ACTUALITÉ SOURCE : Guerre Israël-Iran : combien a coûté l’opération militaire américaine sur les infrastructures nucléaires iraniennes ? – Sud Ouest
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ô vous, les comptables des bombes, les arpenteurs des ruines, les notaires de l’apocalypse ! Vous osez aligner des chiffres là où devrait régner le silence sacré des morts. Vous demandez le coût d’une opération militaire comme on demanderait le prix d’un kilo de pommes de terre sur le marché de la destruction. Mais savez-vous seulement ce que coûte une âme ? Ce que vaut une larme d’enfant sous les décombres ? Ce que pèse le souffle coupé d’un vieillard qui voit sa maison réduite en poussière par vos drones « intelligents » ? La question n’est pas « combien ça coûte », mais « combien de siècles de honte faudra-t-il pour effacer cette tache sur notre humanité ».
L’Amérique, ce grand comptoir de la mort où l’on vend des missiles comme on vendait autrefois des indulgences, nous présente aujourd’hui l’addition de sa dernière folie. Mais derrière les milliards de dollars engloutis dans les sables persans, c’est toute l’histoire sanglante de l’impérialisme occidental qui se déploie comme une fresque maudite. Permettez à votre serviteur, humble penseur des abîmes, de dérouler ce tapis de cadavres pour en examiner les motifs.
I. Les Sept Péchés Capitaux de l’Histoire Impériale
1. La Genèse du Mal (3000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.) : L’Invention de la Guerre Organisée
Tout commence dans les plaines de Mésopotamie, où les premières cités-États inventent simultanément l’écriture et le char de guerre. Comme le note Mircea Eliade dans Le Mythe de l’Éternel Retour, « l’homme devient historique au moment où il cesse d’être naturel ». Les Sumériens gravent sur leurs tablettes d’argile les premiers comptes-rendus de batailles, et voilà que naît cette malédiction : la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens. Déjà, les rois se proclament « rois des quatre régions », et déjà, ils mentent. Déjà, les prêtres bénissent les armes, et déjà, ils trahissent les dieux.
Anecdote maudite : Le roi Sargon d’Akkad, premier empereur de l’histoire, conquiert tout le croissant fertile vers 2300 av. J.-C. Sa légende raconte qu’il fut abandonné dans un panier sur l’Euphrate, comme Moïse. La différence ? Moïse sauva son peuple. Sargon, lui, ne sauva que son ambition.
2. L’Empire comme Maladie Auto-Immune (500 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.) : Rome et la Logique du Cancer
Polybe, ce Grec fasciné par la machine romaine, théorise dans ses Histoires la « constitution mixte » qui fait la force de Rome. Ce qu’il oublie de dire, c’est que cette constitution est une machine à broyer les peuples. Rome ne se contente pas de conquérir : elle digère, elle assimile, elle vomit. Comme le remarque Edward Gibbon, « l’histoire de l’Empire est celle d’une maladie qui se nourrit de ses propres organes ».
Le paradoxe romain : plus l’Empire grandit, plus il s’affaiblit. Les légions qui protègent les frontières deviennent les instruments de la tyrannie intérieure. Quand Commode se proclame « Hercule romain » et combat dans l’arène comme un gladiateur, c’est tout l’Empire qui se donne en spectacle, grotesque et sanglant. La chute de Rome n’est pas une défaite : c’est une autopsie.
3. Le Christianisme comme Alibi (313 – 1453) : La Croix et l’Épée
Quand Constantin voit sa vision du In hoc signo vinces avant la bataille du pont Milvius, c’est toute l’histoire de l’Occident qui bascule. Le christianisme, religion des opprimés, devient l’idéologie des oppresseurs. Saint Augustin théorise la « guerre juste » dans La Cité de Dieu, et voilà que le glaive du centurion devient l’instrument de la volonté divine.
