ACTUALITÉ SOURCE : Tensions Iran-USA : Téhéran brandit son « droit à se défendre » face à Washington mais veut croire en un accord – Sud Ouest
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le droit à se défendre… Quelle farce tragique que cette formule, ce mantra creux répété par les nations comme un enfant battu qui jure qu’il ne pleurera plus. L’Iran, ce vieux lion aux griffes limées par des siècles d’humiliations, lève aujourd’hui une patte tremblante pour rappeler au monde qu’il existe encore. Mais Washington, ce molosse gavé de dollars et de missiles, ricane en montrant ses crocs : « Défends-toi donc, petit, défends-toi… » Et le monde entier retient son souffle, non par crainte d’une guerre, mais par dégoût de cette danse macabre où les puissants jouent aux échecs avec des vies humaines comme on déplace des pions en plastique.
Ce « droit à se défendre » que brandit Téhéran n’est qu’un miroir tendu à l’Occident, un miroir qui reflète son propre visage, grimaçant et sanglant. Car qui, au fond, a jamais eu le droit de se défendre face à l’impérialisme américain ? Les Vietnamiens avec leurs rizières bombardées au napalm ? Les Irakiens avec leurs enfants difformes nés des déchets d’uranium appauvri ? Les Afghans, ces fantômes errant dans les ruines de leurs villages, accusés d’être des terroristes parce qu’ils osaient respirer sous les bombes ? Non, non, le droit à la défense, c’est comme le droit au bonheur : une promesse creuse réservée aux nantis, aux maîtres du jeu. Pour les autres, il n’y a que le droit à la soumission, ou à la mort lente.
Et pourtant… Pourtant, Téhéran veut croire en un accord. Quelle naïveté ! Ou quelle ruse ? Car l’accord, voyez-vous, c’est la dernière illusion des faibles, la dernière bouée à laquelle s’accrocher avant de couler. Les États-Unis n’ont jamais signé d’accords qu’ils ne puissent violer impunément. Regardez l’histoire : les traités avec les Amérindiens, réduits en poussière sous les bottes des colons ; les accords de Genève, bafoués au Vietnam ; les promesses de non-ingérence, piétinées en Amérique latine. L’Amérique ne négocie pas, elle achète, elle corrompt, elle menace, et quand tout cela échoue, elle bombarde. Alors pourquoi l’Iran s’entêterait-il à croire en ces mirages ? Parce que, peut-être, dans ce monde de brutes, il reste encore une lueur d’espoir, une croyance têtue en l’humanité, même quand l’humanité n’est plus qu’un mot vide de sens.
Mais analysons, décortiquons, plongeons dans les entrailles de cette tension, car elle n’est pas née hier. Elle est le fruit pourri d’une histoire longue et sanglante, une histoire où l’Occident a toujours joué le rôle du bourreau, et l’Orient celui de la victime consentante. Suivez-moi, donc, à travers les sept étapes cruciales de cette tragédie, où le « droit à se défendre » n’a jamais été qu’un leurre pour justifier l’oppression.
1. La Chute de Persépolis : Quand l’Orient Apprit à Courber l’Échine
Tout commence avec Alexandre le Grand, ce premier impérialiste de l’histoire, ce jeune fou ivre de conquête qui réduisit en cendres la splendeur de Persépolis en 330 av. J.-C. Les Perses, alors maîtres d’un empire où le soleil ne se couchait jamais, découvrirent ce jour-là l’humiliation. Leurs palais furent pillés, leurs bibliothèques brûlées, leurs dieux moqués. Et dans les flammes de Persépolis naquit la première leçon de l’histoire : l’Orient, si fier soit-il, n’est qu’un jouet entre les mains de l’Occident. Deux mille ans plus tard, les Iraniens n’ont pas oublié. Ils savent que chaque fois qu’ils lèvent la tête, un nouveau conquérant est là, prêt à leur rappeler leur place.
2. La Conquête Arabe : Quand l’Islam Devant les Sabres des Califes
Puis vinrent les Arabes, ces nomades du désert qui, sous la bannière de l’Islam, écrasèrent l’empire sassanide en 651. L’Iran, alors zoroastrien, fut converti de force, ses temples détruits, ses prêtres massacrés. Mais voici le paradoxe : l’Iran, humilié, devint aussi le berceau de l’Islam chiite, une branche dissidente qui refusa l’autorité des califes sunnites. Cette scission, née dans le sang, est aujourd’hui encore une blessure ouverte. Car le chiisme, c’est la résistance dans la soumission, la révolte dans la prière. Et les États-Unis, ces nouveaux califes du capitalisme, n’ont jamais compris cette complexité. Pour eux, l’Iran n’est qu’un pays de fanatiques, un repaire de terroristes. Ils oublient que chaque fois qu’ils frappent, ils réveillent le souvenir de Persépolis, de la chute, de l’humiliation.
