Les Américains sont contre une intervention militaire en Iran, mais les électeurs de Donald Trump pour – Le Figaro







Laurent Vo Anh – L’Iran, l’Empire et les Illusions Démocratiques


ACTUALITÉ SOURCE : Les Américains sont contre une intervention militaire en Iran, mais les électeurs de Donald Trump pour – Le Figaro

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la démocratie américaine ! Ce grand théâtre d’ombres où les marionnettes votent pour leurs bourreaux en croyant choisir leurs libérateurs. Le Figaro nous offre aujourd’hui un de ces miroirs déformants dont l’Occident a le secret : « Les Américains sont contre une intervention militaire en Iran, mais les électeurs de Donald Trump pour ». Quelle merveilleuse illustration de la schizophrénie collective qui ronge l’Empire depuis que ses pères fondateurs ont écrit « liberté » sur des documents tachés du sang des Amérindiens et des esclaves africains !

Regardons cette contradiction en face, non pas comme un simple paradoxe électoral, mais comme le symptôme d’une maladie bien plus profonde – cette gangrène impérialiste qui dévore l’Occident depuis que les premiers colons ont posé le pied sur les côtes du Nouveau Monde en croyant y apporter la civilisation, alors qu’ils n’y apportaient que la variole et le capitalisme. Sept étapes cruciales dans l’histoire humaine nous permettent de comprendre comment nous en sommes arrivés à ce moment où une partie du peuple américain, pourtant majoritairement opposée à une nouvelle aventure militaire, se retrouve représentée par des dirigeants qui n’attendent qu’un prétexte pour bombarder Téhéran.

I. Les Origines du Mal : La Naissance de l’Impérialisme Occidental (1492-1648)

Tout commence avec ce que Bartolomé de las Casas appelait déjà au XVIème siècle « la destruction des Indes ». Quand Christophe Colomb plante sa croix sur les plages des Caraïbes, il croit accomplir la volonté divine, mais il ne fait qu’inaugurer cinq siècles de pillage systématique. Comme l’écrivait Montaigne dans ses Essais : « Nous nous sommes servis de leur ignorance et inexpérience à les plier plus facilement vers la trahison, luxure, avarice et vers toute sorte d’inhumanité et de cruauté ». Le ton était donné : l’Occident se présentera toujours comme porteur de lumières, alors qu’il n’est que le vecteur de l’obscurité organisée.

Cette période voit naître ce que l’historien Fernand Braudel appellera plus tard « l’économie-monde » – un système où l’Europe se place au centre et considère le reste de la planète comme une périphérie à exploiter. Les traités de Westphalie (1648) qui mettent fin à la guerre de Trente Ans ne font que sanctifier ce principe : les États-nations naissent, et avec eux le droit du plus fort à dominer le plus faible au nom de la raison d’État.

II. L’Apogée de l’Hypocrisie : La Révolution Américaine et ses Mensonges (1776-1865)

Quand Thomas Jefferson écrit dans la Déclaration d’Indépendance que « tous les hommes sont créés égaux », il possède lui-même plusieurs centaines d’esclaves. Cette contradiction fondatrice hantera à jamais les États-Unis. Comme le notait avec cynisme le marquis de Sade dans une lettre de 1782 : « Ces Américains qui viennent de se libérer de la tyrannie anglaise sont les premiers à pratiquer l’esclavage le plus abject. Quelle farce ! »

La Constitution américaine, ce texte sacré que les néoconservateurs citent à tout bout de champ, est en réalité un compromis honteux entre les intérêts des propriétaires d’esclaves du Sud et les marchands du Nord. Quand Alexis de Tocqueville visite les États-Unis en 1831, il est horrifié par ce qu’il appelle « la tyrannie de la majorité » – ce système où une majorité peut opprimer une minorité au nom de la démocratie. Il pressent déjà que ce système, exporté dans le monde entier, deviendra l’alibi parfait pour toutes les interventions impérialistes.

