ACTUALITÉ SOURCE : Municipales : LFI fait le plein dans ses bastions, sans bousculer la hiérarchie à gauche – Le Courrier des maires
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les municipales, ce grand théâtre de marionnettes où les édiles locaux jouent à cache-cache avec le peuple, tandis que les partis politiques, tels des chiens de garde affamés, se disputent les os du pouvoir local. Le Courrier des maires nous offre une photographie glacée de cette mascarade : LFI fait le plein dans ses bastions, sans bousculer la hiérarchie à gauche. Une phrase qui résonne comme un aveu d’impuissance, un constat de stagnation, ou pire, une capitulation déguisée en victoire. Mais plongeons, mes chers camarades en humanité, dans les entrailles de cette actualité, non pas pour en disséquer les chiffres comme un comptable morose, mais pour en révéler les strates historiques, philosophiques et sémantiques, car une élection municipale n’est jamais qu’un symptôme, un miroir brisé reflétant les fractures de notre temps.
Commençons par le commencement, ou plutôt par les commencements, car l’histoire des hommes est une succession de répétitions tragiques, où le local et le global s’entremêlent comme les racines d’un vieux chêne pourri. L’idée même de « bastion » est un concept militaire, un terme de guerre, et c’est là que le bât blesse : la politique, surtout à gauche, se pense encore en termes de territoires conquis, de forteresses à défendre, plutôt qu’en termes de flux, de mouvements, de vagues capables de submerger les digues du conservatisme. La France insoumise, dans ce jeu, se comporte comme un général qui renforcerait ses positions sans jamais lancer l’assaut. Mais quel assaut ? Contre qui ? Et pour quoi ?
1. La Cité Antique : Athènes et le Mythe de la Démocratie Locale
Remontons à l’aube de notre civilisation, dans cette Athènes où Périclès, ce démagogue en toge, célébrait la démocratie comme le plus beau des régimes. Pourtant, qui votait ? Les citoyens, bien sûr, mais quid des esclaves, des femmes, des métèques ? La démocratie athénienne était un club fermé, une oligarchie déguisée, où le « local » était déjà une prison dorée pour les privilégiés. Platon, dans La République, dénonçait cette mascarade en proposant un gouvernement de philosophes-rois, une élite éclairée. Ironie de l’histoire : aujourd’hui, nos « bastions » municipaux ressemblent à s’y méprendre à ces petites républiques où une caste de notables, fussent-ils de gauche, se partage le gâteau du pouvoir. La France insoumise, en consolidant ses positions sans les élargir, reproduit ce schéma antique : elle gouverne pour les siens, sans jamais vraiment menacer l’ordre établi. Comme si Sisyphe, au lieu de pousser son rocher, avait décidé de s’asseoir dessus en se disant : « Au moins, ici, je suis tranquille. »
2. La Commune de Paris : L’Éphémère Éclair de l’Insoumission
Avance rapide jusqu’en 1871, où le peuple de Paris, las des trahisons de la bourgeoisie, se soulève et invente, l’espace de quelques semaines, une forme de démocratie directe, radicale, insoumise. La Commune, c’est l’anti-bastion par excellence : une explosion de créativité politique, où les ouvriers, les artistes, les femmes (oui, les femmes !) prennent les rênes de leur destin. Louise Michel, cette « Vierge rouge », incarne cette révolte absolue contre l’ordre établi. Mais la Commune est écrasée dans le sang, et avec elle s’éteint l’espoir d’une politique qui ne soit pas une simple gestion des affaires courantes. Aujourd’hui, quand LFI « fait le plein dans ses bastions », on ne peut s’empêcher de penser à ces communards qui, au lieu de marcher sur Versailles, auraient décidé de rester dans leurs arrondissements en se disant : « Au moins, ici, on est entre nous. » La hiérarchie à gauche n’est pas bousculée parce que la gauche institutionnelle a depuis longtemps enterré l’esprit de la Commune sous les pavés de la respectabilité.
3. Le Front Populaire : Le Local comme Alibi du Renoncement
1936. Le Front populaire triomphe, et pour la première fois, des socialistes et des communistes entrent au gouvernement. Léon Blum, ce bourgeois humaniste, incarne l’espoir d’un changement profond. Pourtant, très vite, les réformes se heurtent aux réalités du pouvoir : les 40 heures, les congés payés, oui, mais pas de révolution. Les municipalités, déjà, jouent un rôle clé : elles deviennent les laboratoires de ces compromis, où l’on expérimente la gestion sociale sans jamais remettre en cause les structures capitalistes. Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, tente de réformer l’école, mais se heurte aux notables locaux, aux curés, aux petits chefs qui préfèrent l’ordre à la justice. Aujourd’hui, quand LFI consolide ses bastions sans bousculer la hiérarchie à gauche, elle reproduit cette logique : le local comme alibi du renoncement. On gère bien, on gère mieux, mais on ne transforme pas. Comme si le Front populaire, au lieu de nationaliser les chemins de fer, avait décidé de se contenter de peindre les gares en rouge.
