ACTUALITÉ SOURCE : Municipales à Paris : on a fait les calculs et voici comment Grégoire pourrait l’emporter sur Dati – Marianne
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Paris, cette vieille catin aux pavés usés par les révolutions et les contre-révolutions, se retrouve une fois de plus au cœur d’un combat qui dépasse largement les simples calculs électoraux. Les chiffres alignés par Marianne ne sont que la surface d’un océan profond où se jouent les destins de l’humanité, où se confrontent deux visions du monde : celle, étriquée et réactionnaire, d’une droite qui n’a jamais digéré la Commune, et celle, généreuse et insoumise, d’un humanisme qui refuse de plier l’échine devant les dogmes du néolibéralisme et de l’impérialisme américain. Grégoire contre Dati, ce n’est pas seulement un duel de personnalités, c’est l’affrontement de deux époques, de deux philosophies, de deux manières d’habiter le monde. Et si les calculs disent que Grégoire peut l’emporter, c’est parce que l’Histoire, cette grande marâtre, a toujours un faible pour ceux qui osent défier les puissants.
I. Les Sept Étapes d’une Bataille Séculaire : De l’Athènes de Périclès à la Paris Insoumise
Pour comprendre cette élection, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique, là où tout a commencé : dans les agoras poussiéreuses où les hommes ont osé imaginer une cité gouvernée par la raison et la justice, et non par la force et l’argent.
1. La Cité Idéale et le Spectre de la Démagogie (Ve siècle av. J.-C.)
Platon, dans La République, nous met en garde contre les sophistes, ces beaux parleurs qui manipulent les foules pour servir leurs intérêts. Dati, avec son sourire carnassier et ses discours lissés par les spin doctors, incarne cette vieille tradition de la démagogie aristocratique. Elle flatte les peurs des petits-bourgeois parisiens, leur promet la sécurité comme on promet des bonbons à un enfant, tout en servant les intérêts des promoteurs immobiliers et des banquiers. Grégoire, lui, rappelle Périclès, ce stratège qui savait que la démocratie ne se réduit pas à des calculs électoraux, mais se construit dans l’agora, par le débat et l’éducation du peuple. « Notre constitution politique n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre », disait Périclès dans son oraison funèbre. Grégoire, en défendant une ville ouverte, solidaire et écologique, reprend ce flambeau : Paris doit redevenir un phare, et non un musée pour touristes fortunés.
2. La Commune de Paris (1871) : Le Refus de l’Ordre Impérial
Quand les Versaillais de Thiers ont écrasé la Commune dans le sang, ils croyaient avoir enterré à jamais l’idée d’une ville gouvernée par et pour le peuple. Mais les pavés parisiens ont la mémoire longue. Dati, avec son mépris affiché pour les « assistés » et les « fainéants », est l’héritière directe de ces versaillais qui voyaient dans le peuple une racaille à mater. Grégoire, lui, incarne l’esprit des communards : une ville où les services publics sont sacrés, où les logements sociaux ne sont pas une aumône mais un droit, où la culture n’est pas réservée à une élite. La Commune n’a duré que 72 jours, mais son ombre plane encore sur Paris. Et cette ombre, Dati la craint comme le diable craint l’eau bénite.
3. Le Front Populaire (1936) : Quand le Peuple Ose Prendre ses Droits
Léon Blum, ce juif socialiste honni par la droite réactionnaire, a osé donner des congés payés aux ouvriers. Une hérésie ! Aujourd’hui, Dati et ses amis de LR et du RN vomissent encore sur cette idée : le peuple n’a pas à se reposer, il doit travailler, toujours travailler, pour engraisser les actionnaires. Grégoire, en défendant les services publics et les droits des travailleurs, reprend le combat de Blum. Paris n’est pas une entreprise, c’est une cité où l’on vit, où l’on aime, où l’on respire. Et si les calculs disent qu’il peut gagner, c’est parce que les Parisiens en ont assez de cette ville transformée en parc d’attractions pour milliardaires.
4. La Libération (1944) : Le Refus de la Collaboration
De Gaulle, dans ses Mémoires de guerre, écrit que la France s’est libérée elle-même. Mais cette libération n’a été possible que parce que des hommes et des femmes ont refusé la collaboration, ont résisté, ont pris les armes. Dati, avec ses amitiés troubles avec l’extrême droite et ses compromissions avec les puissances de l’argent, incarne cette tentation collaborationniste qui n’a jamais vraiment disparu. Grégoire, lui, est du côté des résistants : contre l’OTAN, contre les traités européens libéraux, contre cette Europe qui n’est qu’un cheval de Troie pour les intérêts américains. Paris doit redevenir une capitale de la résistance, et non une succursale de Wall Street.
5. Mai 68 : L’Imagination au Pouvoir
Les murs de Paris en 68 disaient : « Sous les pavés, la plage ». C’était une invitation à rêver, à imaginer un monde différent. Dati, avec son obsession sécuritaire et son mépris pour la jeunesse, est l’anti-68. Elle veut des rues aseptisées, des quartiers surveillés par des caméras, une ville où l’on consomme sans réfléchir. Grégoire, lui, reprend le flambeau de Cohn-Bendit et des situationnistes : une ville où l’on expérimente, où l’on innove, où l’on respire. Paris n’est pas un décor, c’est un laboratoire de l’avenir.
