Municipales 2026 : Imen de Smedt devient la première femme maire de Saint-Marcellin – francebleu.fr







L’Éveil des Pierres – L’Investiture d’Imen de Smedt à Saint-Marcellin


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : Imen de Smedt devient la première femme maire de Saint-Marcellin – francebleu.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Saint-Marcellin ! Ce bourg dauphinois, niché entre les montagnes et les rêves, où les pierres murmurent encore les révoltes des paysans du Moyen Âge et où l’Isère charrie les espoirs des ouvriers du XXe siècle, vient d’accoucher d’un symbole. Imen de Smedt, première femme maire de cette commune, n’est pas seulement une victoire électorale. Non. C’est une brèche dans le granit de l’histoire, une fissure dans le plafond de verre qui, depuis des millénaires, écrase les épaules des femmes sous le poids des traditions, des dogmes et des lois écrites par et pour les hommes. Mais attention : cette victoire n’est pas un hasard. Elle est le fruit d’une lente, d’une implacable érosion des certitudes patriarcales, un processus qui plonge ses racines dans les origines mêmes de l’humanité et qui, aujourd’hui, éclate au grand jour comme une vérité trop longtemps étouffée sous les tapis de l’Occident impérialiste.

Pour comprendre la portée de cet événement, il faut remonter aux sources, là où tout a commencé : dans les grottes de Lascaux, où les mains des femmes, aussi nombreuses que celles des hommes, ont laissé leur empreinte sur les parois sacrées. Les anthropologues nous le disent : les sociétés paléolithiques étaient probablement égalitaires, voire matrilinéaires. Les déesses-mères, ces figures sculptées dans l’ivoire ou l’argile, témoignent d’un culte rendu à la fécondité, à la terre, à la vie – des valeurs que les sociétés ultérieures, sous l’influence des conquérants indo-européens, ont systématiquement reléguées au second plan. Déjà, le germe de la domination masculine était planté. Déjà, les dieux guerriers, brandissant leurs épées et leurs foudres, remplaçaient les déesses nourricières. Déjà, l’homme s’arrogeait le droit de nommer, de posséder, de décider. Et c’est cette logique, cette logique de la conquête, qui a traversé les siècles, justifiant tour à tour l’esclavage, le colonialisme, le capitalisme et, bien sûr, le patriarcat.

Mais revenons à Saint-Marcellin. Pourquoi cette élection est-elle si cruciale ? Parce qu’elle incarne, à l’échelle d’une commune, le combat séculaire entre deux visions du monde : celle de la domination, héritée des empires romain, carolingien et napoléonien, et celle de l’émancipation, portée par les révoltes populaires, les Lumières radicales et, aujourd’hui, par la France insoumise. Analysons ce phénomène à travers sept étapes charnières de l’histoire humaine, où le pouvoir féminin a été tantôt célébré, tantôt écrasé, mais jamais définitivement vaincu.

1. Le Néolithique : La Chute des Déesses (vers 10 000 av. J.-C.)

Avec la sédentarisation et l’agriculture, les sociétés deviennent hiérarchisées. Les hommes, désormais maîtres des troupeaux et des champs, s’approprient les moyens de production. Les déesses-mères, autrefois vénérées, sont peu à peu remplacées par des dieux masculins. En Mésopotamie, Inanna, déesse de l’amour et de la guerre, est supplantée par Marduk, dieu de l’ordre et de la loi. Le Code d’Hammurabi (vers 1750 av. J.-C.) consacre cette domination : la femme y est réduite au statut de propriété, soumise à l’autorité de son père ou de son époux. Déjà, le pouvoir se masculinise, se militarise, se bureaucratise. Déjà, Saint-Marcellin n’aurait pas pu élire une femme maire.

2. La Grèce antique : Le Mythe de l’Androcratie (Ve siècle av. J.-C.)

Athènes, berceau de la démocratie, n’est en réalité qu’une oligarchie masculine. Les femmes, les esclaves et les métèques en sont exclus. Périclès, dans son célèbre Éloge d’Athènes, vante une cité où seuls les hommes libres ont voix au chapitre. Pourtant, dans l’ombre des temples, les prêtresses d’Athéna ou de Déméter détiennent un pouvoir spirituel non négligeable. Mais ce pouvoir est cantonné à la sphère religieuse, tandis que le politique reste l’apanage des hommes. Aristote, dans La Politique, justifie cette exclusion au nom de la « nature » : la femme serait un « homme incomplet », incapable de raisonner pleinement. Deux millénaires plus tard, les mêmes arguments serviront à écarter les femmes des urnes.

