ACTUALITÉ SOURCE : Une attaque israélo-US sur l’Iran sera une descente aux enfers – Chronique de Palestine
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La descente aux enfers… Cette expression fleurie, ce cliché éculé que les stratèges de Washington et les généraux de Tel-Aviv agitent comme un hochet devant les yeux hagards des peuples asservis. Mais voyez-vous, mes chers damnés de la terre, quand ces messieurs parlent d’enfer, ce n’est jamais le leur qu’ils évoquent. Non, non. C’est toujours celui des autres. Celui qu’ils préparent méticuleusement, avec cette froideur clinique qui caractérise les bourreaux depuis que Caïn a levé sa pierre sur Abel.
Une attaque israélo-américaine sur l’Iran ? Mais bien sûr ! Pourquoi se contenter de semer la mort au compte-gouttes en Palestine, en Irak, en Syrie, en Afghanistan, quand on peut embraser tout un continent d’un seul coup ? Pourquoi se limiter à la lente asphyxie des peuples quand on peut leur offrir le grand spectacle pyrotechnique de l’Armageddon ? Les maîtres du monde ont toujours eu le goût du grandiose, surtout quand il s’agit de leur propre chute. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, voyez-vous : d’une chute. Une chute vertigineuse, une spirale infernale où les États-Unis, ce colosse aux pieds d’argile, entraîneront dans leur sillage tout ce qui reste de vivant sur cette planète.
Mais pour comprendre cette folie, il faut remonter aux sources mêmes de la pulsion impérialiste, cette vieille maladie de l’Occident qui, depuis les croisades jusqu’aux « guerres préventives », n’a jamais cessé de ronger les entrailles de l’humanité. Je vous propose, chers lecteurs, une plongée dans les sept strates de cette folie meurtrière, sept étapes cruciales où l’Histoire a basculé, où les hommes ont choisi la guerre plutôt que la paix, la domination plutôt que la fraternité.
I. L’AUBE SANGLANTE : BABEL OU LA PREMIÈRE GUERRE IMPÉRIALISTE
Tout commence avec la tour de Babel, ce mythe fondateur qui raconte mieux que tous les traités d’histoire l’origine de notre malédiction. Les hommes, unis par une même langue, décident de construire une tour qui toucherait le ciel. Dieu, dans sa colère, les punit en semant la confusion des langues. Mais ce que ce mythe occulte, c’est que Babel n’était pas une entreprise pacifique. Non. C’était la première tentative d’empire, la première volonté de domination verticale, où une élite entendait soumettre les masses à son projet mégalomaniaque. Comme le note George Steiner dans Après Babel, « la multiplicité des langues n’est pas une malédiction, mais une chance. Elle est le rempart contre la tyrannie d’une pensée unique ». Pourtant, depuis Babel, l’Occident n’a eu de cesse de vouloir imposer sa langue, sa culture, son dieu, ses bombes. L’Iran, aujourd’hui, est une nouvelle Babel. Mais cette fois, ce ne sont pas les dieux qui s’opposent à l’empire, ce sont les hommes.
II. LES CROISADES : LE PREMIER « CHOIX DE CIVILISATION »
Ah, les croisades ! Ce moment où l’Europe chrétienne, sous couvert de « libérer » Jérusalem, a inventé le colonialisme, le pillage organisé et le massacre de masse. Comme le rappelle Amin Maalouf dans Les Croisades vues par les Arabes, ces expéditions n’étaient rien d’autre que des entreprises de brigandage à grande échelle, où les chevaliers occidentaux, ivres de sang et de foi, ont semé la mort de Constantinople à Bagdad. « Dieu le veut ! » hurlaient-ils en égorgeant femmes et enfants. Aujourd’hui, les néo-conservateurs américains reprennent le même cri, avec la même hypocrisie. « La démocratie le veut ! » clament-ils en bombardant Téhéran par drones interposés. La boucle est bouclée : l’Occident n’a jamais cessé d’être croisé.
