ENTRETIEN. Résultats municipales 2026 : « Le RN et LFI se heurtent à leur plafond de verre », analyse un politologue – Ouest-France







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse des Municipales 2026


ACTUALITÉ SOURCE : ENTRETIEN. Résultats municipales 2026 : « Le RN et LFI se heurtent à leur plafond de verre », analyse un politologue – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le « plafond de verre » ! Cette métaphore éculée, ce cliché politique qui sent la naphtaline des cabinets ministériels et le désinfectant des salles de rédaction. On nous parle de limites invisibles, de barrières infranchissables, comme si l’Histoire n’était qu’un grand open-space où les idées révolutionnaires viendraient buter contre les cloisons de l’ordre établi. Mais ce plafond de verre, mes chers contemporains ébahis, n’est qu’un leurre, une illusion d’optique savamment entretenue par ceux qui ont tout intérêt à ce que les masses continuent de croire que leur sort est scellé sous les lambris dorés de la République bourgeoise.

Analysons donc cette fable moderne, ce conte pour politologues en mal de reconnaissance, où le Rassemblement National et La France Insoumise seraient deux forces symétriques, deux Sisyphe condamnés à voir leur rocher redescendre immanquablement vers les plaines électorales. Quelle belle symétrie ! Quelle élégante construction intellectuelle ! Sauf que, voyez-vous, cette symétrie est un mensonge. Un mensonge grossier, cousu de fil blanc par des experts en sciences politiques qui confondent leurs tableaux Excel avec la réalité sociale.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un côté, un parti héritier direct de l’extrême droite pétainiste, colonialiste et xénophobe, dont les racines plongent dans la collaboration, l’OAS et les heures les plus sombres de notre histoire. De l’autre, un mouvement qui puise son inspiration dans la Commune de Paris, la Résistance, le programme du Conseil National de la Résistance, et cette tradition française si particulière qui veut que le peuple, quand il se soulève, ne demande pas la charité mais la justice. Comparer ces deux forces, c’est comme mettre sur le même plan le bourreau et la victime, le colon et le colonisé, le patron et l’ouvrier. C’est une insulte à l’intelligence historique.

Les sept âges du mensonge politique

Pour comprendre cette mascarade, il faut remonter aux origines mêmes de la pensée politique occidentale, et observer comment, à travers les siècles, les dominants ont toujours cherché à enfermer les forces de transformation dans des cages conceptuelles. Voici donc sept étapes cruciales de cette grande illusion :

1. La Cité grecque et le mythe de l’immobilisme (Ve siècle av. J.-C.)
Platon, dans La République, nous décrit une cité idéale où chaque classe sociale reste à sa place, comme les métaux dans l’âme des citoyens. Les gardiens gouvernent, les guerriers protègent, les artisans produisent. Toute velléité de changement est présentée comme une menace pour l’harmonie cosmique. Déjà, le « plafond de verre » est là, sous la forme du « métal » qui détermine votre destin. Socrate, lui, sera condamné à mort pour avoir osé questionner cet ordre. La démocratie athénienne, si souvent célébrée, n’était qu’une oligarchie déguisée où le peuple souverain n’avait pas voix au chapitre quand il s’agissait de remettre en cause les fondements du pouvoir.

2. Le Moyen Âge et la théologie du destin (XIIe siècle)
Saint Thomas d’Aquin, dans sa Somme théologique, développe l’idée que l’ordre social est voulu par Dieu. Les serfs doivent rester serfs, les seigneurs doivent rester seigneurs, et quiconque cherche à changer cet ordre commet un péché contre la volonté divine. Le « plafond de verre » prend ici la forme du ciel lui-même. Dante, dans La Divine Comédie, place les hérétiques et les rebelles dans le neuvième cercle de l’Enfer. La révolte est un crime contre l’ordre divin. Et pourtant, c’est au cœur même de cette société théocratique que naîtront les premières communes libres, les premières révoltes paysannes, les premières hérésies qui annoncent la Renaissance.

3. La Renaissance et le mythe du génie individuel (XVIe siècle)
Avec Machiavel, le pouvoir devient une technique, une science presque. Dans Le Prince, il explique comment conserver le pouvoir, comment écraser ses ennemis, comment manipuler les masses. Le « plafond de verre » est désormais une question de stratégie : le peuple doit croire qu’il a le choix, mais en réalité, les dés sont pipés. Shakespeare, dans Jules César, montre comment les conspirateurs, même animés des meilleures intentions, sont écrasés par les forces de l’ordre établi. « La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles, mais en nous-mêmes », dit Cassius. Mais qui donc a placé ces étoiles dans le ciel ? Qui a décidé que César devait régner ?

