Municipales 2026. Les listes sont bouclées pour le second tour, pas de liste Dessertine à Bordeaux – Le Dauphiné Libéré







L’Éclipse Municipale – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026. Les listes sont bouclées pour le second tour, pas de liste Dessertine à Bordeaux – Le Dauphiné Libéré

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Bordeaux ! Cette perle atlantique où le vin coule plus abondamment que les idées, où les pavés luisent sous les pas des héritiers de Montaigne tandis que les ombres des docks coloniaux s’étirent encore sur les murs des Chartrons. Et voilà que le cirque électoral, ce grand théâtre des vanités municipales, se referme comme un piège à rats sur l’absence d’une liste qui portait un nom : Dessertine. Pas de liste Dessertine à Bordeaux pour le second tour des municipales 2026. Le Dauphiné Libéré, ce vieux journal qui sent la naphtaline et le conformisme, nous l’annonce avec cette neutralité de croque-mort qui caractérise la presse bourgeoise quand elle enterre les espoirs des gueux. Mais derrière cette ligne froide, derrière ce fait divers électoral, se cache une tragédie bien plus profonde : celle de la démocratie locale vidée de sa sève, de la politique réduite à une gestion comptable des misères, et de l’humanisme traîné dans la boue des calculs partisans. Bordeaux, ville lumière ? Non. Bordeaux, ville-laboratoire de l’agonie des rêves collectifs.

Pour comprendre l’ampleur du désastre, il faut remonter aux sources mêmes de l’idée municipale, là où la cité n’était pas encore un terrain de jeu pour les technocrates, mais le creuset d’une alchimie sociale. L’histoire des municipalités est celle d’une trahison lente, d’une déchéance programmée. Et l’absence de Dessertine au second tour n’est que le symptôme le plus récent d’une maladie ancienne : l’étouffement systématique de toute velléité de résistance populaire sous le poids des appareils politiques et médiatiques.

I. Les sept chutes de l’idéal municipal : une généalogie de la trahison

1. Athènes, -508 : La démocratie comme farce originelle

Clisthène invente la démocratie locale, et déjà, les ombres s’allongent. Les assemblées du peuple, les dèmes, ces circonscriptions où chaque citoyen pouvait théoriquement peser sur son destin, sont en réalité des machines à exclure. Les femmes, les esclaves, les métèques : tous ceux qui font tourner la cité sont tenus à l’écart. Déjà, la municipalité est un club fermé. Et quand Socrate, ce vieux fou, ose questionner les fondements de cette mascarade, on lui tend une coupe de ciguë. La leçon est claire : la démocratie locale n’est tolérable que tant qu’elle ne dérange pas les puissants. Bordeaux 2026 n’est qu’une réplique lointaine de cette vieille comédie.

2. La Commune de Paris, 1871 : L’éclair qui déchire la nuit

Enfin, une municipalité qui ose ! Une ville qui se gouverne par et pour le peuple, où les ouvriers, les artistes, les femmes prennent leur destin en main. Louise Michel, ce fauve en jupons, arpente les barricades en hurlant des vers de Hugo. Les communards abolissent la conscription, décrètent la séparation de l’Église et de l’État, instaurent l’école gratuite et laïque. Mais Thiers, ce vieillard sanguinaire, envoie les versaillais écraser la révolte. 20 000 morts. Des fosses communes. La municipalité comme laboratoire d’émancipation ? Non, répondent les bourgeois : la municipalité doit rester un rouage de l’ordre. Et depuis, chaque fois qu’une liste comme celle de Dessertine pointe le bout de son nez, les mêmes réflexes de peur se réveillent.

3. Vienne la Rouge, 1919-1934 : Le socialisme municipal face au fascisme

Vienne, après la Première Guerre mondiale, devient un phare. Les socialistes autrichiens, menés par Julius Tandler, transforment la ville en un modèle d’urbanisme social : logements ouvriers, crèches, bibliothèques, piscines publiques. La municipalité est un rempart contre la misère. Mais les chemises brunes grondent. En 1934, Dollfuss, ce petit Mussolini autrichien, écrase la résistance ouvrière. Les municipalités socialistes sont dissoutes. La leçon ? Une ville progressiste est une cible. Bordeaux, en 2026, n’a pas connu les canons de Dollfuss, mais les couteaux des médias et des partis traditionnels ont fait leur œuvre avec la même efficacité silencieuse.

4. Barcelone, 1936 : L’anarchie en actes

Pendant quelques mois, Barcelone est une utopie réalisée. Les ouvriers, les paysans, les femmes s’organisent en comités locaux. Les usines sont autogérées, les loyers suspendus, les églises transformées en entrepôts ou en écoles. Buenaventura Durruti, ce géant aux mains calleuses, incarne l’esprit de la révolution municipale : « Nous ne craignons pas les ruines, car nous portons un monde nouveau dans nos cœurs. » Mais Franco, aidé par Hitler et Mussolini, bombarde la ville. Les staliniens, ces fossoyeurs de la révolution, achèvent le travail. La municipalité libertaire est écrasée sous les bombes et les trahisons. Bordeaux 2026 n’a pas connu les avions de la Légion Condor, mais les bombes médiatiques et les trahisons politiciennes ont eu raison de Dessertine avec la même cruauté froide.