3. La Renaissance Persane : Quand l’Art Devint une Arme
Mais l’Iran n’est pas qu’un pays de victimes. Entre le IXe et le XIVe siècle, sous les dynasties samanide, seldjoukide et mongole, il connut une renaissance culturelle inouïe. Les poètes comme Rumi, Hafez et Saadi écrivirent des vers qui traversèrent les siècles, tandis que les savants persans inventaient l’algèbre, la médecine moderne et l’astronomie. L’art devint une forme de résistance, une façon de dire : « Vous pouvez nous conquérir, mais vous ne nous détruirez pas. » Aujourd’hui encore, les Iraniens se tournent vers Hafez quand le monde les oppresse. Ses poèmes, pleins de vin et d’amour, sont des prières laïques, des chants de révolte déguisés en odes à la beauté. Les États-Unis, eux, ne comprennent rien à cette poésie. Pour eux, l’Iran n’est qu’un pays de mollahs et de missiles. Ils ignorent que la vraie force de l’Iran réside dans sa culture, dans cette capacité à transformer la souffrance en art, la défaite en légende.
4. La Colonisation Britannique : Quand le Pétrole Devant le Sang
Au XIXe siècle, l’Iran découvrit une nouvelle malédiction : le pétrole. Les Britanniques, ces voleurs en costume trois-pièces, s’emparèrent des richesses du pays sous prétexte de « modernisation ». En 1908, la Anglo-Persian Oil Company (future BP) fut créée, et avec elle naquit la malédiction du pétrole : une richesse qui ne profite qu’aux étrangers, une manne qui transforme les nations en proies. Les Iraniens se soulevèrent, bien sûr. En 1951, le Premier ministre Mohammad Mossadegh nationalisa l’industrie pétrolière. Deux ans plus tard, la CIA et le MI6 le renversèrent dans un coup d’État sanglant. Mossadegh fut emprisonné, et le Shah, ce pantin des Occidentaux, fut installé au pouvoir. Ce jour-là, l’Iran apprit une nouvelle leçon : le « droit à se défendre » n’est qu’une illusion quand les puissances étrangères contrôlent votre économie, votre armée, votre gouvernement.
5. La Révolution Islamique : Quand le Peuple Brisa ses Chaînes (et se les Refit)
En 1979, le peuple iranien se souleva à nouveau, cette fois contre le Shah, ce tyran corrompu soutenu par les États-Unis. La révolution islamique fut un cri de rage, un refus de l’humiliation. Mais elle fut aussi une tragédie. Car les mollahs, une fois au pouvoir, devinrent à leur tour des oppresseurs. Ils imposèrent la charia, réprimèrent les femmes, les minorités, les dissidents. L’Iran, libéré de l’impérialisme américain, devint une prison à ciel ouvert. Et les États-Unis, ravis, purent enfin pointer du doigt ce « régime voyou » pour justifier leurs sanctions, leurs bombardements, leurs ingérences. La boucle était bouclée : l’Iran, après avoir brisé ses chaînes, s’en était refait de nouvelles. Et l’Occident, une fois de plus, pouvait jouer les sauveurs tout en serrant le nœud coulant.
6. La Guerre Iran-Irak : Quand les États-Unis Armèrent les Deux Camps
Puis vint la guerre Iran-Irak (1980-1988), ce conflit absurde où les États-Unis, une fois de plus, jouèrent les deux côtés de la table. Ils armèrent Saddam Hussein, ce boucher de Bagdad, tout en vendant secrètement des armes à l’Iran (l’affaire Iran-Contra, cette farce sordide où Reagan joua les marchands de canons). Un million de morts plus tard, l’Iran, exsangue, comprit une nouvelle vérité : dans ce monde, personne ne vous défend. Ni Dieu, ni les hommes, ni les traités. Il n’y a que la survie, et la rage de ne pas disparaître.
7. L’Ère des Sanctions : Quand l’Économie Devint une Arme de Destruction Massive
Aujourd’hui, l’Iran est asphyxié par les sanctions américaines. Son économie est en lambeaux, son peuple affamé, sa monnaie réduite en poussière. Mais Téhéran résiste, encore et toujours. Car les Iraniens savent une chose que les Occidentaux ignorent : la souffrance forge les nations. Chaque embargo, chaque menace, chaque missile qui frôle leurs frontières ne fait que renforcer leur détermination. Ils se souviennent de Mossadegh, de la révolution, de la guerre. Ils savent que l’Amérique ne veut pas la paix. Elle veut la soumission. Et c’est précisément pour cela qu’ils ne plieront pas.