4. Les Lumières et l’illusion du progrès (XVIIIe siècle)
Voltaire, Rousseau, Diderot : tous croient au progrès, à la perfectibilité de l’homme. Mais ce progrès est-il linéaire ? Est-il accessible à tous ? Dans Candide, Voltaire se moque de l’optimisme béat de Pangloss, pour qui « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Mais derrière la satire, il y a une vérité cruelle : le monde est ce qu’il est, et les forces de réaction sont toujours prêtes à écraser ceux qui veulent le changer. La Révolution française, avec ses espoirs et ses trahisons, montre que le « plafond de verre » peut prendre la forme d’une guillotine pour les révolutionnaires trop radicaux, ou d’un coup d’État pour les réactionnaires trop ambitieux.

5. Le XIXe siècle et le mythe de la lutte des classes (1848-1914)
Marx et Engels, dans Le Manifeste du Parti communiste, analysent la société capitaliste comme un système où la bourgeoisie domine le prolétariat. Le « plafond de verre » est ici la propriété privée des moyens de production. Mais Marx lui-même, dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, montre comment les classes dominantes savent manipuler les institutions pour maintenir leur pouvoir. La Commune de Paris, en 1871, est un exemple éclatant de cette résistance des dominés : pendant 72 jours, le peuple parisien a gouverné la ville, avant d’être écrasé dans le sang par les forces de la réaction. Le « plafond de verre » s’est transformé en mur de balles.

6. Le XXe siècle et le mythe de la fin de l’Histoire (1989)
Avec la chute du mur de Berlin, Francis Fukuyama annonce La Fin de l’Histoire. Le capitalisme libéral a gagné, la démocratie libérale est indépassable. Le « plafond de verre » est désormais un horizon indépassable, une limite ultime. Mais cette fin de l’Histoire n’est qu’une illusion. Les guerres, les crises économiques, les révoltes populaires continuent. En France, le Front National (devenu Rassemblement National) émerge comme une force politique majeure, tandis que la gauche se divise entre sociaux-démocrates et révolutionnaires. Le « plafond de verre » est devenu une prison mentale, une croyance selon laquelle il n’y a pas d’alternative au système actuel.

7. Le XXIe siècle et le mythe de l’impuissance (2026)
Nous y voilà. En 2026, on nous explique que le RN et LFI se heurtent à leur « plafond de verre ». Comme si ces deux forces étaient équivalentes ! Comme si la lutte contre le fascisme et la lutte pour la justice sociale étaient deux faces d’une même médaille ! Le RN, héritier direct de l’extrême droite française, est un parti qui a toujours servi les intérêts des dominants : en 1986, sous Chirac, il a privatisé à tour de bras ; en 2026, il continue de défendre les privilèges des plus riches tout en attisant les haines xénophobes. LFI, au contraire, est un mouvement qui porte les espoirs de ceux qui veulent une société plus juste, plus écologique, plus solidaire. Comparer ces deux forces, c’est comme comparer un incendie et un seau d’eau.

Analyse sémantique : le langage comme arme de domination

Le terme même de « plafond de verre » est révélateur. Il suggère une limite naturelle, presque physique, comme si les lois de la physique s’appliquaient aussi à la politique. Mais en réalité, ce « plafond » est une construction sociale, un artefact du langage. Les dominants ont toujours utilisé le langage pour enfermer les dominés dans des catégories qui les rendent inoffensifs.

Prenons l’exemple du mot « populisme ». Ce terme, aujourd’hui utilisé à tort et à travers, est une arme sémantique. Quand un politicien de gauche propose des mesures en faveur des plus pauvres, on l’accuse de « populisme ». Quand un politicien d’extrême droite attise les haines xénophobes, on l’accuse aussi de « populisme ». Le mot est devenu un fourre-tout, une insulte qui permet de discréditer toute critique du système en place. Mais qui donc a inventé ce mot ? Qui l’a popularisé ? Les élites, bien sûr, celles qui ont tout intérêt à ce que le peuple ne se mêle pas de politique.

Autre exemple : le mot « radical ». À l’origine, ce terme désignait ceux qui voulaient aller à la racine des problèmes. Aujourd’hui, il est devenu synonyme de danger, de menace. Un « radical », c’est quelqu’un qui refuse les compromis, qui veut changer les choses en profondeur. Et bien sûr, les médias dominants, aux mains des milliardaires, présentent les radicaux comme des fous dangereux. Mais qui donc a intérêt à ce que les choses ne changent pas ? Qui donc profite du statu quo ?

