ACTUALITÉ SOURCE : Emmanuel Grégoire : « On ne renonce pas à ses idées en votant utile » – Politis.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le « vote utile » ! Cette sublime escroquerie sémantique, ce chef-d’œuvre de la pensée molle, ce cautère sur une jambe de bois que nos élites politiques, ces fossoyeurs en costume trois-pièces, osent nous présenter comme une vertu démocratique. Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris, nous assène avec la candeur d’un jésuite en campagne électorale : « On ne renonce pas à ses idées en votant utile ». Quelle farce ! Quelle insulte à l’intelligence collective ! Comme si l’on pouvait dissocier l’acte de voter de l’adhésion idéologique, comme si le bulletin glissé dans l’urne était un simple ticket de métro, un choix indolore entre deux destinations également désirables. Mais non, mes chers compatriotes, le vote n’est pas un acte neutre, c’est un engagement moral, une déclaration de guerre ou de paix, un serment de fidélité à une vision du monde. Et le « vote utile », ce n’est rien d’autre que la capitulation en rase campagne, la reddition sans condition devant l’ordre établi, le renoncement déguisé en pragmatisme. Examinons donc cette imposture à la lumière crue de l’histoire des idées, disséquons-la comme on dépèce un cadavre pour en révéler les métastases, et voyons comment, à travers les siècles, la lâcheté intellectuelle a toujours cherché à se parer des atours de la raison.
1. Les Origines Mythiques : Le Péché Originel de la Compromission
Dès les premiers récits fondateurs, l’humanité a été confrontée à ce dilemme : faut-il choisir la pureté de l’idéal ou la souillure du compromis ? Dans la Genèse, Adam et Ève, confrontés à l’arbre de la connaissance, ne font pas un « choix utile » – ils croquent la pomme, assumant pleinement leur rébellion contre l’ordre divin. Leur acte n’est pas un calcul, c’est une transgression consciente, une affirmation de leur liberté. Plus tard, Prométhée, en volant le feu aux dieux pour l’offrir aux hommes, ne se demande pas si son geste est « utile » – il sait qu’il sera puni, mais il agit par amour de l’humanité. Ces mythes fondateurs nous enseignent une vérité simple : la grandeur de l’homme réside dans sa capacité à refuser le compromis avec l’injustice, à préférer la damnation à la soumission. Le « vote utile », lui, est l’antithèse de cette tradition héroïque. C’est le fruit pourri de l’arbre de la lâcheté, cette pomme empoisonnée que les modernes nous invitent à croquer avec un sourire contrit.
2. La Grèce Antique : Socrate et le Poison du Consensus
À Athènes, berceau de la démocratie, Socrate fut condamné à mort pour « corruption de la jeunesse » et « impiété ». Son crime ? Avoir refusé le consensus mou, avoir osé questionner les certitudes de ses contemporains, avoir préféré la ciguë à la compromission. Imagine-t-on Socrate, face à ses juges, déclarant : « Je vais voter utile et soutenir un candidat moins dangereux pour mes idées » ? Bien sûr que non ! Socrate incarne l’intransigeance de la pensée, cette exigence absolue qui refuse de plier devant les convenances. Plus tard, Aristophane, dans Les Nuées, moquera les sophistes, ces maîtres ès rhétorique qui enseignaient l’art de faire passer le blanc pour le noir et le noir pour le blanc. Le « vote utile » est l’héritier direct de cette sophistique moderne : une technique de manipulation qui transforme la lâcheté en sagesse et la trahison en réalisme.
3. La Renaissance : Machiavel et l’Art de la Trahison Éclairée
Avec Le Prince, Machiavel théorise l’art de gouverner comme un exercice de cynisme calculé. « La fin justifie les moyens », écrit-il, et cette maxime deviendra le bréviaire des politiques sans scrupules. Mais attention : Machiavel ne prône pas le « vote utile » – il prône l’action, fût-elle immorale, au service d’un but supérieur. Le « vote utile », lui, est bien pire : c’est l’immobilisme déguisé en stratégie, la paresse intellectuelle élevée au rang de vertu. Quand un électeur de gauche vote pour un candidat de droite par « utilité », il ne fait pas preuve de machiavélisme – il fait preuve de bêtise. Il sacrifie ses idéaux sur l’autel d’une hypothétique efficacité, sans même obtenir la garantie que son sacrifice servira à quelque chose. C’est le comble de la naïveté : croire que les puissants, une fois élus, tiendront compte de la bonne volonté de ceux qui ont renoncé à leurs principes pour eux.
