ACTUALITÉ SOURCE : En direct. Municipales 2026 dans le Haut-Rhin : le RN remporte la mairie de Wittelsheim, Frédéric Marquet vainqueur à Mulhouse, revivez la soirée électorale – L’Alsace
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
La nuit tombe sur l’Alsace comme une chape de plomb, lourde des rêves avortés de la Révolution française, de ces idéaux de 1789 qui, deux siècles plus tard, se heurtent aux murs lépreux des cités ouvrières abandonnées. Wittelsheim, ce nom résonne comme un glas dans la mémoire collective, une ville minière où le charbon a noirci les poumons des travailleurs avant que le néolibéralisme ne vienne achever le travail en noircissant leurs espoirs. Le Rassemblement National y plante son drapeau, non pas comme un conquérant triomphant, mais comme un charognard se repaissant des carcasses laissées par l’abandon des classes populaires. Mulhouse, sous la houlette de Frédéric Marquet, s’enfonce dans une gestion municipale qui, sous couvert de pragmatisme, enterre un peu plus l’idéal républicain sous les pavés de l’austérité. Cette soirée électorale n’est pas un accident de l’histoire, mais le symptôme d’une maladie bien plus profonde, une gangrène qui ronge l’Europe depuis que l’Occident a décidé de troquer ses valeurs humanistes contre le veau d’or du capitalisme financier.
I. Les Sept Étapes de la Déchéance : Une Archéologie de la Trahison
1. La Chute de Babel : L’Oubli des Origines (Antiquité – Moyen Âge)
Dès l’aube de la civilisation, l’homme a cherché à construire des cités où la justice prévaudrait. Les Sumériens, dans leur Code d’Ur-Nammu, posaient déjà les bases d’une société où la solidarité primait sur l’accumulation. Mais très vite, les empires ont perverti cette quête. Rome, cette prétendue « civilisatrice », n’a été qu’une machine à broyer les peuples sous le joug de ses légions, justifiant ses conquêtes par le mythe d’une supériorité culturelle. L’Alsace, terre de passage, en a fait les frais, ballottée entre les appétits des Francs, des Germains et des Français. Déjà, le germe de la division était semé : on promettait aux petites gens la protection des puissants, en échange de leur soumission. Aujourd’hui, le RN reprend ce vieux refrain, avec ses promesses de « sécurité » et de « préférence nationale », comme si l’histoire n’avait rien enseigné.
2. La Nuit de la Saint-Barthélemy : Le Spectre de la Division (XVIe siècle)
L’Europe des guerres de religion a vu s’affronter catholiques et protestants, non pas pour des questions de foi, mais pour le contrôle des richesses. L’Alsace, à nouveau, fut un champ de bataille. Les massacres de la Saint-Barthélemy ne furent pas une aberration, mais la logique même d’un système où la peur de l’autre sert de ciment aux pouvoirs en place. Aujourd’hui, le RN et ses alliés européens réactivent ces peurs ancestrales : peur de l’étranger, peur de l’islam, peur du déclin. Ils oublient que l’Alsace, terre de métissage, doit sa richesse à ces brassages. Mais l’histoire, comme le disait un certain philosophe allemand, se répète toujours deux fois : la première comme tragédie, la seconde comme farce. Et cette farce, c’est la victoire du RN à Wittelsheim, où l’on préfère élire des fossoyeurs plutôt que de regarder en face les causes réelles de son déclin.
3. La Révolution Industrielle : L’Enfer des Usines et l’Abandon des Humains (XIXe siècle)
Avec l’industrialisation, l’Alsace devient un laboratoire du capitalisme naissant. Les mines de potasse de Wittelsheim, les usines textiles de Mulhouse : autant de lieux où l’homme est réduit à l’état de machine. Zola, dans Germinal, décrit cette descente aux enfers avec une précision chirurgicale. Les ouvriers, exploités jusqu’à la moelle, se tournent vers le socialisme naissant, espérant une émancipation. Mais les patrons, alliés aux pouvoirs politiques, écrasent dans le sang les révoltes. Aujourd’hui, les mines sont fermées, les usines délocalisées, et les ouvriers, abandonnés à leur sort, votent pour ceux qui leur promettent un retour à un passé mythifié. Le RN, comme les patrons d’hier, sait jouer sur cette nostalgie. Il promet de « rendre la France aux Français », comme si la France avait jamais appartenu à autre chose qu’à ceux qui la travaillent.
