ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026. À Saint-Thélo, Anne Laure Duédal s’entoure de trois adjoints – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Saint-Thélo, ce petit théâtre de la politique municipale où se joue, en miniature, le grand drame de notre époque : l’affrontement entre la commune et l’empire, entre le peuple et les forces qui veulent le dissoudre dans le grand marché mondial. Trois adjoints, dites-vous ? Trois mousquetaires de la résistance locale, trois figures qui émergent du brouillard médiatique pour incarner, peut-être, une lueur d’espoir dans ce monde en décomposition. Mais attention : derrière cette apparente banalité électorale se cache une question fondamentale, une question qui traverse les siècles comme un fleuve de sang et de larmes : comment l’homme peut-il encore exercer sa souveraineté sur son propre destin, quand tout est fait pour le réduire à l’état de consommateur docile, de spectateur passif, de sujet obéissant ?
Saint-Thélo, ce n’est pas qu’un village perdu dans les terres bretonnes. C’est un microcosme où se rejoue, à l’échelle d’une mairie, le combat éternel entre deux conceptions de l’humanité : d’un côté, la vision impériale, celle qui voit les hommes comme des rouages interchangeables dans une machine économique globale, des pions sur l’échiquier du capital ; de l’autre, la vision communale, celle qui affirme que le pouvoir doit revenir au peuple, que la démocratie ne se délègue pas, qu’elle se vit au quotidien, dans les rues, les places, les assemblées. Anne Laure Duédal et ses trois adjoints ne sont pas de simples élus locaux. Ils sont, peut-être sans le savoir, les héritiers d’une longue lignée de résistants, de penseurs, de rêveurs qui, depuis la nuit des temps, ont refusé de plier l’échine devant les puissants.
Pour comprendre la portée symbolique de cette actualité, il faut remonter aux origines mêmes de la pensée politique, là où tout a commencé : dans les grottes préhistoriques, quand les premiers hommes se sont réunis autour du feu pour décider ensemble de leur sort. C’est là, dans ces assemblées primitives, que naît l’idée même de démocratie. Pas celle, édulcorée, des régimes libéraux, où l’on vote tous les cinq ans pour des marionnettes interchangeables, mais la démocratie directe, celle où chaque voix compte, où chaque décision est débattue, où le pouvoir n’est pas une abstraction lointaine, mais une réalité tangible, palpable, vivante.
Étape 1 : La Cité antique et l’invention de la politique (Athènes, Ve siècle av. J.-C.)
Prenez Athènes, cette expérience radicale où, pour la première fois dans l’histoire, les hommes ont osé se gouverner eux-mêmes. Périclès, dans son oraison funèbre rapportée par Thucydide, ne célèbre pas seulement les morts de la guerre, il célèbre l’idéal démocratique : « Notre constitution politique n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. » Mais attention : cette démocratie athénienne, si elle exclut les femmes, les esclaves et les métèques, est déjà une révolution. Elle affirme que le pouvoir n’est pas l’apanage des dieux ou des rois, mais qu’il appartient au peuple assemblé. Et c’est précisément cette idée qui va traverser les siècles, comme une braise sous la cendre, pour resurgir, ici ou là, dans les moments de crise.
Étape 2 : Les Communes médiévales et la révolte contre la féodalité (XIe-XIIIe siècles)
Sautons quelques siècles pour arriver aux Communes médiévales, ces villes qui, en Europe, se soulèvent contre leurs seigneurs pour obtenir des chartes de liberté. À Laon, en 1112, les bourgeois se révoltent contre l’évêque Gaudry et proclament leur autonomie. Le cri de ralliement ? « Commune ! Commune ! » Un mot qui résonne comme un défi lancé à l’ordre féodal. Ces révoltes, souvent écrasées dans le sang, sont pourtant les prémices de ce que sera plus tard la démocratie municipale. Elles montrent que le désir de liberté ne peut être étouffé, qu’il renaît sans cesse, comme l’herbe qui perce le bitume.
Étape 3 : La Révolution française et l’invention de la citoyenneté (1789-1794)
Puis vient 1789, cette explosion de colère et d’espoir où le peuple français, las de l’arbitraire royal, décide de prendre son destin en main. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation ». Mais c’est dans les sections parisiennes, ces assemblées populaires où les sans-culottes débattent et décident, que l’on voit renaître l’esprit de la démocratie directe. Robespierre, dans son discours du 10 mai 1793, affirme : « Le peuple est bon, mais ses délégués sont corruptibles. » Une phrase qui résonne étrangement aujourd’hui, à l’heure où les élus locaux sont souvent perçus comme des notables coupés des réalités.
