ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : Emmanuel Grégoire à plus de 50 %, Rachida Dati à 41 %… voici les résultats définitifs à Paris – Le Parisien
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Paris, cette vieille putain aux pavés luisants de sang et de champagne, cette Babylone des temps modernes où les bourgeois en costard trois-pièces viennent se mirer dans les flaques de leur propre médiocrité. Les chiffres tombent, froids comme des lames de guillotine rouillées : Grégoire, l’héritier des socialistes en décomposition, l’homme qui a transformé la gauche en une clinique de soins palliatifs pour idéaux moribonds, l’emporte avec plus de 50 %. Dati, la gorgone du macronisme, la vestale du néolibéralisme en tailleur Chanel, se traîne à 41 %. Entre les deux, rien. Le néant. Une victoire à la Pyrrhus pour une gauche qui a oublié qu’elle devait être le couteau dans la plaie du capital, et non le sparadrap sur les hémorragies qu’il provoque. Paris, encore une fois, choisit le moindre mal, c’est-à-dire le pire. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment cette ville, jadis foyer des révolutions, des barricades, des rêves fous et des utopies sanglantes, en est-elle réduite à choisir entre deux visages du même désastre ? Pour comprendre, il faut disséquer l’histoire, non pas comme un musée poussiéreux, mais comme un cadavre encore chaud, dont les entrailles palpitent encore des mensonges qui l’ont tué.
I. Les sept plaies de Paris : une archéologie du renoncement
1. La Cité antique : l’illusion de la démocratie directe (Ve siècle av. J.-C.)
Athènes, cette mère maudite de toutes les démocraties, nous a légué l’agora, ce lieu où le peuple, du moins une partie de lui, pouvait hurler sa vérité au visage des puissants. Mais déjà, dans cette cité radieuse, les esclaves, les femmes et les métèques étaient exclus du débat. La démocratie athénienne était une démocratie de propriétaires, une démocratie de mâles blancs avant l’heure. Périclès, ce grand démocrate, n’était qu’un aristocrate qui avait compris que pour garder le pouvoir, il fallait flatter la plèbe. Paris, aujourd’hui, n’est qu’une agora aseptisée, où les débats sont des simulacres télévisés, où les citoyens ne sont plus que des consommateurs de politiques publiques, des clients d’un marché électoral. Grégoire et Dati ne sont que les héritiers de cette tradition : des Périclès en costume-cravate, qui savent que pour gagner, il faut parler au ventre des électeurs, pas à leur âme.
2. La Commune de Paris : le dernier souffle de l’utopie (1871)
Ah ! La Commune ! Cette parenthèse enchantée où Paris, pendant deux mois, fut une république sociale, où les ouvriers, les artistes, les femmes, les rêveurs, prirent les armes pour construire un monde sans patrons, sans curés, sans militaires. Louise Michel, Eugène Varlin, Jules Vallès… Des noms qui sentent la poudre et l’encre, des noms qui hurlent encore dans les rues de Belleville. Mais la Commune fut écrasée dans le sang, noyée sous les balles de Thiers et de ses sbires. Les versaillais, ces premiers fascistes, ces premiers néolibéraux, ont compris une chose : pour tuer une révolution, il faut tuer ses symboles. Aujourd’hui, Paris vote Grégoire. Un homme qui incarne l’oubli. Un homme qui a enterré la Commune sous des couches de béton et de discours creux. La gauche française a trahi ses morts. Elle a préféré le confort des hôtels de ville à l’odeur de la poudre.
3. Le Front Populaire : la trahison des clercs (1936)
1936. Les usines occupées, les ouvriers en grève, les congés payés, les 40 heures… Une lueur d’espoir dans la nuit noire du capitalisme triomphant. Léon Blum, ce grand humaniste, ce juif dreyfusard, ce socialiste modéré, incarne alors l’espoir d’un monde plus juste. Mais Blum, comme Grégoire aujourd’hui, est un homme des compromis. Il négocie avec le patronat, il recule devant les banques, il trahit les révolutionnaires espagnols en refusant de les armer contre Franco. Le Front Populaire, c’est la gauche qui accepte de gérer le capitalisme au lieu de le détruire. Résultat : en 1940, la France est à genoux, prête à accueillir Pétain et ses sbires. Aujourd’hui, Grégoire est l’héritier de Blum. Un gestionnaire, un technocrate, un homme qui croit que l’on peut réformer le système de l’intérieur. Mais le système, lui, ne se réforme pas. Il se combat.
