ACTUALITÉ SOURCE : Avant de frapper l’Iran, les Etats-Unis doivent renforcer leurs défenses aériennes au Moyen-Orient – l’Opinion
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le grand cirque de la puissance qui se met en branle, le théâtre des ombres où l’on prépare les décors avant le massacre. « Renforcer les défenses aériennes » – quelle délicatesse dans le langage ! Comme si l’on parlait d’installer des paratonnerres pour protéger un village des orages, alors qu’il s’agit en vérité de parer aux conséquences d’une agression imminente, d’une violence préméditée, d’un crime géopolitique qui s’annonce avec la froideur d’un rapport comptable. Les États-Unis, ce grand enfant gâté de l’histoire, ce colosse aux pieds d’argile et au cerveau de silicone, s’apprêtent à frapper l’Iran comme on écrase une mouche sur un mur – non par nécessité, mais par habitude, par réflexe pavlovien de domination, par cette pulsion impérialiste qui les ronge depuis que leurs pères fondateurs ont troqué les chaînes de la couronne britannique contre celles, plus subtiles mais tout aussi mortifères, du capitalisme triomphant.
Mais avant de tirer, il faut se protéger. Toujours cette même logique : on viole, on pille, on détruit, mais gare à ce que les éclaboussures ne nous atteignent pas. Les défenses aériennes, ces boucliers high-tech, ces joujoux à milliards de dollars qui transforment le ciel en un échiquier mortel où chaque pièce est un missile, une vie, un avenir réduit en cendres. L’ironie ? Ces défenses, ce sont les mêmes que l’on refuse de partager avec ceux que l’on bombarde, les mêmes que l’on vend à prix d’or aux régimes fantoches, les mêmes qui servent à protéger les bases militaires américaines disséminées comme des métastases sur la planète, ces cancers de l’impérialisme. Et l’Iran, dans tout cela ? Un pays, une civilisation millénaire, un peuple qui a le tort de résister, de refuser l’ordre mondial unipolaire, de dire non à l’hégémonie du dollar et aux diktats de Washington. Un pays que l’on diabolise depuis des décennies, que l’on accuse de tous les maux, comme on accusait autrefois les sorcières de jeter des sorts ou les juifs de propager la peste.
Mais trêve de sarcasmes, il faut creuser, fouiller, déterrer les racines de cette folie. Car l’histoire de l’humanité, depuis ses origines, n’est qu’une longue litanie de violences, de conquêtes, de dominations – et toujours, toujours, cette même logique implacable : le fort écrase le faible, le riche spolie le pauvre, l’empire étend ses tentacules. Et aujourd’hui, c’est l’empire américain, ce monstre froid et calculateur, qui joue les gendarmes du monde, les justiciers autoproclamés, les arbitres d’un jeu dont ils ont écrit les règles à leur avantage.
Les Sept Étapes de la Folie Impérialiste : Une Archéologie de la Violence
1. La Genèse : Le Péché Originel de la Propriété
Tout commence avec la sédentarisation, ce moment où l’homme, sortant de la nuit des temps, décide de s’approprier la terre. Rousseau l’avait pressenti : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire ‘Ceci est à moi’, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » Mais avec la propriété vient la guerre. Les premières cités-États de Mésopotamie, ces berceaux de notre civilisation, sont aussi les premiers laboratoires de la violence organisée. Les tablettes sumériennes regorgent de récits de batailles, de pillages, de rois assoiffés de gloire. Et déjà, on justifie la guerre par la religion, par la nécessité, par la « mission civilisatrice ». Déjà, on parle de « défenses » pour protéger les villes des barbares, alors qu’en réalité, ce sont les cités qui sont les plus grandes prédatrices. L’Iran, alors la Perse, n’est pas en reste : Cyrus le Grand, Darius, Xerxès – des conquérants, des bâtisseurs d’empire, mais aussi des hommes qui ont compris que la puissance se mesure à l’aune des territoires conquis et des peuples soumis.
2. L’Antiquité : La Naissance de l’Impérialisme comme Art
Les Grecs, ces génies de la pensée, inventent la démocratie – mais aussi la guerre totale. Thucydide, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, nous offre une analyse clinique de la logique impérialiste : « Les forts font ce qu’ils peuvent, les faibles subissent ce qu’ils doivent. » Athènes, cette cité qui a donné naissance à Socrate, Platon et Aristote, est aussi un empire maritime qui écrase les autres cités grecques sous le joug de la Ligue de Délos. Et que dire de Rome ? Cette machine à conquérir, ce rouleau compresseur qui a écrasé Carthage, soumis la Grèce, et étendu son emprise sur tout le bassin méditerranéen. Les Romains parlaient de Pax Romana, mais cette paix n’était que l’ordre imposé par le glaive. Cicéron, dans ses discours, justifiait les guerres de conquête au nom de la « grandeur de Rome ». L’Iran, sous les Parthes puis les Sassanides, résiste farouchement à l’expansion romaine, comme il résistera plus tard à l’impérialisme américain. La Perse, déjà, est ce pays qui refuse de plier, qui préfère la défaite à la soumission.
