Municipales 2026 à Saint-Brieuc. Qui deviendra le chef de file de la minorité issue de la liste d’Hervé Guihard ? – Ouest-France







Laurent Vo Anh – Le Sacre des Ombres Municipales


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 à Saint-Brieuc. Qui deviendra le chef de file de la minorité issue de la liste d’Hervé Guihard ? – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Saint-Brieuc ! Ce petit théâtre de province où se joue, en miniature, le grand drame de la démocratie bourgeoise. Une question, une seule, taraude les esprits : qui donc héritera du sceptre empoisonné de la minorité, ce trône de pacotille dressé sur les décombres d’une défaite électorale ? Hervé Guihard, ce nom qui sonne comme un glas dans les couloirs de l’hôtel de ville, a mené sa troupe au combat – et voilà que les survivants, tels des rescapés d’un naufrage, se disputent déjà les lambeaux du pouvoir perdu. Mais cette querelle de succession n’est pas qu’une banale chronique municipale : elle est le symptôme d’une maladie plus profonde, celle qui ronge les démocraties libérales depuis leur naissance, cette illusion que le pouvoir se partage comme un gâteau alors qu’il se prend comme une proie.

Pour comprendre ce qui se trame dans les ruelles pentues de Saint-Brieuc, il faut remonter aux sources mêmes de la politique, là où tout a commencé : dans la boue des premières cités mésopotamiennes, quand les hommes, à peine sortis de la sauvagerie, ont inventé l’État comme on invente une malédiction. Car le pouvoir, voyez-vous, n’est jamais un objet neutre. Il est toujours sang et sueur, toujours ruse et violence. Et la minorité, cette ombre portée du pouvoir, en est la forme la plus pure, la plus désespérée – celle qui n’a plus rien à perdre que son honneur, déjà vendu aux enchères.

I. Les sept visages de la minorité à travers les âges

1. L’Agora athénienne (-500) : Le sophiste et le couteau
À Athènes, la minorité n’était pas une position, mais une condamnation. Socrate, ce vieux fou qui errait dans les rues en harcelant les passants de ses questions, était le chef de file d’une minorité si radicale qu’elle n’avait même pas de liste. Il parlait seul, contre tous, et pour cela, on lui offrit la ciguë. Mais avant lui, les sophistes, ces marchands de vent, avaient compris l’essence de la minorité : elle n’existe que pour être brisée ou pour briser. Protagoras, avec son relativisme de pacotille, enseignait que l’homme est la mesure de toutes choses – belle formule pour justifier l’impuissance. La minorité athénienne était un miroir tendu à la majorité : elle reflétait sa peur, sa lâcheté, sa soif de consensus mou. Et quand le miroir se brisait, comme pour Socrate, c’était toujours la minorité qui saignait.

2. Rome, le Sénat et les Gracques (-133) : Le tribun et le poignard
Tiberius Gracchus, ce jeune aristocrate qui voulut redistribuer les terres aux pauvres, fut le premier vrai chef de file d’une minorité moderne. Il avait compris que le pouvoir ne se prend pas par les urnes, mais par la rue. Il haranguait les foules, il défiait le Sénat, il jouait avec le feu. Et le Sénat, cette assemblée de vieillards repus, le fit assassiner. Son frère Caïus reprit le flambeau, plus radical encore, plus désespéré. Il finit égorgé lui aussi, dans une ruelle de Rome, tandis que ses partisans fuyaient comme des rats. La leçon ? Une minorité qui veut durer doit être prête à mourir. Guihard et ses héritiers devraient méditer cela : à Saint-Brieuc comme à Rome, la minorité n’est qu’un marchepied – ou une tombe.

3. La Commune de Paris (1871) : Le peuple et la mitraille
Ah, la Commune ! Ce moment où la minorité devint majorité, où les vaincus devinrent vainqueurs – avant d’être écrasés sous les bottes de Thiers. Les communards, ces fous sublimes, avaient compris une chose : le pouvoir ne se négocie pas, il se prend. Ils avaient élu leurs chefs, ils avaient brûlé les symboles de l’ordre, ils avaient rêvé une autre ville. Et puis Versailles envoya les soldats, et Paris devint un charnier. Les survivants, ceux qui ne furent pas fusillés, durent choisir : se soumettre ou s’exiler. La minorité, ici, n’était plus une position politique, mais une condition existentielle. Comme aujourd’hui à Saint-Brieuc, où les rescapés de la liste Guihard devront décider : se coucher devant la majorité ou devenir des parias dans leur propre ville.