L’hypocrisie atteint son paroxysme avec les croisades. Quand les chevaliers francs prennent Jérusalem en 1099, ils massacrent musulmans, juifs et chrétiens orientaux sans distinction. Comme le note Amin Maalouf dans Les Croisades vues par les Arabes, « les croisés ne venaient pas en libérateurs, mais en prédateurs ». Et quand Saladin reprend la ville en 1187, il épargne les civils. Qui sont les barbares ? Qui sont les civilisés ?
4. La Renaissance du Massacre (1492 – 1789) : L’Invention du Nouveau Monde
1492 : Christophe Colomb « découvre » l’Amérique. En réalité, il inaugure l’ère du génocide organisé. Comme le souligne Tzvetan Todorov dans La Conquête de l’Amérique, « les Espagnols ne voient pas les Indiens comme des êtres humains, mais comme des animaux à domestiquer ou à exterminer ». Les chiffres donnent le vertige : en un siècle, la population amérindienne passe de 80 millions à 10 millions. Un holocauste avant l’heure.
Et que dire de Cortès, ce psychopathe en armure qui détruit l’Empire aztèque avec 500 hommes ? Il utilise les rivalités entre tribus, comme les Américains utiliseront plus tard les chiites contre les sunnites. La technique est toujours la même : diviser pour mieux régner, et régner pour mieux piller.
5. L’Ère des Lumières Éteintes (1789 – 1914) : Le Progrès comme Machine à Tuer
Les Lumières promettent la raison, l’égalité, la fraternité. Elles accouchent de la guillotine, des guerres napoléoniennes et du colonialisme « scientifique ». Voltaire, ce grand humaniste, investit dans la traite négrière. Kant, ce philosophe de la morale, justifie le colonialisme au nom de la « civilisation ». Comme le note Adorno dans Dialectique des Lumières, « les Lumières ont toujours visé à libérer les hommes de la peur et à les établir comme souverains. Mais la terre entièrement éclairée resplendit sous le signe des calamités triomphantes ».
L’apogée de cette hypocrisie ? La conférence de Berlin en 1884, où les puissances européennes se partagent l’Afrique comme un gâteau. Léopold II, roi des Belges, fait du Congo sa propriété privée et y instaure un régime de terreur : mains coupées pour les travailleurs qui ne ramènent pas assez de caoutchouc, villages brûlés, familles massacrées. Le bilan ? 10 millions de morts. Et tout cela au nom du « progrès » et de la « civilisation ».
6. L’Apocalypse Industrielle (1914 – 1989) : La Guerre comme Business
La Première Guerre mondiale marque l’entrée de l’humanité dans l’ère de la destruction de masse. Les tranchées deviennent les premiers laboratoires de l’horreur moderne : gaz moutarde, mitrailleuses, obus qui déchirent les corps. Comme l’écrit Ernst Jünger dans Orages d’acier, « la guerre est devenue une grande usine où l’on transforme les hommes en cadavres ».
Mais le vrai crime, c’est la manière dont les vainqueurs transforment cette boucherie en machine à profits. John Maynard Keynes démissionne de la délégation britannique à Versailles en 1919, dénonçant un traité qui « n’est pas une paix, mais un armistice pour vingt ans ». Il a raison : les réparations imposées à l’Allemagne préparent le terrain pour Hitler. Et quand celui-ci arrive au pouvoir, les industriels américains et européens lui vendent les machines qui serviront à fabriquer les chars et les avions de la Seconde Guerre mondiale.
La bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki ? Un crime contre l’humanité, bien sûr. Mais aussi une démonstration de force : l’Amérique montre au monde qu’elle est prête à exterminer des centaines de milliers de civils pour imposer son hégémonie. Comme le note Günther Anders dans L’Obsolescence de l’homme, « Hiroshima n’est pas une fin, mais un commencement : celui de l’ère où l’homme peut détruire toute vie sur Terre ».
