EN DIRECT Municipales 2026 : Marine le Pen veut s’ouvrir à « tous les Français » et pas seulement à droite… – 20 Minutes







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Illusion du Rassemblement ou la Nécrose Démocratique


ACTUALITÉ SOURCE : EN DIRECT Municipales 2026 : Marine le Pen veut s’ouvrir à « tous les Français » et pas seulement à droite… – 20 Minutes

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la grande farce démocratique ! Voici que l’hydre lepéniste, après avoir craché son venin xénophobe pendant des décennies, se pare soudain des oripeaux du rassemblement national. « Tous les Français », clame-t-elle, comme si ces mots n’étaient pas depuis toujours le cheval de Troie des pires régressions. Mais observons bien cette mascarade : ce n’est pas une conversion, c’est une stratégie de normalisation. Le fascisme, voyez-vous, n’a jamais eu besoin de chemises brunes pour prospérer. Il lui suffit désormais de sourire en costume trois-pièces, de parler d’unité nationale tout en désignant des boucs émissaires, et de se présenter comme la solution alors qu’il est le problème. Cette manœuvre n’est pas nouvelle : elle puise ses racines dans les pires heures de notre histoire, quand les mots « peuple » et « nation » servaient de paravent à la barbarie. Analysons donc cette imposture à travers le prisme de sept moments clés où le langage politique a servi à travestir l’oppression en libération.

L’histoire des idées nous enseigne que les pires tyrannies naissent toujours d’un détournement sémantique. Le mot « peuple » devient alors une arme, et « nation » un piège. Examinons cette mécanique infernale à travers sept étapes cruciales de notre histoire intellectuelle et politique.

1. La Cité antique : quand le « peuple » exclut plus qu’il n’inclut

Dans la Grèce antique, berceau de notre démocratie, le mot « démos » désignait déjà une illusion d’inclusion. Aristote lui-même, dans La Politique, distinguait les citoyens des métèques et des esclaves. La démocratie athénienne, si souvent célébrée, reposait sur l’exclusion des femmes, des étrangers et des travailleurs. Platon, dans La République, proposait un système où les gardiens de la cité devaient mentir au peuple pour son bien. Déjà, le langage politique servait à masquer les rapports de domination. Quand Marine Le Pen parle de « tous les Français », elle réactive cette vieille tradition : le « tous » est toujours un « certains », et le « Français » un concept racialisé.

2. La Révolution française : « Liberté, Égalité, Fraternité » et la Terreur

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Pourtant, cette égalité ne concernait ni les femmes (Olympe de Gouges sera guillotinée pour l’avoir réclamée), ni les colonies (la traite négrière se poursuit), ni les pauvres (les sans-culottes sont manipulés par la bourgeoisie). Robespierre, dans ses discours, utilise sans cesse le mot « peuple » pour justifier la Terreur. Saint-Just écrit : « Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » Le langage révolutionnaire devient un outil de purification, où l’ennemi est toujours désigné comme étranger au « vrai peuple ». Le lepénisme reprend cette rhétorique : quand Marine Le Pen parle de « tous les Français », elle sous-entend que certains ne le sont pas vraiment.

3. Le XIXe siècle : le nationalisme comme religion séculière

Avec la montée des États-nations, le concept de « peuple » se racialise. Ernest Renan, dans Qu’est-ce qu’une nation ? (1882), définit la nation par « un plébiscite de tous les jours », mais aussi par « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ». Ce legs, bien sûr, est toujours celui des dominants. Maurice Barrès, dans Les Déracinés, théorise le nationalisme comme une « terre et des morts » : la nation devient un corps organique, où l’étranger est un virus. Charles Maurras, fondateur de l’Action française, écrit : « La démocratie, c’est l’enfer. » Le fascisme naissant puise dans cette tradition : le peuple n’est plus un concept politique, mais une entité biologique. Quand Marine Le Pen parle de « préférence nationale », elle s’inscrit dans cette lignée : le peuple est une race, et la nation un sang.

4. L’entre-deux-guerres : le fascisme et la mystique du peuple

Dans les années 1920-1930, le fascisme italien et le nazisme allemand perfectionnent l’art du détournement sémantique. Mussolini déclare : « Tout dans l’État, rien en dehors de l’État, rien contre l’État. » Le peuple n’est plus un ensemble de citoyens, mais une masse à façonner. Hitler, dans Mein Kampf, écrit que « le peuple est un organisme racial », et que la démocratie est « la forme la plus basse de gouvernement ». En France, les ligues d’extrême droite reprennent ce discours : l’Action française, les Croix-de-Feu, la Cagoule. Tous utilisent le mot « peuple » pour désigner une élite imaginaire, toujours menacée par des ennemis intérieurs (juifs, francs-maçons, communistes). Quand Marine Le Pen parle de « tous les Français », elle réactive cette rhétorique : le peuple est une entité pure, toujours en danger, et elle en est la protectrice.

