ACTUALITÉ SOURCE : En 2003, les États-Unis lançaient déjà une guerre « préventive » : voici son triste bilan – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la guerre préventive ! Ce doux euphémisme qui sent le pétrole, la poudre et le mensonge industriel. Vingt ans après l’invasion de l’Irak, ce grand théâtre d’ombres où les marionnettistes de Washington ont joué leur partition favorite – celle du chaos organisé, du désastre calculé, de l’humanité réduite en cendres pour le profit de quelques-uns – il est temps de disséquer cette boucherie avec le scalpel de la vérité. Pas celle des médias aux ordres, non, mais celle qui suinte entre les lignes des rapports classifiés, dans les yeux des enfants mutilés, dans le silence des cimetières qui s’étendent à perte de vue.
La guerre préventive, mes amis, n’est qu’un autre nom pour le crime parfait. Un crime si bien emballé dans le papier glacé de la démocratie et de la liberté qu’on en oublierait presque qu’il s’agit d’un meurtre de masse, prémédité, exécuté avec la froideur d’un comptable vérifiant ses chiffres. Les États-Unis, ce grand laboratoire du néolibéralisme sauvage, ont élevé la destruction au rang d’art. Et comme tout artiste, ils signent leurs œuvres : des millions de vies brisées, des nations entières plongées dans le chaos, des cultures millénaires réduites en poussière. Tout cela au nom d’une « menace » qui, comme par hasard, se trouvait toujours là où il y avait du pétrole, des bases militaires à installer, ou des régimes à soumettre.
Mais trêve de sarcasmes, même si le sarcasme est la seule arme qui reste quand la raison a déserté le champ de bataille. Plongeons plutôt dans les abysses de cette folie, remontons le fil de l’histoire, et voyons comment l’humanité, depuis ses origines, danse sur le volcan de la violence organisée, avec l’Occident en chef d’orchestre.
I. Les Sept Étapes du Crime Organisé : Une Histoire de l’Humanité en Sang et en Larmes
1. La Chute Originelle : Le Meurtre d’Abel (Bible, vers 3000 av. J.-C.)
Tout commence par un frère qui en tue un autre. Caïn, premier entrepreneur de la mort, inaugure l’ère de la violence comme moyen de résolution des conflits. La Bible, ce grand manuel de la culpabilité occidentale, pose dès les premières pages le problème : l’homme est un loup pour l’homme, et la propriété privée (ici, la bénédiction divine) justifie le meurtre. Déjà, on voit poindre l’idée que certains ont le droit de disposer de la vie des autres. Deux mille ans plus tard, les États-Unis reproduiront ce schéma à l’échelle planétaire, avec la bénédiction de Dieu en moins, mais celle du dollar en plus.
2. L’Empire Romain : La Pax Romana ou l’Art de la Guerre Permanente (27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)
Les Romains, ces génies de la propagande, ont inventé le concept de « paix impériale ». Traduction : soumettez-vous ou nous vous écrasons. La Pax Romana n’était qu’une longue série de guerres de conquête, de massacres et d’esclavage, le tout enrobé dans le discours civilisateur. Cicéron, ce grand humaniste, justifiait les guerres « justes » – un concept que les néoconservateurs américains reprendront mot pour mot deux mille ans plus tard. « La guerre est juste pour ceux à qui elle est nécessaire », disait-il. Traduction moderne : « La guerre est juste quand c’est nous qui la faisons. »
3. Les Croisades : Le Choc des Civilisations avant l’Heure (1095-1291)
Ah, les croisades ! Première grande tentative de l’Occident de s’approprier le monde sous couvert de religion. Urbain II, en lançant son appel à la croisade, invente le discours du « nous contre eux », du « bien contre le mal », du « civilisé contre le barbare ». Les chevaliers chrétiens, ces premiers « néocons » de l’histoire, partent libérer Jérusalem en massacrant tout sur leur passage. Les chroniqueurs de l’époque parlent de rivières de sang, de villes entières réduites en cendres. Rien de nouveau sous le soleil : en 2003, les GI’s « libéreront » Bagdad avec la même ferveur, les mêmes mensonges, les mêmes résultats.
4. La Conquête des Amériques : Le Génocide Fondateur (1492-1600)
Christophe Colomb, ce grand « découvreur », inaugure l’ère de la colonisation en massacrant les Taïnos. Les conquistadors espagnols, avec la bénédiction du pape, réduisent en esclavage des millions d’indigènes au nom de la « civilisation » et du Christ. Bartolomé de las Casas, ce rare esprit lucide, décrit les horreurs commises : villages rasés, femmes violées, enfants empalés. Mais qu’importe ? L’or coule à flots, et l’Europe peut se permettre de jouer les vertueuses. Cinq siècles plus tard, les États-Unis reproduiront le même schéma en Irak, avec le pétrole en guise d’or et la démocratie en guise de Christ.