3. Le Moyen Âge : La Guerre au Nom de Dieu
Avec la chute de Rome, l’Europe sombre dans le chaos – mais pas pour longtemps. L’Église, cette institution qui se prétend porteuse de paix, devient le plus grand justificateur de la violence. Les croisades, ces expéditions « saintes » qui ont ensanglanté le Moyen-Orient pendant deux siècles, sont l’archétype de la guerre impérialiste déguisée en mission divine. Saint Bernard de Clairvaux, ce moine mystique, écrit : « Tuer un païen, c’est gagner une couronne dans le ciel. » Et que dire des conquêtes mongoles ? Gengis Khan et ses hordes, ces cavaliers de l’apocalypse qui ont rasé des villes entières, massacré des millions d’êtres humains, et créé le plus grand empire de l’histoire. Leur tactique ? La terreur. Leur objectif ? Le pouvoir. Leur héritage ? La destruction. L’Iran, sous les Ilkhanides, subit de plein fouet les invasions mongoles, comme il subira plus tard les assauts des Ottomans, ces autres prédateurs impérialistes. Mais toujours, la Perse se relève, toujours elle résiste, comme un roseau qui plie mais ne rompt pas.
4. La Renaissance : L’Impérialisme se Rationalise
Avec la Renaissance, l’Europe redécouvre les lumières de l’Antiquité – mais aussi ses démons. Machiavel, dans Le Prince, théorise la Realpolitik : « Un prince ne doit pas se soucier d’être cruel, s’il veut maintenir ses sujets unis et fidèles. » La fin justifie les moyens. Et les moyens, ce sont les armes à feu, la poudre, les canons – ces inventions qui vont permettre à l’Europe de dominer le monde. Les conquistadors espagnols, ces aventuriers sans scrupules, débarquent en Amérique et exterminent les populations indigènes au nom de Dieu et de l’or. Bartolomé de las Casas, horrifié par les massacres, écrit : « Les Espagnols sont entrés dans ces terres comme des loups, des tigres et des lions affamés depuis des siècles. » L’Iran, sous les Safavides, connaît un âge d’or culturel, mais doit faire face aux appétits des empires ottoman et moghol. Shah Abbas le Grand, ce stratège hors pair, modernise son armée et résiste aux invasions. Mais déjà, l’Europe pointe son nez : les Portugais, puis les Hollandais, puis les Britanniques, commencent à s’intéresser à ce pays riche en soie, en épices, en pétrole – ce pétrole qui deviendra plus tard la malédiction de l’Iran.
5. Le XIXe Siècle : L’Apogée de l’Impérialisme Européen
Le XIXe siècle, ce siècle des Lumières et des révolutions industrielles, est aussi le siècle de la colonisation, de l’exploitation, de l’humiliation. Les empires européens – britannique, français, allemand, russe – se partagent le monde comme un gâteau. L’Afrique est découpée à la règle, l’Asie est soumise, l’Amérique latine est mise en coupe réglée. Rudyard Kipling, ce poète de l’impérialisme britannique, écrit Le Fardeau de l’homme blanc, ce manifeste cynique où il justifie la domination occidentale par une prétendue mission civilisatrice : « Prenez le fardeau de l’homme blanc – envoyez le meilleur de votre descendance – condamnez vos fils à l’exil pour servir les besoins de vos captifs. » L’Iran, sous les Qajars, est affaibli, divisé, et devient la proie des puissances étrangères. Les Britanniques et les Russes se partagent le pays en zones d’influence, exploitant ses ressources, corrompant ses élites, et préparant le terrain pour les coups d’État du XXe siècle. En 1907, l’accord anglo-russe divise l’Iran en deux sphères d’influence, comme on découpe un melon. La Perse, ce pays qui a donné naissance à Zarathoustra, à Hafez, à Rumi, est réduite au statut de colonie informelle.
