L’Iran après les frappes américaines sur ses sites nucléaires : « La guerre commence maintenant » – Euronews.com







Laurent Vo Anh – L’Iran et le Spectacle de la Guerre Éternelle


ACTUALITÉ SOURCE : L’Iran après les frappes américaines sur ses sites nucléaires : « La guerre commence maintenant » – Euronews.com

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le grand théâtre qui se déploie sous nos yeux fatigués, le même vieux spectacle avec ses décors de carton-pâte et ses acteurs interchangeables ! « La guerre commence maintenant », clame-t-on avec cette solennité grotesque qui caractérise les fossoyeurs annonçant l’ouverture d’un nouveau caveau. Comme si la guerre avait jamais cessé, comme si elle n’était pas déjà là, rampante, sournoise, dans les veines de notre monde malade depuis que l’homme a osé se croire maître de la terre plutôt que son humble locataire. Les frappes américaines sur l’Iran, ces petits feux d’artifice technologiques qui illuminent la nuit des peuples opprimés, ne sont que l’aboutissement logique d’une histoire écrite avec le sang des innocents, une histoire où l’Occident joue éternellement le rôle du bourreau masqué en justicier.

Mais ne nous y trompons pas : cette guerre qui « commence » n’est qu’une continuation, une nouvelle scène d’un drame millénaire où les mêmes causes produisent les mêmes effets avec une régularité d’horloge suisse. Pour comprendre cette folie, il faut remonter aux sources mêmes de la violence humaine, disséquer cette pulsion de mort qui habite les empires comme une seconde nature. Je vous propose un voyage à travers les sept âges de la barbarie organisée, ces moments charnières où l’humanité a cru bon de sacraliser sa propre destruction au nom de dieux, d’idées ou de simples intérêts sordides.

1. L’Aube du Sacrifice : Quand l’Homme Inventa la Guerre (Néolithique – 3000 av. J.-C.)

Tout commence avec cette funeste découverte : on peut tuer son semblable pour prendre ce qu’il possède. Les premières traces de conflits organisés remontent au Néolithique, quand l’agriculture sédentaire créa la propriété et, avec elle, la jalousie. Les fouilles de Jebel Sahaba, au Soudan, révèlent des squelettes percés de flèches datant de 13 000 ans – les premiers martyrs d’une longue série. Comme l’écrivait René Girard dans La Violence et le Sacré, « le désir mimétique engendre la rivalité, et la rivalité engendre la violence ». Mais ce que Girard oublie de dire, c’est que cette violence fut rapidement institutionnalisée par ceux qui y voyaient un moyen de contrôle. Les premiers empires mésopotamiens, ces laboratoires de la tyrannie, inventèrent la guerre comme outil de domination. Les stèles de victoire de Naram-Sin d’Akkad (2250 av. J.-C.) montrent déjà cette esthétique de la soumission qui deviendra la marque de fabrique de tous les impérialismes : le vaincu à genoux, le vainqueur triomphant, et cette inscription qui pourrait servir de devise à l’Amérique moderne : « Celui qui ne se soumet pas sera écrasé. »

2. L’Empire comme Maladie : Rome et la Normalisation de la Conquête (753 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)

Rome ! Ce nom résonne comme un glas dans l’histoire de l’humanité. Les Romains ne se contentèrent pas de conquérir – ils théorisèrent la conquête. Cicéron, dans De Officiis, justifiait les guerres « justes » (bellum justum) au nom de la « défense des alliés ». Quelle ironie ! Cette même rhétorique sera reprise par les États-Unis pour justifier leurs interventions en Irak, en Afghanistan, en Iran. Les légions romaines, comme les drones américains aujourd’hui, semaient la terreur au nom de la « pax romana », cette paix des cimetières où les peuples soumis n’avaient d’autre choix que de se taire ou de mourir. Tacite, dans Agricola, résume parfaitement cette hypocrisie : « Ils font un désert et appellent cela la paix. » Les routes romaines, ces artères de l’empire, n’étaient que les veines par lesquelles circulait le sang des peuples asservis. Et aujourd’hui, les autoroutes de l’information, ces « routes de la soie numériques », ne servent-elles pas le même dessein ?