5. La Révolution Industrielle : La Guerre comme Business (XVIIIe-XIXe siècles)
Avec l’industrialisation, la guerre devient une affaire rentable. Les usines produisent des canons, les banques financent les conflits, et les États s’endettent pour s’entretuer. Clausewitz, ce stratège prussien, théorise la guerre comme « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Traduction : la guerre est un outil comme un autre, un moyen de faire avancer ses pions sur l’échiquier géopolitique. Les États-Unis, nés dans le sang de la guerre d’indépendance, comprendront très vite cette leçon. Dès 1898, ils envahissent Cuba, les Philippines et Porto Rico, inaugurant leur rôle de gendarme du monde. « Nous sommes la nation indispensable », dira plus tard Madeleine Albright, comme si l’histoire avait élu les États-Unis pour jouer les bourreaux.
6. Les Deux Guerres Mondiales : L’Apogée de la Boucherie (1914-1945)
Le XXe siècle voit l’humanité atteindre des sommets de barbarie. Les tranchées de Verdun, les bombardements de Dresde, Hiroshima… L’Occident, après avoir exporté sa violence pendant des siècles, la retourne contre lui-même. Les États-Unis, entrés tard dans les deux conflits, en sortent grandis, auréolés de leur rôle de « libérateurs ». Mais personne ne parle des bombes au napalm sur le Japon, des millions de civils carbonisés, des villes rayées de la carte. La guerre devient totale, industrielle, déshumanisée. Et pourtant, malgré ces horreurs, personne n’apprend rien. En 1945, alors que les cendres d’Hiroshima sont encore chaudes, les États-Unis préparent déjà leur prochaine guerre : celle contre l’URSS, puis contre le Vietnam, puis contre l’Irak…
7. L’Empire Américain : La Guerre Permanente (1945-2023)
Depuis 1945, les États-Unis n’ont jamais cessé de faire la guerre. Corée, Vietnam, Cambodge, Laos, Grenade, Panama, Irak (1991), Somalie, Yougoslavie, Afghanistan, Irak (2003), Libye, Syrie, Yémen… La liste est interminable. Chaque fois, le même scénario : un mensonge éhonté (les armes de destruction massive, le « printemps arabe », la « guerre contre le terrorisme »), une invasion, un pays détruit, des millions de morts, et puis… plus rien. Les médias passent à autre chose, les politiques changent de discours, et l’empire continue, imperturbable. En 2003, la guerre « préventive » contre l’Irak n’était qu’un épisode de plus dans cette longue série de crimes. Mais cette fois, les mensonges étaient si gros, si évidents, que même les plus crédules ont commencé à douter. Colin Powell agitant une fiole à l’ONU, Bush déclarant « Mission accomplie » sur un porte-avions, les images d’Abou Ghraib… Tout cela sentait le désespoir, la fin d’un empire qui se sait condamné mais qui refuse de lâcher prise.
II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Destruction Massive
Le langage, ce doux poison, est l’outil préféré des empires. Regardez comme les mots sont tordus, retournés, vidés de leur sens pour justifier l’injustifiable.
1. « Guerre préventive » : Un oxymore si parfait qu’il en devient génial. Prévenir, c’est agir avant que le mal n’arrive. Mais une guerre, par définition, est un mal. Donc une guerre préventive, c’est un mal commis pour prévenir un mal hypothétique. Traduction : on vous tue aujourd’hui pour éviter qu’on ne vous tue demain. La logique est implacable, et profondément malhonnête. George Orwell, dans 1984, avait tout compris : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » En 2003, les néoconservateurs américains ont appliqué cette maxime à la lettre.
2. « Démocratie » : Mot magique, mot fétiche. Les États-Unis l’agitent comme un crucifix devant un vampire. « Nous allons apporter la démocratie en Irak ! » Comme si la démocratie était une marchandise qu’on pouvait exporter, comme si elle n’était pas le fruit d’une longue histoire, d’une culture, d’une lutte. La démocratie imposée par les bombes, c’est comme la liberté offerte par un geôlier : une farce. Les Irakiens, après 2003, ont découvert une « démocratie » faite de corruption, de milices, de guerre civile. Merci, l’Occident.
3. « Collateral damage » : Ah, ce doux euphémisme ! « Dégâts collatéraux », comme si les enfants déchiquetés par une bombe étaient des effets secondaires indésirables, comme une migraine après un bon repas. Le langage militaire est un chef-d’œuvre de cynisme. On ne parle plus de « morts civils », mais de « dommages collatéraux ». On ne « tue » plus, on « neutralise ». On ne « viole » plus, on « fraternise ». La novlangue orwellienne est devenue la langue officielle des empires.
