ACTUALITÉ SOURCE : VIDÉO. Municipales 2026 à Perros-Guirec. Après la réélection d’Erven Léon, les quatre candidats réagissent – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Perros-Guirec, ce petit théâtre des vanités où les marionnettes municipales s’agitent sous les projecteurs d’un scrutin local, comme si l’Histoire, avec sa grande hache, s’était arrêtée aux portes de cette station balnéaire bretonne pour laisser place à une comédie humaine aussi répétitive qu’un feuilleton télévisé. Quatre candidats, quatre réactions, quatre discours qui sentent la naphtaline et le faux-semblant, comme si la démocratie locale n’était qu’un rituel païen où l’on sacrifie l’intelligence collective sur l’autel de la médiocrité institutionnelle. Mais ne nous y trompons pas : ce qui se joue à Perros-Guirec en 2026 n’est pas une simple élection, c’est le symptôme d’une maladie bien plus profonde, celle d’un système politique qui a troqué la grandeur contre la gestion, l’utopie contre le bilan comptable, et la révolte contre le consensus mou.
Regardons ces visages, ces sourires crispés, ces mains qui serrent d’autres mains comme on signe un pacte avec le diable, mais un diable en costume trois-pièces, un diable qui sent le café et les dossiers empilés. Erven Léon, réélu. Bien sûr. Comme si le peuple, dans un élan de lassitude ou de résignation, avait préféré le diable qu’il connaît à ceux qu’il ne connaît pas. Mais que sait-il vraiment, ce peuple, de ces candidats ? Que leur a-t-on offert, sinon des promesses en plastique, des projets en carton-pâte, des discours pré-mâchés par les communicants ? La démocratie locale, dans sa version néolibérale, n’est plus qu’un spectacle de marionnettes où les ficelles sont tirées par des technocrates invisibles, des lobbies discrets, et cette fameuse « raison économique » qui justifie toutes les abdications.
Et ces réactions, ces quatre réactions filmées par Ouest-France ! Comme si l’on avait demandé à des acteurs de seconde zone de jouer leur partition dans une pièce dont le dénouement était écrit d’avance. L’un parle de « dynamique », l’autre de « projets », un troisième de « proximité », et le dernier, sans doute le plus cynique, de « respect du choix des électeurs ». Respect ? Quel respect peut-on avoir pour un système qui transforme les citoyens en consommateurs de politiques publiques, et les candidats en VRP de la gestion municipale ? Où est passée la flamme, l’ardeur, la colère même ? Tout est lissé, aseptisé, comme si la politique n’était plus qu’une affaire de gestionnaires et non de visionnaires.
Les Sept Étapes de la Démocratie Spectacle : De l’Agora à Perros-Guirec
1. L’Agora athénienne : Le Mythe Fondateur (Ve siècle av. J.-C.)
Ah, l’Agora ! Ce lieu où Socrate errait comme un taon, harcelant les citoyens de questions gênantes, où Périclès faisait vibrer les foules avec des discours qui sentaient encore la poudre des batailles et le sel des rêves. Mais déjà, dans cette démocratie « pure », les limites étaient visibles : les femmes, les esclaves, les métèques en étaient exclus. La démocratie athénienne était un club d’hommes libres, une aristocratie déguisée en idéal. Pourtant, il y avait cette idée folle : que le peuple pouvait, devait, se gouverner lui-même. À Perros-Guirec, en 2026, où est passée cette folie ? Où sont les Socrate qui bousculent, qui dérangent ? On ne trouve plus que des gestionnaires, des hommes (et quelques femmes) qui parlent de « budgets participatifs » comme on parle d’un nouveau produit en rayon. La démocratie locale n’est plus qu’un supermarché où l’on vote pour le moins pire, comme on choisit entre deux marques de lessive.
2. La Commune de Paris : L’Éphémère Éclair (1871)
Quarante jours. Quarante jours de folie pure, où le peuple de Paris, las des trahisons et des compromissions, décida de prendre son destin en main. Pas de candidats lissés, pas de programmes en kit, mais des hommes et des femmes qui improvisaient, qui inventaient, qui osaient. Louise Michel, avec son drapeau rouge, Eugène Varlin, qui organisait les cantines populaires, et tous ces anonymes qui croyaient encore que la politique pouvait être l’affaire de tous, et non celle d’une caste. À Perros-Guirec, en 2026, qui oserait brandir un drapeau rouge ? Qui oserait dire que les résidences secondaires des Parisiens étouffent la ville, que les loyers sont indécents, que les emplois saisonniers ne nourrissent pas leur homme ? Personne. On préfère parler de « tourisme durable » et de « mixité sociale », comme si les mots pouvaient masquer la réalité crue : Perros-Guirec est une ville-musée, une vitrine pour les riches, un décor pour les pauvres.