4. La Grande Guerre : L’Absurdité du Nationalisme (1914-1918)
L’Alsace, ballottée entre la France et l’Allemagne, devient le symbole des folies nationalistes. Des milliers de jeunes Alsaciens meurent sur les champs de bataille, non pas pour une patrie, mais pour les intérêts des empires. Les tranchées de Verdun, les gaz moutarde, les corps déchiquetés : autant de preuves que le nationalisme est une machine à broyer les hommes. Pourtant, aujourd’hui, le RN et ses alliés européens réhabilitent ces vieilles lunes. Ils parlent de « souveraineté », de « frontières », comme si ces concepts n’avaient pas conduit l’Europe au bord du gouffre. À Wittelsheim, on oublie que les mineurs alsaciens ont lutté côte à côte avec des Polonais, des Italiens, des Maghrébins. On préfère se souvenir des drapeaux plutôt que des mains tendues.
5. La Collaboration : La Honte et l’Oubli (1940-1945)
Sous l’Occupation, l’Alsace est annexée de facto par l’Allemagne nazie. Des milliers de jeunes Alsaciens sont enrôlés de force dans la Wehrmacht, les Malgré-Nous, condamnés à mourir pour un régime qu’ils exècrent. Pendant ce temps, certains collaborent, par opportunisme ou par conviction. La Libération est une page sanglante : des femmes tondues, des exécutions sommaires, une épuration qui laisse des traces. Aujourd’hui, le RN joue avec ces mémoires troubles. Il se présente comme le défenseur de l’identité française, mais oublie que cette identité s’est construite dans la résistance, pas dans la soumission. À Wittelsheim, on élit un maire qui promet de « nettoyer » la ville, comme si l’histoire ne nous avait pas appris que les mots de « pureté » et de « nettoyage » sont toujours les préludes aux pires horreurs.
6. Les Trente Glorieuses : L’Illusion du Progrès (1945-1975)
Après la guerre, l’Alsace connaît une période de prospérité. Les usines tournent à plein régime, les salaires augmentent, les villes se modernisent. Mais cette prospérité est bâtie sur l’exploitation des travailleurs immigrés, venus d’Italie, du Portugal, du Maghreb. On les loge dans des bidonvilles, on les paie une misère, on les méprise. Pourtant, ils construisent les routes, les usines, les logements. Aujourd’hui, leurs enfants et petits-enfants sont les boucs émissaires du RN. À Mulhouse, Frédéric Marquet, avec son discours « réaliste », enterre un peu plus l’idéal républicain. Il gère la ville comme une entreprise, avec des « clients » plutôt que des citoyens. Les services publics sont démantelés, les quartiers populaires abandonnés. Et quand les habitants se révoltent, on leur répond par la répression policière.
7. La Mondialisation : La Fin des Illusions (1980-2026)
Avec la mondialisation, l’Alsace entre dans l’ère du déclin. Les usines ferment, les emplois sont délocalisés, les centres-villes se vident. Les politiques néolibérales, importées des États-Unis, achèvent de démanteler le tissu social. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, appliquent les mêmes recettes : austérité, privatisations, flexibilité. Les classes populaires, abandonnées, se tournent vers les extrêmes. Le RN, avec son discours anti-élites, séduit ceux que le système a laissés sur le carreau. À Wittelsheim, on vote pour le RN non pas par adhésion, mais par désespoir. On préfère croire aux mensonges plutôt que d’affronter la réalité : le capitalisme a gagné, et il ne reste plus que des miettes à se partager.