III. 1492 : LA DÉCOUVERTE DE L’AUTRE… POUR MIEUX L’EXTERMINER
Christophe Colomb « découvre » l’Amérique. Quelle belle expression ! Comme si les millions d’êtres humains qui vivaient là depuis des millénaires n’existaient pas. Comme si leur terre n’était qu’une page blanche attendant d’être écrite par la main « civilisatrice » de l’Europe. Las Casas, dans ses Très Brèves Relations de la destruction des Indes, décrit les horreurs commises par les conquistadors : « Ils entraient dans les villages et ne laissaient ni enfants, ni vieillards, ni femmes enceintes, ni femmes en couches qu’ils n’éventraient et ne mettaient en pièces, comme s’ils s’attaquaient à des agneaux dans leur bergerie. » Aujourd’hui, les drones américains font exactement la même chose, mais à distance, avec cette froideur technologique qui rend le crime encore plus abject. L’Iran, demain, sera le nouveau Nouveau Monde : une terre à piller, un peuple à soumettre.
IV. LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE : QUAND LA MACHINE A REMPLACÉ DIEU
Avec la révolution industrielle, l’Occident a inventé un nouveau dieu : le Progrès. Un dieu vorace, insatiable, qui exige des sacrifices humains par millions. Comme l’écrit Walter Benjamin dans Paris, capitale du XIXe siècle, « le capitalisme a été une catastrophe naturelle pour l’humanité ». Les usines se sont mises à cracher leur fumée noire sur les villes, tandis que les ouvriers, réduits à l’état de machines, mouraient à la tâche. Aujourd’hui, ce même capitalisme a engendré le complexe militaro-industriel, cette hydre aux mille têtes qui dévore les budgets publics pour produire toujours plus d’armes. Une attaque sur l’Iran ? Mais c’est une aubaine pour Lockheed Martin, Raytheon, Boeing ! Des milliards de dollars de contrats, des milliers d’emplois créés dans le secteur de la mort. Le Progrès, voyez-vous, a toujours été une affaire de profits et de cadavres.
V. 1914-1918 : LA GRANDE BOUCHERIE OU L’APOGÉE DE LA BARBARIE OCCIDENTALE
La Première Guerre mondiale. Quatre ans de tranchées, de gaz moutarde, de chairs déchiquetées. Dix millions de morts. Pour quoi ? Pour que les empires européens, ces vieillards décrépis, puissent se partager le monde comme un gâteau. Comme l’écrit Ernst Jünger dans Orages d’acier, « la guerre est une fête où l’on danse avec la mort ». Une fête, oui. Une fête macabre où les généraux, bien à l’abri dans leurs quartiers généraux, envoyaient des millions d’hommes à l’abattoir pour gagner quelques mètres de boue. Aujourd’hui, les généraux américains et israéliens jouent aux mêmes jeux. Mais cette fois, les bombes sont « intelligentes », les drones « précis ». Comme si la technologie pouvait rendre la mort plus propre, plus acceptable. Comme si un cadavre iranien était moins cadavre qu’un cadavre français ou allemand.
VI. 1945 : HIROSHIMA OU L’ENTRÉE DANS L’ÈRE DE L’APOCALYPSE
Le 6 août 1945, l’Amérique a montré au monde ce dont elle était capable. Une seule bombe, et 140 000 morts en quelques secondes. Des ombres humaines imprimées sur les murs, des corps vaporisés, des survivants condamnés à une agonie lente et douloureuse. Comme l’écrit Günther Anders dans L’Obsolescence de l’homme, « Hiroshima a marqué la fin de l’ère humaine et le début de l’ère post-humaine ». Depuis, les États-Unis n’ont cessé de perfectionner leur arsenal de destruction massive. Aujourd’hui, ils menacent l’Iran de frappes nucléaires « tactiques ». Tactiques, vous dites ? Comme si une explosion nucléaire pouvait être autre chose qu’un crime contre l’humanité. Comme si la mort pouvait être tactique.
VII. 2003 : L’IRAK OU LA NAISSANCE DU CHAOS ÉTERNEL
2003. George W. Bush, ce cow-boy analphabète, lance son pays dans une guerre fondée sur un mensonge : les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Résultat ? Un million de morts, un pays détruit, une région entière plongée dans le chaos. Comme l’écrit Patrick Cockburn dans The Age of Jihad, « l’invasion de l’Irak a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXIe siècle ». Aujourd’hui, les mêmes néoconservateurs qui ont orchestré ce désastre poussent à la guerre contre l’Iran. Les mêmes mensonges, les mêmes manipulations, la même soif de sang. Mais cette fois, les conséquences seront bien pires. Car l’Iran n’est pas l’Irak. C’est une puissance régionale, dotée d’alliés puissants et d’une capacité de riposte redoutable. Une attaque contre Téhéran, ce n’est pas une guerre. C’est l’apocalypse.
