ACTUALITÉ SOURCE : Iran/USA : un accord sur le nucléaire ou la guerre ? – 07/02 – BFM
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la paix ! Ce mot-valise, ce concept en carton-pâte que l’on agite comme un hochet devant les peuples affamés de sens, tandis que les machines de guerre tournent à plein régime dans l’ombre des banques et des think tanks. L’Iran, les USA, le nucléaire… Quelle belle fable contemporaine ! On nous présente cela comme une alternative, un dilemme cornélien : soit l’accord, soit la guerre. Mais qui donc a écrit ce scénario ? Qui donc tire les ficelles de cette marionnette géopolitique où les nations ne sont plus que des pions sur l’échiquier d’un capitalisme en délire ?
Regardez-les, ces maîtres du monde, ces héritiers autoproclamés de la démocratie libérale, jouer avec les vies comme avec des jetons de poker. Ils parlent d’accord, de diplomatie, de « stabilité régionale », mais ce qu’ils veulent, c’est le contrôle. Toujours le contrôle. Le nucléaire iranien n’est qu’un prétexte, une excuse pour maintenir leur hégémonie, pour justifier leur présence militaire, leurs bases, leurs drones, leurs mercenaires. La guerre ? Elle est déjà là, sourde, insidieuse, économique, culturelle. Elle s’appelle sanctions, embargo, désinformation. Elle s’appelle « changement de régime ». Elle s’appelle soft power, ce doux euphémisme pour dire : « Nous vous coloniserons sans tirer un coup de feu. »
Et l’Iran ? Ce pays millénaire, ce berceau de civilisations, ce peuple fier qui a résisté à tant d’envahisseurs, le voilà réduit à jouer les méchants de service dans le grand théâtre occidental. On lui reproche son programme nucléaire, comme si les USA, la France, Israël, la Russie, la Chine, le Pakistan, l’Inde et tant d’autres n’avaient pas déjà leurs bombes, leurs arsenaux, leurs menaces à peine voilées. Comme si la dissuasion nucléaire n’était pas le plus grand bluff de l’histoire, une partie de poker menteur où chacun brandit ses cartes en hurlant : « Je suis prêt à tout faire sauter ! » Mais personne ne veut vraiment appuyer sur le bouton, car la destruction mutuelle est une certitude. Alors on négocie, on tergiverse, on fait semblant de croire que la paix est possible, tandis que les profits des marchands d’armes continuent de gonfler.
Mais revenons aux sources, car c’est là, dans les profondeurs de l’histoire et de la pensée, que se nichent les véritables mécanismes de cette mascarade.
Les Sept Étapes de la Domination : Une Histoire de l’Impérialisme Occidental
1. L’Aube de la Violence Structurée : La Naissance des Empires (3000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.)
Tout commence avec la sédentarisation, cette grande illusion. L’homme, ce singe savant, découvre l’agriculture et croit avoir dompté la nature. Mais en vérité, il a seulement troqué la précarité du chasseur-cueilleur contre les chaînes du propriétaire terrien. Les premiers empires naissent : Mésopotamie, Égypte, Chine. Et avec eux, les premières hiérarchies, les premières armées, les premiers impôts. Déjà, le pouvoir se concentre entre les mains d’une élite qui justifie son autorité par les dieux, le destin, ou simplement la force brute. Comme le disait Héraclite, « La guerre est le père de toutes choses ». Mais de quelles choses parle-t-on ? Des pyramides, des ziggourats, des palais… Autant de monuments à la gloire des maîtres, bâtis sur le dos des esclaves. L’Iran, déjà, sous les Achéménides, comprend cette logique. Cyrus le Grand libère les Juifs de Babylone, non par bonté d’âme, mais parce qu’un empire a besoin de sujets reconnaissants. La paix, ici, n’est qu’un outil de domination.
2. La Rationalisation de la Conquête : La Grèce et Rome (500 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)
Avec les Grecs, la guerre devient un art, une science. Thucydide, dans La Guerre du Péloponnèse, dissèque les mécanismes de la puissance avec une froideur clinique. « Les forts font ce qu’ils peuvent, les faibles subissent ce qu’ils doivent. » Pas de morale, pas de pitié. Juste la loi du plus fort. Puis vient Rome, cette machine à conquérir, qui invente le concept de « paix romaine » (Pax Romana). Une paix, vraiment ? Non : une soumission. Les routes, les aqueducs, les lois… Tout cela n’est que le vernis civilisateur d’un système fondé sur l’esclavage et la terreur. Les légions écrasent les révoltes, crucifient les rebelles, rasent les villes. Et pourtant, on parle de Rome comme d’un modèle. Comme si la civilisation ne pouvait s’élever que sur un charnier.