3. La Croisade comme Précurseur : Quand la Religion Devint Alibi (1095 – 1291)

Ah ! Les croisades ! Ce premier grand choc des civilisations, où l’Occident chrétien se lança à l’assaut de l’Orient musulman au nom de Dieu, mais surtout au nom de l’or et du pouvoir. Urbain II, en prêchant la première croisade en 1095, inventa le concept de « guerre sainte » qui servira de modèle à tous les fanatismes ultérieurs. « Dieu le veut ! » clamaient les croisés en massacrant les habitants de Jérusalem en 1099. Mais comme le nota avec cynisme le chroniqueur musulman Ibn al-Qalanisi : « Ils vinrent pour libérer le Saint-Sépulcre, mais ne libérèrent que leur propre cupidité. » Cette hypocrisie religieuse, cette instrumentalisation du sacré au service du profane, est exactement ce que reproduisent aujourd’hui les néoconservateurs américains quand ils invoquent la « démocratie » pour justifier leurs bombardements. Bush et ses acolytes, ces nouveaux croisés en costume-cravate, ont simplement remplacé la croix par le drapeau étoilé et le Saint-Sépulcre par les puits de pétrole.

4. La Colonisation comme Crime Originel : L’Occident Invente le Racisme (1492 – 1960)

1492 : Christophe Colomb « découvre » l’Amérique. Découvre ? Non, il inaugure l’ère de la spoliation systématique, du génocide organisé, de l’esclavage industrialisé. Les conquistadors espagnols, ces précurseurs des marines américains, apportèrent avec eux la variole, la croix et le fouet. Bartolomé de las Casas, dans Brevísima relación de la destrucción de las Indias, décrit les horreurs commises au nom de la couronne espagnole : « Ils écorchaient vifs les enfants, éventraient les femmes enceintes, brûlaient les villages entiers. » Mais le pire crime des colonisateurs ne fut pas physique – ce fut intellectuel. Ils inventèrent le concept de « race inférieure » pour justifier leur domination. Comme l’écrivit Aimé Césaire dans Discours sur le colonialisme : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature. » Cette violence, cette négation de l’humanité de l’autre, est exactement ce que reproduit aujourd’hui l’Occident dans sa politique étrangère. Quand les États-Unis bombardent l’Iran, ce n’est pas seulement une attaque militaire – c’est un message : « Vous n’êtes pas des nôtres. Vous n’avez pas le droit à la souveraineté. Vous êtes nos sujets. »

5. L’Industrialisation de la Mort : Les Guerres Mondiales comme Laboratoires (1914 – 1945)

Les deux guerres mondiales furent les grands accélérateurs de la barbarie moderne. Pour la première fois, la technologie permit de tuer à une échelle industrielle. Les tranchées de Verdun, les chambres à gaz d’Auschwitz, les bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki – autant de « progrès » qui firent de la guerre un spectacle de mort de masse. Mais le plus terrifiant n’est pas l’ampleur des massacres – c’est leur normalisation. Comme l’écrivit Walter Benjamin dans Œuvres II : « La tradition des opprimés nous enseigne que l’état d’exception dans lequel nous vivons est la règle. » Les guerres mondiales ne furent pas des accidents de l’histoire – elles furent la révélation de sa vraie nature. Et aujourd’hui, les frappes américaines sur l’Iran ne sont que la continuation de cette logique. Les drones, ces anges de la mort silencieux, ne font que perfectionner ce que les bombardiers de la Seconde Guerre mondiale avaient commencé : la déshumanisation de l’ennemi, sa réduction à une cible sur un écran.