4. Mai 68 : la récupération du désir (1968)
Mai 68. Les pavés volent, les CRS chargent, les étudiants et les ouvriers rêvent d’un monde sans hiérarchie, sans aliénation, sans capital. Cohn-Bendit, Geismar, les situationnistes… Des noms qui sentent la révolte et la poésie. Mais très vite, le système comprend : pour tuer une révolution, il faut la récupérer. Les publicitaires, les médias, les politiques, transforment Mai 68 en un simple mouvement de libération des mœurs, en une fête consumériste. « Jouissez sans entraves » devient le slogan d’une génération qui oublie de dire « Détruisez le capital ». Aujourd’hui, Paris vote pour des candidats qui incarnent cette récupération. Grégoire, c’est le fils spirituel de ceux qui ont transformé la révolte en marketing. Dati, c’est la fille spirituelle de ceux qui ont transformé la répression en spectacle.
5. La chute du Mur : le triomphe du capitalisme triomphant (1989)
1989. Le Mur de Berlin tombe. Les médias occidentaux célèbrent la « fin de l’Histoire », la victoire définitive du capitalisme et de la démocratie libérale. Fukuyama, ce penseur médiocre, annonce que l’humanité a atteint son stade ultime. Mais ce qu’il oublie de dire, c’est que cette victoire est aussi celle de l’impérialisme américain, de la finance internationale, de la marchandisation de tout. En France, Mitterrand, ce renard socialiste, comprend très vite que pour rester au pouvoir, il faut épouser le néolibéralisme. Il privatise, il dérégule, il transforme la gauche en un parti de gestionnaires. Aujourd’hui, Grégoire et Dati ne sont que les héritiers de cette trahison. Ils croient que l’on peut humaniser le capitalisme. Mais le capitalisme n’est pas un système que l’on humanise. C’est un monstre que l’on abat.
6. Le 21 avril 2002 : le choc des urnes (2002)
2002. Le Front National arrive au second tour de l’élection présidentielle. La gauche, stupéfaite, découvre que le peuple qu’elle a abandonné vote pour l’extrême droite. Mais au lieu de se remettre en question, elle préfère accuser les électeurs d’être « irresponsables ». Jospin, ce grand technocrate, ce social-démocrate modèle, est balayé. Chirac, ce vieux renard de la droite, est réélu avec 82 % des voix. Mais ce que personne ne voit, c’est que ce vote est un symptôme. Le symptôme d’une gauche qui a oublié les classes populaires, qui a préféré les bobos des centres-villes aux ouvriers des banlieues. Aujourd’hui, Paris vote Grégoire. Un candidat qui incarne cette gauche des centres-villes, cette gauche qui a tourné le dos aux quartiers populaires. Dati, elle, incarne la droite des beaux quartiers, cette droite qui méprise les pauvres tout en leur volant leur vote.
7. La victoire de Macron : le triomphe du néolibéralisme (2017)
2017. Macron, ce banquier en costume de président, incarne le triomphe du néolibéralisme. Il promet de « réformer » la France, c’est-à-dire de la soumettre aux marchés, de détruire les services publics, de précariser les travailleurs. La gauche, divisée, impuissante, regarde le désastre sans réagir. Mélenchon, seul, tente de résister, mais il est marginalisé, moqué, diabolisé. Aujourd’hui, Paris vote Grégoire. Un candidat qui incarne la continuité macronienne, la gestion molle d’un système en décomposition. Dati, elle, incarne la droite dure, celle qui veut accélérer les réformes, celle qui rêve d’une France où les riches seraient encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Entre les deux, le peuple n’a plus le choix. Il vote par défaut, par résignation, par désespoir.
