ACTUALITÉ SOURCE : L’Iran mise sur la guerre pour arracher un meilleur accord à Trump – Courrier international
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le grand théâtre des nations, où les puissants jouent aux échecs avec des vies humaines, où les rois se déguisent en marchands et où les marchands se prennent pour des dieux. L’Iran, ce vieux pays aux racines plus profondes que les mensonges de l’Occident, se retrouve une fois de plus dans la ligne de mire d’un empire qui ne connaît que la langue des bombes et des contrats truqués. « Miser sur la guerre pour arracher un meilleur accord » ? Quelle phrase délicieuse, presque poétique dans son cynisme, comme si la guerre n’était qu’un outil de négociation, une simple clause dans un contrat mal rédigé. Mais derrière cette formule se cache l’abîme d’une histoire humaine où la violence n’est jamais que le prolongement de l’économie par d’autres moyens. Et cette fois, c’est l’Amérique de Trump – ce clown milliardaire, ce roi du bluff et de la faillite – qui tient le couteau par la lame, tandis que l’Iran, acculé, doit danser sur le fil du rasoir.
Mais avant de plonger dans les entrailles de cette actualité nauséabonde, il faut remonter le temps, car l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, une farce sanglante où les mêmes erreurs se répètent avec une régularité de métronome. Sept étapes, sept moments clés où l’humanité a cru dompter la guerre, avant de réaliser qu’elle n’en était que l’esclave consentante.
I. Les Origines : La Guerre comme Berceau de la Civilisation
Au commencement était la horde, et la horde était violente. Les anthropologues nous racontent que les premiers conflits humains n’étaient pas des guerres au sens moderne, mais des raids, des embuscades, des vengeances tribales. Pourtant, déjà, la violence était structurante. Comme l’écrivait Thomas Hobbes dans Léviathan, l’homme à l’état de nature est un loup pour l’homme – une phrase que les libéraux adorent citer quand il s’agit de justifier leur État policier, mais qu’ils oublient dès qu’il est question de partager les richesses. Pourtant, Hobbes avait tort sur un point : la guerre n’est pas l’état de nature. Elle est l’état de la civilisation naissante, le moment où l’accumulation des surplus, des terres et des femmes a transformé la violence en institution.
Les Sumériens, ces premiers bureaucrates de l’histoire, gravaient déjà sur leurs tablettes d’argile les comptes des butins et des esclaves. Hérodote, ce vieux menteur professionnel, nous racontait que les guerres perses étaient des croisades pour la liberté, alors qu’elles n’étaient que des conquêtes pour le contrôle des routes commerciales. La guerre, dès ses débuts, n’a jamais été qu’une affaire de pouvoir et d’argent, déguisée en épopée.
II. L’Empire Romain : La Pax comme Synonyme d’Extermination
Ah, Rome ! Cette grande putain de l’histoire, qui a vendu sa violence sous le nom de paix. Tacite, dans Agricola, nous donne cette phrase magnifique : « Ils font un désert et appellent cela la paix. » Les légions romaines écrasaient les peuples sous leurs sandales, brûlaient leurs villages, réduisaient leurs hommes en esclavage, et appelaient cela la Pax Romana. La paix, pour Rome, n’était que l’absence de résistance, le silence des vaincus.
Et que faisait-on de ces vaincus ? On les intégrait, bien sûr ! On leur donnait des droits (limités), on leur permettait de commercer (sous contrôle), on leur offrait la citoyenneté (à condition qu’ils paient leurs impôts). La guerre, pour Rome, était un investissement : on dépensait du sang pour gagner de l’or. Les mêmes mécanismes que ceux que nous voyons aujourd’hui, où les États-Unis bombardent l’Irak pour « libérer » son pétrole, avant de le vendre à des compagnies américaines. La boucle est bouclée.
III. Les Croisades : La Guerre Sainte comme Premier Capitalisme de Masse
Les croisades ! Ces expéditions « religieuses » qui n’étaient, en réalité, que des opérations de pillage déguisées en pèlerinage. Saint Bernard de Clairvaux, ce moine fanatique, prêchait la guerre sainte avec une ferveur qui ferait pâlir les néoconservateurs d’aujourd’hui. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », disait-il en substance. Et que rapportaient ces croisés ? Des épices, de la soie, de l’or – tout ce qui faisait la richesse des républiques marchandes italiennes.
