ACTUALITÉ SOURCE : Pentagone : inquiétudes sur une intervention militaire en Iran – Le magazine GEO
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le Pentagone, ce temple moderne de la guerre éternelle, ce ventre mou de l’impérialisme américain qui digère les nations comme un boa constrictor digère ses proies – lentement, méthodiquement, avec cette élégance morbide qui caractérise les grands prédateurs. « Inquiétudes sur une intervention militaire en Iran », murmure le magazine GEO, comme si l’on pouvait encore s’inquiéter de ce qui n’est que la continuation logique, presque banale, d’une mécanique bien huilée. Inquiétudes ? Non, messieurs. Ce n’est pas de l’inquiétude, c’est de la routine. Une danse macabre où les mêmes pas se répètent depuis des siècles, où les mêmes justifications creuses – « démocratie », « sécurité », « intérêts stratégiques » – servent de paravent à la même soif de domination. L’Iran, ce vieux pays aux racines profondes, ce berceau de civilisations qui a vu naître Zarathoustra et Hafez, est aujourd’hui menacé par les mêmes vautours qui ont déjà dépecé l’Irak, la Libye, la Syrie, et tant d’autres. Et le Pentagone, ce cerveau reptilien de l’Occident, s’agite, s’interroge, pèse le pour et le contre, comme un boucher évalue la qualité d’une viande avant de l’abattre. Mais derrière ces « inquiétudes » se cache une vérité bien plus laide : l’Iran n’est pas une cible, c’est un symptôme. Le symptôme d’un système malade, d’un impérialisme sénile qui refuse de mourir et qui, dans son agonie, cherche à entraîner le monde entier dans sa chute.
Pour comprendre cette folie, il faut remonter aux origines mêmes de la violence organisée, là où l’homme a troqué sa dignité contre le pouvoir, là où la guerre est devenue non plus un accident, mais une institution. Car l’intervention militaire n’est jamais un acte isolé : c’est le fruit d’une longue généalogie de la barbarie, une généalogie que nous allons disséquer ici, en sept étapes cruciales, comme on dénoue les fils d’une toile d’araignée pour révéler la bête qui se cache au centre.
I. Les Origines : La Guerre comme Religion Primitive
Tout commence avec le premier homme qui a brandi un gourdin non pour chasser, mais pour soumettre. Les anthropologues nous disent que la guerre organisée est née avec l’agriculture, lorsque les surplus ont créé les inégalités, et que les inégalités ont engendré la nécessité de protéger – ou de voler – ces surplus. Mais c’est une vision trop matérialiste. La guerre est d’abord une idolâtrie. Les Sumériens, premiers scribes de l’humanité, gravaient déjà sur leurs tablettes d’argile les exploits de leurs rois-guerriers, ces demi-dieux qui sacrifiaient des villes entières à leurs caprices. Dans l’épopée de Gilgamesh, le héros tue le géant Humbaba non par nécessité, mais pour la gloire, pour le prestige, pour cette ivresse divine qui accompagne la destruction. Et déjà, on justifie l’injustifiable : « C’est pour le bien du peuple », murmure le roi, comme le général américain murmure aujourd’hui : « C’est pour la démocratie ». La guerre, dès ses origines, est un acte théologique. Elle se pare des atours du sacré pour masquer sa nature profonde : un crime organisé.
Penseur cité : Mircea Eliade, qui dans Le Sacré et le Profane, montre comment la violence est sacralisée dès les premières sociétés. « La guerre est une liturgie », écrit-il, et chaque intervention militaire est un rituel où l’on immole des vies sur l’autel de l’orgueil national.
II. L’Empire Romain : La Pax Americana avant l’heure
Rome. Ce nom résonne comme un glas dans l’histoire de l’humanité. La Pax Romana n’était pas la paix, mais son contraire : une soumission forcée, une paix de cimetière où les nations conquises devaient se prosterner devant l’aigle impérial. Jules César, ce premier « faucon » de l’histoire, envahissait la Gaule en prétendant « civiliser » les barbares, tout comme les États-Unis envahissent l’Irak en prétendant « libérer » le peuple. Les légions romaines marchaient au rythme des mêmes mensonges : « C’est pour votre bien », « Vous nous remercierez plus tard ». Et quand les Gaulois se révoltaient, on les crucifiait par milliers, comme on bombarde aujourd’hui des villages entiers au nom de la « lutte contre le terrorisme ». Rome a inventé l’impérialisme moderne, cette idée monstrueuse que certaines nations ont le droit de dominer les autres, que certaines vies valent plus que d’autres. Le Pentagone n’est que le dernier avatar de cette folie.