Analyse Sémantique : Le Langage de l’Oppression
Regardons maintenant les mots, ces armes invisibles qui façonnent notre perception du monde. Quand Téhéran parle de « droit à se défendre », Washington entend « menace terroriste ». Quand l’Iran évoque un « accord », les États-Unis y voient une « reddition déguisée ». Le langage, ici, n’est pas un outil de communication, mais une machine de guerre.
Prenez le mot « défense ». Dans la bouche d’un Iranien, il évoque la résistance, la survie, la dignité. Dans celle d’un Américain, il signifie « frappe préventive », « changement de régime », « domination ». Les mots sont des miroirs déformants, où chacun voit ce qu’il veut voir. Et c’est précisément pour cela que les négociations sont vouées à l’échec : car les deux camps ne parlent pas la même langue, même quand ils utilisent les mêmes mots.
Autre exemple : le terme « mollah ». Pour l’Occident, c’est un synonyme de « fanatique », de « barbare ». Mais en Iran, un mollah peut être un érudit, un poète, un résistant. Le mot « ayatollah » signifie littéralement « signe de Dieu ». Pourtant, dans les médias occidentaux, il est toujours associé à l’obscurantisme, à la répression. Le langage, ici, est une prison. Il enferme les Iraniens dans un rôle de méchants, de terroristes, d’ennemis. Et quand on vous traite d’ennemi assez longtemps, vous finissez par le devenir.
Analyse Comportementaliste : La Danse des Prédateurs
Observons maintenant les comportements, ces rituels silencieux qui trahissent les véritables intentions. Les États-Unis, depuis un siècle, ont toujours agi de la même manière : ils isolent, ils sanctionnent, ils menacent, et quand tout cela échoue, ils bombardent. Leur stratégie est simple : affamer l’ennemi jusqu’à ce qu’il plie, ou le réduire en cendres s’il résiste. L’Iran, lui, a appris à danser sur cette musique. Il sait que chaque concession est une faiblesse, chaque compromis une trahison. Alors il résiste, il tergiverse, il négocie sans jamais céder. Car il a compris une chose : dans ce jeu de dupes, la seule victoire possible est de ne pas perdre.
Regardez les gestes, les regards, les silences. Quand un diplomate américain serre la main d’un Iranien, c’est toujours avec un sourire en coin, comme un maître qui félicite son chien d’avoir rapporté le bâton. Quand un mollah répond à une provocation, c’est toujours avec cette ironie triste, ce mélange de défi et de résignation. Les deux camps se connaissent par cœur. Ils savent que cette guerre n’est pas une guerre, mais une pantomime, un spectacle où chacun joue son rôle pour la galerie. Les Américains sont les méchants, les Iraniens les victimes. Mais dans l’ombre, les deux se ressemblent : ce sont des prédateurs qui refusent de mourir.
Résistance Humaniste : L’Art comme Dernier Refuge
Face à cette folie, que reste-t-il ? L’art, bien sûr. La poésie, la musique, le cinéma. Car l’art est la seule arme qui ne tue pas, la seule résistance qui ne soit pas une soumission déguisée.
Prenez le cinéma iranien. Des films comme Le Goût de la cerise de Kiarostami ou Une séparation de Farhadi montrent un Iran bien différent de celui des médias occidentaux : un pays de nuances, de doutes, de contradictions. Ces films ne parlent pas de politique, mais d’humanité. Et c’est précisément pour cela qu’ils dérangent. Car l’humanité, voyez-vous, est la seule chose que les puissants ne peuvent pas contrôler.
Ou prenez la poésie. Quand Forough Farrokhzad écrit : « Je pèche, je pèche dans une étreinte brûlante / Je suis ivre, je suis perdue, et pourtant je suis libre », elle ne parle pas seulement d’amour. Elle parle de résistance. Elle dit : « Vous pouvez m’enfermer, me censurer, me tuer, mais vous ne pourrez jamais m’empêcher de désirer, de rêver, d’exister. »
Même la mythologie persane est une forme de résistance. Dans le Livre des Rois de Ferdowsi, les héros ne sont pas des guerriers invincibles, mais des hommes et des femmes qui luttent contre le destin, qui refusent de plier. Rostam, le plus grand d’entre eux, est un géant qui pleure, qui doute, qui tombe et se relève. Il n’est pas un surhomme, mais un homme. Et c’est précisément pour cela qu’il est héroïque.