3. La IIIe République : Le Triomphe des Notables (1870-1940)
Ah, la IIIe République ! Cette époque où la démocratie locale devint l’affaire des notables, ces hommes en redingote qui régnaient sur leur fief comme des seigneurs féodaux. Jules Ferry, Gambetta, Clemenceau : des géants, certes, mais des géants qui savaient que la politique était un sport de combat, pas une partie de bridge. Pourtant, déjà, le ver était dans le fruit. Les élections municipales devinrent des affaires de famille, des dynasties se constituèrent, et le peuple, peu à peu, se transforma en clientèle. À Perros-Guirec, en 2026, rien n’a changé. Les candidats se succèdent, se ressemblent, parlent le même langage technocratique, comme si la politique n’était qu’une question de gestion et non de passion. Où sont les Gambetta qui haranguaient les foules ? Où sont les Jaurès qui parlaient de justice sociale ? Ils ont été remplacés par des hommes en costume gris, qui parlent de « fiscalité optimisée » et de « développement maîtrisé ».
4. Le Front Populaire : L’Espoir Trahi (1936)
1936. Les grèves, les occupations d’usines, les congés payés, les 40 heures. Pour la première fois, le peuple sentait que la politique pouvait changer sa vie. Léon Blum, ce bourgeois socialiste, ce rêveur pragmatique, incarnait cet espoir. Mais déjà, les forces de l’argent, les ligues fascistes, les journaux bien-pensants se liguaient pour étouffer cette flamme. À Perros-Guirec, en 2026, qui se souvient de 1936 ? Qui ose encore parler de justice sociale, de redistribution, de lutte contre les privilèges ? Les candidats parlent de « cohésion sociale », de « dialogue », de « modération ». Des mots vides, des mots qui sentent la peur. La peur de froisser, la peur de déplaire, la peur de perdre ces précieux électeurs qui votent par habitude, par routine, par lassitude.
5. Mai 68 : Le Souffle Court de la Révolte (1968)
Mai 68. Ces quelques semaines où tout sembla possible. Où les étudiants, les ouvriers, les artistes, les anonymes, osèrent dire que le monde pouvait être différent. Où l’on crut, un instant, que la politique pouvait redevenir un acte de création, et non de gestion. À Perros-Guirec, en 2026, qui se souvient de Mai 68 ? Qui ose encore rêver d’un monde où les villes ne seraient pas des machines à produire du profit, mais des lieux de vie, de culture, de résistance ? Les candidats parlent de « modernisation », de « numérisation », de « smart city ». Des mots qui sentent le plastique, le béton, l’aliénation. Où sont les slogans de 68 ? « Sous les pavés, la plage » ? À Perros-Guirec, sous les pavés, il n’y a que du sable, et ce sable est vendu aux promoteurs immobiliers.
6. La Chute du Mur de Berlin : Le Triomphe du Néolibéralisme (1989)
1989. La chute du Mur de Berlin. Pour les uns, la victoire de la liberté. Pour les autres, le début d’une nouvelle ère de domination sans partage. Le capitalisme, libéré de son rival soviétique, put enfin régner en maître, et la démocratie locale devint ce qu’elle est aujourd’hui : un simulacre, une coquille vide. À Perros-Guirec, en 2026, les candidats ne parlent plus de politique, mais de « management ». Ils ne parlent plus de justice, mais de « compétitivité ». Ils ne parlent plus de peuple, mais de « clientèle ». La démocratie locale est devenue une entreprise, et les électeurs, des actionnaires qui votent avec leur portefeuille, pas avec leur cœur.