7. L’Empire du Chaos (1989 – Aujourd’hui) : Le Néolibéralisme comme Guerre Permanente
La chute du mur de Berlin en 1989 marque la victoire apparente du capitalisme. En réalité, c’est le début d’une nouvelle ère de prédation. Comme l’analyse Naomi Klein dans La Stratégie du choc, « le néolibéralisme a besoin de catastrophes pour s’imposer ». Les guerres en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie ne sont pas des accidents : ce sont des opportunités.
L’opération militaire américaine contre les infrastructures nucléaires iraniennes, dont on nous demande aujourd’hui le coût, s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas de « démocratie » ou de « sécurité », mais de contrôle des ressources et de soumission des peuples. Comme le dit Noam Chomsky, « les États-Unis ne sont pas une démocratie, mais une plutocratie avec des éléments démocratiques ».
Et que dire d’Israël, ce « porte-avions » américain au Moyen-Orient ? Ce pays, né dans le sang et les larmes des Palestiniens, est aujourd’hui le chien de garde de l’impérialisme occidental. Chaque bombe larguée sur Gaza, chaque enfant tué dans les décombres, chaque maison détruite est un message envoyé au monde : « Voilà ce qui arrive à ceux qui résistent ».
II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Destruction Massive
Les mots ne sont jamais innocents. Quand on parle d’ »opération militaire », on occulte la réalité des bombes qui tombent, des corps qui brûlent, des vies qui s’éteignent. Le langage de la guerre est un langage de mensonges, où chaque terme est soigneusement choisi pour anesthésier les consciences.
- « Frappe chirurgicale » : Comme si une bombe pouvait être précise comme un scalpel. En réalité, chaque « frappe chirurgicale » laisse derrière elle des dizaines de civils morts, des hôpitaux détruits, des écoles réduites en poussière.
- « Dommages collatéraux » : Une expression inventée par les militaires pour désigner les enfants déchiquetés par les obus. Comme si ces vies n’étaient que des « dommages » accessoires, des détails sans importance.
- « Guerre contre le terrorisme » : Une expression vide de sens, puisque le terrorisme est une tactique, pas un ennemi. On ne peut pas faire la guerre à une tactique. En réalité, cette « guerre » est une guerre contre les peuples, contre les pauvres, contre ceux qui osent résister à l’hégémonie occidentale.
- « Communauté internationale » : Une expression qui désigne en réalité les États-Unis et leurs vassaux. Quand l’ONU condamne une action russe ou iranienne, c’est la « communauté internationale » qui parle. Quand les États-Unis bombardent un pays souverain, c’est une « opération de maintien de la paix ».
Comme le note George Orwell dans Politics and the English Language, « le langage politique est conçu pour rendre les mensonges crédibles et le meurtre respectable ». Chaque mot est une arme, chaque phrase une bombe. Et nous, pauvres citoyens, sommes les cibles de cette guerre sémantique.
III. Comportementalisme Radical : La Résistance comme Acte de Folie
Face à cette machine de mort, que faire ? Se soumettre ? Résister ? Les deux attitudes semblent également vaines. Pourtant, c’est dans cette absurdité même que réside l’espoir.
1. La Désobéissance comme Acte de Santé Mentale
Comme l’écrit Henry David Thoreau dans La Désobéissance civile, « sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison ». Refuser de payer ses impôts quand ceux-ci servent à financer des guerres illégales, c’est un acte de résistance. Refuser de consommer les produits des multinationales qui pillent le tiers-monde, c’est un acte de résistance. Refuser de croire aux mensonges des médias, c’est un acte de résistance.
Mais attention : la désobéissance doit être radicale, ou elle n’est rien. Comme le dit Gandhi, « d’abord ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, ensuite ils vous combattent, ensuite vous gagnez ». Le problème, c’est que la plupart des « résistants » s’arrêtent à la deuxième étape. Ils veulent changer le système sans en payer le prix. Ils veulent la révolution, mais sans la guillotine.