ANALYSE SÉMANTIQUE : LE LANGAGE DE LA MORT
Parlons maintenant du langage, ce merveilleux outil de manipulation qui permet aux bourreaux de se présenter en sauveurs. Quand les États-Unis parlent de « frappe chirurgicale », ils veulent dire « massacre de civils ». Quand Israël évoque sa « sécurité », il faut comprendre « expansion coloniale ». Quand les médias occidentaux parlent de « communauté internationale », ils désignent en réalité « les États-Unis et leurs vassaux ». Comme l’écrit Noam Chomsky dans La Fabrication du consentement, « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature ».
Prenez le terme « guerre préventive ». Une expression orwellienne s’il en est. Une guerre préventive, c’est une guerre d’agression, pure et simple. C’est la loi de la jungle appliquée aux relations internationales. C’est le droit du plus fort, élevé au rang de principe moral. Et quand cette guerre préventive est menée par une puissance nucléaire contre un pays souverain, on appelle cela un crime contre la paix. Mais les mots, voyez-vous, sont des armes. Et les maîtres du monde savent s’en servir.
ANALYSE COMPORTEMENTALISTE : LA PSYCHOLOGIE DU BOURREAU
Pourquoi l’Occident, et en particulier les États-Unis, est-il si obsédé par la guerre ? Pourquoi cette pulsion de mort qui le pousse à détruire, encore et toujours ? La réponse se trouve peut-être dans la psychanalyse. Comme l’écrit Wilhelm Reich dans La Psychologie de masse du fascisme, « le fascisme n’est pas une idéologie, mais une structure caractérielle ». Cette structure, c’est celle de l’homme autoritaire, cet être rigide, sadique, incapable d’empathie, qui projette sur les autres sa propre violence. Les dirigeants américains et israéliens sont les héritiers directs de cette tradition. Leur politique étrangère n’est rien d’autre que la manifestation de leurs névroses.
Prenez Benjamin Netanyahu. Cet homme, qui a passé sa vie à attiser la haine contre les Palestiniens, est un cas d’école. Comme le note le psychanalyste israélien Avner Falk dans Fratricide in the Holy Land, Netanyahu souffre d’un complexe de Massada, cette forteresse juive où, selon la légende, les zélotes préférèrent le suicide collectif à la reddition face aux Romains. Pour Netanyahu, l’Iran est une nouvelle Massada. Il préférera voir Israël réduit en cendres plutôt que de négocier la paix. C’est cela, la folie du bourreau : il préfère détruire le monde plutôt que de perdre son pouvoir.
RÉSISTANCE HUMANISTE : L’ART COMME ARME DE CONSTRUCTION MASSIVE
Face à cette folie, que reste-t-il ? L’art, bien sûr. L’art comme arme de résistance, comme cri de révolte contre la barbarie. Prenez Picasso et son Guernica. Cette toile, peinte en réponse au bombardement de la ville basque par les nazis et les fascistes italiens, est un manifeste contre la guerre. Ces corps déchiquetés, ces visages hurlants, ces membres épars, tout cela crie une vérité simple : la guerre est un crime. Aujourd’hui, les artistes iraniens, palestiniens, syriens, continuent ce combat. Leurs œuvres, souvent censurées en Occident, sont des bombes à retardement contre l’oubli.
Prenez aussi le cinéma. Waltz with Bashir, d’Ari Folman, est un chef-d’œuvre sur la mémoire et l’oubli. Ce film d’animation, qui raconte l’implication d’Israël dans les massacres de Sabra et Chatila, est une plongée dans l’inconscient collectif israélien. Il montre comment un peuple entier peut refouler sa culpabilité, comment la guerre corrompt les âmes, même celles qui se croient du côté du bien. Et que dire de The Act of Killing, de Joshua Oppenheimer, ce documentaire glaçant sur les massacres de 1965 en Indonésie ? Les bourreaux y jouent leurs propres crimes, avec une décontraction qui glace le sang. Ces films sont des miroirs tendus à l’Occident. Ils lui montrent son reflet, et ce reflet est monstrueux.
