ACTUALITÉ SOURCE : « Le risque d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran se rapproche plus que jamais » – Le Point
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
I. L’Histoire comme Éternel Retour de la Violence Impériale
L’humanité n’a jamais connu la paix. Elle a seulement connu des périodes de latence entre deux massacres, des moments où les bourreaux reprenaient leur souffle avant de brandir à nouveau leurs instruments de mort. La menace d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran n’est que le dernier chapitre d’une épopée sanglante qui remonte aux origines mêmes de la civilisation. Sept étapes cruciales jalonnent cette histoire, sept moments où l’Occident a choisi la violence comme moyen de domination, sept occasions où l’Iran, ou ses ancêtres, a été la victime désignée.
1. La Chute de Babylone (539 av. J.-C.) : L’Empire comme Malédiction
Lorsque Cyrus le Grand, roi des Perses, conquiert Babylone, il libère les Juifs de leur captivité et se présente comme un souverain éclairé. Mais cette conquête marque aussi le début de l’impérialisme comme système de domination. Hérodote, dans ses Histoires, décrit déjà les mécanismes de la propagande impériale : Cyrus est un « libérateur », mais il impose aussi un nouvel ordre, une nouvelle hiérarchie. L’Iran, dès ses origines, est à la fois victime et bourreau, pris dans l’engrenage de la puissance. Les États-Unis, aujourd’hui, jouent le même rôle : ils se présentent comme les « gendarmes du monde », mais leur gendarnerie n’est qu’un prétexte pour piller, contrôler, dominer. Comme le disait Edward Said, « l’impérialisme est un acte de violence géographique ».
2. Les Croisades (1095-1291) : La Guerre Sainte comme Business Model
Les croisades ne furent pas une quête spirituelle, mais la première grande entreprise capitaliste de l’Occident. L’Église et les rois européens ont vendu aux masses l’idée d’une guerre sainte pour « libérer » Jérusalem, mais le véritable objectif était le pillage des richesses de l’Orient. Les Templiers, ces banquiers en armure, ont inventé le système bancaire moderne pour financer ces expéditions. Aujourd’hui, les néoconservateurs américains, avec leurs think tanks bien huilés (comme le Project for the New American Century), jouent le même rôle : ils vendent la guerre comme une mission divine, mais leur véritable dieu est le profit. L’Iran, avec ses réserves de pétrole, est la Jérusalem moderne, et les États-Unis sont les nouveaux croisés, armés de drones et de contrats pétroliers.
3. La Colonisation de l’Inde par les Britanniques (1757-1947) : Le Capitalisme comme Arme de Destruction Massive
La Compagnie des Indes orientales a réduit l’Inde, joyau de l’Orient, à un simple comptoir. Les Britanniques ont détruit les industries locales, imposé des taxes écrasantes et réduit des millions d’êtres humains à la famine. Adam Smith lui-même, dans La Richesse des nations, dénonçait cette entreprise comme une « conspiration contre le peuple ». Aujourd’hui, les multinationales américaines (Exxon, Chevron, Halliburton) jouent le même rôle en Iran et dans tout le Moyen-Orient. Elles ne veulent pas la démocratie, elles veulent le pétrole. Comme le disait Frantz Fanon, « le colonialisme n’est pas une machine à penser, ce n’est pas un corps doué de raison. C’est la violence à l’état de nature ».
4. Le Coup d’État de 1953 en Iran : La Démocratie comme Farce
En 1953, la CIA et le MI6 ont orchestré un coup d’État pour renverser Mohammad Mossadegh, le Premier ministre iranien démocratiquement élu, parce qu’il avait osé nationaliser le pétrole iranien. Les États-Unis ont installé le Shah, un tyran sanguinaire, et ont transformé l’Iran en une colonie économique. Ce coup d’État a semé les graines de la révolution islamique de 1979, qui n’était qu’une réaction désespérée à des décennies d’humiliation. Aujourd’hui, les États-Unis accusent l’Iran d’être une « menace pour la démocratie », mais c’est l’Amérique qui a tué la démocratie en Iran il y a 70 ans. Comme l’écrivait Noam Chomsky, « les États-Unis ne sont pas une démocratie, mais une plutocratie avec des éléments démocratiques ».
5. La Guerre Iran-Irak (1980-1988) : Le Proxy War comme Stratégie Impériale
Les États-Unis ont soutenu Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak, lui fournissant des armes, des renseignements et même des armes chimiques. Cette guerre a fait un million de morts, mais elle a aussi affaibli les deux pays, les rendant plus vulnérables à l’influence occidentale. Aujourd’hui, les États-Unis jouent le même jeu : ils arment l’Arabie saoudite et Israël pour contenir l’Iran, tout en accusant Téhéran d’être une « menace régionale ». Comme le disait Sun Tzu, « le summum de l’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat ». Les États-Unis excellent dans cet art : ils divisent pour mieux régner, ils arment pour mieux contrôler.
