée. Et aujourd’hui, elle revient, plus forte, plus déterminée, plus radicale que jamais. Ce retour, c’est aussi un message adressé à tous ceux qui croyaient la gauche morte et enterrée : nous sommes toujours là, et nous ne partirons plus.
Enfin, le nom de Karroumi. Un nom qui claque comme un drapeau au vent. Un nom qui porte en lui toute l’histoire de l’immigration, toute la lutte des classes, toute la résistance des opprimés. Karroumi, ce n’est pas un nom de notable, ce n’est pas un nom de technocrate. C’est un nom de combattant, un nom de ceux qui n’ont rien à perdre, parce qu’ils ont déjà tout perdu. Et c’est cela, la force de cette victoire : elle porte en elle le nom de ceux que la République a trop longtemps ignorés, méprisés, écrasés.
Mais attention. Les mots peuvent aussi être des pièges. Quand on parle de « gauche », de quelle gauche s’agit-il ? De la gauche molle, gestionnaire, qui a trahi ses idéaux pour mieux servir le capital ? Ou de la gauche radicale, insoumise, qui refuse les compromis et les renoncements ? La victoire de Karroumi, c’est la preuve que la deuxième option est encore possible. Mais il faut rester vigilant. Car les mots peuvent être détournés, vidés de leur sens, récupérés. « Gauche », « peuple », « justice sociale » : ces mots, il faut les défendre, les incarner, les vivre au quotidien. Sinon, ils ne sont plus que des coquilles vides, des slogans creux, des leurres pour gogos.
III. Comportementalisme Radical : La Résistance comme Art de Vivre
Et maintenant, parlons des corps. Car la politique, voyez-vous, ce n’est pas seulement une affaire d’idées : c’est aussi une affaire de corps, de gestes, de postures. Et la victoire de Karroumi, c’est aussi une victoire des corps, une victoire de ceux qui refusent de se soumettre, de se taire, de courber l’échine.
Prenons l’exemple des meetings. À Aubervilliers, pendant la campagne, les meetings de Karroumi n’étaient pas des spectacles, mais des assemblées. Pas de discours lissés, pas de promesses creuses, pas de communication aseptisée. Non. Des débats, des échanges, des colères, des espoirs. Des corps qui se lèvent, qui applaudissent, qui sifflent, qui crient. Des corps qui refusent d’être des spectateurs, mais qui veulent être des acteurs. Et c’est cela, la vraie démocratie : non pas un système où l’on vote tous les cinq ans, mais un processus vivant, où le peuple se réapproprie son destin, où il discute, où il décide, où il agit.
Prenons aussi l’exemple des luttes locales. À Aubervilliers, la gauche ne s’est pas contentée de faire campagne : elle a lutté. Contre les expulsions locatives, contre les fermetures d’usines, contre les discriminations. Et ces luttes, ce sont des corps qui les mènent : des corps qui occupent, qui manifestent, qui résistent. Des corps qui disent non, qui refusent, qui s’opposent. Et c’est cela, la vraie politique : non pas une affaire de bureaux et de paperasse, mais une affaire de rues, de places, d’usines.
Enfin, prenons l’exemple de Karroumi lui-même. Son parcours, son histoire, son engagement : tout cela se lit dans son corps. Un corps qui a connu la fatigue des usines, la colère des luttes, la détermination des combats. Un corps qui n’est pas celui d’un technocrate, mais celui d’un militant, d’un résistant, d’un insoumis. Et c’est cela, la force de sa victoire : elle montre que la politique n’est pas une affaire de costumes-cravates, mais une affaire de convictions, de courage, de résistance.
Mais attention. Les corps peuvent aussi être des pièges. Ils peuvent être récupérés, instrumentalisés, vidés de leur sens. Prenez les « gilets jaunes » : au début, leurs corps étaient des symboles de résistance, de révolte, de colère. Mais très vite, les médias, les politiques, les experts ont tenté de les récupérer, de les canaliser, de les domestiquer. Et aujourd’hui, que reste-t-il de cette révolte ? Des images, des slogans, des souvenirs. Mais la colère, elle, est toujours là. Et c’est cette colère que Karroumi incarne, cette colère qui refuse de se laisser domestiquer, qui refuse de se laisser récupérer, qui refuse de se laisser oublier.
IV. Aubervilliers dans l’Art et la Culture : Le Mythe et la Réalité
Aubervilliers, ce n’est pas seulement une ville : c’est un mythe. Un mythe qui traverse la littérature, le cinéma, la musique, la peinture. Et ce mythe, il est double : à la fois celui de la misère, de l’abandon, de la désespérance, et celui de la résistance, de la solidarité, de l’espoir.
Prenons la littérature. Dans Les Thibault de Roger Martin du Gard, Aubervilliers est évoquée comme une ville ouvrière, dure, impitoyable, où la vie ne tient qu’à un fil. Mais dans La Vie devant soi de Romain Gary, c’est une ville de solidarité, de fraternité, où les plus fragiles se serrent les coudes. Deux visages d’une même réalité : celle d’une ville qui refuse de se soumettre, qui refuse de se laisser oublier.
Prenons le cinéma. Dans La Haine de Mathieu Kassovitz, Aubervilliers est une ville fantôme, une ville où la colère gronde, où la révolte couve. Mais dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, c’est une ville vivante, vibrante, où les jeunes se battent pour exister, pour rêver, pour aimer. Deux visions complémentaires : celle d’une ville qui souffre, mais qui résiste.
Prenons la musique. Dans les chansons de Renaud, Aubervilliers est une ville de misère, où les enfants jouent dans les ruines. Mais dans celles de Zebda, c’est une ville de fête, de musique, de métissage. Deux facettes d’une même médaille : celle d’une ville qui refuse de se laisser enfermer dans le désespoir.
Et aujourd’hui, avec la victoire de Karroumi, c’est ce mythe qui se réactualise. Aubervilliers redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une ville de résistance, une ville d’espoir, une ville où l’avenir se construit, non pas dans les bureaux des technocrates, mais dans les rues, les usines, les cités.
Analogie Finale : Poème
Aubervilliers, ville-martyre, ville-symbole,
Où le pavé saigne encore des combats d’antan,
Où chaque mur murmure les noms des oubliés,
Où la sueur des usines se mêle aux larmes des cités.
Ils croyaient t’avoir vaincue, t’avoir enterrée,
Sous les discours lisses et les promesses creuses,
Sous les lois scélérates et les décrets infâmes,
Sous le mépris des nantis et l’indifférence des puissants.
Mais tu es là, debout, plus forte que jamais,
Avec tes enfants, tes ouvriers, tes immigrés,
Avec tes rêves fous et tes colères justes,
Avec ton maire, ce fils du peuple, ce frère des damnés.
Aubervilliers, ville rouge, ville rebelle,
Tu es le phare dans la nuit du capital,
Le dernier rempart contre la barbarie,
Le premier pas vers un monde plus égal.
Et quand les historiens, demain, écriront ton épopée,
Ils diront que c’est ici, dans tes rues, dans tes usines,
Que la gauche a retrouvé son âme perdue,
Et que le peuple, enfin, a repris son destin en main.