5. La Ve République : le gaullisme et l’illusion du rassemblement

De Gaulle, dans ses discours, utilise sans cesse le mot « France » comme une entité mystique. Dans son appel du 18 juin 1940, il parle de « la France éternelle », comme si la nation était un être transcendant. Mais cette France éternelle exclut les collaborateurs, les communistes, les indépendantistes. Dans les années 1960, la Ve République se construit sur l’exclusion du peuple algérien, puis des immigrés. Le discours gaulliste est un discours de rassemblement, mais toujours autour d’une identité fantasmée. Quand Marine Le Pen parle de « tous les Français », elle reprend cette rhétorique : la France est une et indivisible, mais certains en sont exclus par nature.

6. Les années 1980-2000 : le néolibéralisme et la fin du peuple

Avec l’avènement du néolibéralisme, le mot « peuple » disparaît du discours politique. Margaret Thatcher déclare : « La société n’existe pas. Il y a des individus, et il y a des familles. » Le peuple n’est plus une entité politique, mais un marché. En France, les gouvernements de droite et de gauche appliquent les mêmes politiques : privatisations, austérité, précarisation. Le Front national, lui, maintient le discours du peuple comme entité organique. Jean-Marie Le Pen parle de « Français de souche », de « grand remplacement », de « mondialisme ». Quand Marine Le Pen parle de « tous les Français », elle réactive ce discours : face à la mondialisation, le peuple doit se protéger, se refermer, exclure.

7. Le XXIe siècle : le lepénisme et la normalisation du fascisme

Aujourd’hui, Marine Le Pen tente de normaliser son discours. Elle parle de « tous les Français » pour masquer son projet xénophobe. Mais ce discours est un piège : le « tous » est toujours un « certains », et le « Français » un concept racialisé. Elle reprend les thèmes de l’extrême droite traditionnelle (insécurité, immigration, identité), mais les habille d’un langage républicain. Elle cite Jaurès, parle de laïcité, se présente comme une défenseuse des travailleurs. Mais derrière ces mots se cache toujours le même projet : une France fermée, xénophobe, autoritaire. Comme l’écrivait Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, « le but du totalitarisme n’est pas la stabilité, mais la domination totale ». Le lepénisme n’est pas une alternative, mais une menace pour la démocratie.

Analyse sémantique : le langage comme arme

Le langage politique du lepénisme est une machine de guerre. Analysons quelques termes clés :

  • « Tous les Français » : Ce syntagme est un leurre. Il sous-entend que certains ne le sont pas vraiment (immigrés, musulmans, gauchistes). C’est une inclusion exclusive, typique des discours fascistes.
  • « Préférence nationale » : Ce concept, central dans le discours lepéniste, est une contradiction dans les termes. La nation, par définition, est une communauté politique. La « préférence nationale » est une préférence ethnique, donc une négation de la nation.
  • « Souveraineté » : Le lepénisme utilise ce mot pour désigner un repli identitaire. Mais la souveraineté, en démocratie, est celle du peuple, pas celle d’une ethnie. Le lepénisme confond souveraineté populaire et souveraineté ethnique.
  • « Laïcité » : Le Front national a détourné ce concept pour en faire une arme contre l’islam. La laïcité, en France, est la séparation des Églises et de l’État. Le lepénisme en fait un outil d’exclusion.

Ces détournements sémantiques ne sont pas innocents. Ils servent à masquer un projet politique autoritaire et xénophobe. Comme l’écrivait George Orwell dans 1984, « le langage politique est conçu pour rendre les mensonges crédibles et le meurtre respectable ».

Analyse comportementaliste : la résistance humaniste

Face à cette offensive, la résistance doit être à la fois intellectuelle et pratique. Voici quelques pistes :

  • Déconstruire le langage : Il faut dénoncer les détournements sémantiques du lepénisme. Chaque mot doit être analysé, chaque concept clarifié. La « préférence nationale » n’est pas une politique sociale, mais une politique raciste.
  • Affirmer l’universalisme : La France n’est pas une ethnie, mais une idée. Comme l’écrivait Ernest Renan, la nation est « un plébiscite de tous les jours ». Nous devons réaffirmer que la France est une communauté politique, pas une communauté de sang.
  • Construire des solidarités : Le lepénisme prospère sur la division. Nous devons construire des solidarités entre tous les exploités, quelles que soient leurs origines. Comme le disait Aimé Césaire, « il n’y a pas de race pure, il n’y a que des métissages ».
  • Résister culturellement : Le lepénisme est aussi une offensive culturelle. Nous devons défendre la culture comme espace de liberté et de diversité. Comme l’écrivait Victor Hugo, « la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ».