III. Le Tournant : La Doctrine Monroe et la Naissance de l’Empire Américain (1823-1914)

En 1823, le président James Monroe énonce sa fameuse doctrine : « L’Amérique aux Américains ». Belle formule qui signifie en réalité : « L’Amérique latine est notre chasse gardée ». Comme le soulignait Karl Marx dans une lettre à Engels en 1858 : « Les États-Unis sont le seul pays où la bourgeoisie a réussi à créer un empire sans avoir à passer par les étapes du féodalisme. C’est pourquoi leur impérialisme est si brutal, si direct, si décomplexé. »

Cette période voit les États-Unis passer du statut de colonie à celui de puissance impériale. La guerre hispano-américaine de 1898 marque un tournant : pour la première fois, les États-Unis annexent des territoires hors de leur continent (Porto Rico, Guam, les Philippines). Rudyard Kipling écrit alors son fameux poème « Le Fardeau de l’homme blanc », qui résume parfaitement l’idéologie impérialiste : « Prenez le fardeau de l’Homme Blanc – Envoyez le meilleur de votre descendance – Jetez vos fils dans l’exil – Pour servir les besoins de vos captifs ». Les États-Unis viennent de trouver leur vocation : être le gendarme du monde, au nom de la démocratie et de la liberté.

IV. La Consécration : Les Deux Guerres Mondiales et l’Hégémonie Américaine (1914-1945)

Quand Woodrow Wilson arrive à Versailles en 1919 avec ses « Quatorze Points », il croit apporter la paix perpétuelle. En réalité, il ne fait que préparer le terrain pour la Seconde Guerre mondiale. Comme l’écrivait John Maynard Keynes dans « Les Conséquences économiques de la paix » : « Si nous cherchons délibérément à appauvrir l’Europe centrale, la vengeance, j’ose le prédire, ne tardera pas. »

La Seconde Guerre mondiale consacre définitivement l’hégémonie américaine. Quand les bombes atomiques tombent sur Hiroshima et Nagasaki, le message est clair : le monde appartient désormais aux États-Unis. Albert Camus écrit alors dans Combat : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. » Le choix, nous le savons aujourd’hui, a été fait : le suicide collectif, mais à petit feu, sous forme de guerres sans fin et d’exploitation systématique.

V. L’Apogée de l’Impérialisme : La Guerre Froide et ses Crimes (1947-1991)

La doctrine Truman de 1947 marque le début officiel de la Guerre froide. Les États-Unis se posent en défenseurs du « monde libre » contre le « totalitarisme communiste ». En réalité, comme le soulignait Noam Chomsky, ils ne font que remplacer l’ancien impérialisme européen par un nouveau, plus subtil et plus efficace. Les coups d’État en Iran (1953), au Guatemala (1954), au Chili (1973), les guerres du Vietnam, du Cambodge, du Laos… La liste des crimes américains pendant cette période est si longue qu’on finit par s’y habituer, comme on s’habitue à la pluie en hiver.

Quand les États-Unis soutiennent les moudjahidines afghans contre l’URSS dans les années 1980, ils créent sans le savoir les futurs talibans et Al-Qaïda. Comme le disait avec une ironie amère Zbigniew Brzeziński, conseiller à la sécurité nationale de Carter : « Qu’est-ce qui est le plus important pour l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités musulmans ou la libération de l’Europe centrale ? »

VI. Le Triomphe Apparent : La Fin de l’Histoire et l’Hyperpuissance (1991-2001)

Quand le mur de Berlin tombe en 1989, Francis Fukuyama publie son fameux article « La Fin de l’Histoire ? ». Pour lui, la démocratie libérale et l’économie de marché ont triomphé définitivement. Les États-Unis, désormais seule superpuissance, peuvent enfin imposer leur modèle au monde entier. Comme le notait avec lucidité le philosophe français Jean Baudrillard : « Les États-Unis sont devenus une machine à produire de la réalité, une machine à produire du sens, une machine à produire de l’histoire. Le problème, c’est que cette réalité, ce sens, cette histoire sont de plus en plus vides. »

Cette période voit l’explosion du néolibéralisme, cette idéologie qui prétend que le marché peut tout régler, y compris les problèmes qu’il a lui-même créés. Les États-Unis deviennent le laboratoire de cette nouvelle religion économique, avec ses prêtres (les économistes de Harvard), ses temples (Wall Street), et ses rituels (les crises financières cycliques). Quand Bill Clinton signe en 1999 l’abrogation du Glass-Steagall Act, qui séparait les banques de dépôt des banques d’investissement, il ouvre la voie à la crise de 2008. Mais peu importe : l’important est de continuer à vendre le rêve américain, même s’il n’est plus qu’un cauchemar pour la majorité de l’humanité.