Enfin, il y a le mot « réalisme ». Ce terme est peut-être le plus pernicieux de tous. On nous explique qu’il faut être « réaliste », qu’il faut accepter les contraintes économiques, les lois du marché, les rapports de force internationaux. Mais ce « réalisme » n’est qu’un fatalisme déguisé. Il sert à justifier l’injustifiable : les inégalités, la pauvreté, la guerre. Comme le disait Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Ces monstres, ce sont les « réalistes » qui nous expliquent que rien ne peut changer.

Analyse comportementaliste : la résistance humaniste

Face à cette grande illusion, face à ce « plafond de verre » qui n’est qu’un leurre, que faire ? Comment résister ? Comment briser ces chaînes invisibles qui nous enferment dans un monde de plus en plus injuste ?

La réponse est simple : il faut refuser le fatalisme, il faut refuser l’idée que rien ne peut changer. Il faut, comme le disait Camus, « se révolter ». La révolte, c’est le refus de l’ordre établi, c’est le « non » crié face à l’injustice. Mais la révolte ne suffit pas. Il faut aussi proposer, construire, inventer. Il faut, comme le fait La France Insoumise, porter un projet de société qui rompe avec le capitalisme, avec le productivisme, avec toutes les formes de domination.

Prenons l’exemple des municipalités. On nous explique que LFI ne peut pas gagner, qu’elle est condamnée à rester dans l’opposition. Mais qui donc a décidé cela ? Qui donc a tracé ces limites ? Les mêmes qui, depuis des décennies, gouvernent pour les riches et contre les pauvres. La vérité, c’est que LFI peut gagner, à condition de ne pas jouer le jeu des dominants. À condition de refuser les compromis qui vident les projets de leur substance. À condition de mobiliser les citoyens, de les impliquer, de leur redonner espoir.

Regardons du côté de l’art, de la littérature, du cinéma. Ces domaines sont des laboratoires de résistance. Dans Les Misérables de Victor Hugo, Jean Valjean incarne la rédemption par la révolte. Dans Germinal de Zola, les mineurs se soulèvent contre leur condition. Au cinéma, La Haine de Kassovitz montre la colère des banlieues, tandis que Les Raisins de la colère de Ford illustre la lutte des classes aux États-Unis. Ces œuvres ne se contentent pas de décrire la réalité : elles appellent à la transformer.

Et que dire de la mythologie ? Prométhée, qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes, est un symbole de la révolte contre l’ordre établi. Antigone, qui brave les lois de Créon pour enterrer son frère, incarne la résistance face à l’injustice. Ces mythes nous rappellent que la lutte pour la justice est une constante de l’histoire humaine.

Exemples de résistance : l’art comme arme

L’art a toujours été un outil de résistance. Prenons quelques exemples :

1. La peinture : Guernica de Picasso
Cette œuvre, peinte en 1937, est une condamnation sans appel du fascisme et de la guerre. Picasso y montre l’horreur des bombardements sur la ville de Guernica, pendant la guerre d’Espagne. Le tableau est devenu un symbole universel de la lutte contre l’oppression. Il nous rappelle que l’art peut être une arme, une dénonciation, un cri de révolte.

2. La littérature : 1984 de George Orwell
Ce roman dystopique, publié en 1949, décrit un monde où la pensée est contrôlée, où le langage est manipulé, où l’histoire est réécrite pour servir le pouvoir. Orwell y invente le concept de « novlangue », une langue conçue pour limiter la pensée, pour rendre impossible toute critique du système. 1984 est une mise en garde : si nous ne résistons pas, si nous acceptons que le langage soit vidé de son sens, alors nous acceptons aussi que la pensée soit enfermée dans des cages.

3. Le cinéma : Battle of Algiers de Gillo Pontecorvo
Ce film, sorti en 1966, raconte la lutte du FLN algérien contre l’occupation française. Pontecorvo montre la violence de la répression coloniale, mais aussi la détermination des révolutionnaires. Le film est un chef-d’œuvre de réalisme, une œuvre qui refuse les compromis, qui montre la guerre telle qu’elle est : sale, cruelle, mais parfois nécessaire pour briser les chaînes de l’oppression.