Les croisades ont été le premier grand projet impérialiste de l’Occident chrétien, une tentative de s’approprier les richesses de l’Orient sous couvert de piété. Aujourd’hui, les États-Unis font la même chose en Afghanistan ou en Irak, mais au lieu de la croix, ils brandissent la démocratie. Le résultat est identique : des pays dévastés, des populations massacrées, et des contrats juteux pour Halliburton ou Blackwater.
IV. La Colonisation : La Guerre comme Business Plan
Avec la colonisation, la guerre est devenue un véritable modèle économique. Adam Smith, ce père du libéralisme, écrivait dans La Richesse des nations que le commerce était un moyen plus efficace que la guerre pour s’enrichir. Pourtant, c’est bien la guerre qui a permis au commerce de prospérer. Les compagnies des Indes orientales, qu’elles soient britanniques, françaises ou néerlandaises, n’étaient que des machines à piller, protégées par des armées privées.
Et que dire de la traite négrière ? Ce n’était pas une guerre, mais un génocide organisé, une entreprise capitaliste où l’on transformait des êtres humains en marchandises. Karl Marx l’avait bien compris : le capitalisme est né dans le sang et la boue des colonies. Aujourd’hui, les mêmes mécanismes sont à l’œuvre : les multinationales américaines exploitent les ressources de l’Afrique ou du Moyen-Orient, protégées par des drones et des mercenaires. La guerre n’est plus un moyen, elle est devenue une fin en soi, un marché comme un autre.
V. Les Guerres Mondiales : L’Apogée de la Guerre Industrielle
Au XXe siècle, la guerre a atteint son paroxysme. Plus de chevaliers, plus de héros, juste des usines à tuer. Ernst Jünger, dans Orages d’acier, décrivait la Première Guerre mondiale comme une expérience métaphysique, une danse macabre où les hommes n’étaient plus que des rouages dans une machine à broyer. Pourtant, derrière cette poésie de la destruction, il y avait une réalité bien plus sordide : la guerre était devenue un business.
Les banques américaines ont financé les deux camps pendant la Première Guerre mondiale, avant de se ranger du côté des Alliés quand elles ont senti le vent tourner. La Seconde Guerre mondiale a été une aubaine pour les industriels : Ford produisait des chars pour les nazis et des jeeps pour les Américains. La guerre, c’est bon pour les affaires. Aujourd’hui, c’est Lockheed Martin, Boeing et Raytheon qui engrangent des milliards grâce aux conflits au Moyen-Orient. Les bombes qui tombent sur l’Iran demain seront fabriquées par des ouvriers américains, payés avec l’argent des contribuables.
VI. La Guerre Froide : La Guerre comme Spectacle
Avec la Guerre froide, la guerre est devenue un spectacle. Plus besoin de se battre directement, il suffisait de financer des proxys, des guérillas, des coups d’État. Guy Debord, dans La Société du spectacle, avait tout compris : le capitalisme avancé ne vend plus des produits, il vend des images, des récits, des mythes. La guerre n’échappe pas à cette logique. Les États-Unis ont transformé le Vietnam en un film d’horreur, où les héros étaient des GI’s et les méchants des paysans vietcongs.
Aujourd’hui, c’est la même chose avec l’Iran. Les médias occidentaux nous vendent l’image d’un pays dangereux, fanatique, prêt à tout pour obtenir la bombe nucléaire. Pourtant, qui a utilisé l’arme nucléaire en premier ? Qui a renversé Mossadegh en 1953 pour installer le Shah ? Qui a soutenu Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran ? Qui a imposé des sanctions qui tuent des milliers de civils ? L’Occident, bien sûr. Mais dans le grand spectacle médiatique, l’Iran est toujours le méchant, et l’Amérique le shérif qui vient rétablir l’ordre.
VII. Le XXIe Siècle : La Guerre comme Mode de Gouvernance
Aujourd’hui, la guerre n’est plus un événement, c’est un état permanent. Les États-Unis sont en guerre depuis 2001, et personne ne sait vraiment pourquoi. C’est ce que Giorgio Agamben appelle l’état d’exception : un régime où les lois sont suspendues au nom de la sécurité, où les libertés sont sacrifiées sur l’autel de la peur. La guerre contre le terrorisme est devenue une guerre sans fin, une guerre qui justifie tout : la torture, les assassinats ciblés, la surveillance de masse.