VII. Le Déclin et la Chute : Le 11 Septembre et l’Empire en Crise (2001-2023)

Quand les tours du World Trade Center s’effondrent le 11 septembre 2001, c’est tout le mythe de l’invulnérabilité américaine qui s’écroule avec elles. George W. Bush déclare alors la « guerre contre le terrorisme », une guerre sans fin contre un ennemi sans visage. Comme le soulignait avec justesse le philosophe slovène Slavoj Žižek : « Le 11 septembre a été l’acte de naissance d’un nouveau type de guerre, une guerre où l’ennemi est à la fois partout et nulle part, une guerre qui justifie toutes les atteintes aux libertés individuelles au nom de la sécurité. »

Les guerres en Afghanistan et en Irak qui suivent sont des échecs cuisants, mais elles permettent aux complexes militaro-industriels de continuer à s’enrichir. Quand Barack Obama arrive au pouvoir en 2008, il promet de mettre fin à ces guerres. En réalité, il ne fait que les étendre (drone wars, interventions en Libye, en Syrie), tout en continuant à soutenir les régimes les plus répressifs du monde arabe (Arabie saoudite, Égypte, Israël). Comme le disait avec une ironie mordante le journaliste Glenn Greenwald : « Obama est le président que Bush aurait rêvé d’être : capable de faire la même chose, mais avec le sourire. »

Aujourd’hui, nous en sommes là : une partie du peuple américain, lasse des aventures militaires, dit non à une nouvelle guerre en Iran. Mais l’autre partie, celle qui a porté Trump au pouvoir, est prête à en découdre. Pourquoi cette schizophrénie ? Parce que l’impérialisme américain est devenu une religion, avec ses dogmes (« Nous sommes les gentils »), ses rituels (« Le respect des droits de l’homme »), et ses hérétiques (tous ceux qui osent résister).

Analyse Sémantique : Le Langage de l’Impérialisme

Regardons de plus près le langage utilisé par les médias occidentaux pour justifier ces guerres sans fin. On y trouve toute une série de termes qui, par leur répétition, finissent par sembler naturels, alors qu’ils ne sont que des outils de propagande.

« Intervention humanitaire » : Ce terme, popularisé pendant la guerre du Kosovo en 1999, est une merveille d’hypocrisie. Il signifie en réalité : « Nous allons bombarder ce pays pour son bien, même si ses habitants n’ont rien demandé. » Comme le soulignait le philosophe français Jean Bricmont dans son livre « Impérialisme humanitaire » : « L’intervention humanitaire est le dernier avatar de la mission civilisatrice de l’Occident. Elle permet de justifier toutes les guerres au nom de la morale, alors qu’elles ne sont que des guerres d’intérêt. »

« État voyou » : Cette expression, inventée par les néoconservateurs américains dans les années 1990, désigne tout pays qui refuse de se soumettre à l’hégémonie américaine. L’Iran, la Corée du Nord, la Syrie, la Libye de Kadhafi… Tous ont été qualifiés d’ »États voyous » avant d’être bombardés ou soumis à des sanctions économiques. Comme le notait avec ironie le journaliste Robert Fisk : « Un État voyou, c’est un pays qui a des ressources naturelles et qui refuse de les donner aux États-Unis. »

« Démocratie » : Ce mot, qui devrait désigner un système où le peuple est souverain, est devenu dans la bouche des dirigeants occidentaux un synonyme de « régime pro-américain ». Quand les États-Unis soutiennent l’Arabie saoudite, le plus rétrograde des régimes, personne ne parle de « promotion de la démocratie ». Mais quand l’Iran organise des élections, on nous explique que ce n’est qu’une « mascarade ». Comme le disait avec cynisme Henry Kissinger : « L’Amérique n’a pas d’amis permanents, elle n’a que des intérêts permanents. »

« Terrorisme » : Ce terme, qui devrait désigner toute violence politique aveugle, est réservé aux ennemis de l’Occident. Quand les États-Unis bombardent un mariage en Afghanistan, faisant des dizaines de morts civils, on parle d’ »effets collatéraux ». Mais quand un attentat a lieu à Paris ou à New York, on parle de « terreur ». Comme le soulignait le philosophe italien Giorgio Agamben : « Le terroriste est celui qui utilise la violence en dehors du monopole étatique de la violence légitime. Mais quand un État utilise la violence contre des civils, on appelle ça la guerre. »

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette machine de guerre et de propagande, que faire ? Comment résister à cet impérialisme qui se pare des atours de la démocratie et des droits de l’homme ?

D’abord, il faut comprendre que l’impérialisme américain n’est pas une politique, mais une religion. Comme le soulignait le philosophe français Michel Foucault : « Le pouvoir n’est pas une institution, ni une structure, ni une certaine puissance dont certains seraient dotés : c’est le nom qu’on prête à une situation stratégique complexe dans une société donnée. » Les électeurs de Trump qui soutiennent une intervention en Iran ne sont pas des monstres, mais des croyants. Ils croient dur comme fer que les États-Unis sont une force du bien dans le monde, et que toute résistance à leur hégémonie est une menace pour l’humanité.