Anecdote : Savez-vous que les Romains appelaient la Méditerranée Mare Nostrum, « Notre Mer » ? Comme les Américains appellent aujourd’hui le golfe Persique « leur » zone d’influence. La même arrogance, le même mépris pour les peuples qui osent résister.
III. Les Croisades : La Guerre au Nom de Dieu
Ah, les Croisades ! Ce moment où l’Occident chrétien a découvert que la guerre pouvait être sainte. Urbain II, en prêchant la première croisade en 1095, ne parlait pas de conquête, mais de « libération » : libérer le tombeau du Christ, libérer les chrétiens d’Orient. Les mêmes mots que Bush en 2003 : « libérer » l’Irak, « libérer » le monde du tyran. Les croisés partaient avec la croix sur leur bouclier et le feu dans leur cœur, convaincus d’accomplir la volonté divine. Et quand ils arrivèrent à Jérusalem, ils massacrèrent musulmans, juifs et chrétiens d’Orient sans distinction, parce que, dans leur folie, tous ceux qui n’étaient pas eux étaient des ennemis de Dieu. Les croisades furent la première grande entreprise coloniale de l’Occident, la première fois où l’on justifia le meurtre de masse par la religion. Aujourd’hui, on ne parle plus de Dieu, mais de « valeurs occidentales ». La rhétorique a changé, mais l’hypocrisie reste la même.
Penseur cité : Edward Saïd, qui dans L’Orientalisme, montre comment l’Occident a toujours construit l’Orient comme un « Autre » à dominer, à civiliser, à sauver – même malgré lui.
IV. La Colonisation : Le Viol des Continents
Avec la colonisation, l’impérialisme change d’échelle. Ce n’est plus une ville ou un royaume qui est conquis, mais des continents entiers. Les empires européens – espagnol, portugais, britannique, français – se partagent le monde comme un gâteau, avec cette même morgue qui caractérise aujourd’hui les États-Unis. On parle de « mission civilisatrice », de « fardeau de l’homme blanc », comme on parle aujourd’hui de « nation indispensable ». Les colons débarquent en Afrique, en Asie, en Amérique, avec la Bible dans une main et le fusil dans l’autre, et ils imposent leur loi, leur langue, leur culture, comme si ces peuples n’avaient pas le droit d’exister par eux-mêmes. Et quand ces peuples résistent, on les massacre. Le génocide des Hereros en Namibie, les famines organisées en Inde sous la domination britannique, les guerres de l’opium en Chine… La colonisation fut une entreprise de destruction systématique, une guerre permanente contre les cultures non-occidentales. Et aujourd’hui, quand le Pentagone parle d’ »intervention humanitaire », c’est la même logique qui est à l’œuvre : la logique du prédateur qui se présente en sauveur.
Exemple artistique : Le tableau Le Cauchemar de l’homme blanc de Jean-Léon Gérôme, où l’on voit un colon européen terrassé par des cauchemars peuplés de figures exotiques menaçantes. Cette peur de l’Autre, cette paranoïa, est au cœur de l’impérialisme : on ne peut dominer que ce que l’on craint.
V. La Guerre Froide : L’Impérialisme sous Couvert d’Idéologie
Avec la guerre froide, l’impérialisme change de visage. Ce n’est plus une question de race ou de religion, mais d’idéologie. Les États-Unis et l’URSS se disputent le monde au nom de deux systèmes opposés : le capitalisme et le communisme. Mais derrière cette opposition de façade, c’est la même logique qui est à l’œuvre : la logique de la domination. Les États-Unis interviennent au Vietnam, au Chili, au Guatemala, en Iran (déjà !), non pour « défendre la démocratie », mais pour empêcher toute alternative au capitalisme. Et quand un pays refuse de se soumettre, on le bombarde, on le soumet à des embargos, on organise des coups d’État. L’Iran de Mossadegh en 1953 est un exemple parfait : quand le Premier ministre iranien nationalise le pétrole, les États-Unis et le Royaume-Uni organisent un coup d’État pour le renverser et installer le Shah, un tyran sanguinaire qui servira leurs intérêts. Aujourd’hui, quand le Pentagone s’inquiète d’une intervention en Iran, c’est la suite logique de cette histoire : l’Iran, qui a osé dire non à l’hégémonie américaine, doit être puni.