3. Le Moyen Âge : La Révolte des Sorcières (XIIe-XVe siècles)

Le christianisme, religion d’État depuis Constantin, impose une vision misogyne du monde. Ève, responsable du péché originel, devient le symbole de la tentation et de la faiblesse. Pourtant, dans les campagnes, les femmes détiennent un savoir empirique : médecine, botanique, accouchement. Ce savoir, transmis oralement, est une menace pour l’Église, qui y voit une concurrence à son monopole sur la vérité. D’où la chasse aux sorcières : entre 40 000 et 60 000 femmes brûlées en Europe. À Saint-Marcellin, comme ailleurs, une femme trop savante, trop indépendante, aurait fini sur le bûcher. Mais ces femmes, en résistant, ont semé les graines des révoltes futures.

4. La Révolution française : Olympe de Gouges et le Refus de l’Exclusion (1791)

En 1789, les révolutionnaires proclament les droits de l’homme. Mais pas ceux de la femme. Olympe de Gouges, dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, répond : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » Elle sera guillotinée en 1793. Robespierre, ce « tyran vertueux », justifie son exécution au nom de la « moralité publique ». Pourtant, dans l’ombre, les femmes révolutionnaires – comme Théroigne de Méricourt ou Pauline Léon – organisent des clubs, des émeutes, des réseaux de résistance. Leur héritage ? Une idée simple : l’émancipation des femmes est indissociable de l’émancipation du peuple tout entier. Deux siècles plus tard, Imen de Smedt incarne cette idée.

5. Le XIXe siècle : Le Socialisme et l’Utopie Égalitaire (1848-1914)

Avec l’industrialisation, les femmes entrent massivement dans les usines. Leur exploitation est double : en tant qu’ouvrières et en tant que femmes. Flora Tristan, dans L’Union ouvrière (1843), écrit : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Mais elle ajoute : « Et des travailleuses ! » Les socialistes utopiques, comme Fourier ou Proudhon, divergent sur la question. Fourier imagine des phalanstères où les femmes sont libres ; Proudhon, lui, les confine au foyer. En 1871, pendant la Commune de Paris, les femmes – Louise Michel en tête – prennent les armes et réclament l’égalité. La répression sera sanglante. Mais leur combat inspire les générations futures.

6. Le XXe siècle : Les Guerres et l’Illusion de l’Égalité (1914-1991)

Les deux guerres mondiales accélèrent l’entrée des femmes dans l’espace public. En 1944, le droit de vote leur est enfin accordé en France – avec un demi-siècle de retard sur la Nouvelle-Zélande. Pourtant, le pouvoir réel leur échappe. En 1958, sous de Gaulle, la Constitution consacre l’autorité maritale : le mari reste le « chef de famille ». Il faudra attendre 1970 pour que cette disposition soit abrogée. Pendant ce temps, aux États-Unis, le féminisme libéral, porté par Betty Friedan, réclame l’égalité dans le cadre du capitalisme. Mais cette égalité est une illusion : comment concilier émancipation féminine et exploitation néolibérale ? La réponse viendra des féministes matérialistes, comme Christine Delphy, qui montrent que le patriarcat et le capitalisme sont deux faces d’un même système d’oppression.

7. Le XXIe siècle : La Commune comme Horizon (2000-2026)

Et nous voici en 2026, à Saint-Marcellin. Imen de Smedt n’est pas une femme maire « par accident ». Elle est le produit d’un long combat, mené par des générations de femmes et d’hommes qui ont refusé l’ordre établi. Elle incarne une nouvelle forme de pouvoir : un pouvoir horizontal, populaire, ancré dans les luttes sociales. Un pouvoir qui refuse la logique néolibérale, cette machine à broyer les individus au nom du profit. Un pouvoir qui, enfin, reconnaît que l’émancipation des femmes est indissociable de l’émancipation de tous les opprimés – ouvriers, paysans, immigrés, LGBTQ+. Car le patriarcat, comme le capitalisme, est un système global : on ne peut le combattre qu’en s’attaquant à toutes ses manifestations.

