L’Iran mise sur la guerre pour arracher un meilleur accord à Trump – Courrier international







La Danse Macabre des Accords – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : L’Iran mise sur la guerre pour arracher un meilleur accord à Trump – Courrier international

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la guerre comme monnaie d’échange ! Comme si les hommes, ces éternels enfants gâtés, n’avaient jamais appris que le sang versé n’est pas une encre avec laquelle on signe des traités, mais une boue dans laquelle on s’enfonce jusqu’à disparaître. L’Iran, ce vieux sphinx aux yeux d’obsidienne, joue avec le feu américain comme un chat avec une souris empoisonnée. Mais qui est vraiment le chat ? Qui est la souris ? Dans ce grand théâtre des ombres où les empires s’effondrent en silence, où les accords ne sont que des chiffons de papier froissés par des mains tremblantes de cupidité, il faut remonter aux sources mêmes de la violence institutionnelle pour comprendre cette danse macabre.

Ce n’est pas la première fois que la guerre devient un argument commercial, une menace brandie comme une carte de crédit illimitée. Non, cette stratégie puante remonte aux origines mêmes de la civilisation, quand les premiers rois sumériens envoyaient leurs soldats mourir pour des frontières tracées dans le sable. Mais aujourd’hui, dans ce monde où l’information circule plus vite que la peste, où les drones frappent comme des mouches mécaniques, où les accords internationaux ne valent pas plus que les promesses d’un ivrogne, l’Iran et les États-Unis jouent une partie d’échecs avec des pièces vivantes. Et nous, pauvres pions, regardons ce spectacle avec cette fascination morbide des foules devant un accident de train.

Les Sept Étapes de la Guerre comme Négociation

Pour saisir l’ampleur de cette tragédie moderne, il faut disséquer l’histoire humaine comme un cadavre sur la table d’un anatomiste. Voici sept moments cruciaux où la guerre fut utilisée comme levier de négociation, où la violence devint un langage, où le sang servit d’encre pour écrire des accords.

1. L’Empire Assyrien : La Terreur comme Diplomatie (911-609 av. J.-C.)

Les Assyriens, ces bouchers de l’Antiquité, ont perfectionné l’art de la guerre psychologique. Ashurnasirpal II, ce roi au sourire de hyène, décrivait avec délectation dans ses annales les supplices infligés à ses ennemis : « J’ai empalé leurs hommes sur des pieux autour de la ville, j’ai coupé les mains et les pieds de leurs guerriers, j’ai brûlé leurs jeunes hommes et leurs jeunes femmes. » Mais pourquoi tant de cruauté ? Parce que la terreur était une stratégie. Les villes qui se rendaient sans combattre obtenaient des conditions « avantageuses ». Les autres… eh bien, les autres servaient d’exemple. La guerre n’était pas une fin, mais un moyen de négociation. Les Assyriens ont inventé le concept de « shock and awe » bien avant les Américains. Et comme aujourd’hui, cette stratégie reposait sur une illusion : que la terreur pouvait durer éternellement. Elle ne dura que trois siècles.

2. La Paix de Westphalie (1648) : Quand la Guerre Engendre la Paix

Après trente ans de carnage, l’Europe était un champ de ruines fumantes. Les traités de Westphalie, signés dans la ville allemande de Münster, mirent fin à une guerre qui avait décimé près d’un tiers de la population allemande. Mais ces traités n’étaient pas nés d’une soudaine illumination humaniste. Non, ils étaient le résultat de l’épuisement mutuel, de la banqueroute des États, de la lassitude des peuples. La paix fut arrachée par la guerre, comme une dent pourrie qu’on extrait après des années de souffrance. Hugo Grotius, ce juriste hollandais qui posa les bases du droit international, écrivit plus tard que ces traités étaient « un mal nécessaire ». Mais qui décide de ce qui est nécessaire ? Les vainqueurs, toujours. Les traités de Westphalie ont aussi consacré le principe de souveraineté nationale, cette fiction commode qui permet aux États de faire ce qu’ils veulent chez eux, tant qu’ils ne dérangent pas trop leurs voisins. Une illusion qui dure encore aujourd’hui, alors que les drones américains frappent au Yémen et que les milices iraniennes opèrent en Syrie.