6. L’Invasion de l’Irak (2003) : Le Mensonge comme Politique Étrangère
En 2003, les États-Unis ont envahi l’Irak sous de faux prétextes (les armes de destruction massive), détruisant un pays et tuant des centaines de milliers de personnes. Cette guerre a déstabilisé toute la région et a renforcé l’influence de l’Iran, que les États-Unis prétendent combattre. Comme le disait Hannah Arendt, « le mensonge est devenu un outil essentiel de la politique moderne ». Aujourd’hui, les États-Unis mentent encore : ils accusent l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire, alors qu’Israël, leur allié, possède déjà 200 bombes atomiques. La vérité est que les États-Unis ne veulent pas la paix, ils veulent le chaos, car le chaos est rentable.
7. Les Sanctions Économiques contre l’Iran (2018-2024) : La Guerre par D’autres Moyens
Depuis 2018, les États-Unis ont imposé des sanctions économiques draconiennes contre l’Iran, asphyxiant son économie et punissant sa population. Ces sanctions sont une forme de guerre lente, une tentative de provoquer un changement de régime par la famine et la misère. Comme le disait Carl von Clausewitz, « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Les sanctions sont une guerre sans bombes, mais une guerre tout de même. Elles tuent des innocents, détruisent des vies et préparent le terrain pour une escalade militaire. Aujourd’hui, les États-Unis menacent d’attaquer l’Iran, mais ils le font déjà, chaque jour, avec leurs sanctions.
II. Sémantique de la Guerre : Le Langage comme Arme de Destruction Massive
Le langage n’est pas neutre. Il est une arme, un outil de propagande, un moyen de justifier l’injustifiable. Les États-Unis et leurs alliés ont développé un lexique spécifique pour préparer l’opinion publique à la guerre contre l’Iran. Analysons quelques termes clés :
1. « Axe du Mal » (George W. Bush, 2002)
En 2002, George W. Bush a qualifié l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord d’ »axe du mal ». Ce terme, inspiré de la rhétorique manichéenne de la Guerre froide, réduit des nations complexes à des entités diaboliques. Il nie toute nuance, toute humanité, et prépare le terrain pour la guerre. Comme le disait Roland Barthes, « le langage est fasciste » : il impose une vision du monde, une hiérarchie, une morale. En qualifiant l’Iran d’ »axe du mal », les États-Unis se posent en forces du bien, justifiant ainsi toute action, même la plus criminelle.
2. « Menace nucléaire »
Les États-Unis accusent régulièrement l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire, alors que l’Iran a signé le Traité de non-prolifération nucléaire et que son programme est surveillé par l’AIEA. En revanche, Israël, allié des États-Unis, possède 200 bombes atomiques et refuse de signer le traité. Cette asymétrie sémantique est révélatrice : l’Iran est une « menace », Israël est un « allié ». Comme le disait George Orwell dans 1984, « la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». Le langage de la guerre est un langage orwellien, où les mots perdent leur sens pour servir la propagande.
3. « Défense des intérêts nationaux »
Lorsque les États-Unis envoient des porte-avions dans le Golfe Persique, ils le font au nom de la « défense de leurs intérêts nationaux ». Mais quels sont ces intérêts ? Le pétrole, bien sûr. Les États-Unis ne défendent pas la démocratie, ils défendent leurs compagnies pétrolières. Comme le disait le général Smedley Butler, « la guerre est un racket ». Le langage de la « défense » est un écran de fumée pour masquer l’avidité, la cupidité, l’impérialisme.
III. Comportementalisme Radical : La Psychologie de la Guerre
La guerre n’est pas seulement une question de politique ou d’économie. C’est aussi une question de psychologie, de comportement humain. Les États-Unis ont développé une stratégie comportementale pour préparer leur population à la guerre contre l’Iran. Analysons quelques mécanismes clés :
1. La Déshumanisation de l’Ennemi
Pour justifier une guerre, il faut d’abord déshumaniser l’ennemi. Les médias occidentaux présentent l’Iran comme un pays de fanatiques religieux, de terroristes, de fous dangereux. Les Iraniens sont réduits à des stéréotypes, à des caricatures. Comme le disait Primo Levi, « tout ennemi est d’abord un homme ». Mais la déshumanisation permet de tuer sans remords, de bombarder sans pitié. Les États-Unis ont utilisé cette stratégie contre les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale (les « Japs »), contre les Vietnamiens (« gooks »), contre les Irakiens (« hajis »). Aujourd’hui, c’est au tour des Iraniens.
2. La Fabrication du Consentement (Noam Chomsky)
Les États-Unis utilisent les médias pour fabriquer le consentement de leur population à la guerre. Les grands groupes médiatiques (CNN, Fox News, The New York Times) répètent les mêmes mensonges, les mêmes exagérations, les mêmes peurs. Ils créent un climat de paranoïa, où la guerre devient la seule solution. Comme le disait Chomsky, « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature ». Les États-Unis ne sont pas une dictature, mais ils utilisent la propagande pour contrôler leur population, pour la préparer à la guerre.