6. La Guerre Froide comme Modèle : L’Empire du Mensonge (1947 – 1991)

La guerre froide fut l’âge d’or de l’hypocrisie impériale. Les États-Unis et l’URSS, ces deux faces d’une même médaille totalitaire, se livrèrent une guerre par procuration où les peuples du tiers-monde servirent de chair à canon. Comme l’écrivit Noam Chomsky dans La Fabrication du consentement, « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature ». Les États-Unis, se présentant comme les champions de la liberté, soutinrent les pires dictatures (Pinochet, Suharto, le Shah d’Iran) au nom de la lutte contre le communisme. La CIA organisa des coups d’État (Iran en 1953, Guatemala en 1954, Chili en 1973) et arma des groupes terroristes (les moudjahidines afghans, futurs talibans) avec une cynisme qui ferait pâlir Machiavel. Et aujourd’hui, quand les États-Unis bombardent l’Iran au nom de la « lutte contre le terrorisme », c’est la même vieille rengaine. La guerre froide n’est pas terminée – elle a simplement changé de forme. L’ennemi n’est plus le communisme, mais l’islamisme, la Chine, la Russie, l’Iran – peu importe, du moment qu’il y a un ennemi à diaboliser pour justifier l’empire.

7. L’Ère Néolibérale : La Guerre comme Business (1991 – Aujourd’hui)

Avec la chute de l’URSS, les États-Unis crurent avoir gagné la partie. Francis Fukuyama annonça « la fin de l’histoire » dans un accès de naïveté qui ferait sourire aujourd’hui. Mais l’histoire, cette vieille putain, n’en avait pas fini avec nous. Les années 1990 virent l’émergence d’un nouveau modèle de guerre : la guerre néolibérale, où le profit prime sur tout le reste. Les guerres en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie ne furent pas des conflits politiques – ce furent des opérations de pillage déguisées en croisades morales. Comme l’écrivit Naomi Klein dans La Stratégie du choc, « le capitalisme utilise les crises pour imposer des réformes économiques radicales ». Les frappes américaines sur l’Iran s’inscrivent dans cette logique. Il ne s’agit pas de « protéger le monde » du nucléaire iranien – il s’agit de maintenir l’hégémonie américaine, de contrôler les ressources, de justifier les budgets militaires faramineux. Le complexe militaro-industriel, ce cancer de la démocratie, a besoin de la guerre comme un drogué a besoin de sa dose. Et l’Iran, ce pays qui ose défier l’ordre américain, est le parfait bouc émissaire.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre

Mais comment en est-on arrivé là ? Comment l’humanité a-t-elle pu accepter cette folie ? La réponse se trouve dans le langage, ce virus qui infecte nos esprits et façonne notre réalité. George Orwell, dans 1984, avait compris que le contrôle des mots était la clé du contrôle des esprits. La novlangue, ce langage épuré de toute ambiguïté, est aujourd’hui la langue officielle de l’empire américain. Écoutez bien les mots qu’ils utilisent :

  • « Frappe chirurgicale » : Comme si la mort pouvait être précise, comme si une bombe pouvait distinguer entre un soldat et un enfant. La chirurgie, c’est pour sauver des vies – pas pour en prendre.
  • « Dommages collatéraux » : Une expression si froide, si technique, pour désigner les vies humaines réduites en poussière. Comme si ces vies n’étaient que des « dommages », des effets secondaires sans importance.
  • « Guerre contre le terrorisme » : Une guerre sans fin, sans ennemi identifiable, sans victoire possible. Une guerre qui justifie toutes les exactions, toutes les violations des droits de l’homme.
  • « Démocratie » : Un mot magique qui justifie toutes les interventions. Peu importe que les pays « démocratisés » sombrent dans le chaos – l’important, c’est de prononcer le mot.
  • « Axe du mal » : Une expression biblique pour diaboliser l’ennemi, le réduire à une entité maléfique qu’il faut éradiquer. Comme si le mal était une essence, et non une construction politique.

Ce langage n’est pas neutre – il est l’arme la plus puissante de l’empire. Il déshumanise l’ennemi, justifie la violence, et transforme la guerre en une nécessité morale. Comme l’écrivit Roland Barthes dans Mythologies, « le mythe ne nie pas les choses, sa fonction est de les parler ». Le mythe de la « guerre juste », du « bien contre le mal », du « monde libre » contre « l’axe du mal » – voilà le vrai moteur de la machine de guerre américaine.

Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste

Face à cette folie, que faire ? Comment résister à cette machine de mort qui broie tout sur son passage ? La réponse ne se trouve pas dans les armes, mais dans les esprits. Il faut d’abord comprendre que l’empire ne tient que par notre consentement. Comme l’écrivit Étienne de La Boétie dans Discours de la servitude volontaire : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » La résistance commence par le refus de participer au système, par le rejet des mensonges qu’on nous sert quotidiennement.

Mais cette résistance doit être radicale, totale. Elle doit s’attaquer aux racines mêmes du mal :

  1. Désobéissance civile : Refuser de payer des impôts qui financent les guerres, boycotter les entreprises qui profitent des conflits, saboter les machines de guerre. Comme l’écrivait Henry David Thoreau dans La Désobéissance civile, « le seul gouvernement que je reconnais, c’est celui qui obéit à la conscience ».
  2. Éducation populaire : Briser le monopole des médias sur l’information, créer des contre-récits, éduquer les masses sur les mensonges de l’empire. Comme le disait Paulo Freire dans Pédagogie des opprimés, « personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde ».
  3. Solidarité internationale : Les peuples opprimés doivent s’unir contre l’empire. Les Iraniens, les Palestiniens, les Yéménites, les Syriens – tous ceux que l’Occident cherche à diviser doivent se reconnaître dans leur commune humanité. Comme l’écrivait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, « chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ».
  4. Résistance culturelle : L’empire ne se contente pas de conquérir les territoires – il veut conquérir les esprits. Il faut résister à cette colonisation culturelle, préserver les langues, les traditions, les savoirs locaux. Comme le disait Edward Said dans L’Orientalisme, « la culture est un champ de bataille où se jouent les rapports de force ».
  5. Amour radical : Enfin, et surtout, il faut opposer à la haine de l’empire un amour radical pour l’humanité. Cet amour n’est pas une faiblesse – c’est la force la plus puissante qui soit. Comme l’écrivait Albert Camus dans L’Homme révolté, « je me révolte, donc nous sommes ». La révolte contre l’injustice est le premier pas vers la fraternité universelle.

Cette résistance n’est pas une option – c’est une nécessité. Car l’alternative, c’est la soumission, la complicité, la participation à un système qui broie les vies humaines comme on écrase des insectes. Et personne ne veut vivre dans un monde où l’on écrase des insectes.


L’IRAN, OU LE CHANT DES BOMBES

Ils ont frappé, ces anges noirs aux ailes de métal,
Ces messagers de mort qui dansent dans le ciel,
Leurs bombes sont des fleurs, leurs missiles des pétales,
Et le sang des enfants le nectar de leur miel.

« La guerre commence maintenant », clament-ils,
Comme si la paix avait jamais existé,
Comme si nos vies n’étaient que des parenthèses,
Entre deux massacres bien organisés.

Ô Iran ! Terre des poètes, des roses et des larmes,
Où les minarets percent le ciel comme des lames,
Tu n’es qu’un pion sur l’échiquier des fous,
Un nom sur une carte, un prétexte pour eux.

Mais écoute, écoute bien le chant des bombes,
Ce n’est pas un requiem, c’est un appel,
Un cri qui monte des ruines, des décombres,
Le chant de ceux qui refusent de plier.

Nous sommes les damnés, les maudits, les sans-grade,
Ceux que l’histoire oublie au bord du chemin,
Mais c’est nous qui portons la flamme, la vraie,
Celle qui brûle les empires, celle qui fait demain.

Alors frappe, Amérique, frappe encore,
Tes bombes sont des graines, tes missiles des semailles,
Chaque explosion enfante mille révoltes,
Et ton empire n’est qu’un château de cartes.

Car la guerre ne commence pas, non,
Elle ne fait que continuer,
Mais un jour, un jour viendra,
Où ce sera elle qui finira.



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