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Donald Trump accuse l’Iran de développer des missiles pouvant « atteindre bientôt les Etats-Unis » lors de son discours sur l’état de l’Union – France Info.
Une phrase lâchée comme une grenade dégoupillée dans le théâtre des opérations médiatiques, où l’on joue depuis des décennies la même pièce tragique : celle de l’ennemi désigné, du bouc émissaire éternel, du monstre fabriqué à coups de gros titres et de discours enflammés. L’Iran, ce pays aux millénaires de civilisation, réduit à une menace balistique pour justifier l’insatiable machine de guerre américaine. Mais derrière cette accusation, se cache bien plus qu’une simple provocation géopolitique : c’est toute l’histoire de l’humanité, ses peurs, ses mensonges et ses mécanismes de domination qui se révèlent dans ce moment de pure théâtralité impériale.
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’Empire parle, et le monde écoute, tremblant comme un chien battu devant son maître. Trump, ce clown milliardaire aux cheveux de paille radioactive, se dresse devant le Congrès américain, temple de la démocratie en carton-pâte, et désigne l’Iran comme le nouveau Satan, celui qui, bientôt, pourra envoyer ses missiles « jusqu’aux États-Unis ». Quelle ironie ! Comme si les États-Unis n’avaient pas déjà, depuis des décennies, leurs missiles pointés sur Téhéran, leurs drones survolant le Moyen-Orient comme des vautours affamés, leurs bases militaires encerclant l’Iran comme un nœud coulant. Mais non, c’est l’Iran qui est dangereux. L’Iran, ce pays qui n’a envahi personne depuis deux siècles, qui n’a pas bombardé Hiroshima, qui n’a pas réduit l’Irak en cendres sous de faux prétextes, qui n’a pas soutenu des dictatures sanguinaires en Amérique latine. Non, c’est l’Iran, le méchant. C’est toujours le plus faible, le plus isolé, le plus résistant, qui devient le monstre dans le récit des puissants.
Pour comprendre cette accusation grotesque, il faut remonter aux origines mêmes de la violence humaine, là où tout a commencé : dans la peur de l’autre, dans la soif de domination, dans cette pulsion impériale qui traverse les siècles comme une maladie incurable. Je vous propose une plongée dans l’histoire, non pas pour la raconter, mais pour la disséquer, pour en extraire le venin qui coule encore dans les veines de notre époque. Sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a choisi la peur plutôt que la paix, la guerre plutôt que la fraternité, et où l’Occident, ce vieux prédateur fatigué, a toujours trouvé un ennemi à écraser pour justifier son hégémonie.
1. L’Aube de la Peur : La Naissance du Bouc Émissaire (Mésopotamie, 3000 av. J.-C.)
Tout commence dans les plaines fertiles de Mésopotamie, là où les premières cités-États s’élèvent comme des tours de Babel miniatures. Les Sumériens, ces inventeurs de l’écriture et de la bureaucratie, sont aussi les premiers à désigner un ennemi extérieur pour souder leur communauté. Dans l’épopée de Gilgamesh, le héros doit affronter Humbaba, le monstre des cèdres, incarnation de la nature sauvage et menaçante. Mais Humbaba n’est pas qu’un simple ogre : il est le prétexte à l’expansion, à la conquête, à la glorification du pouvoir royal. Déjà, l’ennemi est une construction, un récit, une fiction utile. Les rois sumériens, comme plus tard les empereurs assyriens, savent que pour régner, il faut un ennemi. Et si l’ennemi n’existe pas, on l’invente. L’Iran, aujourd’hui, n’est que le dernier Humbaba dans une longue lignée de monstres fabriqués.