4. Weimar (1920-1933) : Le SPD et la trahison
La République de Weimar, ce laboratoire maudit de la démocratie libérale, nous offre une leçon cruelle sur la minorité. Le SPD, ce parti social-démocrate qui avait trahi les spartakistes en 1919, se retrouva minoritaire face à la montée du nazisme. Que faire quand on est minoritaire ? Collaborer avec les bourreaux, comme le fit le Zentrum catholique ? Ou résister, comme les communistes, jusqu’à finir dans les camps ? La minorité, à Weimar, était une impasse. Elle ne pouvait ni gouverner ni renverser le système. Elle ne pouvait que regarder, impuissante, la bête immonde grandir. À Saint-Brieuc, les héritiers de Guihard devront éviter ce piège : une minorité qui ne menace pas le pouvoir est une minorité déjà morte.

5. Budapest (1956) : Imre Nagy et la potence
Imre Nagy, ce communiste qui voulut une Hongrie libre, fut le chef de file d’une minorité si pure qu’elle en devint mythique. Il avait cru, le pauvre, que Moscou accepterait un socialisme à visage humain. Il avait oublié une règle simple : le pouvoir ne se réforme pas, il se conquiert ou il se subit. Quand les chars soviétiques entrèrent dans Budapest, Nagy se réfugia à l’ambassade de Yougoslavie. On le pendit deux ans plus tard. Sa minorité n’avait duré que treize jours. Mais ces treize jours ont marqué l’histoire plus que des siècles de compromissions. À Saint-Brieuc, les prétendants à la succession de Guihard devraient se demander : suis-je un Nagy ou un lâche ?

6. Mai 68 : Cohn-Bendit et le théâtre
Mai 68, cette farce sublime, nous montre une autre facette de la minorité : le pouvoir du symbole. Daniel Cohn-Bendit, ce rouquin allemand qui haranguait les étudiants, n’était pas un chef au sens classique. Il était un catalyseur, un déclencheur. Sa minorité n’avait pas de programme, pas de liste, pas de stratégie. Elle avait une énergie, une rage, une joie. Et cette énergie a ébranlé la France plus que toutes les élections. La leçon pour Saint-Brieuc ? Une minorité qui veut compter doit être une force, pas une faction. Elle doit incarner quelque chose de plus grand qu’elle-même : la colère, l’espoir, la révolte.

7. Seattle (1999) : Les Black Blocs et l’émeute
Enfin, Seattle. Cette ville américaine où, en 1999, les manifestants anti-OMC ont montré au monde ce que pouvait être une minorité efficace. Pas de discours, pas de compromis, pas de négociations. Juste des pavés, des cocktails Molotov, et une détermination à tout casser. Les Black Blocs, ces fantômes noirs, ont compris une vérité simple : le pouvoir a peur du désordre. À Saint-Brieuc, les héritiers de Guihard feraient bien de s’en souvenir. Une minorité qui ne fait pas trembler la majorité n’est qu’un décor de théâtre.

II. Sémantique de la minorité : le langage comme arme et comme piège

Le mot minorité est un piège. Il sonne comme une fatalité, comme une condamnation. Minoritaire, c’est déjà accepter sa défaite. Les Romains parlaient de pars minor, la « partie la plus petite » – comme si le pouvoir était une tarte à découper. Mais le pouvoir n’est pas une tarte. C’est un rapport de forces, une dialectique de la peur et de la soumission.

Regardez les mots qui gravitent autour de la minorité : opposition, résistance, dissidence. Tous ces termes supposent un dehors, une extériorité. Mais dans une démocratie libérale, il n’y a pas de dehors. Il n’y a que des degrés de soumission. La minorité n’est pas une force alternative : elle est un complément du pouvoir, sa caution, son alibi. « Regardez, nous avons une opposition ! » disent les maires en souriant. Comme si une opposition domestiquée était autre chose qu’un chien de garde.

Et puis il y a les euphémismes, ces mots qui tuent : dialogue, concertation, gouvernance partagée. Des mots de technocrates, des mots qui sentent la naphtaline et le café tiède. À Saint-Brieuc, les prétendants à la succession de Guihard devront choisir : parler le langage du pouvoir (et se perdre) ou forger leur propre langue (et risquer l’incompréhension).

III. Comportementalisme radical : comment résister ?

La minorité, pour exister, doit déranger. Elle doit être une épine dans le pied de la majorité, un caillou dans sa chaussure. Mais comment faire, concrètement ?