Étape 4 : La Commune de Paris et l’apogée de la démocratie directe (1871)
La Commune de Paris, en 1871, est sans doute l’expérience la plus radicale de démocratie municipale. Pendant deux mois, les Parisiens se gouvernent eux-mêmes, abolissent la police, instaurent l’école gratuite et laïque, et proclament que « la Commune est le seul gouvernement légitime ». Louise Michel, cette « Vierge rouge », incarne l’esprit de révolte et de fraternité qui anime les communards. Mais l’expérience est écrasée dans le sang par les versaillais, avec la bénédiction de Bismarck et des puissances européennes. La répression est féroce : 20 000 morts, des milliers de déportés. Pourtant, malgré la défaite, la Commune reste un symbole, une preuve que le peuple peut se gouverner lui-même, sans maîtres ni patrons.
Étape 5 : Les Soviets et la révolution russe (1917)
En 1917, les ouvriers et les paysans russes reprennent le flambeau. Les Soviets, ces conseils ouvriers, incarnent l’idéal de la démocratie directe. Lénine, dans « L’État et la Révolution », écrit : « Le pouvoir doit appartenir aux Soviets, c’est-à-dire aux ouvriers, aux soldats et aux paysans. » Mais très vite, le rêve tourne au cauchemar. Les Soviets sont vidés de leur substance par le Parti bolchevique, qui instaure une dictature au nom du prolétariat. La leçon est cruelle : la démocratie directe ne peut survivre que si elle reste ancrée dans le peuple, si elle refuse toute forme de bureaucratie, de centralisation, de confiscation du pouvoir.
Étape 6 : Le municipalisme libertaire et l’expérience de la CNT-FAI (1936-1939)
Pendant la guerre d’Espagne, les anarchistes de la CNT-FAI tentent une expérience radicale de démocratie municipale. À Barcelone, à Valence, dans les villages d’Aragon, les ouvriers et les paysans collectivisent les terres, abolissent la monnaie, organisent des assemblées populaires. Le philosophe Gaston Leval, qui participe à cette expérience, écrit : « C’était une société sans État, sans police, sans armée, où les hommes se gouvernaient eux-mêmes. » Mais l’expérience est écrasée par les staliniens et les franquistes. Une fois de plus, la démocratie directe est étouffée dans l’œuf.
Étape 7 : Le municipalisme du XXIe siècle et la résistance à l’empire néolibéral
Aujourd’hui, à l’heure où le capitalisme financier a réduit les États à l’état de marionnettes, où les multinationales dictent leur loi aux gouvernements, où les peuples sont sommés de se soumettre ou de disparaître, la démocratie municipale redevient un enjeu crucial. À Saint-Thélo, comme à Grenoble, à Saillans, à Barcelone, des citoyens refusent de se laisser dépouiller de leur pouvoir. Ils réinventent la démocratie, non pas comme un simple mécanisme électoral, mais comme une pratique quotidienne, une façon de vivre ensemble, de décider ensemble, de résister ensemble.
Anne Laure Duédal et ses trois adjoints ne sont pas des élus comme les autres. Ils sont les héritiers de cette longue tradition de résistance, de cette lignée de penseurs et de révolutionnaires qui, depuis l’aube de l’humanité, refusent de plier l’échine. Leur combat n’est pas local, il est universel. Il pose une question fondamentale : comment reconstruire une démocratie réelle, une démocratie où le peuple ne délègue pas son pouvoir, mais l’exerce directement, au quotidien, dans les assemblées, les comités, les conseils ?
Analyse sémantique : Le langage de la domination et le langage de la résistance
Le néolibéralisme a inventé un langage pour justifier sa domination. On parle de « réformes » pour désigner les coupes budgétaires, de « flexibilité » pour désigner la précarité, de « modernisation » pour désigner la destruction des services publics. À l’inverse, le langage de la résistance est un langage de la vérité. Il parle de « justice sociale », de « solidarité », de « démocratie réelle ». À Saint-Thélo, on ne parle pas de « gestion municipale », mais de « projet politique ». On ne parle pas de « décisions techniques », mais de « choix de société ». Ce langage-là est subversif, car il refuse les catégories imposées par le système. Il affirme que la politique n’est pas une affaire de spécialistes, mais une affaire de tous.