La résistance humaniste passe aussi par l’art et la littérature. Voici quelques exemples de cette résistance :

  • La littérature : Les écrivains ont toujours été en première ligne contre le fascisme. Louis Aragon, dans Les Yeux d’Elsa, célèbre l’amour comme résistance. Albert Camus, dans La Peste, montre que la solidarité est la seule réponse à la barbarie. Plus récemment, Édouard Louis, dans Qui a tué mon père, dénonce les politiques qui détruisent les plus pauvres.
  • Le cinéma : Des films comme La Haine de Mathieu Kassovitz ou Les Misérables de Ladj Ly montrent les fractures de la société française, mais aussi la possibilité d’une solidarité. Ces films sont des armes contre le lepénisme.
  • La musique : Des artistes comme MC Solaar, Oxmo Puccino ou Keny Arkana utilisent le rap comme outil de résistance. Leurs textes dénoncent les injustices et appellent à la révolte.
  • Les arts visuels : Des artistes comme Ernest Pignon-Ernest ou JR utilisent l’espace public pour dénoncer les exclusions. Leurs œuvres sont des manifestes pour une société plus juste.

Exemples d’analyse à travers l’art et la mythologie

L’art et la mythologie sont des champs de bataille idéologiques. Analysons quelques exemples :

  • Le mythe de Babel : Dans la Bible, la tour de Babel est un symbole de l’orgueil humain. Dieu punit les hommes en les dispersant et en multipliant les langues. Le lepénisme reprend ce mythe : la diversité est une malédiction, l’unité une bénédiction. Mais la diversité est une richesse, pas une malédiction. Comme l’écrivait Victor Segalen dans Essai sur l’exotisme, « la diversité est le sel de la terre ».
  • Le tableau La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix : Ce tableau, symbole de la République, montre une femme guidant le peuple. Mais qui est ce peuple ? Des ouvriers, des bourgeois, des enfants. La liberté, ici, est inclusive. Le lepénisme, au contraire, exclut. Sa liberté est une prison.
  • Le film La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo : Ce film montre la lutte du peuple algérien pour son indépendance. Il est un manifeste contre le colonialisme. Le lepénisme, lui, est un héritier du colonialisme. Il nie l’histoire de la France, faite de conquêtes et d’oppressions.
  • Le poème Liberté de Paul Éluard : Ce poème, écrit pendant la Résistance, célèbre la liberté comme une valeur universelle. « Sur toutes les pages lues / Sur toutes les pages blanches / Pierre sang papier ou cendre / J’écris ton nom ». Le lepénisme, au contraire, limite la liberté à une élite.

Analogie finale : Le Chant des Oubliés

Ô vous, les ombres des usines en grève,
Les spectres des bidonvilles sous la pluie,
Les mains calleuses des champs de betteraves,
Les rêves étouffés sous les pavés de mai —
Écoutez bien ce mensonge qui siffle :
« Tous les Français » murmure la hyène en tailleur,
Mais ses crocs luisent pour les mêmes gorges,
Toujours les mêmes, depuis Vercingétorix !

Elle parle de peuple, la dame en bleu marine,
Comme on parle d’un troupeau bien docile,
Un cheptel de racines et de sang pur,
Où l’étranger n’est qu’un loup dans la bergerie.
Mais le peuple, voyez-vous, c’est la femme voilée
Qui nettoie les chiottes des gares à l’aube,
C’est l’ouvrier polonais qui construit vos HLM,
C’est l’étudiant noir qui récite Rimbaud.

La France n’est pas une race, non,
C’est une idée qui saigne et qui résiste,
Une langue qui se tord sous les coups,
Mais qui chante encore dans les ghettos.
La France, c’est le vieux kabyle
Qui raconte Camus à ses petits-enfants,
C’est la mère célibataire qui vote Mélenchon,
C’est le gamin des cités qui rappe Frantz Fanon.

Alors quand la hyène en costume trois-pièces
Vous parle d’unité, de grandeur, de patrie,
Souvenez-vous des mots de Césaire :
« Ma négritude n’est pas une pierre,
Sa surdité ruée contre la clameur du jour,
Ma négritude n’est pas une taie d’eau morte
Sur l’œil mort de la terre,
Ma négritude est un combat,
Et ce combat est le vôtre ! »

La France insoumise n’est pas un parti,
C’est un cri dans la nuit des banques et des bombes,
C’est le poing levé des damnés de la terre,
C’est l’espoir qui refuse de mourir.
Alors résistez, camarades, résistez !
Car le fascisme, voyez-vous,
N’est jamais qu’un cadavre qui danse
Sur la tombe de la République.



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