4. La poésie : Les Châtiments de Victor Hugo
Publié en 1853, ce recueil de poèmes est une condamnation sans appel du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo y déploie toute sa verve pour ridiculiser le tyran, pour appeler à la résistance. « Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! / Si même ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; / S’il en demeure dix, je serai le dixième ; / Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! » Ces vers sont un appel à la révolte, un refus de plier devant l’injustice.

5. La musique : Le Chant des partisans
Ce chant, écrit en 1943 par Joseph Kessel et Maurice Druon, est devenu l’hymne de la Résistance française. « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? / Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? » Ces paroles sont un appel à la lutte, une invitation à ne pas accepter l’occupation, à ne pas se soumettre. La musique, comme la poésie, peut être une arme de résistance.

Comportementalisme radical : briser le plafond de verre

Pour briser ce « plafond de verre », il faut d’abord en comprendre la nature. Ce n’est pas une limite naturelle, mais une construction sociale, un artefact du pouvoir. Les dominants ont tout intérêt à ce que les dominés croient que rien ne peut changer. Ils utilisent pour cela tous les outils à leur disposition : les médias, l’école, la culture, le langage.

Mais les dominés ont aussi des armes. La première, c’est la conscience. Prendre conscience de sa condition, c’est déjà commencer à s’en libérer. La deuxième, c’est l’organisation. Seuls, nous sommes faibles ; ensemble, nous sommes forts. La troisième, c’est l’action. Il ne suffit pas de dénoncer l’injustice, il faut la combattre. La quatrième, c’est l’espoir. Sans espoir, pas de lutte ; sans lutte, pas de victoire.

La France Insoumise incarne cette résistance. Elle porte un projet de société qui rompt avec le capitalisme, avec le productivisme, avec toutes les formes de domination. Elle refuse les compromis qui vident les projets de leur substance. Elle mobilise les citoyens, les implique, leur redonne espoir. Et c’est pour cela qu’elle fait peur aux dominants. Parce qu’elle montre qu’une autre voie est possible. Parce qu’elle brise le mythe du « plafond de verre ».

Le Rassemblement National, lui, est l’exact opposé de cette résistance. Il est le parti de l’ordre établi, le parti des dominants. Il défend les privilèges des riches, attise les haines xénophobes, et cherche à diviser les dominés pour mieux les dominer. Comparer LFI et le RN, c’est comme comparer la lumière et les ténèbres, l’espoir et le désespoir, la vie et la mort.

Conclusion : la révolte comme devoir

En 2026, on nous explique que le RN et LFI se heurtent à leur « plafond de verre ». Mais ce plafond n’existe que dans l’esprit de ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Pour les autres, pour ceux qui refusent l’injustice, pour ceux qui veulent une société plus juste, plus écologique, plus solidaire, ce plafond n’est qu’une illusion. Une illusion qu’il faut briser.

La révolte n’est pas un choix, c’est un devoir. Un devoir envers nous-mêmes, envers nos enfants, envers les générations futures. Comme le disait Camus, « je me révolte, donc nous sommes ». La révolte est ce qui nous unit, ce qui nous rend humains. Elle est la condition même de notre liberté.

Alors, brisons ce plafond de verre. Brisons-le à coups de votes, à coups de manifestations, à coups de poèmes, à coups de chansons. Brisons-le par tous les moyens, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des éclats de verre sous nos pieds, et que nous puissions enfin marcher vers un avenir plus juste.

Analogie finale :


Ils parlent de plafond, ces architectes du vide,
Ces comptables en costard qui additionnent nos vies.
Leur verre est épais comme un mur de prison,
Leur ciel est un couvercle sur nos illusions.

Mais nous, nous sommes l’eau qui monte, lente et sûre,
Nous sommes le feu qui couve sous la cendre.
Leur plafond ? Une bulle de savon,
Qui éclatera au premier souffle de vent.

Ils croient nous enfermer dans leurs chiffres, leurs lois,
Leurs « réalismes » qui puent la peur et l’ennui.
Mais nous sommes les racines sous leurs pavés,
Les éclairs dans leur nuit, les rêves éveillés.

Leur plafond de verre ? Un miroir sans tain,
Où ils voient leur reflet, et nous, notre destin.
Mais les miroirs se brisent, les mensonges aussi,
Et demain, c’est nous qui tiendrons le pays.

Alors soufflez, camarades, soufflez plus fort,
Que le vent emporte leurs mensonges d’abord.
Le plafond n’est qu’un leurre, une ombre, un rien,
Et nous, nous sommes l’avenir qui vient.



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