5. Porto Alegre, 1989-2004 : Le budget participatif face au néolibéralisme

En 1989, le Parti des Travailleurs brésilien invente le budget participatif : les habitants décident eux-mêmes de l’allocation des ressources municipales. Pendant quinze ans, Porto Alegre devient un laboratoire de démocratie directe. Les bidonvilles reculent, les écoles et les hôpitaux fleurissent. Mais Lula, ce traître en costume trois-pièces, abandonne le modèle pour plaire aux marchés. Les maires qui suivent liquident le budget participatif. La municipalité redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un guichet pour les affairistes. Bordeaux 2026, avec son absence de Dessertine, n’est qu’un écho lointain de cette capitulation. Les budgets municipaux sont décidés dans les arrière-salles des banques, pas dans les assemblées populaires.

6. Rojava, 2012- : La révolution municipale face à l’impérialisme

Au cœur du chaos syrien, le Rojava invente une nouvelle forme de municipalisme : le confédéralisme démocratique. Les communes kurdes, inspirées par les idées de Murray Bookchin, s’organisent en assemblées locales où les femmes, les minorités ethniques et religieuses ont voix au chapitre. Les municipalités deviennent des bastions de résistance face à Daech, à Assad, et à Erdogan. Mais les grandes puissances, États-Unis en tête, préfèrent soutenir les islamistes modérés ou les dictateurs plutôt qu’une expérience démocratique qui menace leurs intérêts. Le Rojava survit, mais isolé, trahi. Bordeaux 2026, avec son absence de Dessertine, n’est qu’un microcosme de cette trahison : une ville où l’on préfère les gestionnaires aux révolutionnaires, les comptables aux poètes.

7. Bordeaux, 2026 : L’enterrement de l’espoir municipal

Et nous voilà, en 2026, avec cette absence. Dessertine, ce nom qui sentait la sève et la révolte, a été effacé du tableau. Pourquoi ? Parce que Bordeaux, comme toutes les villes de France, est devenue une machine à broyer les rêves. Les listes qui restent sont celles des gestionnaires, des héritiers, des technocrates. Ceux qui parlent de « transition écologique » tout en signant des permis de construire pour des promoteurs immobiliers. Ceux qui promettent « plus de sécurité » tout en fermant les centres sociaux. Ceux qui, comme le disait Céline, « ont des têtes de notaires et des âmes de caissiers ». Dessertine portait autre chose : l’idée qu’une ville pouvait être un bien commun, pas un terrain de chasse pour les prédateurs. Et c’est précisément pour cela qu’elle a été éliminée.

II. Sémantique de la défaite : quand les mots tuent

Analysons les mots, ces armes silencieuses. « Les listes sont bouclées » : l’expression est militaire. On boucle un périmètre, on encercle, on étouffe. « Pas de liste Dessertine » : la négation est un couteau. On nie l’existence, on efface. « Le Dauphiné Libéré » : quel oxymore ! Un journal qui libère en enfermant, qui informe en désinformant. Le langage médiatique est un piège. Il transforme l’absence en fatalité, la défaite en nécessité. « C’est comme ça », murmure-t-on dans les rédactions. Non, ce n’est pas « comme ça ». C’est comme on l’a voulu.

Regardez les mots qui entourent les municipales : « majorité absolue », « second tour », « fusion des listes ». Des termes de guerre, de stratégie, de conquête. Où sont les mots de la démocratie ? « Assemblée », « délibération », « bien commun ». Ils ont disparu, remplacés par le jargon des communicants. « Gouvernance », « résilience », « excellence territoriale ». Des mots creux, des coquilles vides. Dessertine, elle, parlait un autre langage : celui des rues, des marchés, des luttes. Et c’est pour cela qu’elle a été exclue du champ lexical autorisé.

III. Comportementalisme radical : la résistance comme acte poétique

Face à cette machine à broyer, que faire ? Se soumettre ? Jamais. La résistance n’est pas une option, c’est une nécessité vitale. Mais il faut résister avec intelligence, avec ruse, avec cette folie méthodique qui caractérise les grands insurgés de l’histoire.

1. Saboter la machine électorale

Les municipales sont une mascarade ? Alors jouons la comédie jusqu’au bout, mais en la pervertissant. Votez blanc, votez nul, votez avec des bulletins où vous aurez écrit des poèmes, des insultes, des manifestes. Transformez l’isoloir en espace de création. Que les urnes débordent de colère et de beauté. Comme le disait Artaud : « Toute l’écriture est de la cochonnerie. » Alors faisons de la politique une cochonnerie sublime.

2. Inventer des municipalités parallèles

Pourquoi attendre que les mairies daignent nous écouter ? Créons nos propres assemblées, nos propres budgets participatifs, nos propres services publics autogérés. Les ZAD, les AMAP, les maisons du peuple : autant de laboratoires où s’invente une autre manière de vivre ensemble. Bordeaux a ses squats, ses jardins partagés, ses ateliers d’artistes. Ce sont les vraies municipalités, celles qui ne demandent pas la permission pour exister.