7. Perros-Guirec 2026 : Le Crépuscule des Idées
Et nous voici, en 2026, à Perros-Guirec. Quatre candidats, quatre réactions, quatre discours interchangeables. Erven Léon, réélu. Bien sûr. Parce que dans un monde où la politique n’est plus qu’une affaire de gestion, le sortant a toujours un avantage. Il connaît les dossiers, il a les réseaux, il sait comment parler aux médias. Les autres ? Des figurants, des faire-valoir, des hommes et des femmes qui croient encore, naïvement, que la démocratie locale peut être autre chose qu’une mascarade. Mais qui les écoute ? Qui les lit ? Qui se souvient de leurs noms une fois l’élection passée ?
La démocratie locale, à Perros-Guirec comme ailleurs, est morte. Elle est morte étouffée par le néolibéralisme, par la technocratie, par l’indifférence. Elle est morte parce que plus personne n’ose croire que la politique peut changer les choses. Elle est morte parce que les candidats ne parlent plus de rêves, mais de budgets, plus de justice, mais de « réalisme économique ». Elle est morte, et personne ne s’en rend compte.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Déshumanisation
Regardons les mots, ces petits soldats du pouvoir. À Perros-Guirec, en 2026, on ne parle plus de « pauvreté », mais de « précarité ». On ne parle plus de « riches », mais de « contributeurs ». On ne parle plus de « lutte », mais de « dialogue ». Le langage est devenu une machine à édulcorer, à neutraliser, à rendre acceptable l’inacceptable. « Développement durable » ? Une façon de justifier la bétonisation des côtes. « Mixité sociale » ? Une façon de cacher la gentrification. « Proximité » ? Une façon de dire que le maire est un bon père de famille, pas un homme politique.
Et ces réactions, ces quatre réactions filmées par Ouest-France ! Écoutez-les bien. L’un parle de « dynamique collective », l’autre de « projets fédérateurs », un troisième de « respect des électeurs ». Des mots creux, des mots qui ne veulent rien dire, des mots qui sentent la langue de bois et le mensonge. Où est la colère ? Où est la passion ? Où est la vérité ? Tout est lissé, aseptisé, comme si la politique n’était plus qu’une affaire de communication et non de conviction.
Le langage politique, aujourd’hui, est une prison. Une prison où les mots sont vidés de leur sens, où les idées sont réduites à des slogans, où la pensée est remplacée par des éléments de langage. À Perros-Guirec, en 2026, les candidats ne parlent plus, ils récitent. Ils ne pensent plus, ils gèrent. Ils ne rêvent plus, ils administrent. Et le peuple, peu à peu, se tait. Il vote par habitude, par routine, par lassitude. Il a oublié que la politique pouvait être autre chose qu’un spectacle de marionnettes.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Mais alors, que faire ? Faut-il se résigner ? Faut-il accepter que la démocratie locale ne soit plus qu’un théâtre d’ombres, où les candidats jouent des rôles écrits par d’autres, où les électeurs ne sont plus que des spectateurs passifs ? Non. La résistance est possible. Elle commence par un refus : le refus de jouer le jeu. Le refus de parler le langage des technocrates, des communicants, des gestionnaires. Le refus de croire que la politique se réduit à des bilans comptables et des projets en kit.
La résistance, c’est d’abord une question de langage. Il faut retrouver les mots qui fâchent, les mots qui dérangent, les mots qui réveillent. Parler de « pauvreté », pas de « précarité ». Parler de « riches », pas de « contributeurs ». Parler de « lutte », pas de « dialogue ». Il faut cesser de parler en éléments de langage, et retrouver la langue des poètes, des révolutionnaires, des rêveurs.
La résistance, c’est aussi une question d’action. Il faut refuser le spectacle de la démocratie locale, et inventer d’autres formes de participation. Les assemblées citoyennes, les budgets participatifs, les référendums d’initiative locale : autant d’outils qui permettent de redonner la parole au peuple. Mais attention : ces outils ne doivent pas être des alibis, des leurres, des façons de faire croire que le peuple a son mot à dire alors qu’en réalité, tout est déjà décidé. Ils doivent être de véritables espaces de débat, de confrontation, de décision.
Enfin, la résistance, c’est une question de culture. Il faut réapprendre à penser la politique comme un acte de création, et non de gestion. Il faut lire les grands textes, les grands auteurs, ceux qui ont osé rêver d’un monde différent. Il faut relire Marx, bien sûr, mais aussi Camus, Orwell, Simone Weil. Il faut regarder les films de Ken Loach, lire les poèmes d’Aragon, écouter les chansons de Léo Ferré. Il faut se nourrir de cette culture de la révolte, de cette culture de l’espoir, pour ne pas sombrer dans le cynisme ou la résignation.