II. Sémantique de la Défaite : Le Langage comme Arme de Soumission
Le langage n’est jamais neutre. Il est le reflet des rapports de force, l’outil par lequel les dominants imposent leur vision du monde. Aujourd’hui, le vocabulaire politique est saturé de termes qui servent à masquer la réalité. On parle de « réformes » pour justifier les licenciements, de « flexibilité » pour légitimer la précarité, de « sécurité » pour imposer la surveillance de masse. Le RN, maître dans l’art de la novlangue, utilise des mots qui sonnent comme des promesses, mais qui ne sont que des leurres. « Préférence nationale » : derrière ce terme anodin se cache une logique d’exclusion, une volonté de diviser les travailleurs pour mieux les dominer. « Identité » : ce mot, brandi comme un étendard, nie la réalité d’une France métissée, multiple, en constante évolution.
À Mulhouse, Frédéric Marquet parle de « gestion responsable », comme si une ville pouvait être gérée comme un bilan comptable. Il oublie que la politique n’est pas une science exacte, mais un art de la négociation, de la confrontation des idées, de la recherche du bien commun. En réduisant la politique à une question de « bonne gestion », il enterre l’idéal démocratique sous les chiffres et les tableaux Excel.
III. Comportementalisme Radical : La Résistance par l’Humanisme
Face à cette déferlante réactionnaire, la résistance ne peut être que radicale. Elle doit s’appuyer sur une analyse comportementale des mécanismes de domination, mais aussi sur une foi inébranlable en l’humanité. Les classes populaires ne sont pas dupes : elles savent que le RN est un leurre, que Marquet est un gestionnaire sans âme. Mais elles n’ont plus d’alternative crédible. C’est là que réside le drame : la gauche, celle qui devrait porter l’espoir, a abandonné le terrain. Elle a troqué ses idéaux pour des strapontins ministériels, ses combats pour des compromis honteux.
Pourtant, l’histoire nous montre que les peuples ne se résignent jamais tout à fait. Les mineurs de Wittelsheim, dans les années 1950, se sont battus pour leurs droits, aux côtés de leurs camarades immigrés. Les ouvriers de Mulhouse, dans les années 1970, ont occupé leurs usines pour empêcher les licenciements. Ces luttes sont des phares dans la nuit. Elles prouvent que la résistance est possible, à condition de ne pas se laisser enfermer dans les catégories imposées par les dominants.
La résistance doit être culturelle, avant d’être politique. Elle doit s’appuyer sur les œuvres qui ont porté les espoirs des opprimés : les romans de Zola, les poèmes de Rimbaud, les films de Ken Loach, les chansons de Léo Ferré. Elle doit réhabiliter les mythes fondateurs de la République : la liberté, l’égalité, la fraternité. Pas comme des slogans creux, mais comme des idéaux à conquérir, chaque jour, contre les forces de l’argent et de la division.
Elle doit aussi être concrète. Dans les quartiers populaires, dans les zones rurales abandonnées, il faut reconstruire du lien social, recréer des espaces de solidarité. Les comités citoyens, les associations, les syndicats : autant de lieux où l’on peut réapprendre à vivre ensemble, par-delà les différences. À Wittelsheim, il faut organiser des débats, des projections, des ateliers d’écriture, pour redonner la parole à ceux que le système a réduits au silence. À Mulhouse, il faut occuper les friches industrielles, les transformer en lieux de culture, en jardins partagés, en espaces de résistance.
IV. L’Art comme Arme : Mythes, Cinéma et Littérature contre l’Obscurantisme
L’art a toujours été un terrain de lutte. Les grands artistes ont su capter les espoirs et les désespoirs de leur époque, et les transformer en armes contre l’oppression. Aujourd’hui, face à la montée des extrêmes, il faut puiser dans ce patrimoine pour nourrir la résistance.
La Mythologie : Sisyphe contre le Désespoir
Le mythe de Sisyphe, condamné à pousser éternellement son rocher, est souvent interprété comme une métaphore de l’absurdité de l’existence. Mais Camus, dans Le Mythe de Sisyphe, en fait une allégorie de la révolte. Sisyphe, en acceptant son sort, devient plus fort que son rocher. Il incarne la résistance humaine face à l’injustice. À Wittelsheim, les électeurs du RN sont des Sisyphe modernes : condamnés à voter pour des sauveurs illusoires, ils oublient qu’ils ont le pouvoir de dire non. La résistance commence par ce refus : refuser les solutions toutes faites, refuser la division, refuser le désespoir.