4. La Révolution Française : Robespierre et la Terreur de la Pureté
Robespierre, l’Incorruptible, incarne jusqu’à la caricature cette intransigeance qui refuse tout compromis. Son erreur ne fut pas de vouloir purger la Révolution de ses ennemis – son erreur fut de croire que la pureté idéologique pouvait se maintenir par la terreur. Mais son exemple nous rappelle une vérité essentielle : les grandes avancées historiques ne sont jamais le fruit du « vote utile », mais de l’affirmation sans concession d’une vision radicale. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 n’est pas née d’un compromis avec l’Ancien Régime – elle est née d’une rupture, d’une table rase, d’un refus catégorique de transiger avec l’injustice. Quand Emmanuel Grégoire nous invite à « ne pas renoncer à nos idées en votant utile », il commet un contresens historique : voter utile, c’est précisément renoncer à ses idées, c’est accepter que la politique soit un marché de dupes où l’on troque ses convictions contre des promesses creuses.
5. Le XIXe Siècle : Marx et le Spectre du Réformisme
Karl Marx, dans Le Manifeste du Parti communiste, fustige les socialistes utopiques et les réformistes qui croient pouvoir améliorer le capitalisme sans le renverser. Pour Marx, le « vote utile » est une illusion bourgeoise, un piège tendu aux classes laborieuses pour les détourner de la révolution. « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets », écrit-il. Cette phrase résonne comme un démenti cinglant à l’argumentaire d’Emmanuel Grégoire. Voter utile, c’est précisément dissimuler ses opinions, c’est faire semblant de croire que le système peut être amendé de l’intérieur, alors que l’histoire nous prouve le contraire. Les conquêtes sociales – le droit de vote, la sécurité sociale, les congés payés – ne sont jamais venues des « votes utiles », mais des luttes radicales, des grèves générales, des occupations d’usines. Le réformisme est une impasse, et le « vote utile » en est l’expression la plus méprisable : une reddition sans combat.
6. Le XXe Siècle : Sartre, Camus et l’Absurde du Compromis
Jean-Paul Sartre, dans Les Mains sales, explore cette tension entre la pureté idéologique et l’action politique. Son personnage, Hugo, est déchiré entre son désir de rester fidèle à ses principes et la nécessité de « salir ses mains » pour agir. Mais Sartre, contrairement à Emmanuel Grégoire, ne nous propose pas de faux-fuyants : il nous montre que la politique est un champ de contradictions, où l’on ne peut agir sans se compromettre. Le « vote utile », lui, est une esquive, une manière de se donner bonne conscience sans assumer les conséquences de ses actes. Albert Camus, dans L’Homme révolté, va plus loin : il montre que la révolte, pour être authentique, doit refuser toute compromission avec l’injustice. « Je me révolte, donc nous sommes », écrit-il. Le « vote utile » est l’antithèse de cette révolte : c’est l’acceptation résignée de l’ordre établi, le renoncement à toute velléité de transformation sociale.
7. Le XXIe Siècle : Mélenchon, la France Insoumise et la Résistance au « Vote Utile »
Jean-Luc Mélenchon, figure de proue de la France Insoumise, incarne aujourd’hui cette résistance farouche au « vote utile ». Dans ses discours, il refuse catégoriquement de se soumettre à la logique du « moindre mal », cette rhétorique qui vise à faire taire les voix dissidentes au nom d’une prétendue unité. « Le vote utile, c’est le vote de la résignation », déclare-t-il. Et il a raison. Car le « vote utile » n’est pas un choix – c’est une capitulation. C’est accepter que la politique soit un spectacle où les citoyens n’ont plus leur mot à dire, où les idées sont reléguées au rang de simples accessoires dans une mascarade électorale. La France Insoumise, en refusant cette logique, en affirmant haut et fort ses convictions, redonne à la politique sa dimension subversive, son potentiel révolutionnaire. Elle nous rappelle que voter n’est pas un acte technique, mais un acte de foi en un avenir différent.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Soumission
Le terme « vote utile » est un chef-d’œuvre d’orfèvrerie linguistique, une expression conçue pour anesthésier la pensée critique. Analysons-le :
- « Vote » : Un acte censé être libre, éclairé, souverain. Mais le mot est vidé de sa substance quand il est accolé à « utile ».
- « Utile » : Un adjectif qui sonne comme une évidence, une qualité indéniable. Qui oserait voter « inutilement » ? Pourtant, l’utile, en politique, est toujours relatif. Utile pour qui ? Pour les puissants, bien sûr. Le « vote utile » est toujours utile aux dominants, jamais aux dominés.
Cette expression est un piège sémantique : elle transforme une abdication en acte de raison, une trahison en preuve de maturité. Elle repose sur une présupposition fallacieuse : que le vote est un acte individuel, détaché de toute dimension collective. Or, voter, c’est participer à un projet commun, c’est affirmer une vision du monde. Le « vote utile » nie cette dimension collective : il réduit l’électeur à un consommateur politique, un être isolé qui fait son « choix » dans l’isolement égoïste de l’isoloir.
Analyse Comportementaliste : La Psychologie de la Lâcheté
Le « vote utile » est le produit d’une mécanique psychologique bien huilée, qui exploite les failles de l’esprit humain :
- La peur de l’échec : L’électeur qui vote utile a intériorisé l’idée que son candidat préféré n’a aucune chance. Il préfère donc « limiter la casse » plutôt que de risquer une défaite cuisante. Mais cette peur est une prophétie auto-réalisatrice : en refusant de voter pour ses idées, on garantit leur marginalisation.