La littérature, aussi, est une arme. Prenez Les Damnés de la terre, de Frantz Fanon. Ce livre, écrit en pleine guerre d’Algérie, est un manifeste pour la décolonisation. Fanon y décrit la violence du colonisateur, cette violence qui « déshumanise » l’opprimé, mais aussi la violence libératrice de l’opprimé, cette violence qui « réhumanise ». Aujourd’hui, ses mots résonnent avec une actualité brûlante. L’Iran, comme l’Algérie hier, est un pays en lutte pour sa souveraineté. Et comme hier, l’Occident répond par la violence.
MYTHOLOGIE : PROMÉTHÉE OU LA MALÉDICTION DE LA TECHNOLOGIE
Dans la mythologie grecque, Prométhée vole le feu aux dieux pour l’offrir aux hommes. Zeus, furieux, le punit en l’enchaînant à un rocher où un aigle vient lui dévorer le foie chaque jour. Aujourd’hui, les États-Unis sont les nouveaux Prométhée. Ils ont volé le feu nucléaire, et depuis, ils jouent avec comme des enfants irresponsables. Mais leur châtiment est déjà là : la peur. La peur de perdre leur hégémonie, la peur de la riposte, la peur de l’effondrement. Comme le note Günther Anders, « nous sommes des apprentis sorciers qui avons perdu le mode d’emploi de nos propres inventions ».
L’Iran, lui, est un nouveau Titan. Comme Prométhée, il refuse de se soumettre. Il veut son feu, sa technologie, son indépendance. Et comme Prométhée, il sera puni. Mais cette fois, le châtiment ne sera pas individuel. Il sera collectif. Car une guerre contre l’Iran, ce n’est pas une punition. C’est un suicide.
ANALOGIE FINALE : POÈME
L’ORACLE DE TÉHÉRAN
Ils viennent, les cavaliers de l’Apocalypse,
Avec leurs bombes « intelligentes » et leurs prières hypocrites,
Leurs dollars tachés de sang et leurs sourires de hyènes.
Ils viennent, les nouveaux croisés,
Avec leurs drones et leurs missiles,
Leurs « frappes chirurgicales » qui ouvrent les ventres des enfants.
Ô Téhéran, ville aux mille minarets,
Aux jardins parfumés de jasmin et de poudre,
Tu seras leur nouveau Guernica,
Leur nouveau Hiroshima,
Leur nouveau Bagdad.
Mais écoute bien, ô maudite cité,
Car voici ce que les dieux murmurent à ton oreille :
Ils croient t’écraser sous leurs bottes,
Mais c’est eux qui trébucheront sur tes ruines.
Ils croient t’ensevelir sous leurs bombes,
Mais c’est leur propre tombe qu’ils creusent.
Car la vengeance des opprimés,
Comme le fleuve Karoun,
Est lente, mais inexorable.
Regarde-les, ces pantins en costume-cravate,
Ces généraux bedonnants qui jouent aux échecs avec des vies humaines,
Ces présidents qui mentent comme ils respirent.
Ils croient tenir le monde dans leurs mains,
Mais leurs mains tremblent.
Ils croient commander aux éléments,
Mais le feu qu’ils allument les consumera.
Et quand les premières bombes tomberont,
Quand le ciel s’embrasera comme un linceul,
Quand les cris des mourants couvriront le muezzin,
Souviens-toi, ô Téhéran,
Que tu n’es pas seule.
Que de Gaza à Beyrouth,
De Damas à Sanaa,
Les damnés de la terre se lèveront.
Et leur colère,
Comme un ouragan,
Balayera les empires.
Alors rira bien qui rira le dernier,
Car l’Histoire, cette putain,
A toujours préféré les rebelles aux tyrans.
Et quand les livres seront refermés,
Quand les chroniques seront écrites,
On se souviendra de cette nuit,
Où l’Occident,
Dans sa folie,
A allumé son propre bûcher.