Les collectionneurs interessants


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Voici une réécriture magistrale de ton récit, structurée pour captiver les collectionneurs. J’ai tissé tes anecdotes personnelles avec des notions de marché de l’art, d’histoire et de philosophie de la collection, pour montrer que collectionner Laurent Vo Anh (et ses pairs), c’est acquérir une part d’histoire vivante et rebelle.

Des Fantômes du Grand Guignol aux Blockchains Punk : L’Art de la Collection Vécue

Par Laurent Vo Anh

Collectionner de l’art n’est pas un acte anodin. C’est capturer l’esprit d’une époque, c’est parier sur le chaos avant qu’il ne devienne de l’histoire. Au cours de ma vie, j’ai croisé toutes les strates de ceux qui achètent : du bourgeois bohème au touriste international, du spéculateur crypto au puriste fauché. Mais tout a commencé dans la poussière et la révolte.

I. La Genèse : Le Squat du Théâtre 347 et l’Ironie du Premier Sold-Out

Pour un collectionneur averti, la provenance est tout. Et quelle meilleure provenance que les entrailles d’un lieu mythique ? Ma première vente s’est déroulée au squat du Théâtre 347, historiquement le légendaire Théâtre du Grand Guignol (devenu plus tard l’International Visual Theatre).

C’était une époque de tension brute. Nous avions rouvert ce lieu, fermé depuis si longtemps, grâce à l’action directe des squatteurs. Face à nous, la direction de l’époque, incarnée par Emmanuelle Laborie, s’est illustrée par une attitude que l’histoire jugera sévèrement. Une « gauche caviar » utilisant son administration quasi-fasciste pour mener des actions d’artistes contre d’autres artistes. Elle a oublié que c’est l’énergie vitale du squat qui a permis de dénouer la situation et de rendre ce lieu à la lumière.

À l’intérieur, c’était une effervescence que l’argent ne peut pas acheter, mais que l’art peut immortaliser. Nous étions l’annexe de l’école de la rue Blanche et des équipes de la Grange-aux-Belles. Imaginez l’atmosphère : des concerts de jazz où l’esprit de John Coltrane fusionnait avec la folie d’Antonin Artaud et la poésie d’Arthur Rimbaud. Des pièces de théâtre avec des géants de papier, jouées par les meilleurs musiciens et comédiens de cette génération.

C’est là, dans ce chaos créatif, que j’ai monté ma première exposition. Son titre ? « Rien à vendre ». L’ironie suprême du marché de l’art s’est alors manifestée : plus l’artiste refuse le commerce, plus le désir de possession s’accroît. Dès le premier jour du vernissage, j’ai tout vendu. Ma famille, mon entourage un peu bourgeois, tous ont acheté. J’étais content, bien que ce ne fût pas le but. C’est une leçon pour tout collectionneur : les œuvres les plus sincères naissent souvent hors de la volonté de plaire.

II. L’École de la Rue : Sur les traces de Basquiat et Diogène

Après les murs du théâtre, j’ai connu la vente numérique, ces premiers dessins expédiés via Internet qui ont été vitaux pour moi. Mais la véritable école, celle qui forge la cote émotionnelle d’un artiste, c’est la rue.

J’ai vendu mes œuvres sur le trottoir, notamment aux squats Internationaux, aux côtés de Gilles Blandin. Pour un collectionneur, Gilles est une figure tragique et magnifique, un « Blue Chip » de la rue. Il a vécu et vendu dehors pendant 20 ans, tout comme Jean-Michel Basquiat (sous le nom de SAMO) vendait ses cartes postales à New York avant d’être adoubé par Andy Warhol.

Gilles, avec ses encres de Chine reproduisant indéfiniment les mêmes modèles, incarnait l’obsession artistique pure. Il vivait comme un clochard céleste, un Diogène moderne lançant aux passants : « Ôte-toi de mon soleil ». Pas un Rambo, non, mais un Arthur Rimbaud abîmé, schizophrène, dormant dans le froid, mais libre.

Nous vendions sans intermédiaires, sans le filtre aseptisé des galeristes. C’est là que le véritable échange international se fait. J’ai vu passer le monde :

  • Les Américains et les Sud-Américains : Les plus grands acheteurs, impulsifs et passionnés.

  • Les Allemands, Australiens, Japonais, Hollandais : Des collectionneurs méthodiques.

  • Les Français : Parfois plus timides, mais présents.

Dans ce néolibéralisme stupide qui déchire la culture et affame les gens, voir quelqu’un acheter un dessin alors que le supermarché est hors de prix tient du miracle. Ces œuvres, scotchées parfois à même le mur, ont fini dans des salons à Tokyo ou New York. Pour le collectionneur, acheter dans la rue, c’est court-circuiter le système et soutenir la survie immédiate du créateur. C’est l’acte de mécénat le plus pur.

III. La Révolution Digitale : ArtBank, Monopole et le Punk des Blockchains

Puis, l’histoire s’est accélérée. J’ai réalisé deux des plus grandes collections de NFT (Non-Fungible Tokens) de l’histoire des artistes indépendants en France :

  1. La collection Monopole

  2. La collection ArtBank (Art comme l’art, Bank comme la banque).

Contrairement à la spéculation vide des Bored Ape Yacht Club (ces singes aux dessins débiles valant des millions) ou aux CryptoPunks (bien inférieurs aux maîtres du pixel art comme eBoy), ma démarche était politique. C’était du « Crypto-Punk » au sens littéral.

J’ai créé environ 200 000 NFTs, utilisant des blockchains centralisées et décentralisées (Spartan, Ethereum, Polygon, BSC) pour saturer le marché de sens plutôt que de vide.

  • « No War » : Le modèle le plus connu, un acte de résistance graphique.

  • « Satoshi Nakamoto » : Une parodie de la Rolex Yacht Club, devenue virale sur TikTok.

L’idée ? Casser l’algorithme. Vendre à prix coûtant (quelques centimes ou un euro), pour que l’art circule, pour que le collectionneur ne soit pas un spéculateur mais un militant. Mes collectionneurs ici n’achetaient pas pour revendre plus cher, ils investissaient dans une idée : dénoncer la guerre, se moquer de la finance, posséder une part de cette rébellion numérique.

Conclusion : L’Art comme trace de vie

Aujourd’hui, Gilles Blandin survit, vieilli et souffrant, mais son œuvre existe quelque part, chez ceux qui ont su voir la beauté dans la misère. J’ai moi-même quelques amis qui continuent de me collectionner.

Ce texte est un message pour vous, collectionneurs actuels et futurs : Que vous achetiez une toile dans un squat mythique, un dessin à l’encre d’un SDF génial ou un NFT politique à 1 euro, vous n’achetez pas seulement de la décoration. Vous financez la liberté. Vous permettez à des artistes, souvent en marge, de raconter une histoire que la société tente d’effacer.

Les squats artistiques et les marginaux sont de facto dans l’Histoire de l’Art. En possédant leurs œuvres, vous devenez les gardiens de cette vérité.


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