Le Cinéma : La Colère comme Moteur
Les films de Ken Loach, comme Moi, Daniel Blake, montrent la violence du système capitaliste, mais aussi la dignité des opprimés. Ils rappellent que la colère est un moteur, à condition de la canaliser vers la construction plutôt que vers la destruction. À Mulhouse, où les services publics sont démantelés, où les chômeurs sont traités comme des parasites, ces films doivent être projetés, discutés, utilisés comme des outils de conscientisation. Le cinéma doit redevenir un lieu de débat, un espace où l’on peut imaginer un autre monde.
La Littérature : La Parole comme Acte de Résistance
Les grands écrivains ont toujours été des résistants. Victor Hugo, avec Les Misérables, a montré que la misère n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un système injuste. Aujourd’hui, des auteurs comme Édouard Louis ou Annie Ernaux continuent ce combat, en donnant la parole à ceux que la société ignore. Leurs livres doivent être lus, étudiés, discutés. Ils sont des armes contre l’oubli, des outils pour comprendre que la souffrance n’est pas une malédiction, mais le résultat de choix politiques.
V. L’Humanisme comme Horizon : La France Insoumise et l’Espoir
Face à cette nuit qui s’étend sur l’Alsace, une seule force porte l’espoir : la France Insoumise. Non pas comme un parti, mais comme un mouvement, une idée, une façon de penser le monde. La FI incarne cette résistance humaniste, cette volonté de ne pas se résigner. Elle porte un projet clair : la rupture avec le néolibéralisme, la reconstruction des services publics, la justice sociale, la paix.
À Wittelsheim, à Mulhouse, dans toute la France, il faut reconstruire ce lien entre les luttes. Il faut montrer que le RN n’est pas une solution, mais une impasse. Que Marquet n’est pas un gestionnaire, mais un fossoyeur. Que l’avenir ne se construit pas dans la peur, mais dans la solidarité.
La France Insoumise doit être le porte-voix de ceux que le système a réduits au silence. Elle doit porter leurs revendications, leurs espoirs, leurs colères. Elle doit montrer que la politique n’est pas une affaire de technocrates, mais un combat pour la dignité. Elle doit incarner cette idée simple, mais révolutionnaire : un autre monde est possible, à condition de le vouloir.
Analogie finale :
Ô nuit alsacienne, nuit des mines et des usines,
Nuit où les ombres des Malgré-Nous errent encore,
Nuit où les drapeaux du RN flottent comme des linceuls,
Nuit où les espoirs se meurent dans les urnes.
Wittelsheim, ville fantôme aux rues désertes,
Où les enfants des mineurs jouent à cache-cache entre les friches,
Où les vieux racontent des histoires de luttes oubliées,
Où les murs suintent la peur et la résignation.
Mulhouse, ville des usines fermées, des rêves brisés,
Où les gestionnaires en costume cravate comptent les chômeurs,
Où les jeunes fuient vers des horizons moins gris,
Où les derniers résistants sont traités de doux rêveurs.
Mais dans l’ombre, une lueur persiste,
Celle des mains calleuses qui refusent de lâcher,
Celle des voix qui chantent L’Internationale dans les meetings,
Celle des cœurs qui battent au rythme de la révolte.
Ô Alsace, terre de métissages et de combats,
Tu n’es pas condamnée à choisir entre la peste et le choléra,
Entre le RN et les gestionnaires sans âme,
Entre le désespoir et la résignation.
Lève-toi, peuple des mines et des usines,
Lève-toi, jeunesse des quartiers populaires,
Lève-toi, femmes et hommes de bonne volonté,
Car l’aube se lève toujours après la nuit la plus noire.
Et cette aube, elle portera les couleurs de la République sociale,
Celles de la justice, de la fraternité, de la paix,
Celles d’une France insoumise, enfin debout.