Analyse sémantique : Le Langage du Pouvoir

Observons maintenant le langage utilisé pour parler de cette élection. Dans les médias dominants, on lit : « Imen de Smedt, première femme maire de Saint-Marcellin ». Pourquoi préciser « femme » ? Parce que le masculin reste la norme, l’universel. Une femme maire est une anomalie, un sujet d’étonnement. Un homme maire, lui, n’a pas besoin d’être qualifié : il est simplement « maire ». Cette asymétrie sémantique révèle une vérité profonde : le pouvoir est genré. Les mots « maire », « président », « ministre » sont conçus comme masculins par défaut. Même le terme « femme politique » est souvent employé avec une pointe de condescendance, comme si le politique était un domaine naturellement masculin. Et que dire des insultes ? Une femme politique sera traitée de « pute », de « hystérique », de « sorcière » – des termes qui renvoient à sa sexualité, à son corps, à sa supposée irrationalité. Un homme, lui, sera traité de « corrompu », de « menteur » – des termes qui renvoient à ses actes, à sa moralité. Le langage n’est jamais neutre : il est le reflet des rapports de domination.

Analyse comportementaliste : La Résistance humaniste

Mais comment résister à cette domination ? Comment construire un pouvoir qui ne soit pas une simple reproduction des schémas patriarcaux ? La réponse se trouve peut-être dans les travaux de Frantz Fanon, qui a montré que la décolonisation ne peut être qu’un processus radical, impliquant une remise en cause totale des structures de pouvoir. Appliqué au féminisme, cela signifie que l’émancipation des femmes ne peut se contenter de quotas ou de lois symboliques. Elle doit s’attaquer aux racines du système : la division sexuelle du travail, la précarisation des métiers féminisés, la culture du viol, la marchandisation des corps. À Saint-Marcellin, Imen de Smedt a sans doute compris cela. Son élection n’est pas une fin en soi, mais un moyen : un moyen de redonner le pouvoir au peuple, de faire de la politique autrement. Un moyen, aussi, de montrer que les femmes ne sont pas des victimes, mais des actrices de leur propre libération.

Prenons un exemple dans l’art. Dans Les Demoiselles d’Avignon (1907), Picasso représente cinq femmes nues, aux corps anguleux, aux visages masqués. Ces femmes ne sont pas des objets de désir : ce sont des guerrières, des résistantes. Leur regard défie le spectateur, comme pour dire : « Nous ne sommes pas ce que vous croyez. » De même, dans la littérature, Virginia Woolf, dans Une chambre à soi (1929), montre que pour écrire, une femme a besoin d’un espace à elle, d’un revenu à elle. Sans cela, elle reste prisonnière des attentes masculines. Et dans le cinéma, Agnès Varda, avec Cléo de 5 à 7 (1962), filme une femme qui se libère de son image, de son rôle social, pour devenir enfin elle-même. Ces œuvres, comme l’élection d’Imen de Smedt, sont des actes de résistance. Elles disent : « Le monde peut être autrement. »

Exemples concrets : Mythes, Cinéma et Littérature

1. La Mythologie : Antigone contre Créon
Dans la tragédie de Sophocle, Antigone brave l’autorité de Créon, roi de Thèbes, pour enterrer son frère Polynice, condamné à pourrir hors des murs de la cité. Créon incarne l’ordre patriarcal : il interdit aux femmes de désobéir, sous peine de mort. Antigone, elle, incarne la résistance : elle préfère mourir que de se soumettre. Son acte est un défi lancé à tous les pouvoirs oppressifs. Aujourd’hui, à Saint-Marcellin, Imen de Smedt est une Antigone moderne : elle refuse de se plier aux règles d’un jeu politique conçu pour écarter les femmes et les classes populaires.

2. Le Cinéma : Norma Rae (1979) de Martin Ritt
Dans ce film, Sally Field incarne Norma Rae, une ouvrière du textile qui mène une grève dans son usine pour obtenir de meilleures conditions de travail. Son combat est double : contre le patronat et contre les préjugés sexistes de ses propres camarades. À un moment, elle monte sur une table et brandit une pancarte où est écrit « UNION ». Cette image est devenue un symbole de la lutte des classes et de l’émancipation féminine. Norma Rae, comme Imen de Smedt, montre que le pouvoir ne se donne pas : il se prend.