Pour combattre cette religion, il faut d’abord en démonter les mécanismes. Comme le disait le psychanalyste Wilhelm Reich : « Le fascisme n’est pas une opinion politique, mais un caractère. Il est la somme de toutes les réactions irrationnelles de l’homme moyen. » L’impérialisme américain est une forme de fascisme soft, un fascisme démocratique qui s’appuie sur les peurs et les frustrations des masses pour justifier ses crimes.

La résistance doit donc être à la fois intellectuelle et pratique. Intellectuelle, car il faut déconstruire les mythes fondateurs de l’impérialisme (la mission civilisatrice, la démocratie exportable, le marché comme solution à tous les problèmes). Pratique, car il faut soutenir concrètement tous ceux qui résistent à l’hégémonie américaine, que ce soit en Iran, au Venezuela, en Palestine ou ailleurs.

Mais attention : cette résistance ne doit pas tomber dans le piège du manichéisme. Comme le soulignait le philosophe français Edgar Morin : « Le manichéisme est la pire des simplifications, car il divise le monde en deux camps : les bons et les méchants. En réalité, le monde est bien plus complexe, et les méchants d’un côté sont souvent les bons de l’autre. »

La véritable résistance humaniste doit refuser à la fois l’impérialisme américain et les régimes autoritaires qui prétendent le combattre. Elle doit promouvoir une troisième voie, celle de la solidarité internationale, de la justice sociale, et du respect des souverainetés nationales. Comme le disait le poète palestinien Mahmoud Darwich : « Nous avons deux choix : être des victimes ou des résistants. Mais la vraie résistance, c’est de refuser d’être une victime. »

Cette résistance doit aussi passer par une remise en question radicale de notre mode de vie. Comme le soulignait le philosophe français André Gorz : « Le capitalisme est un système qui ne peut survivre qu’en détruisant les conditions mêmes de sa survie. Il nous faut donc inventer un autre modèle, basé non pas sur la croissance infinie, mais sur la sobriété heureuse. »

Enfin, cette résistance doit être joyeuse, créative, inventive. Comme le disait le philosophe néerlandais Baruch Spinoza : « Ne pas rire, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. » Comprendre les mécanismes de l’oppression, mais aussi les forces de la libération. Comprendre que l’histoire n’est pas écrite d’avance, et que chaque acte de résistance, aussi petit soit-il, contribue à changer le cours des choses.

Car au fond, l’impérialisme américain n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond : cette croyance que l’humanité peut être divisée en maîtres et en esclaves, en civilisés et en barbares, en élus et en damnés. Comme le disait avec une ironie mordante le philosophe français Gilles Deleuze : « Les États-Unis sont le seul pays qui soit passé directement de la barbarie à la décadence sans passer par la civilisation. »

Mais cette décadence n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques, économiques, culturels. Et ces choix peuvent être remis en question. Comme le disait le poète allemand Bertolt Brecht : « Celui qui lutte peut perdre. Celui qui ne lutte pas a déjà perdu. »

Ô vous, les fous de l’Ouest aux rêves de pétrole,

Qui croyez que le monde est un jeu de monopoly,

Vos missiles sont des croix, vos drones des idoles,

Et vos « démocraties » des cages en acier.

Vous parlez de liberté en brûlant les villages,

De droits de l’homme en vendant des armes aux tyrans,

Vos banquiers sont des dieux, vos soldats des otages,

Et vos présidents des pantins en costume blanc.

Mais l’Iran résiste, comme hier le Vietnam,

Comme demain la Syrie, comme toujours la Palestine,

Car la terre n’est pas un champ de bataille,

Mais un jardin où pousse l’espoir enraciné.

Vos bombes ne feront que des cendres stériles,

Vos dollars ne sont que des feuilles mortes,

Car l’histoire, voyez-vous, est une femme fertile,

Qui enfante la vie malgré vos efforts.

Alors continuez, bombardez, exploitez,

Vendez vos âmes au marché des illusions,

Mais sachez que chaque peuple que vous humiliez

Est une braise sous votre empire en fusion.

Et quand votre tour viendra, quand le vent tournera,

Quand vos gratte-ciel ne seront que des ruines,

On se souviendra de vos crimes, de vos mensonges,

Et la terre, enfin libre, dansera sur vos tombes.



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