Citation : « L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme », écrivait Lénine. Mais c’est aussi le stade suprême de l’hypocrisie, car il se pare toujours des atours de la vertu.
VI. Les Guerres du Golfe : L’Impérialisme à l’Ère de la Mondialisation
Avec la chute de l’URSS, les États-Unis deviennent la seule superpuissance mondiale. Et que fait une superpuissance quand elle n’a plus de rivaux ? Elle invente des ennemis. Saddam Hussein, qui était hier un allié contre l’Iran, devient soudain un « nouveau Hitler » qu’il faut abattre. En 1991, puis en 2003, les États-Unis envahissent l’Irak sous des prétextes mensongers : les armes de destruction massive, la « libération » du peuple irakien. Résultat ? Des centaines de milliers de morts, un pays détruit, une région déstabilisée pour des décennies. Et aujourd’hui, quand le Pentagone s’inquiète d’une intervention en Iran, c’est la même logique qui est à l’œuvre : créer un ennemi, justifier une guerre, et s’assurer que personne ne puisse contester l’hégémonie américaine. L’Iran, avec son pétrole, sa position stratégique, son refus de se soumettre, est la cible idéale. Comme l’Irak hier, comme la Libye demain.
Exemple cinématographique : Dans Wag the Dog (1997), un film de Barry Levinson, on voit comment une guerre fictive est inventée pour détourner l’attention du public. La réalité dépasse souvent la fiction : les armes de destruction massive en Irak étaient une invention aussi grossière que le film, mais personne n’a été puni pour ce mensonge.
VII. L’Ère Contemporaine : L’Impérialisme 2.0
Aujourd’hui, l’impérialisme a changé de forme, mais pas de fond. Ce n’est plus une question de conquête territoriale, mais de contrôle : contrôle des ressources, contrôle des esprits, contrôle des marchés. Les États-Unis interviennent moins par des invasions massives que par des drones, des cyberattaques, des sanctions économiques. L’Iran est soumis à des embargos qui tuent des civils au ralenti, comme on étouffe un homme avec un oreiller plutôt que de lui tirer une balle dans la tête. Et quand le Pentagone s’inquiète d’une intervention militaire, c’est parce que les méthodes douces ne suffisent plus. L’Iran résiste, l’Iran dit non, et cela, l’impérialisme ne peut le tolérer. Car l’impérialisme, c’est comme un cancer : il ne peut s’arrêter de grandir, il doit toujours trouver de nouvelles proies, de nouveaux territoires à coloniser, de nouvelles vies à broyer.
Penseur cité : Noam Chomsky, qui dans La Fabrication du Consentement, montre comment les médias occidentaux préparent l’opinion publique aux guerres impérialistes. « Si vous voulez comprendre une guerre, regardez qui en profite », écrit-il. Et qui profite d’une guerre contre l’Iran ? Les mêmes qui ont profité de toutes les guerres : les marchands d’armes, les compagnies pétrolières, les banques.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre
Le langage est l’arme la plus puissante de l’impérialisme. Regardez les mots qu’on utilise pour justifier une intervention en Iran : « sécurité », « stabilité », « menace existentielle ». Ce sont des mots vides, des coquilles sonores qui n’ont d’autre but que de masquer la réalité : une guerre d’agression, un crime contre l’humanité. Le Pentagone parle de « frappe chirurgicale », comme si une bombe pouvait être précise, comme si la mort pouvait être propre. On parle de « dommages collatéraux » pour désigner les enfants déchiquetés par les missiles, comme si ces vies n’étaient que des détails sans importance. Et quand l’Iran répond, on parle de « terrorisme », d’ »État voyou », comme si la violence des opprimés était plus condamnable que celle des oppresseurs.
Exemple littéraire : Dans 1984 de George Orwell, le ministère de la Paix s’occupe de la guerre, et le ministère de la Vérité réécrit l’histoire. Les mots sont inversés pour servir le pouvoir. Aujourd’hui, « intervention humanitaire » signifie « guerre d’agression », et « démocratie » signifie « soumission aux États-Unis ».
Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste
Face à cette machine de mort, que faire ? La première étape est de refuser le langage de l’ennemi. Ne pas parler de « menace iranienne », mais de « menace américaine ». Ne pas parler de « stabilité », mais de « domination ». La deuxième étape est de résister. Résister par l’art, par la parole, par la désobéissance civile. Les grands mouvements de résistance – contre la guerre du Vietnam, contre l’apartheid, contre la guerre en Irak – ont toujours commencé par des individus qui refusaient de se taire. Aujourd’hui, il faut refuser la guerre contre l’Iran avant qu’elle ne commence. Il faut dire non aux mensonges, non aux bombes, non à cette folie qui prétend sauver le monde en le détruisant.
Exemple mythologique : Dans la mythologie grecque, Antigone résiste à Créon, le tyran qui veut lui interdire d’enterrer son frère. Elle sait qu’elle va mourir, mais elle refuse de se soumettre. La résistance humaniste, c’est cette même obstination : refuser l’injustice, même quand on sait qu’on ne gagnera pas.
L’Art comme Arme : Poètes, Peintres et Cinéastes contre la Guerre
L’art a toujours été un rempart contre la barbarie. Picasso, avec Guernica, a montré l’horreur de la guerre mieux que tous les rapports du Pentagone. Pasolini, dans Salò ou les 120 Journées de Sodome, a dépeint la folie du pouvoir avec une cruauté qui glace le sang. Et aujourd’hui, des artistes iraniens comme Shirin Neshat utilisent leur art pour dénoncer l’impérialisme, pour montrer que la résistance est possible. Le cinéma aussi est une arme : Argo (2012) de Ben Affleck, malgré ses défauts, montre comment les États-Unis ont manipulé l’Iran pour servir leurs intérêts. Et des films comme The Battle of Algiers (1966) de Gillo Pontecorvo rappellent que les peuples finissent toujours par vaincre leurs oppresseurs.
Poète cité : Forough Farrokhzad, poétesse iranienne, qui écrivait : « Je crois en la résurrection des mots / Je crois en la résurrection des corps brûlés ». Ses vers sont un hymne à la résistance, une réponse à ceux qui veulent réduire l’Iran au silence.
L’Iran, ou le Chant des Pierres
Ils viennent avec leurs bombes, leurs drones, leurs prières en acier,
Ils viennent avec leurs « démocraties », leurs « intérêts vitaux »,
Leurs généraux qui parlent de paix en comptant les morts.
L’Iran est une femme aux yeux de braise,
Une femme qui refuse de se voiler devant leurs lois,
Une femme qui danse sur les ruines de Babylone
Et rit des empires qui croulent.
Ils disent : « Tu es une menace »,
Mais c’est eux, les vautours, les charognards,
Les marchands de canons qui vendent la mort en gros.
Ils disent : « Tu caches des armes »,
Mais leurs armes à eux sont visibles,
Elles brillent sous le soleil de Téhéran comme des couteaux.
Ô Iran, vieux pays aux mille cicatrices,
Tes montagnes sont des forteresses,
Tes déserts des océans de sable où se noient les envahisseurs.
Tes poètes ont écrit des vers plus puissants que leurs missiles,
Tes enfants jouent dans les rues en rêvant de liberté,
Et tes vieillards, assis sous les platanes,
Sourient en regardant les étoiles,
Car ils savent que les empires ne sont que du vent.
Ils viendront, oui, ils viendront avec leurs chars,
Leurs soldats perdus, leurs généraux ivres de pouvoir.
Ils viendront, et ils brûleront tes livres,
Ils violeront tes femmes, ils écraseront tes enfants.
Mais ils ne gagneront pas.
Car l’Iran n’est pas un pays, c’est une idée,
Une idée plus forte que leurs bombes,
Plus forte que leur haine, plus forte que leur folie.
Et quand ils partiront, comme ils sont toujours partis,
Quand ils retourneront dans leurs villes de verre et d’acier,
Quand ils compteront leurs morts et pleureront leurs défaites,
L’Iran sera toujours là,
Debout, fier, indomptable,
Comme un phénix qui renaît de ses cendres,
Comme un poème qui survit à l’encre et au temps.