II. La sémantique du renoncement : comment le langage tue la révolte
Le langage, ce miroir brisé de nos illusions, est le premier complice de notre soumission. Regardez les mots qu’on nous sert aujourd’hui : « réforme », « modernisation », « responsabilité », « dialogue social ». Des mots vides, des mots qui sentent la mort. « Réforme », par exemple, est devenu synonyme de « régression sociale ». « Modernisation » signifie « précarisation ». « Responsabilité » veut dire « austérité ». Et « dialogue social » ? Une mascarade où les patrons dictent leurs conditions et où les syndicats, affaiblis, signent leur reddition.
Grégoire et Dati parlent ce langage. Ils parlent de « ville apaisée », de « Paris attractif », de « développement durable ». Mais derrière ces mots, il n’y a que du vide. Une ville apaisée ? Une ville où les SDF meurent dans l’indifférence. Un Paris attractif ? Un Paris où les loyers sont si chers que les classes moyennes doivent fuir en banlieue. Un développement durable ? Un développement où les promoteurs immobiliers bétonnent les derniers espaces verts.
Le langage politique est une arme. Une arme de destruction massive des consciences. Quand on parle de « flexibilité du travail », on ne parle pas de liberté, mais d’esclavage moderne. Quand on parle de « compétitivité », on ne parle pas de progrès, mais de dumping social. Quand on parle de « sécurité », on ne parle pas de protection, mais de répression. Les mots sont des cages. Et nous, nous sommes les oiseaux qui chantent dedans.
III. Le comportementalisme du désespoir : pourquoi le peuple vote contre lui-même
Le peuple français, ce grand malade, vote contre ses propres intérêts. Pourquoi ? Parce que le système a réussi à le convaincre que ses chaînes étaient des bijoux. Le comportementalisme, cette science maudite, nous explique que l’homme est un animal conditionnable. Pavlov et ses chiens : sonnez la cloche, et le chien salive. Aujourd’hui, sonnez la cloche des médias, et le peuple vote pour ses bourreaux.
Regardez les électeurs de Grégoire. Des bobos, des cadres sup, des fonctionnaires aisés. Des gens qui vivent dans des quartiers gentrifiés, qui boivent des cafés à 5 euros, qui votent « écologie » tout en prenant l’avion trois fois par an. Ils votent Grégoire parce qu’il incarne leur monde : un monde aseptisé, sans conflit, sans violence, sans révolution. Un monde où l’on peut être de gauche sans jamais se salir les mains.
Regardez les électeurs de Dati. Des petits-bourgeois, des commerçants, des retraités aisés. Des gens qui ont peur de l’avenir, qui voient dans les migrants et les jeunes des banlieues une menace pour leur petit confort. Ils votent Dati parce qu’elle incarne leur peur : la peur de l’autre, la peur du changement, la peur de perdre leurs privilèges.
Entre les deux, le peuple des banlieues, des quartiers populaires, des zones rurales, ne vote plus. Il a compris que son vote ne changerait rien. Il a compris que la démocratie n’était qu’un leurre, une mascarade où les puissants décident et où les pauvres regardent. Alors il s’abstient. Il se tait. Il attend. Et pendant ce temps, les Grégoire et les Dati continuent de gouverner, de trahir, de mentir.
IV. La résistance humaniste : comment briser les chaînes
Mais tout n’est pas perdu. L’histoire n’est pas une ligne droite. Elle est une spirale, un mouvement perpétuel où les révoltes d’hier préparent les révolutions de demain. La résistance humaniste existe. Elle est dans les rues, dans les usines, dans les universités, dans les quartiers populaires. Elle est dans les mots de Mélenchon, qui refuse de se soumettre au diktat du néolibéralisme. Elle est dans les luttes des gilets jaunes, qui ont montré que le peuple pouvait encore se rebeller. Elle est dans les combats des féministes, des écologistes, des antiracistes, qui refusent de laisser le monde aux mains des prédateurs.