4. « Libération » : Mot piège, mot menteur. Les GI’s « libèrent » Bagdad en 2003, comme les Soviétiques « libéraient » Prague en 1968, comme les Français « libéraient » l’Algérie en 1830. La libération, c’est toujours la soumission déguisée. Les Irakiens ont été « libérés » de Saddam Hussein pour tomber dans les griffes des milices, des seigneurs de la guerre, des compagnies pétrolières américaines. Belle libération, en vérité.
III. Comportementalisme Radical : Pourquoi l’Humanité Court à sa Perte
L’homme est un animal étrange. Capable du meilleur, il choisit systématiquement le pire. Pourquoi ? Parce que la violence est plus simple, plus immédiate, plus gratifiante que la paix. La paix demande du temps, de la patience, de l’humilité. La guerre, elle, offre des résultats rapides : du pouvoir, de l’argent, de la gloire. Les empires le savent bien, qui ont toujours préféré la loi du plus fort à la loi du plus juste.
1. Le Syndrome de Caïn : La Violence comme Identité
Depuis Caïn, l’homme se définit par sa capacité à tuer. Les sociétés primitives le savaient, qui sacralisaient la guerre. Les sociétés modernes l’ont oublié, mais elles reproduisent le même schéma. Les États-Unis, cette grande nation de pionniers, ont bâti leur identité sur la violence : la conquête de l’Ouest, l’esclavage, les guerres incessantes. Leur hymne national parle de « bombes éclatant dans les airs », leur drapeau est taché de sang. Comment s’étonner qu’ils exportent cette violence à travers le monde ?
2. Le Capitalisme comme Machine à Détruire
Le néolibéralisme, cette religion moderne, a fait de la destruction une vertu. « Créer, c’est détruire », disait Schumpeter. Les États-Unis ont pris cette maxime au pied de la lettre. Pour eux, la guerre est un marché comme un autre : on détruit pour reconstruire, on tue pour vendre des armes, on bombarde pour contrôler les ressources. L’Irak en 2003 était un cas d’école : on détruit un pays pour le « reconstruire » avec des contrats juteux pour Halliburton et Bechtel. La boucle est bouclée : la guerre est un business, et les cadavres ne sont que des dommages collatéraux.
3. La Résistance Humaniste : L’Espoir contre la Barbarie
Mais tout n’est pas perdu. Partout, des voix s’élèvent contre cette folie. Des intellectuels comme Noam Chomsky, des journalistes comme Julian Assange, des lanceurs d’alerte comme Chelsea Manning, des artistes, des anonymes… Ils sont la preuve que l’humanité n’est pas condamnée à répéter ses erreurs. La résistance humaniste existe, même si elle est marginalisée, censurée, persécutée. En 2003, des millions de personnes ont manifesté contre la guerre en Irak. Les gouvernements ont ignoré leurs voix. Mais ces voix existent, et elles portent en elles les graines d’un monde meilleur.
La paix n’est pas une utopie. Elle est une nécessité. Mais pour l’atteindre, il faut d’abord briser les chaînes du mensonge, du cynisme, de la violence institutionnalisée. Il faut regarder l’histoire en face, sans fard, sans illusion. Il faut nommer les crimes, les responsables, les complices. Et il faut agir, avant qu’il ne soit trop tard.
Ô vous, les fous en costume trois-pièces,
Les comptables de la mort en cravate,
Les marionnettistes aux doigts tachés de sang,
Qui jouez avec les vies comme avec des jetons de poker,
Vous croyez donc que l’histoire vous oubliera ?
Que les cris des enfants sous les bombes
S’effaceront dans le vent, comme la fumée des cigares
Que vous fumez en riant, entre deux contrats juteux ?
Regardez donc ces visages, ces yeux vides,
Ces mains qui serrent des jouets brisés,
Ces mères qui hurlent vers un ciel sourd,
Ces pères qui enterrent leurs fils sous les décombres.
Vous parlez de « dégâts collatéraux »,
De « dommages acceptables »,
Comme si la vie était une équation,
Un chiffre à aligner dans un tableur Excel.
Mais la vie, messieurs, n’est pas un chiffre.
C’est une flamme fragile,
Une étincelle dans la nuit,
Un souffle qui peut s’éteindre à jamais.
Et quand cette flamme s’éteindra,
Quand le dernier enfant mourra sous vos bombes,
Quand le dernier rêve sera brisé,
Qui donc pleurera sur vos tombes ?
Les vers, peut-être,
Ces petits vers blancs et gras,
Qui se repaîtront de vos chairs pourries,
Et riront, riront, riront…