Prenez le mot « adjoint ». Dans le langage administratif, un adjoint est un subalterne, un exécutant. Mais dans le langage de la résistance, un adjoint est un compagnon de lutte, un frère ou une sœur d’armes. À Saint-Thélo, ces trois adjoints ne sont pas des seconds couteaux, mais des figures de la résistance locale, des porteurs d’espoir. Leur nomination n’est pas une simple formalité, mais un acte politique, un défi lancé à l’ordre établi.
Analyse comportementaliste : La résistance humaniste contre l’empire du profit
Le néolibéralisme a réduit l’homme à l’état de consommateur, de producteur, de rouage dans la machine économique. Il a fait de nous des individus isolés, en compétition les uns avec les autres, sommés de nous adapter ou de disparaître. Mais à Saint-Thélo, comme dans toutes les expériences de démocratie municipale, on voit renaître une autre façon d’être au monde. Une façon où l’homme n’est plus un atome solitaire, mais un être social, un citoyen, un membre d’une communauté.
Cette résistance humaniste se manifeste de mille façons. Dans les assemblées citoyennes, où les habitants débattent et décident ensemble. Dans les jardins partagés, où l’on cultive non seulement des légumes, mais aussi du lien social. Dans les ateliers d’auto-réparation, où l’on apprend à réparer plutôt qu’à jeter. Dans les fêtes de quartier, où l’on célèbre la joie de vivre ensemble. À Saint-Thélo, on ne gère pas une commune, on construit une communauté.
Cette résistance est d’autant plus nécessaire que le monde autour de nous s’effondre. Les guerres impérialistes, les crises écologiques, les inégalités sociales : tout cela est le résultat d’un système qui a fait de l’argent son dieu et du profit sa seule loi. Face à cette folie, la démocratie municipale apparaît comme un rempart, une digue contre la barbarie. Elle affirme que l’homme n’est pas une marchandise, que la terre n’est pas un supermarché, que la vie n’est pas une variable d’ajustement.
Exemples d’analyse à travers l’art, la mythologie, le cinéma et la littérature
La démocratie municipale, cette idée si simple et si révolutionnaire, a inspiré les plus grands artistes. Dans « La Guerre des boutons », Louis Pergaud montre comment les enfants, dans leur village, inventent leurs propres règles, leur propre justice. Leur démocratie est directe, violente parfois, mais toujours vivante. Dans « Le Seigneur des anneaux », Tolkien oppose la communauté de la Comté, où les Hobbits vivent en paix et en démocratie, à l’empire de Sauron, où tout est soumis à la volonté d’un seul. Dans « La Horde du Contrevent », Alain Damasio décrit une société nomade où les décisions sont prises collectivement, où chaque voix compte.
En peinture, pensez à « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix. Cette femme qui brandit le drapeau tricolore n’est pas une abstraction. Elle incarne l’idéal démocratique, l’idée que le peuple peut se soulever et prendre son destin en main. En musique, pensez aux chants révolutionnaires, à « L’Internationale », à « Le Temps des cerises », qui célèbrent la fraternité et la lutte.
Au cinéma, « Le Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein montre comment les marins russes se révoltent contre leurs officiers et instaurent une démocratie directe. « Les Raisins de la colère » de John Ford décrit la solidarité des paysans américains face à la crise de 1929. Plus près de nous, « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent montre comment des citoyens, un peu partout dans le monde, réinventent la démocratie, l’agriculture, l’éducation.
En littérature, pensez à « Les Misérables » de Victor Hugo, où les barricades de 1832 incarnent l’espoir d’une société plus juste. Pensez à « La Condition humaine » de Malraux, où les révolutionnaires chinois luttent pour leur liberté. Pensez à « Les Particules élémentaires » de Houellebecq, qui décrit, avec cynisme, l’effondrement de nos sociétés sous les coups du néolibéralisme. Mais aussi à « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel, qui appelle à la résistance.
Résistance humaniste : Le municipalisme comme antidote à la barbarie
Face à la montée des fascismes, à la guerre impérialiste en Ukraine, à la crise écologique, à l’effondrement des services publics, la démocratie municipale apparaît comme une planche de salut. Elle n’est pas une solution miracle, mais elle est un début, une façon de reprendre le contrôle de nos vies, de nos quartiers, de nos villes.