4. Mai 68 : Le Refus de la Politique Municipale
Mai 68, ce grand souffle de révolte, est avant tout un rejet de la politique institutionnelle, y compris locale. Les étudiants, les ouvriers, les artistes ne veulent plus de maires, de conseillers, de notables : ils veulent l’autogestion, la démocratie directe, la fin des hiérarchies. Daniel Cohn-Bendit, ce « Dany le Rouge », incarne cette insoumission radicale. Pourtant, très vite, la gauche traditionnelle récupère le mouvement : les élections municipales de 1971 voient le PCF et le PS renforcer leurs positions, tandis que les maoïstes et les anarchistes, ces véritables insoumis, sont marginalisés. Aujourd’hui, LFI, en se contentant de « faire le plein dans ses bastions », trahit l’esprit de 68 : elle accepte le jeu électoral, les compromis, les petites victoires locales, au lieu de porter l’étincelle de la révolte. Comme si les ouvriers de Lip, en 1973, avaient décidé de se contenter de gérer leur usine en autogestion sans jamais appeler à la grève générale.
5. Les Années 80 : La Gauche au Pouvoir et la Trahison des Clercs
1981. François Mitterrand est élu président, et la gauche accède enfin au pouvoir. Pourtant, très vite, les illusions s’envolent : la rigueur budgétaire remplace les nationalisations, et les municipalités deviennent les vitrines d’une gauche gestionnaire, plus préoccupée par les subventions aux associations que par la transformation sociale. Jack Lang, ministre de la Culture, théorise cette gauche « festive », où l’on célèbre les arts sans jamais remettre en cause les inégalités. Aujourd’hui, quand LFI se félicite de ses succès municipaux sans bousculer la hiérarchie à gauche, elle s’inscrit dans cette tradition mitterrandienne : une gauche qui gère, qui administre, qui « fait bien », mais qui ne transforme pas. Comme si Robespierre, au lieu de guillotiner Louis XVI, avait décidé de lui proposer un poste de conseiller municipal à Paris.
6. Le Tournant des Années 2000 : La Gauche et le Piège du Localisme
Les années 2000 voient l’émergence d’une nouvelle gauche, incarnée par les Verts et les altermondialistes. Pourtant, très vite, cette gauche se retrouve piégée par le localisme : on milite pour les circuits courts, les AMAP, les budgets participatifs, mais on oublie que le capitalisme est un système global, qui ne se combat pas avec des petits pas locaux. José Bové, ce paysan rebelle, incarne cette ambiguïté : il lutte contre les OGM, mais ne remet pas en cause le système agro-industriel dans son ensemble. Aujourd’hui, LFI, en se contentant de consolider ses bastions, tombe dans le même piège : elle croit pouvoir changer le monde en gérant bien sa commune, comme si un maire pouvait, à lui seul, arrêter les guerres impérialistes ou les crises climatiques. C’est l’illusion du colibri : chacun fait sa part, mais personne ne change le système.
7. La France Insoumise et le Mythe de Sisyphe Citadin
Aujourd’hui, en 2024, la France insoumise se retrouve dans une position paradoxale : elle est forte dans ses bastions, mais incapable de bousculer la hiérarchie à gauche. Pourquoi ? Parce qu’elle a accepté les règles du jeu électoral, les compromis avec les autres forces de gauche, les petites victoires locales au détriment d’une vision globale. Jean-Luc Mélenchon, ce tribun flamboyant, incarne cette tension : il porte un projet de rupture, mais ses troupes, sur le terrain, se contentent souvent de gérer. Comme Sisyphe, LFI pousse son rocher municipal, mais sans jamais atteindre le sommet de la transformation sociale. Pire : en se contentant de ses bastions, elle risque de devenir une force d’appoint pour une gauche institutionnelle qui n’a plus rien de subversif. Comme si Spartacus, au lieu de mener la révolte des esclaves, avait décidé de devenir le maire de Capoue.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Prison
Le langage, ce miroir brisé de nos illusions, trahit la stagnation de la gauche. Quand on parle de « bastions », on utilise un vocabulaire militaire, comme si la politique était une guerre de position plutôt qu’un mouvement. Quand on dit que LFI « fait le plein », on emploie une métaphore mécanique, comme si les électeurs étaient des réservoirs à remplir plutôt que des citoyens à convaincre. Et quand on évoque la « hiérarchie à gauche », on reconnaît implicitement que la gauche est devenue un système de castes, où les notables locaux se partagent le pouvoir comme des seigneurs féodaux. Le langage révèle ici une vérité cruelle : la gauche a abandonné le rêve de l’émancipation pour se contenter de la gestion des affaires courantes. Comme si Marx, au lieu d’écrire Le Capital, avait rédigé un guide pratique pour bien gérer sa commune.
Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste
Pourtant, il existe une autre voie : celle de la résistance humaniste, qui refuse les compromis et porte une vision radicale de la transformation sociale. Cette résistance passe par l’éducation populaire, les luttes locales liées aux enjeux globaux (logement, écologie, antiracisme), et surtout par le refus de se contenter des victoires électorales. Elle passe aussi par l’art, ce miroir déformant qui révèle les vérités que la politique cache. Pensons à La Haine de Mathieu Kassovitz, ce film qui montre l’absurdité des violences policières dans les banlieues, ou à Les Misérables de Ladj Ly, qui révèle l’hypocrisie des politiques locales. Pensons aussi à la littérature : Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq, qui dénonce l’échec des utopies de gauche, ou La Place de l’étoile de Patrick Modiano, qui explore les non-dits de l’histoire française. L’art, lui, ne se contente pas de gérer : il questionne, il provoque, il insoumise.
La résistance humaniste, c’est aussi refuser le piège du localisme. Une mairie, aussi progressiste soit-elle, ne peut pas, à elle seule, arrêter les guerres, les crises climatiques ou les inégalités sociales. Elle peut, en revanche, être un laboratoire de l’insoumission : en refusant les partenariats avec les multinationales, en soutenant les luttes sociales, en portant une parole radicale. Comme le disait Gramsci : « Il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté. » Autrement dit : ne pas se contenter des bastions, mais les utiliser comme des bases arrière pour lancer l’assaut contre le système.
Exemples d’Analyse à Travers l’Art et la Pensée
1. La Mythologie : Prométhée et le Feu Municipal
Prométhée vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes, et il est puni pour son audace. Aujourd’hui, la gauche institutionnelle se comporte comme ces dieux : elle garde le feu du pouvoir pour elle, et punit ceux qui osent le réclamer. LFI, en se contentant de ses bastions, joue le rôle d’un Prométhée domestiqué, qui se contente de distribuer des allumettes aux citoyens plutôt que de leur donner le feu sacré de la révolte.
2. Le Cinéma : Metropolis et la Ville Divisée
Dans Metropolis, Fritz Lang montre une ville coupée en deux : les élites vivent dans des jardins suspendus, tandis que les ouvriers triment dans les sous-sols. Aujourd’hui, nos villes sont tout aussi divisées, et les maires, fussent-ils de gauche, gèrent cette division plutôt que de la combattre. LFI, en se contentant de ses bastions, accepte cette logique : elle gère les quartiers populaires sans jamais remettre en cause la domination des élites.
3. La Littérature : 1984 et la Novlangue Municipale
Dans 1984, Orwell montre comment le langage peut être utilisé pour contrôler les masses. Aujourd’hui, la « novlangue municipale » fonctionne de la même manière : on parle de « démocratie participative » pour masquer l’absence de pouvoir réel, de « développement durable » pour justifier les partenariats avec les multinationales. LFI, en reprenant ces termes sans les questionner, participe à cette mascarade.
4. La Philosophie : Camus et l’Absurde Municipal
Dans Le Mythe de Sisyphe, Camus écrit que « il faut imaginer Sisyphe heureux ». Aujourd’hui, les militants de LFI pourraient reprendre cette phrase à leur compte : il faut imaginer les maires insoumis heureux, même s’ils ne bousculent pas la hiérarchie à gauche. Mais Camus ajoute aussi que « la lutte vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme ». La question est donc : cette lutte vers les sommets, LFI la mène-t-elle vraiment, ou se contente-t-elle de pousser son rocher municipal sans jamais viser plus haut ?
5. La Poésie : Rimbaud et le Dérèglement des Sens Municipaux
Rimbaud, dans Une Saison en Enfer, écrit : « Je est un autre. » Aujourd’hui, la gauche devrait se dire : « Nous sommes d’autres. » Autrement dit : refuser de se contenter du rôle qu’on lui a assigné, celui de gestionnaire des affaires locales. LFI, en se contentant de ses bastions, accepte ce rôle. Elle devrait au contraire, comme Rimbaud, « dérégler tous les sens » de la politique, et porter une parole radicalement nouvelle.
Analogie Finale : Poème de la Ville Insoumise
La ville est un ventre mou, un estomac qui digère
Les rêves des ouvriers, les espoirs des enfants,
Les promesses des maires, ces faux prophètes en costard,
Qui parlent de démocratie en comptant leurs voix comme des moutons.
Ils ont construit des bastions, des forteresses de carton-pâte,
Où l’on célèbre les petits pas comme des révolutions,
Où l’on gère les crises au lieu de les provoquer,
Où l’on compte les subventions comme des victoires.
Mais la ville, la vraie, celle qui gronde sous les pavés,
Celle qui saigne aux coins des rues, celle qui crie dans les cages d’escalier,
Elle n’a que faire de vos bastions, de vos hiérarchies, de vos petits jeux électoraux.
Elle veut le feu, la révolte, l’insoumission.
Alors, camarades, ne vous contentez pas de pousser votre rocher,
Ne vous asseyez pas sur vos victoires comme sur un trône de pacotille.
La ville est un champ de bataille, pas un jardin à cultiver.
Prenez les armes, brisez les chaînes, et que le ciel nous tombe sur la tête !
Car au fond, qu’est-ce qu’un bastion, sinon une prison ?
Qu’est-ce qu’une hiérarchie, sinon une corde pour nous pendre ?
La gauche n’est pas un parti, c’est un cri, un coup de poing, une étincelle.
Alors, allumez le feu, et que brûle la ville des maîtres !