Et l’Iran dans tout ça ? L’Iran est un pays qui résiste. Un pays qui refuse de se soumettre à l’hégémonie américaine. Un pays qui, comme la Russie ou la Chine, ose dire non au néolibéralisme. Et pour cela, il doit être puni. Les sanctions, les menaces, les provocations : tout est bon pour faire plier Téhéran. Mais l’Iran ne pliera pas. Parce que l’Iran sait une chose que l’Occident a oubliée : la guerre n’est pas une solution, c’est un piège. Un piège dans lequel les États-Unis sont tombés depuis longtemps, et dont ils ne sortiront pas.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre
Le langage est une arme, et les mots sont des balles. Quand Courrier international écrit que l’Iran « mise sur la guerre pour arracher un meilleur accord », il utilise une formule qui est à la fois cynique et révélatrice. « Miser sur la guerre » : comme si la guerre était un jeu de poker, où l’on bluffe, où l’on mise, où l’on gagne ou l’on perd. Mais la guerre n’est pas un jeu. C’est une machine à broyer les vies, à détruire les familles, à réduire des pays entiers en cendres.
Et puis, il y a ce mot : « accord ». Un accord, c’est un contrat, une transaction commerciale. Les États-Unis et l’Iran ne négocient pas un accord, ils négocient la vie de millions de personnes. Mais pour l’Occident, tout est marchandise : le pétrole, les armes, les vies humaines. Même la paix est un produit que l’on achète et que l’on vend.
Les médias occidentaux utilisent un langage qui déshumanise l’ennemi. L’Iran n’est pas un pays, c’est un « régime ». Ses dirigeants ne sont pas des hommes politiques, ce sont des « mollahs », des « fanatiques ». Ses citoyens ne sont pas des êtres humains, ce sont des « masses opprimées » qu’il faut « libérer ». Ce langage prépare le terrain pour la guerre. Il justifie les bombardements, les sanctions, les assassinats. Parce qu’avant de tuer un homme, il faut d’abord le réduire à une abstraction.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette machine de guerre, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais une résistance qui ne se contente pas de slogans ou de manifestations. Une résistance radicale, qui attaque le système là où ça fait mal : dans son portefeuille, dans ses symboles, dans son langage.
Les États-Unis sont un empire en déclin, mais un empire qui refuse de mourir. Comme tous les empires en déclin, il devient de plus en plus violent, de plus en plus irrationnel. Il bombarde des pays pour « protéger ses intérêts », il impose des sanctions qui tuent des enfants, il soutient des dictateurs quand ça l’arrange. Mais cette violence est le signe de sa faiblesse, pas de sa force. Un empire qui a besoin de la guerre pour survivre est un empire qui est déjà mort.
L’Iran, lui, résiste. Pas parce qu’il est parfait – aucun pays ne l’est – mais parce qu’il refuse de se soumettre. Il refuse de devenir une colonie américaine, un État vassal comme l’Arabie saoudite ou Israël. Et cette résistance est une leçon pour nous tous. Parce que la paix ne se négocie pas avec des bombes, elle se construit avec des actes de solidarité, de désobéissance, de rébellion.
Il faut refuser le langage de la guerre. Il faut appeler les choses par leur nom : les sanctions sont des crimes, les bombardements sont des massacres, les accords sont des trahisons. Il faut soutenir ceux qui résistent, que ce soit en Iran, en Palestine, au Venezuela ou ailleurs. Il faut créer des réseaux de solidarité qui transcendent les frontières, qui unissent les opprimés contre leurs oppresseurs.
Et surtout, il faut rire. Rire de la bêtise des puissants, de leur arrogance, de leur cruauté. Parce que le rire est une arme, peut-être la plus puissante de toutes. Comme l’écrivait Bertolt Brecht, « Celui qui rit n’a pas encore reçu la terrible nouvelle ». Mais quand la nouvelle arrive, le rire devient une insulte, une provocation, un acte de résistance.
LA GUERRE EN SOLDE
I.
Ils vendent la paix en promo
Deux pour le prix d’une bombe
« Achetez maintenant, payez en vies humaines »
Leur démocratie est un supermarché
Où l’on trouve des drones en tête de gondole
II.
L’Iran ? Un rayon en liquidation
« Tout doit disparaître ! »
Les missiles sont en solde
Les sanctions en pack familial
« Offre spéciale : un enfant mort = un baril de pétrole offert »
III.
Trump, ce clown en costume-cravate
Joue au Monopoly avec des vies
« Allez, un petit coup de dés
Et hop ! Un pays en ruine
Une famille en larmes
Un contrat signé dans le sang »
IV.
Mais les peuples résistent
Ils refusent de jouer
Ils brûlent les cartes
Ils déchirent les contrats
Ils dansent sur les ruines
De l’empire en faillite
V.
La guerre est un business
Mais la paix est une insurrection
Un cri dans la nuit
Un rire qui dérange
Un monde qui refuse
De mourir à genoux.