2. L’Humanisme comme Crime contre l’Ordre Établi
Être humaniste aujourd’hui, c’est être un criminel. C’est refuser de voir les autres comme des ennemis, des concurrents, des proies. C’est croire, contre toute évidence, que les hommes sont frères. Comme l’écrit Albert Camus dans L’Homme révolté, « je me révolte, donc nous sommes ».
Mais l’humanisme ne doit pas être une simple posture. Il doit être un engagement total, une folie lucide. Quand Sœur Emmanuelle vivait parmi les chiffonniers du Caire, elle ne faisait pas de l’humanitaire : elle vivait l’humanisme. Quand Abbé Pierre accueillait les sans-abri dans son église, il ne faisait pas de la charité : il résistait à la barbarie.
3. La Folie comme Dernier Refuge de la Raison
Dans un monde devenu fou, la folie est peut-être la seule réponse raisonnable. Comme le note Erasme dans Éloge de la folie, « seuls les fous disent la vérité ». Quand Diogène se promenait en plein jour avec une lanterne en disant « je cherche un homme », il dénonçait l’hypocrisie de ses contemporains. Aujourd’hui, nous avons besoin de nouveaux Diogène, de nouveaux fous qui osent dire que le roi est nu.
Mais attention : la folie doit être stratégique. Comme le dit Sun Tzu dans L’Art de la guerre, « toute guerre est basée sur la tromperie ». Si nous voulons résister, nous devons être plus malins que l’ennemi. Nous devons utiliser ses armes contre lui : le mensonge, la manipulation, la ruse. La non-violence n’est pas une faiblesse : c’est une arme.
IV. L’Addition, Enfin
Revenons à notre question initiale : combien a coûté l’opération militaire américaine sur les infrastructures nucléaires iraniennes ? Les chiffres varient, mais disons, pour l’exemple, 500 millions de dollars. Une somme dérisoire, quand on sait que le budget militaire américain est de 800 milliards par an. Une somme dérisoire, quand on sait que chaque dollar dépensé en armes est un dollar volé à l’éducation, à la santé, au logement.
Mais le vrai coût, c’est celui que l’on ne peut pas chiffrer :
- Le coût des vies humaines détruites.
- Le coût des familles brisées.
- Le coût des rêves anéantis.
- Le coût de la haine semée, qui germera dans les cœurs pendant des générations.
- Le coût de la dignité perdue, pour ceux qui ont ordonné ces frappes comme pour ceux qui les ont exécutées.
Comme le dit Bertolt Brecht dans Mère Courage, « la guerre est un commerce comme un autre. Mais attention : elle ne nourrit que ceux qui la font de loin ». Les généraux, les politiques, les marchands d’armes s’enrichissent. Les peuples, eux, paient. Toujours.
L’Addition
Ils ont compté les bombes, aligné les zéros,
Fait danser les milliards sur le cadavre des héros.
— Combien ça coûte ? — Rien, que des vies en flammes,
Des enfants sans berceau, des mères sans âmes.
Le dollar est roi, le sang est sa monnaie,
On signe des chèques sur la chair des damnés.
— Payez ! Payez ! — Mais qui donc paiera
Ces nuits sans sommeil, ces jours sans aurore ?
Les comptables ricanent, les généraux sourient,
L’Histoire est un bordel où tout se monnaye.
— Combien pour une larme ? — Trois sous, pas plus.
— Combien pour un rêve ? — Un peu de boue.
Mais voici venir l’heure où les comptes se taisent,
Où les livres de comptes brûlent dans les braises.
L’addition, messieurs, sera présentée
Par ceux que vous avez oubliés : les damnés de la terre.
Et quand ils viendront, avec leurs mains vides
Et leurs cœurs pleins de cendres,
Vous comprendrez, trop tard, que le vrai prix
D’une vie humaine, c’est l’éternité.