1. Refuser le jeu
La première règle : ne pas jouer le jeu de la majorité. Pas de commissions, pas de concertations, pas de « dialogue constructif ». Le dialogue, c’est ce que le pouvoir impose quand il veut gagner du temps. La minorité doit être un non permanent, une négation vivante. Comme Diogène dans son tonneau, elle doit montrer au pouvoir son absurdité en vivant dans l’absurde.

2. Créer des contre-pouvoirs
Une minorité qui se contente de siéger au conseil municipal est une minorité morte. Elle doit inventer ses propres espaces de pouvoir : des assemblées populaires, des comités de quartier, des médias alternatifs. Elle doit faire ce que la Commune de Paris a tenté : gouverner par en bas. À Saint-Brieuc, cela pourrait prendre la forme de mairies parallèles, de budgets participatifs sauvages, de référendums d’initiative citoyenne. Bref, il faut désobéir.

3. Pratiquer la guérilla sémantique
Le pouvoir se maintient par les mots autant que par la force. La minorité doit donc détourner le langage, le subvertir. Par exemple, au lieu de parler de « développement économique », parler de spoliation des terres. Au lieu de « sécurité », parler de répression. Au lieu de « dialogue social », parler de collaboration de classe. Les mots sont des armes : il faut les aiguiser.

4. Être imprévisible
Le pouvoir déteste l’imprévisible. Il veut des opposants dociles, des minorités prévisibles. La minorité doit donc surprendre. Organiser des actions spectaculaires : occupations, blocages, happenings politiques. Faire ce que les situationnistes appelaient de la dérive : errer dans la ville en semant le trouble, en créant des zones d’incertitude. À Saint-Brieuc, cela pourrait être une grève des loyers, une occupation de l’hôtel de ville, ou même une fête sauvage sur la place du Martray, avec musique, vin et discours enflammés.

5. Assumer la violence symbolique
Non, je ne parle pas de casser des vitrines. Je parle de violence symbolique, celle qui frappe les esprits. Par exemple : organiser une veillée funèbre pour la démocratie libérale devant la mairie. Ou brûler solennellement des liasses de bulletins de vote. Ou encore, comme les féministes des années 70, taguer des slogans sur les murs de la ville. La minorité doit choquer, provoquer, déranger. Elle doit être une plaie ouverte dans le corps politique.

IV. Exemples artistiques et mythologiques : comment la culture parle de la minorité

1. Antigone : la minorité comme destin
Antigone, cette jeune femme qui défie Créon pour enterrer son frère, est l’archétype de la minorité. Elle n’a ni armée ni alliés. Elle a seulement sa conviction. Et cette conviction la mène à la mort. Mais sa mort est une victoire : elle montre que le pouvoir, même absolu, est fragile. À Saint-Brieuc, les héritiers de Guihard devraient méditer cette leçon : une minorité qui assume son destin devient invincible.

2. « Le Procès » de Kafka : la minorité comme absurdité
Joseph K., ce pauvre homme accusé sans savoir pourquoi, est le symbole de la minorité dans un système kafkaïen. Il court, il plaide, il supplie – et tout cela est vain. La leçon ? Dans un système injuste, la minorité n’a pas à se justifier. Elle a à résister. À Saint-Brieuc, les prétendants à la succession de Guihard devraient se demander : suis-je un Joseph K. ou un rebelle ?

3. « La Haine » de Kassovitz : la minorité comme rage
Ce film culte montre une minorité enragée, une minorité qui n’a plus rien à perdre. Vinz, Hubert, Saïd : ces trois jeunes des banlieues sont la minorité dans sa forme la plus pure, la plus désespérée. Ils ne négocient pas. Ils explosent. À Saint-Brieuc, la minorité devrait s’inspirer de cette rage. Pas pour casser des vitrines, mais pour casser les codes, pour détruire les illusions.

4. « Les Mains sales » de Sartre : la minorité comme trahison
Hoederer, ce révolutionnaire qui accepte de salir ses mains pour le pouvoir, montre une vérité cruelle : la minorité qui veut devenir majorité doit souvent trahir ses idéaux. À Saint-Brieuc, les héritiers de Guihard devront choisir : rester purs et impuissants, ou se salir les mains pour gagner.

5. Banksy : la minorité comme art
Banksy, cet artiste invisible, est le maître de la subversion par l’art. Ses graffitis, ses installations, ses happenings : tout cela est une forme de résistance. À Saint-Brieuc, la minorité pourrait s’inspirer de cette approche : utiliser l’art comme une arme. Organiser des expositions sauvages, des performances politiques, des détournements d’affiches. Faire de la ville une galerie de la révolte.