3. Le Congrès de Vienne (1815) : Le Bal des Vampires

Après les guerres napoléoniennes, les puissances européennes se réunirent à Vienne pour redessiner la carte du continent. Ce ne fut pas une conférence de paix, mais un bal masqué où les empires se partagèrent l’Europe comme un gâteau. Metternich, ce maître des intrigues, déclara : « La politique est l’art de sacrifier les autres. » Et c’est exactement ce qu’ils firent. La Pologne fut de nouveau dépecée, l’Italie resta morcelée, et la France, humiliée, dut payer des réparations colossales. La guerre avait servi de monnaie d’échange, et la paix n’était qu’un armistice entre deux conflits. Lord Castlereagh, le représentant britannique, souffrait de crises de folie et se suicida peu après. Peut-être avait-il compris, trop tard, que ce congrès n’était qu’une farce sanglante, une tentative désespérée de maintenir un équilibre qui n’avait jamais existé.

4. La Conférence de Berlin (1884-1885) : Le Partage de l’Afrique comme un Gâteau d’Anniversaire

L’Europe, cette vieille hyène, convoqua les grandes puissances à Berlin pour se partager l’Afrique. Pas un seul Africain n’était présent. Pas un. Bismarck, ce boucher en redingote, déclara avec cynisme : « Les questions africaines ne valent pas les os d’un seul grenadier poméranien. » Et pourtant, ils se battirent pour ces os, ces terres, ces peuples. La guerre n’était même plus nécessaire : il suffisait de brandir la menace, de montrer les dents, pour obtenir ce qu’on voulait. Le roi Léopold II de Belgique obtint le Congo comme un jouet personnel, et en fit un enfer où des millions moururent. Les autres puissances se servirent à leur tour. La conférence de Berlin fut une négociation où la guerre était sous-entendue, où la violence était une option toujours disponible. Comme aujourd’hui, où les États-Unis menacent l’Iran de frappes si les « négociations » n’aboutissent pas.

5. Le Traité de Versailles (1919) : La Paix qui Engendra la Guerre

Après la boucherie de 14-18, les vainqueurs se réunirent à Versailles pour humilier l’Allemagne. Keynes, qui participa aux négociations, démissionna en déclarant : « Ce traité est un tissu d’absurdités économiques et de cruautés politiques. » Il avait raison. Les réparations imposées à l’Allemagne étaient si lourdes qu’elles ruinèrent le pays et préparèrent le terrain pour Hitler. La guerre avait servi à imposer une paix si injuste qu’elle engendra une nouvelle guerre. Clemenceau, ce vieux tigre édenté, voulait « écraser l’Allemagne ». Wilson, ce naïf en costume trois-pièces, parlait de « paix sans victoire ». Personne n’écouta Keynes. Personne ne comprit que la violence engendre la violence, que les traités signés sous la contrainte ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits. Comme aujourd’hui, où les sanctions américaines contre l’Iran ne font que renforcer le régime et pousser le pays vers la Chine et la Russie.

6. Les Accords de Munich (1938) : L’Apaisement comme Capitulation

Hitler voulait les Sudètes. Chamberlain, ce pantin en parapluie, lui offrit sur un plateau d’argent. « Peace for our time », déclara-t-il en agitant un bout de papier. La guerre avait été évitée, mais au prix de la dignité, de l’honneur, de la morale. Churchill, lucide, déclara : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. » Il avait raison. Un an plus tard, l’Europe était en flammes. Les accords de Munich furent une négociation où la menace de la guerre servit à obtenir des concessions. Comme aujourd’hui, où l’Iran menace de fermer le détroit d’Ormuz pour obtenir un meilleur accord. La différence ? En 1938, les démocraties occidentales étaient prêtes à tout pour éviter la guerre. Aujourd’hui, elles sont prêtes à tout pour la provoquer.