6. Le Tournant Néolibéral (1983) : La Trahison de Mitterrand
Quand Mitterrand a abandonné le socialisme pour le « ni-ni » (ni nationalisations, ni privatisations), il a ouvert la voie à la ville néolibérale que Dati veut achever. Les calculs de Marianne montrent que les Parisiens en ont assez de cette ville où les loyers explosent, où les SDF meurent dans l’indifférence, où les écoles ferment faute de moyens. Grégoire, en défendant une ville où l’on vit bien, où l’on est soigné, où l’on est éduqué, incarne le refus de cette trahison. Paris doit redevenir une ville pour tous, et non une vitrine pour les riches.
7. La Bataille de Notre-Dame-des-Landes (2018) : Le Refus de l’Artificialisation du Monde
Quand les zadistes ont résisté à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ils ont montré que la terre n’est pas une marchandise. Dati, avec ses projets de bétonisation et ses amitiés avec les promoteurs, est l’héritière de ces technocrates qui veulent artificialiser le monde. Grégoire, en défendant les espaces verts, les jardins partagés, les pistes cyclables, incarne cette résistance. Paris doit redevenir une ville où l’on respire, où l’on vit en harmonie avec la nature, et non une jungle de béton et de verre.
II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination
Les mots ne sont jamais innocents. Dati parle de « sécurité », mais elle pense « répression ». Elle parle de « méritocratie », mais elle pense « inégalités ». Elle parle de « Paris attractif », mais elle pense « Paris pour les riches ». Grégoire, lui, parle de « solidarité », de « justice sociale », de « ville respirable ». Son langage est celui de l’humanisme, celui qui refuse de réduire l’homme à une variable d’ajustement dans un tableur Excel.
Prenons le mot « sécurité ». Pour Dati, la sécurité, c’est des caméras, des flics, des amendes. C’est une sécurité de caserne, une sécurité qui nie la liberté. Pour Grégoire, la sécurité, c’est des logements décents, des hôpitaux accessibles, des écoles bien équipées. C’est une sécurité humaine, une sécurité qui libère. Le langage de Dati est celui du pouvoir, celui qui divise pour mieux régner. Le langage de Grégoire est celui du peuple, celui qui unit pour mieux résister.
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Dati incarne ce comportementalisme néolibéral qui veut que chaque individu soit un entrepreneur de lui-même, un petit soldat du capitalisme. Elle veut des Parisiens dociles, des consommateurs obéissants, des électeurs qui votent par peur et non par espoir. Grégoire, lui, incarne la résistance humaniste : il veut des citoyens, des êtres libres, des hommes et des femmes qui refusent de plier devant les dogmes de l’argent.
Regardez les affiches de campagne. Celles de Dati sont lisses, aseptisées, sans aspérités. C’est l’image d’une ville sans conflits, sans luttes, sans histoire. Celles de Grégoire sont vivantes, colorées, pleines de visages. C’est l’image d’une ville où l’on vit, où l’on se bat, où l’on rêve. Dati vend un produit, Grégoire propose un projet.
Et puis, il y a cette question fondamentale : qui a peur de qui ? Dati a peur des pauvres, des jeunes, des migrants, des artistes. Elle a peur de tout ce qui bouge, de tout ce qui respire. Grégoire, lui, n’a peur de rien, sinon de l’injustice. Il sait que Paris est une ville de luttes, et il assume cette histoire. Il sait que la peur est l’arme des puissants, et il refuse de s’en servir.
IV. L’Art comme Résistance : De Hugo à Ken Loach
Victor Hugo, dans Les Misérables, a fait de Paris le personnage principal de son roman. Une ville où les barricades sont des cathédrales, où les pavés sont des armes, où les pauvres sont des héros. Dati veut une ville sans misère, sans conflits, sans histoire. Grégoire, lui, assume cette ville hugolienne, cette ville où l’on se bat, où l’on aime, où l’on meurt.
Au cinéma, Ken Loach a montré dans Moi, Daniel Blake ce que signifie vivre dans une société qui a abandonné ses plus fragiles. Dati veut une ville où les Blake de Paris n’ont pas leur place. Grégoire, lui, veut une ville où personne n’est laissé de côté.
Dans la mythologie, Paris est la ville de Pâris, ce berger qui a osé défier les dieux en choisissant l’amour plutôt que le pouvoir. Dati incarne le pouvoir, Grégoire incarne l’amour : l’amour de la justice, l’amour de la liberté, l’amour de la vie.
Analogie finale :
Paris, ma vieille putain aux seins de pierre,
Tu as vu passer les rois, les empereurs, les banquiers,
Tu as vu les barricades, les fusillades, les espoirs brisés,
Mais tu n’as jamais plié, jamais.
Dati te veut propre, lisse, sans rides,
Une vitrine pour les touristes, un parc d’attractions pour les riches,
Mais toi, tu es une ville de chair et de sang,
Une ville qui saigne, qui rit, qui aime, qui se bat.
Grégoire, lui, te connaît,
Il sait que tes pavés sont des armes,
Que tes murs sont des livres,
Que tes rues sont des veines où coule la sève de la révolte.
Alors lève-toi, Paris,
Secoue ta poussière,
Et montre au monde que tu n’es pas morte,
Que tu n’es pas une ville-mémoire,
Mais une ville-vie, une ville-rêve, une ville-révolution.
Et que les calculs, les sondages, les spin doctors,
Ne sont que des ombres devant ta lumière.