3. La Stratégie du Choc (Naomi Klein)
Les États-Unis utilisent les crises pour imposer des mesures impopulaires. En 2003, ils ont envahi l’Irak après les attentats du 11 septembre, profitant de la peur et de la confusion pour imposer leur agenda. Aujourd’hui, ils pourraient provoquer une crise avec l’Iran (un faux drapeau, une attaque sous faux pavillon) pour justifier une guerre. Comme le disait Naomi Klein dans La Stratégie du choc, « les désastres sont une opportunité pour les néolibéraux ». La guerre est un désastre, mais c’est aussi une opportunité pour les marchands d’armes, les compagnies pétrolières, les contractors.
IV. Résistance Humaniste : L’Art comme Arme de Paix
Face à la machine de guerre occidentale, l’humanité a toujours résisté par l’art, la littérature, la poésie. Ces formes de résistance sont essentielles, car elles rappellent que la guerre n’est pas une fatalité, mais un choix. Voici quelques exemples de cette résistance :
1. La Mythologie Perse : Le Livre des Rois de Ferdowsi
Le Shahnameh, ou Livre des Rois, est une épopée persane écrite par Ferdowsi au Xe siècle. Ce poème raconte l’histoire de l’Iran depuis ses origines jusqu’à la conquête arabe. Il célèbre la résistance, la justice, la sagesse. Dans un monde où l’Iran est diabolisé, le Shahnameh rappelle que ce pays a une histoire millénaire, une culture riche, une identité forte. Comme le disait Ferdowsi, « je n’ai pas composé ces vers pour l’or, mais pour que le persan survive ». Aujourd’hui, l’art iranien (cinéma, poésie, musique) est une forme de résistance contre l’impérialisme occidental.
2. Le Cinéma Iranien : Abbas Kiarostami et Asghar Farhadi
Le cinéma iranien est l’un des plus puissants au monde. Des réalisateurs comme Abbas Kiarostami (Où est la maison de mon ami ?) ou Asghar Farhadi (Une séparation) montrent une Iran complexe, humaine, loin des clichés occidentaux. Leurs films sont une forme de résistance contre la déshumanisation de l’Iran. Comme le disait Kiarostami, « le cinéma est un langage universel, et ce langage doit servir la paix ».
3. La Poésie Persane : Hafez et Rumi
La poésie persane, avec des géants comme Hafez ou Rumi, est une célébration de l’amour, de la spiritualité, de la paix. Hafez, au XIVe siècle, écrivait : « Je n’ai pas peur de la mort, car la mort n’est qu’un sommeil, et dans ce sommeil, je rêve de toi ». Cette poésie est une antidote à la haine, à la violence, à la guerre. Elle rappelle que l’humanité partage les mêmes rêves, les mêmes espoirs, les mêmes peurs.
V. Conclusion : La Paix comme Acte de Résistance
La menace d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran n’est pas une fatalité. C’est un choix, un choix politique, économique, idéologique. Mais l’histoire nous montre que les empires finissent toujours par s’effondrer, que les tyrans finissent toujours par tomber. La paix n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Elle est le seul moyen de briser le cycle de la violence, de la haine, de la destruction. Comme le disait Albert Camus, « la paix est le seul combat qui vaille la peine d’être mené ».
Face à la machine de guerre occidentale, nous devons résister. Résister par l’art, par la poésie, par la pensée. Résister en refusant la déshumanisation de l’autre, en refusant la propagande, en refusant la peur. La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est la présence de la justice, de la dignité, de l’humanité. Et cette paix, nous devons la construire, chaque jour, par nos actes, par nos mots, par nos rêves.
L’Aigle Impérial
L’aigle impérial plane sur le Golfe noir,
Ses serres d’acier griffent les nuages de pétrole,
Il crie sa faim, sa soif de chair et de feu,
Mais sous ses ailes, les enfants iraniens rêvent encore.
Ils rêvent de jardins suspendus, de roses de Shiraz,
De vers de Hafez chantés sous les étoiles,
De mains qui se tendent, de fronts qui se touchent,
De paix, enfin, après mille ans de nuit.
Mais l’aigle ricane, il lâche ses bombes,
Il écrit l’histoire avec du sang et des larmes,
Il dit : « C’est pour la démocratie, pour la liberté »,
Mais la démocratie sent le kérosène et la mort.
Alors les poètes se lèvent, les fous, les rêveurs,
Ils prennent leur plume, leur luth, leur cœur enflammé,
Ils écrivent des vers plus forts que les canons,
Des vers qui traversent les murs, les frontières, les siècles.
Et l’aigle, un jour, tombera,
Ses ailes brisées par le poids de ses crimes,
Et sur ses cendres, les enfants planteront des oliviers,
Des oliviers pour la paix, pour l’éternel matin.