3. Le Christianisme ou l’Impérialisme Spirituel (313 – 1453)
Constantin voit une croix dans le ciel et décide que le Christ sera le nouveau ciment de l’Empire. Le christianisme, religion d’amour et de pardon ? Allons donc. Dès qu’il devient religion d’État, il se mue en outil de contrôle. Les hérétiques sont brûlés, les païens convertis de force, les juifs persécutés. L’Église, alliée aux rois, justifie les croisades, ces premières guerres « saintes » où l’on massacre au nom de Dieu. Saint Augustin théorise la « guerre juste », cette belle hypocrisie qui permet aux puissants de tuer en toute bonne conscience. Et l’Iran, dans tout cela ? Les Sassanides résistent, puis l’Islam naît et balaye tout sur son passage. Mais l’Occident, lui, a déjà posé les bases de son impérialisme : la foi comme arme, la morale comme alibi.
4. La Renaissance et la Naissance du Capitalisme : Le Sang des Colonies (1492 – 1789)
1492. Christophe Colomb « découvre » l’Amérique. Découvre ? Non : il la viole. Avec lui commence le plus grand génocide de l’histoire. Les Aztèques, les Incas, les peuples des Caraïbes… Des millions de morts, des civilisations rayées de la carte. Et pour quoi ? Pour l’or, pour les épices, pour la gloire de l’Espagne et du Portugal. Montaigne, dans ses Essais, s’interroge : « Que savons-nous des sauvages, sinon qu’ils sont nos victimes ? » Mais personne ne l’écoute. Les comptoirs s’installent, les esclaves africains arrivent par millions, les empires coloniaux se constituent. L’Iran, lui, résiste encore, sous les Safavides, mais l’Occident a déjà inventé le capitalisme, ce monstre froid qui transforme les hommes en marchandises et les nations en proies.
5. L’Ère des Nationalismes et des Guerres Mondiales : L’Apogée de la Barbarie (1789 – 1945)
La Révolution française promet « Liberté, Égalité, Fraternité ». Belle blague. Très vite, la République se mue en machine de guerre. Napoléon conquiert l’Europe, non pour libérer les peuples, mais pour imposer le Code civil et remplir les caisses de l’État. Puis viennent les nationalismes, ces monstres nés des Lumières. Hegel théorise l’État comme « marche de Dieu sur terre », et Marx lui répond que la lutte des classes est le moteur de l’histoire. Mais ni l’un ni l’autre ne voient venir la boucherie de 14-18, cette guerre industrielle où des millions d’hommes meurent pour quelques kilomètres de tranchées. L’Iran, lui, est déjà un champ de bataille entre les empires britannique et russe. Puis vient 39-45, l’horreur absolue. Les USA lâchent leurs bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, non pour gagner la guerre (le Japon était déjà à genoux), mais pour montrer au monde qui est le nouveau maître. La paix ? Une trêve entre deux guerres.
6. La Guerre Froide : L’Impérialisme sous Couvert de Liberté (1945 – 1991)
Les USA et l’URSS se partagent le monde comme un gâteau. D’un côté, le capitalisme, de l’autre, le communisme. Deux idéologies qui se prétendent universelles, deux systèmes qui écrasent les peuples au nom de leur « libération ». George Orwell, dans 1984, décrit un monde où la guerre est permanente, où la paix n’est qu’un mot vide de sens. « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » L’Iran, en 1953, en fait l’amère expérience. Mossadegh, élu démocratiquement, veut nationaliser le pétrole. Les USA et le Royaume-Uni organisent un coup d’État, installent le Shah, et transforment l’Iran en État policier. La paix, ici, s’appelle dictature. La liberté, s’appelle soumission.
7. Le Néolibéralisme et le Nouvel Ordre Mondial : La Fin de l’Histoire ? (1991 – Aujourd’hui)
1991. L’URSS s’effondre. Francis Fukuyama annonce « la fin de l’histoire » : le capitalisme libéral a gagné, la démocratie libérale est le seul horizon possible. Belle illusion. En vérité, l’Occident, mené par les USA, impose son modèle au monde entier. Les frontières s’ouvrent pour les capitaux, mais se ferment pour les hommes. Les multinationales pillent les ressources, les banques spéculent, les peuples s’appauvrissent. L’Iran, sous sanctions depuis des décennies, résiste encore. Mais pour combien de temps ? Les USA parlent de « démocratie », mais soutiennent les dictatures les plus sanglantes (Arabie Saoudite, Israël, Égypte…). Ils parlent de « paix », mais bombardent l’Irak, la Libye, la Syrie. Ils parlent de « droits de l’homme », mais torturent à Guantanamo et laissent mourir les migrants en Méditerranée. Noam Chomsky a raison : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature. »
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Soumission
Regardez les mots. Écoutez-les. « Accord nucléaire ». « Désarmement ». « Sécurité régionale ». « Stabilité ». Des termes neutres, techniques, presque rassurants. Mais derrière chaque syllabe se cache une intention, une manipulation. Le langage, ici, n’est pas un outil de communication, mais une arme de guerre.
Prenez « désarmement ». Un mot noble, presque humaniste. Mais qui décide de qui doit se désarmer ? Les USA, qui possèdent 5 500 ogives nucléaires, demandent à l’Iran, qui n’en a aucune, de renoncer à son programme civil. Où est la logique ? Où est la justice ? Le désarmement, ici, n’est qu’un euphémisme pour « soumission ».