À Perros-Guirec, en 2026, la résistance est possible. Elle commence par un refus : le refus de voter par habitude, le refus de croire que les candidats sont interchangeables, le refus de se contenter de promesses en plastique. Elle continue par une exigence : l’exigence de transparence, de justice, de vérité. Et elle s’achève par une utopie : l’utopie d’une démocratie locale qui ne serait plus un spectacle, mais un acte de création collective.
Exemples d’Analyse à Travers l’Art et la Culture
1. La Mythologie : Sisyphe et le Rocher Municipal
Sisyphe, ce héros grec condamné à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, pour le voir redescendre chaque fois. N’est-ce pas là la métaphore parfaite de la démocratie locale ? Les candidats promettent, les électeurs espèrent, et le rocher redescend, inlassablement. À Perros-Guirec, en 2026, Erven Léon est réélu. Bien sûr. Comme Sisyphe, il recommencera, inlassablement, à pousser son rocher. Mais Camus nous a appris une chose : il faut imaginer Sisyphe heureux. Peut-être faut-il imaginer les électeurs de Perros-Guirec heureux, eux aussi, dans leur résignation, dans leur routine, dans leur lassitude. Peut-être faut-il les plaindre, ces Sisyphe modernes, qui croient encore que leur vote change quelque chose.
2. La Littérature : « Le Désert des Tartares » de Dino Buzzati
Dans ce roman, des soldats passent leur vie à attendre une attaque qui ne vient jamais. Ils guettent l’horizon, ils s’entraînent, ils se préparent, mais rien ne se passe. N’est-ce pas là l’image de la démocratie locale ? Des candidats qui passent leur vie à attendre l’élection, à préparer des projets, à serrer des mains, mais qui, une fois élus, ne changent rien. À Perros-Guirec, en 2026, les candidats sont comme ces soldats : ils attendent, ils espèrent, mais rien ne change. Le désert reste un désert, et les Tartares ne viendront jamais.
3. Le Cinéma : « The Truman Show » de Peter Weir
Truman Burbank vit dans une ville artificielle, un décor de cinéma où tout est faux, mais où il est le seul à ne pas s’en rendre compte. N’est-ce pas là l’image de Perros-Guirec, de toutes ces villes où la démocratie locale n’est plus qu’un spectacle, une mise en scène, un décor ? Les candidats jouent leur rôle, les électeurs regardent, mais personne ne se rend compte que tout est faux. Que les promesses sont des mensonges, que les projets sont des leurres, que la politique n’est plus qu’un show.
4. La Philosophie : « La Société du Spectacle » de Guy Debord
Debord nous a prévenus : dans la société du spectacle, tout devient image, tout devient représentation. La politique n’échappe pas à cette règle. À Perros-Guirec, en 2026, les candidats ne sont plus que des images, des représentations, des marionnettes. Leurs discours sont des spectacles, leurs promesses des illusions. Et les électeurs, comme des spectateurs passifs, regardent, applaudissent, ou sifflent, mais ne participent plus. La démocratie locale est devenue un spectacle, et le peuple, un public.
Analogie finale :
Perros-Guirec, ville morte où le vent
Emporte les promesses en papier mâché,
Où les candidats, fantômes en costume gris,
Serpentent entre les tombes des idéaux défunts.
Quarante ans de gestion, quarante hivers
Ont gelé les rêves sous le béton des parkings,
Et les électeurs, spectres aux mains tremblantes,
Glissent leur bulletin dans l’urne des illusions.
Ô vous, les quatre candidats, marionnettes sans fil,
Qui parlez de « dynamique » comme on récite un psaume,
Vos sourires sont des masques de carnaval,
Vos projets, des châteaux de cartes dans la tempête.
Mais écoutez ! Le ressac gronde contre les villas,
Le peuple murmure, las de vos mensonges en kit,
Et bientôt, peut-être, la vague se lèvera,
Pour emporter vos dossiers, vos budgets, vos compromis.
Alors, Perros-Guirec, ville fantôme,
Deviendra peut-être un phare, une étincelle,
Un lieu où l’on ose encore croire
Que la politique est l’affaire de tous, et non des gestionnaires.