2. L’Empire et son Double : Rome contre les Parthes (Ier siècle av. J.-C.)
Ah, Rome ! Cette machine à conquérir, ce laboratoire de la domination occidentale. Les Romains, maîtres dans l’art de la propagande, ont toujours eu besoin d’un ennemi à leur mesure pour justifier leurs guerres sans fin. Et qui mieux que les Parthes, ce royaume iranien qui osait résister à l’avancée romaine en Mésopotamie ? Les Parthes, avec leurs archers à cheval et leur tactique de guérilla, étaient les « terroristes » de l’Antiquité, ces barbares qui refusaient de se soumettre à la Pax Romana. Cicéron, dans ses discours, les décrit comme des sauvages, des traîtres, des menaces pour la civilisation. Jules César, lui, rêve de les écraser, mais meurt avant de pouvoir le faire. Plus tard, Auguste négociera une paix humiliante avec eux, prouvant que même Rome, à son apogée, pouvait être tenue en échec par un ennemi déterminé. L’histoire se répète : aujourd’hui, les États-Unis, comme Rome jadis, se heurtent à un Iran qui refuse de plier. Et comme Rome, ils diabolisent leur adversaire pour masquer leur propre faiblesse.
3. La Croisade et le Mythe de l’Ennemi Infidèle (XIe-XIIIe siècles)
Avec les croisades, l’Occident invente une nouvelle forme de guerre sainte, où l’ennemi n’est plus seulement un rival politique, mais un hérétique, un infidèle, un être diabolique. Les musulmans, et en particulier les Perses (ancêtres des Iraniens modernes), deviennent les nouveaux Satan. Dans la Chanson de Roland, les Sarrasins sont décrits comme des monstres, des idolâtres, des ennemis de Dieu. Les chroniqueurs occidentaux, comme Guillaume de Tyr, dépeignent les Perses comme des traîtres rusés, des empoisonneurs, des êtres perfides. Cette rhétorique n’est pas sans rappeler celle des néoconservateurs américains, qui décrivent l’Iran comme un « État voyou », un sponsor du terrorisme, un ennemi de la « civilisation ». La technique est la même : déshumaniser l’adversaire pour justifier sa destruction. Et comme au Moyen Âge, cette propagande sert à mobiliser les masses, à détourner l’attention des problèmes internes, à légitimer l’expansion impériale.
4. La Colonisation et le Mépris de l’Orient (XIXe siècle)
Avec le colonialisme, l’Occident perfectionne son art de la domination. L’Iran, comme le reste du Moyen-Orient, devient une proie pour les empires européens. Les Britanniques et les Russes se partagent le pays comme un gâteau, pillant ses ressources, imposant leurs traités inégaux, humiliant sa souveraineté. Les orientalistes, ces « experts » occidentaux, décrivent les Perses comme des êtres décadents, corrompus, incapables de se gouverner eux-mêmes. Edward Said, dans son ouvrage magistral L’Orientalisme, montre comment cette vision biaisée de l’Orient a servi à justifier la domination coloniale. Aujourd’hui, les États-Unis perpétuent cette tradition en traitant l’Iran comme un pays arriéré, incapable de gérer son propre programme nucléaire. Comme au XIXe siècle, l’Occident se présente comme le porteur de la « civilisation », tandis que l’Iran est réduit au statut de menace irrationnelle.
5. La Guerre Froide et la Fabrication de l’Ennemi (1953-1979)
En 1953, la CIA organise un coup d’État contre Mohammad Mossadegh, le Premier ministre iranien démocratiquement élu, parce qu’il avait osé nationaliser le pétrole iranien. Les États-Unis installent à sa place le Shah, un dictateur sanguinaire qui réprimera son peuple avec une brutalité inouïe. Pendant 26 ans, l’Iran devient un État policier, un satellite de l’Occident, un pays où les droits de l’homme sont bafoués au nom de la « stabilité ». Mais en 1979, la révolution éclate. Le Shah est renversé, et l’Iran devient une république islamique. Pour les États-Unis, c’est un camouflet. L’Iran, autrefois leur allié docile, devient leur ennemi juré. La prise d’otages à l’ambassade américaine en 1979 est exploitée par Washington pour diaboliser le nouveau régime. Depuis, l’Iran est présenté comme un pays fanatique, dangereux, imprévisible. Pourtant, qui a créé ce monstre ? Qui a soutenu le Shah et ses tortionnaires ? Qui a armé Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran, une guerre qui a fait un million de morts ? L’Occident, bien sûr. Comme le disait Jean-Paul Sartre, « l’enfer, c’est les autres ». Mais parfois, l’enfer, c’est nous-mêmes.