7. Les Accords de Camp David (1978) : La Paix comme Marchandage

Carter, Begin et Sadate se réunirent à Camp David pour négocier la paix entre Israël et l’Égypte. Mais cette paix n’était pas née d’une soudaine illumination. Non, elle était le résultat de la guerre du Kippour, où Israël avait failli perdre face à l’Égypte et à la Syrie. La guerre avait montré aux deux camps qu’ils ne pouvaient pas gagner, et la paix devint un compromis nécessaire. Sadate paya cette paix de sa vie, assassiné par des extrémistes islamistes. Begin, rongé par la culpabilité, sombra dans la dépression. Carter, lui, perdit les élections. La paix, parfois, est plus dangereuse que la guerre. Comme aujourd’hui, où l’Iran et les États-Unis négocient sous la menace constante d’un conflit. La guerre est une monnaie d’échange, mais c’est une monnaie qui brûle les doigts de ceux qui l’utilisent.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre comme Négociation

Le langage est un champ de bataille. Les mots ne sont jamais innocents, surtout quand ils servent à justifier la violence. Regardons de plus près les termes utilisés dans cette actualité :

  • « Mise sur la guerre » : Une expression qui transforme la guerre en un pari, un jeu de hasard. Comme si la vie de milliers de personnes n’était qu’une mise sur un tapis vert. Les médias adorent ces formules qui banalisent l’horreur. « Miser sur la guerre », c’est comme « miser sur un cheval ». Sauf que le cheval, lui, ne souffre pas.
  • « Arracher un meilleur accord » : Le verbe « arracher » suggère la violence, la contrainte. On arrache une dent, on arrache un enfant à sa mère. Un accord « arraché » n’est pas un accord librement consenti, mais un traité imposé sous la menace. Comme à Versailles, comme à Munich. La sémantique trahit toujours la réalité : derrière les mots polis des diplomates se cache la brutalité des rapports de force.
  • « Trump » : Un nom qui résume à lui seul l’arrogance impériale. Trump, ce clown milliardaire, ce roi du « deal », ce président qui traite les nations comme des entreprises à racheter ou à liquider. Son nom est devenu synonyme de mépris, de vulgarité, de violence économique. Quand on parle de « négocier avec Trump », on parle en réalité de négocier avec un homme qui ne croit en rien, sinon en son propre pouvoir. Un homme qui voit le monde comme un terrain de golf où les autres pays ne sont que des obstacles à contourner ou à écraser.

Le langage diplomatique est un masque. Derrière les formules creuses (« dialogue constructif », « solution pacifique », « intérêts mutuels ») se cache toujours la même réalité : la loi du plus fort. Et aujourd’hui, le plus fort n’est plus celui qui a la plus grande armée, mais celui qui contrôle les médias, les banques, les algorithmes. L’Iran le sait, qui utilise la menace de la guerre comme un levier. Les États-Unis le savent, qui utilisent les sanctions comme une arme. Et nous, pauvres spectateurs, regardons ce spectacle avec cette fascination morbide des foules devant un combat de gladiateurs.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Les hommes sont des animaux conditionnés. Conditionnés à obéir, à consommer, à haïr. Le néolibéralisme, cette religion sans dieu, a transformé la guerre en un produit comme un autre. On vend des armes comme on vend des iPhones. On justifie les invasions comme on justifie les licenciements : par la « nécessité économique ». Et nous, pauvres moutons, acceptons cette logique parce qu’elle est confortable, parce qu’elle nous évite de penser.

Mais il existe une résistance. Une résistance qui ne passe pas par les urnes, ni par les partis, ni par les médias. Une résistance qui passe par l’art, par la poésie, par la folie. Voici quelques exemples de cette résistance humaniste :