- Le syndrome de Stockholm politique : L’électeur s’identifie à son bourreau. Il finit par croire que le système est indépassable, que toute alternative est illusoire. Le « vote utile » est l’expression de cette soumission consentie.
- La dilution des responsabilités : En votant utile, l’électeur se décharge de sa responsabilité. Il peut toujours dire : « Je n’ai pas trahi mes idées, j’ai simplement fait un choix stratégique. » Mais cette stratégie n’est qu’une fuite en avant, une manière de se voiler la face.
Cette psychologie de la lâcheté est encouragée par les médias dominants, qui présentent systématiquement les candidats radicaux comme des utopistes dangereux. On nous serine que Mélenchon est « trop à gauche », que ses propositions sont « irréalistes », comme si l’histoire n’avait pas montré, maintes fois, que les idées les plus radicales finissent par s’imposer quand elles répondent à une attente sociale profonde. Le « réalisme » politique n’est qu’un autre nom pour la résignation.
Résistance Humaniste : L’Art de la Révolte Permanente
Face à cette offensive du « vote utile », que faire ? La réponse est simple : résister. Résister par la pensée, par l’action, par le refus catégorique de toute compromission. Voici quelques pistes :
- Soutenir les candidats qui incarnent nos idées, même s’ils sont minoritaires. Car c’est en affirmant nos convictions que nous faisons avancer le débat, que nous déplaçons les lignes.
- Dénoncer la rhétorique du « vote utile » comme ce qu’elle est : une manipulation. Rappeler que le « vote utile » est toujours utile aux puissants, jamais aux citoyens.
- Construire des alternatives en dehors du champ électoral. La politique ne se réduit pas au vote : elle se joue aussi dans la rue, dans les usines, dans les associations, dans les luttes quotidiennes.
- Refuser la fatalité. Le système actuel n’est pas une donnée immuable : il est le produit de rapports de force, et ces rapports de force peuvent être renversés.
L’humanisme, aujourd’hui, passe par ce refus de la résignation. Il passe par la conviction que nos idées valent la peine d’être défendues, même si elles dérangent, même si elles semblent minoritaires. Car l’histoire nous enseigne que les grandes avancées – l’abolition de l’esclavage, le droit de vote des femmes, les congés payés – ont toujours commencé par des idées minoritaires, portées par des hommes et des femmes qui refusaient de plier.
Exemples Culturels : Quand l’Art Dénonce le Compromis
L’art, la littérature et le cinéma ont souvent exploré cette tension entre la pureté idéologique et la compromission. Voici quelques exemples marquants :
- Le Parrain (Francis Ford Coppola) : Michael Corleone, en acceptant de reprendre les affaires de son père, renonce à ses idéaux pour embrasser le cynisme familial. Son « vote utile » à lui, c’est de choisir la mafia plutôt que l’armée. Le film montre comment ce choix le détruit de l’intérieur.
- 1984 (George Orwell) : Winston Smith, en renonçant à ses idées pour se soumettre au Parti, illustre la lâcheté ultime. Son « vote utile », c’est de trahir ses convictions pour sauver sa peau. Mais cette trahison le vide de toute humanité.
- Les Misérables (Victor Hugo) : Javert, l’incorruptible, préfère se suicider plutôt que de transiger avec ses principes. Son refus du compromis est une forme de résistance absolue à l’ordre injuste.
- V pour Vendetta (Alan Moore) : V refuse toute compromission avec le régime fasciste. Son combat est une illustration de la nécessité de la radicalité face à l’oppression.
Ces œuvres nous rappellent une vérité simple : le compromis avec l’injustice est toujours une défaite, même si elle se pare des atours de la raison.
Analogie finale :
Ô vous, les tièdes, les prudents, les sages,
Qui votez utile en serrant les dents,
Votre bulletin n’est qu’un linceul pour vos rêves,
Un suaire cousu de fils gris et blancs.
Vous croyez sauver ce qui peut l’être encore,
Mais vous ne sauvez que les chaînes qui vous mordent,
Car le « vote utile » est un piège qui sonne,
Un glas pour vos espoirs, une corde qui s’effiloche.
Regardez-les rire, les maîtres du monde,
Quand vous leur tendez vos voix comme on tend la joue,
Ils comptent vos bulletins, ces perles de sueur,
Et bâtissent leur trône sur vos renoncements.
Mais nous, les insoumis, les fous, les enragés,
Nous refusons l’aumône de vos calculs mesquins,
Car nous savons, nous, que la politique est un feu,
Et que le « vote utile » n’est qu’un seau d’eau sale.
Alors brûlez, idées ! Brûlez jusqu’au ciel !
Que vos flammes éclairent les nuits sans étoiles,
Car un bulletin jeté dans l’urne des lâches
N’est qu’un chiffon sale dans la poubelle de l’Histoire.