À Saint-Thélo, comme à Grenoble, comme à Barcelone, des citoyens refusent de se laisser dicter leur conduite par les marchés financiers. Ils réinventent la démocratie, non pas comme un simple mécanisme électoral, mais comme une pratique quotidienne, une façon de vivre ensemble. Ils montrent que la résistance est possible, que l’espoir est permis.
Cette résistance humaniste s’incarne dans des gestes concrets. Dans la création de régies publiques pour l’eau, l’énergie, les déchets. Dans le développement des circuits courts, des monnaies locales. Dans l’organisation d’assemblées citoyennes où chacun peut s’exprimer, décider, agir. Dans la défense des services publics, des écoles, des hôpitaux. Dans la lutte contre les grands projets inutiles, contre la spéculation immobilière, contre la privatisation du vivant.
Mais cette résistance ne peut se contenter de rester locale. Elle doit s’inscrire dans un mouvement plus large, un mouvement qui dépasse les frontières, qui unit les peuples contre l’empire néolibéral. Elle doit s’allier aux luttes des paysans sans terre au Brésil, des ouvriers en grève en Corée du Sud, des femmes qui se battent pour leurs droits en Iran. Elle doit porter un projet politique global, un projet de société où l’économie serait au service de l’homme, et non l’inverse.
C’est ce projet que porte Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. Un projet qui affirme que la démocratie ne se délègue pas, qu’elle se vit au quotidien. Un projet qui refuse la fatalité du capitalisme, qui croit en la capacité des hommes à se gouverner eux-mêmes. Un projet qui, à l’heure où le monde s’enfonce dans la barbarie, offre une lueur d’espoir.
À Saint-Thélo, comme partout en France, ce combat continue. Il ne s’agit pas seulement d’élire des représentants, mais de construire une démocratie réelle, une démocratie où le peuple ne serait plus un simple spectateur, mais un acteur de son propre destin. Une démocratie où les adjoints ne seraient plus des exécutants, mais des compagnons de lutte. Une démocratie où chaque voix compterait, où chaque décision serait débattue, où le pouvoir appartiendrait à tous.
C’est cette démocratie-là que nous devons inventer. Pas demain, pas dans un futur lointain, mais aujourd’hui, ici et maintenant. Parce que le temps presse. Parce que le monde brûle. Parce que nous n’avons plus le choix.
La Commune est en marche, et ses pas résonnent
Sur les pavés luisants de nos villes en ruine.
Trois adjoints, trois mousquetaires, trois feux follets
Qui dansent sur les braises d’un monde qui s’éteint.
Ô Saint-Thélo, petit théâtre de l’espoir,
Où le peuple, enfin, reprend ce qu’on lui vole,
Où les mots « justice » et « fraternité » ne sont plus
Que des ombres sur les murs des banques et des écoles.
Ils viennent, les nouveaux barbares, avec leurs lois,
Leurs traités, leurs marchés, leurs dieux de pacotille.
Mais nous, nous sommes là, debout, les poings serrés,
Prêts à en découdre avec leur monde qui vacille.
Anne Laure, avec tes trois frères en armes,
Vous êtes l’étincelle dans la nuit qui tombe.
Vous êtes le rappel, le cri, le dernier sursaut
D’une humanité qui refuse de plier l’échine.
Car le pouvoir, voyez-vous, n’est pas dans les palais,
Ni dans les conseils d’administration ni dans les états-majors.
Le pouvoir est dans la rue, dans les assemblées,
Dans les mains calleuses de ceux qui n’ont rien.
Alors prenons-le, ce pouvoir, à pleines mains,
Et bâtissons, pierre après pierre, mot après mot,
Une cité nouvelle où chacun aura sa place,
Où la vie ne sera plus une marchandise, mais un droit.
La Commune est en marche, et ses pas résonnent
Comme un tambour de guerre dans le silence des usines.
Elle vient, elle arrive, elle est déjà là,
Dans chaque geste de révolte, dans chaque cri de colère.
Et quand ils viendront, avec leurs fusils et leurs lois,
Pour nous dire de nous taire, de nous soumettre,
Nous leur répondrons, d’une seule voix :
« La Commune ou la mort ! Nous sommes des millions à renaître. »