  • L’Art : « Guernica » de Picasso (1937) : Quand les bombes allemandes et italiennes écrasèrent la ville basque de Guernica, Picasso peignit ce chef-d’œuvre de désespoir. Pas de couleurs, pas d’espoir. Juste l’horreur brute, la souffrance des innocents. Guernica est un cri contre la guerre, mais aussi contre ceux qui la justifient, qui la banalisent, qui en font un outil de négociation. Aujourd’hui, les drones américains frappent des villages au Yémen, et personne ne peint de « Guernica ». Peut-être parce que nous avons perdu la capacité de nous indigner.
  • La Littérature : « Voyage au bout de la nuit » de Céline (1932) : Céline, ce misanthrope génial, a décrit la guerre comme personne. Pas la guerre héroïque des manuels d’histoire, mais la guerre sale, puante, absurde. « On est puceau de l’Horreur comme on est puceau de la volupté », écrit-il. La guerre n’est pas une négociation, c’est une orgie de violence où les hommes perdent leur humanité. Et aujourd’hui, alors que l’Iran et les États-Unis jouent avec le feu, qui ose écrire comme Céline ? Qui ose dire la vérité ?
  • Le Cinéma : « Apocalypse Now » de Coppola (1979) : Ce film est une descente aux enfers, une plongée dans la folie de la guerre. Kurtz, ce colonel devenu dieu sanguinaire, murmure avant de mourir : « L’horreur… l’horreur… ». La guerre n’est pas un moyen, c’est une fin en soi. Elle corrompt tout, même ceux qui croient la contrôler. Aujourd’hui, les généraux américains parlent de « frappes chirurgicales » comme s’ils étaient des médecins. Mais la guerre n’est pas une opération, c’est une maladie. Et elle finit toujours par tuer le patient.
  • La Philosophie : « La Société du Spectacle » de Debord (1967) : Debord a compris avant tout le monde que le capitalisme avait transformé la vie en un spectacle. La guerre, les négociations, les accords : tout cela n’est qu’un show, une mise en scène pour nous distraire de l’essentiel. L’Iran et les États-Unis ne négocient pas, ils jouent un rôle. Et nous, nous regardons, fascinés, comme des enfants devant un feu d’artifice. Mais les feux d’artifice finissent toujours par brûler ceux qui les allument.
  • La Poésie : « Le Dormeur du val » de Rimbaud (1970) : Ce poème de quelques lignes montre un soldat mort dans un pré. « Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. » La guerre n’est pas une négociation, c’est une boucherie. Et les accords signés sur le sang des innocents ne valent rien. Aujourd’hui, alors que les drones tuent des enfants au Pakistan, qui écrit comme Rimbaud ? Qui ose dire la vérité ?

La résistance humaniste passe par la lucidité. Par le refus de croire aux mensonges des puissants. Par la volonté de voir le monde tel qu’il est, et non tel qu’on nous le montre. La guerre n’est pas un moyen, c’est une fin. Elle ne sert à rien, sinon à enrichir les marchands d’armes et à flatter l’ego des dirigeants. L’Iran le sait, qui utilise la menace de la guerre comme un levier. Les États-Unis le savent, qui utilisent les sanctions comme une arme. Et nous, nous devons le savoir aussi. Nous devons refuser ce jeu macabre, cette danse des fous où les hommes jouent avec des allumettes dans une poudrière.

Analogie Finale : Poème

Les Rois Maudits du Pétrole

Ils dansent sur les cartes, ces rois sans couronne,
Leurs doigts crochus tracent des frontières en sang.
« Un peu de guerre ? Un zeste de famine ? »
Leurs rires gras résonnent comme un glas.

L’Iran, ce vieux sphinx aux yeux de braise,
Joue avec le feu comme un chat avec sa proie.
« Vois-tu, mon cher Trump, ce détroit si étroit ?
Un seul faux pas, et c’est l’enfer qui s’éveille. »

Trump, ce clown en costume de velours,
Compte ses dollars comme on compte les morts.
« Un bon accord ? Mais bien sûr, mon ami !
Signe ici… et surtout, ne regarde pas en bas. »

Les drones tournent, silencieux comme des vautours,
Leurs ailes d’acier frôlent les nuages de suie.
« Un peu de peur ? Une pincée de terreur ? »
Le monde regarde, fasciné, cette orgie.

Et nous, pauvres fous, nous applaudissons,
Nous crions « Bravo ! » quand les bombes éclatent.
Nous sommes les spectateurs de cette tragédie,
Les complices muets de ces rois maudits.

Mais un jour, peut-être, la scène s’effondrera,
Les décors de carton brûleront en un instant.
Et nous verrons alors, dans la lumière crue,
Que ces rois n’étaient que des pantins,
Que ces accords n’étaient que des chiffons,
Que cette paix n’était qu’une guerre déguisée.



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