Pour résister, il faut d’abord refuser le langage du système. Il faut appeler un chat un chat : le capitalisme est un crime, le néolibéralisme est une guerre, la précarité est une violence. Il faut refuser les compromis, les petites réformes, les demi-mesures. Il faut exiger l’impossible : une société sans classes, sans exploitation, sans aliénation.
Il faut aussi refuser le comportementalisme du désespoir. Il faut montrer aux électeurs qu’ils ne sont pas des moutons, mais des citoyens. Il faut leur rappeler que leur vote a un pouvoir, que leur voix compte, que leur colère est légitime. Il faut leur dire que la démocratie n’est pas un spectacle, mais un combat.
Enfin, il faut s’inspirer des grands exemples de résistance. Des Communards de 1871, qui ont osé rêver d’un monde sans patrons. Des résistants de 1940, qui ont refusé la collaboration. Des insurgés de Mai 68, qui ont cru à la révolution. Des gilets jaunes de 2018, qui ont montré que le peuple pouvait encore se soulever.
V. L’art comme arme : la révolte dans la littérature, le cinéma et la mythologie
L’art est une arme. Une arme contre l’oubli, contre la résignation, contre la soumission. La littérature, le cinéma, la mythologie, sont des champs de bataille où se jouent les combats de l’humanité.
La littérature : Dans « Les Misérables », Victor Hugo nous montre que la misère n’est pas une fatalité, mais un crime. Jean Valjean, ce forçat devenu homme libre, incarne la rédemption par la révolte. Aujourd’hui, les Valjean sont dans les banlieues, dans les usines, dans les rues. Ils attendent leur Hugo.
Le cinéma : Dans « La Haine », Mathieu Kassovitz nous montre la colère des banlieues, cette colère qui gronde et qui un jour explosera. Dans « Les Damnés de la Terre », Frantz Fanon nous rappelle que la violence des opprimés est une réponse à la violence des oppresseurs. Aujourd’hui, les Saïd, les Vinz, les Hubert, sont dans les cités, dans les ghettos, dans les prisons. Ils attendent leur révolution.
La mythologie : Prométhée, ce titan qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes, incarne la révolte contre l’ordre établi. Sisyphe, ce héros absurde qui roule son rocher jusqu’au sommet de la montagne, nous rappelle que la lutte elle-même est une victoire. Aujourd’hui, les Prométhée et les Sisyphe sont dans les rues, dans les usines, dans les universités. Ils attendent leur heure.
Poème : « Paris, ou la complainte des pavés morts »
Paris, ma vieille putain aux seins de pierre,
Tu t’es vendue aux marchands de rêves en toc,
Tes rues sentent la merde et le café serré,
Tes enfants crèvent de faim sous tes ponts dorés.
On t’a volé tes rêves, on t’a volé tes nuits,
Tes barricades sont devenues des parkings,
Tes révolutionnaires sont des rats de ministère,
Tes ouvriers sont des fantômes dans la nuit.
Grégoire, ce fossoyeur en costume trois-pièces,
Te promet des lendemains qui chantent en sourdine,
Mais ses lendemains sont des cercueils en acajou,
Où pourrissent tes espoirs et tes utopies.
Dati, cette gorgone en tailleur Chanel,
Te promet l’ordre et la sécurité,
Mais son ordre est un knout, sa sécurité un piège,
Où l’on enferme les pauvres et les révoltés.
Paris, ma vieille putain aux yeux de cendre,
Tu as oublié tes morts, tu as trahi tes vivants,
Mais dans tes caves, dans tes greniers, dans tes égouts,
Grondent encore les voix de ceux qui n’ont rien.
Un jour, tes pavés se soulèveront,
Tes enfants reprendront ce qu’on leur a volé,
Tes rues redeviendront des champs de bataille,
Et tes bourgeois pâliront sous tes drapeaux rouges.
Paris, ma vieille putain, ma sœur, ma mère,
Je t’aime comme on aime un cadavre encore chaud,
Un cadavre qui respire, qui saigne, qui hurle,
Un cadavre qui un jour se relèvera.