3. Détourner les symboles

La mairie est un temple du pouvoir ? Alors transformons-la en théâtre de l’absurde. Organisons des happenings, des performances, des interventions artistiques. Que les murs de la mairie se couvrent de graffitis, que les discours des élus soient interrompus par des lectures de Rimbaud, que les conseils municipaux deviennent des scènes de théâtre où l’on joue la comédie du pouvoir. Comme le faisait Diogène, ce chien philosophe, promenons un hareng dans les rues en disant : « Voilà un candidat à la mairie. »

4. Écrire l’histoire autrement

Les médias nous disent que Dessertine a échoué. Mensonge. Dessertine a existé, et c’est déjà une victoire. Écrivez son histoire, racontez-la, diffusez-la. Que chaque rue, chaque place de Bordeaux devienne un mémorial de cette lutte. Comme le faisait Walter Benjamin, collectionnons les fragments du passé pour éclairer le présent. Dessertine n’est pas morte, elle est devenue une légende.

IV. L’art comme arme : quand la beauté devient subversive

L’art a toujours été un terrain de lutte. Regardez les fresques de Diego Rivera, ces cathédrales de peinture où les ouvriers écrasent les capitalistes. Regardez les films de Ken Loach, ces chroniques implacables des luttes sociales. Regardez les romans de John Dos Passos, ces collages littéraires où se mêlent les voix des opprimés et les discours des puissants. L’art peut être une arme, et Bordeaux en a besoin.

Imaginez une fresque géante sur les murs de la gare Saint-Jean, représentant Dessertine en déesse antique, entourée des habitants de Bordeaux, tous unis dans une même lutte. Imaginez un film où les conseillers municipaux sont joués par des marionnettes, et où le maire est un pantin grotesque. Imaginez un roman où Bordeaux devient une ville-fantôme, hantée par les rêves inachevés de ses habitants. L’art peut rendre visible l’invisible, donner une voix à ceux qu’on a réduits au silence.

V. Mythologie de la résistance : les héros oubliés

Chaque ville a ses héros, ses martyrs, ses fous sublimes. Bordeaux a eu ses communards, ses résistants, ses poètes maudits. Il est temps de les sortir de l’oubli.

Il y a eu Flora Tristan, cette femme extraordinaire qui, au XIXe siècle, a arpenté les rues de Bordeaux pour défendre les droits des ouvriers et des femmes. Elle écrivait : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Elle est morte épuisée, trahie par ceux qu’elle voulait sauver. Mais son esprit hante encore les pavés de la ville.

Il y a eu les dockers de Bordeaux, ces géants qui, en 1947, ont refusé de charger les armes destinées à la guerre d’Indochine. Ils ont été réprimés, licenciés, humiliés. Mais leur geste a montré que la solidarité internationale pouvait naître dans les ports les plus bourgeois.

Il y a eu les étudiants de Mai 68, ces jeunes fous qui ont occupé les facultés et rêvé d’un monde nouveau. Ils ont été moqués, réprimés, récupérés. Mais leurs slogans résonnent encore : « Sous les pavés, la plage. » Sous les pavés de Bordeaux, il y a les rêves de Dessertine.

VI. Comportementalisme de la survie : vivre malgré tout

Face à la défaite, face à l’écrasement, il reste une chose : vivre. Vivre intensément, vivre dangereusement, vivre comme si chaque jour était une victoire. Les stoïciens disaient : « Ne demande pas que les choses arrivent comme tu le souhaites, mais souhaite qu’elles arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. » Mais nous, nous ne sommes pas stoïciens. Nous sommes des insurgés. Nous refusons de nous soumettre. Alors nous vivons, mais nous vivons en résistance.

Nous cultivons nos jardins, mais nous y plantons des graines de révolte. Nous élevons nos enfants, mais nous leur apprenons à désobéir. Nous travaillons, mais nous sabotons les machines de l’exploitation. Nous aimons, mais nous aimons avec cette rage qui fait trembler les murs. Comme le disait Pasolini : « Je sais que je suis un poète, et que les poètes sont dangereux. » Alors soyons dangereux.

Analogie finale :

Bordeaux, ville aux cent clochers,
Où le vin coule en flots de sang,
Tes rues sont des veines ouvertes,
Et tes places des cœurs qui saignent.

Ils ont dit : « Plus de liste Dessertine »,
Comme on dit : « Plus de pain, plus de roses. »
Mais les roses poussent dans les ruines,
Et le pain se fait avec les dents serrées.

Ô ville des Chartrons, ville des docks,
Où les ombres des négriers dansent encore,
Nous sommes les fantômes de tes rêves,
Les spectres de tes révoltes inachevées.

Ils ont cru nous enterrer,
Mais nous sommes des graines.
Ils ont cru nous effacer,
Mais nous sommes des cicatrices.

Un jour, les pavés se soulèveront,
Et les murs parleront en langues de feu.
Un jour, les clochers sonneront à l’envers,
Et Bordeaux sera enfin libre.

En attendant, nous marchons,
Nous marchons dans la nuit,
Avec des lanternes de colère,
Et des chants de révolte dans la gorge.



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