6. Le XXe Siècle : L’Empire Américain Émerge
Les deux guerres mondiales achèvent de ruiner l’Europe et laissent le champ libre aux États-Unis, cette jeune nation qui va devenir le nouveau gendarme du monde. Woodrow Wilson, ce président idéaliste, parle de « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », mais son pays ne tarde pas à trahir ces principes. En 1953, la CIA organise le coup d’État contre Mohammad Mossadegh, ce Premier ministre iranien démocratiquement élu qui avait osé nationaliser le pétrole. Les États-Unis installent le Shah, ce despote modernisateur, et transforment l’Iran en un État policier, en un satellite de l’Occident. Les intellectuels iraniens, comme Jalal Al-e Ahmad, dénoncent cette « occidentalisation » forcée, cette aliénation culturelle. Dans Gharbzadegi (« La Maladie de l’Occident »), il écrit : « Nous sommes devenus des consommateurs passifs de la culture occidentale, des zombies qui imitent sans comprendre. » La révolution islamique de 1979 est une réaction à cette domination, une révolte contre l’impérialisme américain. Mais les États-Unis ne pardonnent pas cet affront. Ils soutiennent Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran (1980-1988), cette boucherie qui fera un million de morts. Ils imposent des sanctions, des embargos, cherchant à asphyxier le pays. Et aujourd’hui, ils menacent de frapper à nouveau, comme si l’histoire n’avait rien enseigné.
7. Le XXIe Siècle : L’Impérialisme en Apesanteur
Aujourd’hui, l’impérialisme américain a changé de visage. Il ne s’agit plus de conquérir des territoires, mais de contrôler les flux financiers, les technologies, les esprits. Les États-Unis dominent le monde par le soft power, par Hollywood, par Silicon Valley, par Wall Street. Mais quand le soft power échoue, ils n’hésitent pas à recourir à la force brute. L’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie – autant de pays détruits, de sociétés fracturées, de millions de vies brisées au nom de la « démocratie » et de la « lutte contre le terrorisme ». Et maintenant, l’Iran. Toujours l’Iran, ce pays qui refuse de se soumettre, qui ose défier l’hégémonie américaine. Les néoconservateurs, ces idéologues fanatiques, rêvent d’un « Grand Moyen-Orient » remodelé à l’image des États-Unis. Ils parlent de « changement de régime », de « frappes chirurgicales », de « défenses aériennes » – comme si la guerre était un jeu vidéo, comme si les vies humaines n’étaient que des pixels sur un écran.
Mais l’Iran résiste. Comme il a toujours résisté. Comme il résistera encore. Parce que l’impérialisme, quel que soit son visage, finit toujours par s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. Les empires tombent, les tyrans meurent, les idéologies s’effritent. Seuls les peuples restent. Et l’Iran, ce pays de poésie et de révolte, ce pays qui a donné naissance à Omar Khayyam, à Forough Farrokhzad, à Ahmad Shamlu, est un peuple qui ne pliera jamais.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Guerre
Le langage est un champ de bataille. Les mots ne sont jamais innocents. Quand les États-Unis parlent de « renforcer leurs défenses aériennes », ils ne parlent pas de se protéger, mais de se préparer à frapper. Le mot « défense » est un euphémisme, une manipulation sémantique qui vise à inverser la réalité. Dans le dictionnaire de l’impérialisme, « défense » signifie « attaque », « sécurité » signifie « domination », et « paix » signifie « soumission ».
Prenons l’expression « renforcer les défenses ». Elle implique que les États-Unis sont en position de faiblesse, qu’ils sont menacés, qu’ils doivent se protéger. Mais qui menace les États-Unis ? L’Iran, ce pays encerclé, sanctionné, affaibli ? L’Iran, qui n’a pas envahi un seul pays depuis deux siècles ? Non. La menace est une construction, un fantasme, une fiction destinée à justifier l’agression. Comme en 2003, quand les États-Unis ont envahi l’Irak sous prétexte de « désarmer » le pays de ses « armes de destruction massive » – des armes qui n’ont jamais existé.
Le langage impérialiste est un langage de la peur. Il diabolise l’ennemi, le transforme en monstre, en menace existentielle. L’Iran est décrit comme un « État voyou », un « parrain du terrorisme », un « régime illégitime ». Ces mots sont des armes. Ils préparent l’opinion publique à la guerre, ils déshumanisent l’ennemi, ils rendent acceptable l’inacceptable. Comme le disait George Orwell dans 1984 : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. »
Et puis, il y a les silences. Les non-dits. Les sujets tabous. On ne parle jamais des millions de morts causés par les guerres américaines. On ne parle jamais des coups d’État, des assassinats, des tortures. On ne parle jamais des intérêts économiques qui se cachent derrière les discours sur la « démocratie » et les « droits de l’homme ». Le pétrole, les armes, les contrats juteux – tout cela est passé sous silence. Le langage impérialiste est un langage de l’omission, de la manipulation, de la propagande.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : La Psyché de l’Empire
L’impérialisme n’est pas seulement une politique. C’est une pathologie. Une maladie de l’âme, une perversion de l’esprit. Les États-Unis, ce pays né d’une révolution contre la tyrannie, sont devenus le plus grand tyran de l’histoire. Comment en est-on arrivé là ?