6. Le Nouvel Ordre Mondial et la Menace Fantôme (1991-2003)
Après la chute de l’URSS, les États-Unis se retrouvent sans ennemi. Qu’à cela ne tienne : ils en inventent un. Dans les années 1990, l’Iran est désigné comme une « menace émergente », un pays qui cherche à se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, les preuves manquent. Les inspections de l’AIEA ne trouvent rien. Mais peu importe : les néoconservateurs, ces idéologues de la guerre permanente, ont besoin d’un nouvel ennemi pour justifier leur hégémonie. En 2003, ils envahissent l’Irak sous de faux prétextes, détruisant le pays et déstabilisant toute la région. L’Iran, encerclé par les bases américaines, se sent menacé. Et aujourd’hui, Trump agite le spectre des missiles iraniens pour justifier une nouvelle escalade. Mais qui a commencé ? Qui a violé le traité sur le nucléaire iranien en 2018, provoquant une crise inutile ? Qui impose des sanctions économiques qui affament le peuple iranien ? Les États-Unis, encore et toujours. Comme le disait George Orwell, « la guerre, c’est la paix ». Et la paix, pour l’Empire, c’est la guerre.
7. L’Ère de la Post-Vérité et le Spectacle de la Menace (2016-2024)
Aujourd’hui, nous vivons dans l’ère de la post-vérité, où les faits n’ont plus d’importance, où les mensonges sont répétés jusqu’à devenir des vérités, où les médias servent de courroie de transmission à la propagande impériale. Trump, ce maître du mensonge, accuse l’Iran de développer des missiles capables d’atteindre les États-Unis. Pourtant, les experts savent que l’Iran n’a pas cette capacité. Ses missiles ont une portée de 2 000 km, ce qui est suffisant pour menacer Israël ou les bases américaines dans la région, mais pas pour atteindre le continent américain. Mais peu importe : l’objectif n’est pas d’informer, mais de terroriser. Comme au temps des croisades, comme au temps de la guerre froide, l’ennemi est une construction, un épouvantail, un prétexte pour justifier l’expansion militaire et le contrôle des ressources. Et comme toujours, c’est le peuple, iranien comme américain, qui paiera le prix de cette folie.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre
Regardons de plus près les mots utilisés par Trump : « menace », « missiles », « bientôt », « États-Unis ». Chaque terme est choisi pour provoquer la peur, pour créer un sentiment d’urgence, pour justifier une réponse agressive. Le mot « menace » est particulièrement intéressant : il implique une intention malveillante, une volonté de nuire. Pourtant, l’Iran n’a jamais attaqué les États-Unis. Ses missiles sont une réponse à l’encerclement américain, à la menace israélienne, à l’humiliation historique. Mais dans le langage de l’Empire, la défense est toujours une agression. Comme le disait Noam Chomsky, « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature ».
Le mot « missiles » est tout aussi pernicieux. Il évoque la destruction, la mort, l’apocalypse. Pourtant, les États-Unis possèdent des milliers de missiles nucléaires, capables de détruire la planète plusieurs fois. Mais peu importe : c’est l’Iran, avec ses quelques missiles conventionnels, qui est présenté comme la menace existentielle. Cette inversion de la réalité est typique du langage impérial : le fort se présente comme la victime, le faible comme l’agresseur. Comme le disait Edward Said, « l’impérialisme vit de la fabrication de l’autre ».
Analyse Comportementaliste : La Psychologie de la Domination
Pourquoi l’Occident a-t-il toujours besoin d’un ennemi ? Pourquoi cette obsession de la menace, réelle ou imaginaire ? La réponse se trouve dans la psychologie de la domination. Comme l’a montré le philosophe René Girard, les sociétés humaines ont besoin de boucs émissaires pour canaliser leurs violences internes. En désignant un ennemi extérieur, on évite la guerre civile, on soude la communauté autour d’un ennemi commun. Mais cette logique a un prix : elle perpétue le cycle de la violence, elle légitime l’oppression, elle empêche toute réconciliation.