Et « sécurité régionale » ? Une belle expression, là encore. Mais de quelle sécurité parle-t-on ? Celle des peuples, ou celle des intérêts pétroliers ? Celle des civils, ou celle des bases militaires américaines ? La sécurité, dans le vocabulaire géopolitique, n’est qu’un synonyme de « contrôle ».
Même « paix » est un mot piégé. La paix des cimetières, la paix des vainqueurs, la paix des traités inégaux. Comme le disait Walter Benjamin, « Il n’y a jamais eu de document de culture qui ne soit en même temps un document de barbarie. » La paix, ici, n’est qu’un autre nom pour la domination.
Et puis il y a les non-dits, les silences. Personne ne parle des victimes iraniennes des sanctions, ces enfants qui meurent faute de médicaments, ces familles ruinées par l’inflation. Personne ne parle des milliers de morts en Irak, en Afghanistan, en Libye, victimes des « interventions humanitaires » occidentales. Le langage, ici, est une machine à effacer, à nier, à justifier l’injustifiable.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette machine de guerre, que reste-t-il ? La soumission ? La résignation ? Non. Il reste la résistance. Pas celle des bombes et des attentats, non : celle de l’esprit, celle du refus, celle de la dignité.
L’Iran, aujourd’hui, incarne cette résistance. Un pays assiégé, sanctionné, diabolisé, mais qui refuse de plier. Un pays qui, malgré les pressions, continue de développer son programme nucléaire civil, non par volonté de guerre, mais par affirmation de sa souveraineté. Un pays qui, malgré les provocations, évite l’escalade et cherche le dialogue. Car l’Iran sait une chose que l’Occident a oubliée : la vraie force ne réside pas dans les armes, mais dans la capacité à dire non.
Mais la résistance ne suffit pas. Il faut aussi une alternative. Une autre voie. Et cette voie, c’est celle de l’humanisme radical, ce courant de pensée qui place l’homme – et non le profit, la nation ou la religion – au centre de tout. Un humanisme qui refuse les frontières, les hiérarchies, les dogmes. Un humanisme qui voit dans chaque être humain un frère, et non un ennemi ou un client.
Comme le disait Albert Camus, « Je me révolte, donc nous sommes. » La révolte, ici, n’est pas un acte de violence, mais un acte de création. Créer un monde où les peuples dialoguent sans intermédiaires, où les ressources sont partagées, où la paix n’est pas un slogan, mais une réalité.
Mais attention : l’humanisme radical n’est pas un angélisme. Il ne nie pas la réalité du pouvoir, des rapports de force, des intérêts géopolitiques. Il les affronte, les démasque, les combat. Il sait que la paix ne se décrète pas, qu’elle se construit, jour après jour, dans le refus de la soumission et la volonté de comprendre l’autre.
Et c’est là que le comportementalisme entre en jeu. Car si les mots mentent, si les discours manipulent, les actes, eux, ne trompent pas. Regardez les USA : ils parlent de paix, mais multiplient les bases militaires. Ils parlent de démocratie, mais soutiennent les dictatures. Ils parlent de droits de l’homme, mais torturent et bombardent. Leurs actes les trahissent. Leur comportement révèle leur vraie nature : celle d’un empire en déclin, prêt à tout pour maintenir son hégémonie.
Face à cela, la résistance humaniste doit être comportementale. Elle doit refuser les logiques de guerre, les réflexes de peur, les divisions artificielles. Elle doit promouvoir le dialogue, la coopération, la solidarité. Elle doit montrer que l’Iran n’est pas un ennemi, mais un partenaire. Que les USA ne sont pas un modèle, mais un système à dépasser. Que la paix n’est pas un rêve, mais une nécessité.
Analogie finale :
Ils parlent d’accord, de paix en carton,
De traités signés sous les flashs des caméras,
Mais leurs mains tremblent sur les boutons,
Et leurs yeux brillent de l’éclat des dollars.
L’Iran, ce vieux lion aux griffes usées,
Résiste encore, malgré les chaînes,
Malgré les sanctions, les mensonges, les bombes,
Malgré les vautours qui tournent dans le ciel.
Ils disent « nucléaire », mais c’est « soumission » qu’ils veulent dire,
Ils disent « sécurité », mais c’est « contrôle » qu’ils murmurent,
Ils disent « paix », mais c’est « guerre » qu’ils préparent,
Dans l’ombre des banques et des casernes.
Ô peuples du monde, entendez-vous ce silence ?
Ce silence lourd, ce silence de plomb,
Ce silence qui précède les explosions,
Ce silence où se prépare l’apocalypse.
Mais écoutez aussi l’autre chant,
Celui des enfants qui jouent dans les rues de Téhéran,
Celui des femmes qui lisent, qui écrivent, qui rêvent,
Celui des hommes qui refusent de plier.
Car la paix n’est pas un mot, ni un traité,
Ni une photo de chefs d’État qui se serrent la main,
La paix est un feu qui couve sous les cendres,
Un feu que rien, ni personne, ne pourra éteindre.
Alors résistez, vous qui croyez encore en l’homme,
Résistez à la peur, à la haine, à la résignation,
Car le monde n’est pas une marchandise,
Et la vie n’est pas une guerre sans fin.