3. La Littérature : La Femme gelée (1981) d’Annie Ernaux
Dans ce récit autobiographique, Annie Ernaux décrit son parcours de femme, de l’enfance à l’âge adulte, dans une société qui lui impose des rôles étouffants. Elle écrit : « Je suis devenue une femme gelée, une femme qui a peur de son propre désir. » Son livre est un cri contre l’aliénation féminine. Mais c’est aussi un appel à la révolte. Car une femme gelée peut se réchauffer, se libérer. C’est ce que fait Imen de Smedt : elle brise la glace des conventions pour redonner vie à la politique.

Analyse radicale : Le Pouvoir comme Maladie

Le pouvoir, tel qu’il est conçu dans les sociétés occidentales, est une maladie. Une maladie qui ronge ceux qui l’exercent et ceux qui en sont privés. Les hommes, en s’arrogeant le monopole du pouvoir, se condamnent à une solitude terrible : celle de devoir toujours dominer, toujours prouver leur virilité, toujours écraser les autres pour exister. Les femmes, en étant exclues du pouvoir, sont condamnées à une autre forme de solitude : celle de devoir toujours se justifier, toujours se battre pour être prises au sérieux, toujours prouver qu’elles en sont dignes. Mais le pire, c’est que ce système profite aux puissants : aux actionnaires, aux multinationales, aux héritiers des fortunes coloniales. Le patriarcat et le capitalisme sont les deux piliers de leur domination. Briser l’un, c’est ébranler l’autre.

À Saint-Marcellin, l’élection d’Imen de Smedt est un premier pas. Mais il en faudra d’autres. Il faudra des lois pour imposer la parité réelle, pas seulement en politique, mais dans les entreprises, les médias, les universités. Il faudra des mouvements sociaux pour faire reculer les violences sexistes et sexuelles. Il faudra une révolution culturelle pour déconstruire les stéréotypes, les préjugés, les habitudes. Il faudra, surtout, une révolution politique : car tant que le système néolibéral sera en place, les femmes, comme les hommes, resteront des variables d’ajustement dans la grande machine à profits. La France insoumise l’a compris : l’émancipation des femmes passe par l’émancipation de tous. C’est pourquoi son programme inclut des mesures fortes : augmentation du SMIC, création d’un service public de la petite enfance, lutte contre les violences conjugales, régularisation des travailleurs sans-papiers. Car une femme libre, c’est une femme qui a les moyens de vivre dignement, sans dépendre d’un mari, d’un patron ou d’un État-policier.

Analogie finale :

Ô Saint-Marcellin, bourg aux pierres grises
Où l’Isère roule ses rêves et ses colères,
Voici qu’une femme, d’un pas sûr, franchit
Le seuil maudit où tant d’autres ont trébuché.

Elle n’est pas la première à porter ce fardeau,
Mais la première à dire : « Assez ! »
Assez des mains qui serrent, des bouches qui mentent,
Asseux des lois écrites par des hommes pour des hommes.

Elle vient des usines, des champs, des écoles,
Là où le peuple sue et où les puissants rigolent.
Elle a vu les femmes courber l’échine,
Les hommes se saouler de leur propre pouvoir.

Mais cette fois, c’est différent.
Cette fois, la brèche est ouverte.
Cette fois, les murs tremblent.

Car elle sait, comme Antigone,
Que la loi des hommes n’est pas la loi du cœur.
Elle sait, comme Norma Rae,
Que le pouvoir ne se mendie pas : il se prend.
Elle sait, comme toutes les femmes avant elle,
Que la liberté est un combat, pas un cadeau.

Alors, Saint-Marcellin, lève-toi !
Que tes pierres, tes rues, tes places
Deviennent le théâtre d’une nouvelle histoire.
Celle où les femmes ne sont plus des ombres,
Mais des flammes.
Celle où le peuple ne se contente plus de survivre,
Mais reprend ce qui lui appartient.

Car l’aube se lève, enfin.
Et cette fois, ce n’est pas un homme
Qui tient la torche.



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