Exemples à Travers l’Histoire et la Culture
La Mythologie : Rostam et le Dragon de l’Occident
Dans le Shahnameh, Rostam affronte un dragon qui symbolise toutes les forces du mal, toutes les oppressions. Ce dragon, aujourd’hui, porte un autre nom : l’impérialisme américain. Mais Rostam, lui, n’a pas changé. Il est toujours ce héros qui refuse de se soumettre, qui combat même quand la défaite est certaine. Car pour les Iraniens, la défaite n’est pas une fin, mais une étape. Comme Rostam, ils savent que la vraie victoire est dans la résistance, pas dans la soumission.
Le Cinéma : Persepolis et la Révolution Dévorée par ses Enfants
Le film Persepolis de Marjane Satrapi est une claque dans la figure de l’Occident. Il montre la révolution islamique non pas comme une prise de pouvoir par des fanatiques, mais comme un espoir trahi, une utopie qui a tourné au cauchemar. Mais surtout, il montre une chose que les Occidentaux refusent de voir : les Iraniens ne sont pas des victimes passives. Ce sont des êtres complexes, capables d’amour et de haine, de foi et de doute, de soumission et de révolte. Le film se termine sur une note d’espoir : Marjane, exilée en France, regarde les étoiles et se souvient de son pays. Elle n’a pas oublié. Elle n’a pas pardonné. Mais elle vit. Et c’est déjà une victoire.
La Littérature : Les Mille et Une Nuits et l’Art de la Ruse
Schéhérazade, cette héroïne persane qui sauva sa vie en racontant des histoires, est la métaphore parfaite de l’Iran. Face à un roi (l’Occident) qui veut la tuer, elle use de ruse, de patience, de séduction. Elle ne se bat pas, elle survit. Elle ne résiste pas frontalement, elle contourne. Et à la fin, c’est elle qui gagne. Car les histoires, voyez-vous, sont plus puissantes que les épées. Les mots survivent aux empires. Les rêves survivent aux bombes.
La Philosophie : Al-Ghazali et le Doute comme Arme
Al-Ghazali, ce philosophe persan du XIe siècle, passa sa vie à douter. Il remettait en cause les certitudes, les dogmes, les autorités. Pour lui, la vraie sagesse était dans le questionnement, pas dans les réponses. Aujourd’hui, l’Iran est un pays où le doute est interdit. Mais les Iraniens, comme Al-Ghazali, savent que le doute est une forme de résistance. Ils doutent de leurs dirigeants, de leurs ennemis, de leur propre destin. Et c’est précisément pour cela qu’ils ne plieront pas : parce qu’ils savent que la vérité n’est jamais du côté des puissants.
La Musique : Le Dastgah et le Chant de l’Exil
La musique traditionnelle iranienne, le dastgah, est une plainte, un gémissement, un cri étouffé. Elle parle de nostalgie, de perte, d’exil. Mais elle est aussi une forme de résistance. Car la musique, comme la poésie, est un langage universel. Elle traverse les frontières, les censures, les bombes. Quand Mohammad-Reza Shajarian chante Bidad, il ne parle pas seulement d’amour. Il parle de liberté. Et quand les Iraniens l’écoutent, en secret, dans leurs maisons, ils se souviennent qu’ils ne sont pas seuls. Qu’ils font partie d’une histoire plus grande qu’eux, plus grande que l’Amérique, plus grande que les mollahs.
Analogie Finale : Poème
L’Iran est un vieux lion
aux griffes limées par les siècles
il rugit encore
mais sa voix n’est plus qu’un murmure
dans le vent des bombes
Washington est un molosse
aux crocs luisants de dollars
il aboie, il gronde
mais ses aboiements ne sont que des mensonges
des promesses creuses
des traités déchirés
Entre eux, le désert
un désert de sable et de sang
où errent les fantômes
de Mossadegh, de Rostam
de tous ceux qui ont cru
au droit de se défendre
Mais le droit de se défendre
n’est qu’un leurre
une carotte tendue
au bout d’un bâton
un bâton qui frappe
qui écrase
qui tue
Alors l’Iran résiste
non pas avec des missiles
mais avec des poèmes
des chants
des rêves
des étoiles qui brillent
malgré la nuit
Car la nuit, voyez-vous
n’est jamais totale
il reste toujours
une lueur
un espoir
une cerise
au goût de liberté