V. Résistance humaniste : pour une minorité qui gagne

La minorité, pour être efficace, doit être humaniste. Pas au sens mièvre du terme, mais au sens radical : elle doit placer l’humain au-dessus des institutions, la justice au-dessus de la loi, la vérité au-dessus du consensus.

Voici ce que pourrait être une minorité humaniste à Saint-Brieuc :

1. Une minorité qui écoute
Pas les sondages, pas les experts, pas les éditorialistes. Le peuple. Les ouvriers, les chômeurs, les retraités, les jeunes. Aller dans les quartiers, dans les usines, dans les marchés. Écouter, vraiment. Et puis traduire cette parole en actes politiques.

2. Une minorité qui agit
Pas des discours, pas des motions, pas des vœux pieux. Des actes. Bloquer un projet immobilier qui spolie les habitants. Organiser une soupe populaire. Créer une monnaie locale. Montrer que la politique peut changer les vies.

3. Une minorité qui unit
Pas des querelles de personnes, pas des ego surdimensionnés. L’union. Avec les associations, avec les syndicats, avec les simples citoyens. Faire de la minorité une force collective, pas une faction.

4. Une minorité qui rêve
Pas des petits projets, pas des aménagements cosmétiques. Un rêve. Une autre ville, une autre société. Et puis agir pour que ce rêve devienne réalité.

5. Une minorité qui résiste
Pas des compromis, pas des renoncements. La résistance. Contre le capitalisme, contre le libéralisme, contre toutes les formes d’oppression. Être une force de rupture, pas une force d’accompagnement.

Analogie finale : Le Chant des Ombres Municipales

Ô Saint-Brieuc, ville aux cent clochers rouillés,
Où les ombres des marins morts dansent encore sur les quais,
Voici venir l’heure des comptes, l’heure des couteaux tirés,
Voici venir les héritiers de Guihard, les fous, les damnés,
Ceux qui veulent le pouvoir comme on veut une femme,
Avec des serments dans la bouche et des poignards dans les poches.

Qui donc montera sur le trône de pacotille ?
Qui donc portera la couronne d’épines de la minorité ?
Seras-tu, toi, le jeune loup aux dents longues,
Celui qui parle de révolution en buvant du whisky ?
Ou toi, la vieille renarde aux griffes usées,
Celle qui connaît tous les secrets des couloirs de l’hôtel de ville ?

Prenez garde, ô prétendants,
Car le pouvoir est une pute,
Elle se donne à ceux qui la battent,
Et elle rit de ceux qui l’aiment.

La minorité n’est pas un poste, c’est une maladie,
Une fièvre qui vous brûle les entrailles,
Une obsession qui vous ronge comme un cancer.
Elle vous pousse à hurler quand les autres murmurent,
À casser quand les autres signent,
À mourir quand les autres vivent.

Mais attention, ô fous sublimes,
Car le pouvoir a des chiens,
Des chiens aux crocs acérés,
Qui guettent dans l’ombre,
Prêts à vous déchirer la gorge
Au premier faux pas.

Alors choisissez bien votre rôle,
Êtes-vous Antigone ou Créon ?
Êtes-vous le rebelle ou le valet ?
Car à Saint-Brieuc, comme partout,
La minorité n’est qu’un miroir,
Et le miroir ne ment jamais.

Il vous renverra votre image,
Celle d’un homme ou d’une femme
Debout dans la tempête,
Le poing levé,
Prêt à tout casser
Ou à tout perdre.

Alors, qui donc héritera du sceptre empoisonné ?
Qui donc deviendra le chef de file des ombres ?
Peu importe, au fond,
Car ce qui compte,
Ce n’est pas le trône,
C’est la révolte.

Et la révolte, voyez-vous,
N’a pas de chef,
Elle n’a que des complices,
Des frères et des sœurs en colère,
Des fous qui refusent de plier,
Des damnés qui préfèrent brûler
Plutôt que de s’éteindre.

Alors que la nuit tombe sur Saint-Brieuc,
Que les ombres s’allongent sur les pavés,
Écoutez bien,
Car dans le vent qui souffle du port,
On entend déjà le chant des révoltés,
Le grondement sourd de la colère qui monte,
Et le rire moqueur de ceux qui savent
Que le pouvoir, au fond,
N’est qu’une illusion,
Un château de cartes
Prêt à s’effondrer.



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