Les États-Unis, comme tous les empires avant eux, sont prisonniers de cette logique. Ils ont besoin de l’Iran comme bouc émissaire pour justifier leur budget militaire colossal, pour détourner l’attention de leurs problèmes internes, pour maintenir leur hégémonie sur le monde. Comme le disait Hannah Arendt, « l’impérialisme est la dernière étape du capitalisme ». Et le capitalisme, aujourd’hui, a besoin de la guerre pour survivre. Les marchands d’armes, les lobbies pétroliers, les think tanks néoconservateurs : tous ont intérêt à ce que la peur persiste, à ce que l’ennemi reste une menace, à ce que la paix soit toujours reportée à demain.
Résistance Humaniste : L’Art comme Arme de Paix
Face à cette machine de guerre, que reste-t-il ? L’art, bien sûr. L’art comme résistance, comme refus de la barbarie, comme célébration de l’humanité. Dans la littérature, les poètes persans comme Hafez ou Rumi ont toujours prôné l’amour plutôt que la haine, la paix plutôt que la guerre. Dans le cinéma, des réalisateurs comme Abbas Kiarostami ou Asghar Farhadi ont montré la complexité de l’Iran, loin des clichés occidentaux. Dans la musique, des artistes comme Mohammad-Reza Shajarian ont utilisé leur art pour dénoncer l’oppression, pour appeler à la fraternité.
Mais l’art n’est pas seulement une consolation : c’est une arme. Comme le disait Bertolt Brecht, « l’art n’est pas un miroir pour refléter la réalité, mais un marteau pour la façonner ». En Iran, les artistes, les intellectuels, les simples citoyens résistent chaque jour à la propagande, à la répression, à la guerre. Ils refusent de se laisser réduire au statut d’ennemis, de monstres, de menaces. Ils rappellent au monde que l’Iran n’est pas un pays de fanatiques, mais une civilisation millénaire, riche de culture, de poésie, de philosophie.
Et nous, en Occident, que faisons-nous ? Nous laissons nos dirigeants nous emmener vers une nouvelle guerre, une nouvelle catastrophe, une nouvelle folie. Nous fermons les yeux sur les souffrances du peuple iranien, sur les mensonges de nos gouvernements, sur l’hypocrisie de notre « démocratie ». Mais il est encore temps de résister. Il est encore temps de dire non à la guerre, non à la haine, non à l’Empire. Comme le disait Albert Camus, « la paix est le seul combat qui vaille d’être mené ».
Analogie finale : Poème
L’Empire et le Vent
L’Empire parle, et ses mots sont des bombes,
Des bombes qui tombent sur des villes lointaines,
Des bombes qui écrasent les enfants sous les décombres,
Des bombes qui font pleurer les mères en noir.
L’Empire dit : « Ils sont méchants, ils sont fous,
Ils veulent nous détruire, ils veulent notre peau. »
Mais l’Empire ment, comme il a toujours menti,
Car l’Empire a besoin d’ennemis pour justifier ses crimes.
L’Empire dit : « Regardez leurs missiles,
Ils vont bientôt nous atteindre, ils vont nous tuer. »
Mais l’Empire oublie ses propres missiles,
Ceux qui dorment dans leurs silos, prêts à tout détruire.
L’Empire dit : « Nous sommes les gentils,
Nous apportons la démocratie, la liberté, la paix. »
Mais l’Empire oublie ses guerres sans fin,
Ses coups d’État, ses dictateurs, ses massacres.
L’Empire est un vieux roi fatigué,
Qui tremble devant son miroir et voit sa fin venir.
Alors il crie, il menace, il frappe,
Mais ses coups ne font plus peur à personne.
L’Iran, lui, est un arbre centenaire,
Qui a vu passer les empires et les rois.
Il a résisté aux tempêtes, aux sécheresses, aux invasions,
Et il résistera encore, car ses racines sont profondes.
Un jour, l’Empire tombera,
Comme sont tombés Rome, Babylone, Ninive.
Et sur ses ruines pousseront des fleurs,
Des fleurs de paix, de fraternité, d’espoir.
Alors, que le vent emporte les mensonges de l’Empire,
Et que souffle enfin le vent de la vérité,
Ce vent qui murmure : « Plus jamais la guerre,
Plus jamais la haine, plus jamais la peur. »
— Le Penseur Laurent Vo Anh