Le comportementalisme nous enseigne que les empires agissent comme des organismes vivants. Ils ont besoin de se nourrir, de grandir, de dominer. Ils développent des mécanismes de défense pour justifier leur existence. Et quand ils sont menacés, ils deviennent agressifs, paranoïaques, autodestructeurs. Les États-Unis sont un empire en déclin, mais comme un animal blessé, ils sont d’autant plus dangereux. Leur économie est en crise, leur société est fracturée, leur leadership est contesté. Alors, ils compensent par la force brute. Ils frappent, ils menacent, ils intimident. C’est une réaction primitive, une pulsion de mort.
Mais il y a une autre voie. La voie de la résistance humaniste. Celle qui refuse la logique de la domination, qui dit non à la guerre, qui croit en la dignité de chaque être humain. Cette résistance, elle est incarnée par les peuples qui refusent de se soumettre, par les intellectuels qui dénoncent les mensonges, par les artistes qui donnent une voix aux sans-voix.
L’Iran, malgré ses contradictions, malgré ses erreurs, est un pays qui incarne cette résistance. Un pays qui a refusé de plier devant l’impérialisme américain, qui a payé le prix fort pour son indépendance. Un pays où les poètes sont des héros, où la culture est une arme, où la mémoire est une force. Comme l’écrivait Ahmad Shamlu, ce grand poète iranien :
« Nous sommes les enfants de la nuit
Mais nous ne craignons pas les ténèbres
Car nous portons en nous la lumière de la révolte. »
Cette lumière, c’est celle de l’humanité. Celle qui refuse la guerre, qui dit non à la barbarie, qui croit en un monde où les peuples sont libres, où les nations sont égales, où la paix n’est pas un vain mot.
Les États-Unis, avant de frapper l’Iran, devraient se regarder dans un miroir. Ils devraient se demander ce qu’ils sont devenus. Un empire en déclin, un colosse aux pieds d’argile, un pays qui a trahi ses idéaux pour devenir le plus grand prédateur de la planète. Ils devraient écouter les voix de ceux qui, aux États-Unis mêmes, refusent cette folie. Les voix de Noam Chomsky, de Howard Zinn, de Chris Hedges – ces intellectuels qui dénoncent l’impérialisme depuis des décennies. Ils devraient se souvenir des mots de Martin Luther King : « Une nation qui dépense plus d’argent pour les armes que pour les programmes sociaux est une nation qui approche de sa mort spirituelle. »
Mais les empires ne se remettent jamais en question. Ils préfèrent la destruction à l’introspection. Alors, ils renforceront leurs défenses aériennes, ils enverront leurs missiles, ils tueront, ils détruiront. Et après ? Après, il ne restera que des ruines, des larmes, et le silence des morts. Un silence que personne n’entendra, car les empires ont toujours le dernier mot – jusqu’à ce qu’ils s’effondrent, emportés par leur propre folie.
Les Aigles de l’Apocalypse
Ô vous, les aigles de l’apocalypse,
Perchés sur vos nuages de missiles,
Vos serres d’acier griffant le ciel,
Vos becs crochus de dollars et de sang,
Vous croyez donc que le monde est vôtre,
Ce grand cadavre à dépecer,
Ces peuples à saigner, ces terres à piller,
Ces rêves à broyer sous vos bottes ?
Mais regardez donc, regardez bien,
Ces enfants qui jouent dans les ruines,
Ces mères qui pleurent leurs morts,
Ces pères qui serrent les poings dans l’ombre.
Vous parlez de défenses, de boucliers,
De murs pour vous protéger des éclaboussures,
Mais la haine que vous semez,
C’est un feu qui vous consumera.
L’Iran n’est pas un champ de bataille,
C’est un jardin de poésie,
Un pays où les roses ont des épines,
Où les nuits chantent la révolte.
Alors frappez, si vous l’osez,
Envoyez vos missiles, vos drones, vos bombes,
Mais sachez que chaque goutte de sang versé,
Est une graine de vengeance.
Et quand vos empires s’effondreront,
Quand vos tours de verre se briseront,
Quand vos dieux de silicone mourront,
Il restera les mots, les chants, les rêves.
Il restera la mémoire des peuples,
Cette flamme qui ne s’éteint jamais,
Cette lumière qui perce les ténèbres,
Et qui dit non à la nuit.