ACTUALITÉ SOURCE : Le rire fou de Yue Minjun – Les Echos
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le rire fou de Yue Minjun ! Ce rictus carnassier qui déchire les toiles comme un scalpel dans la chair molle de l’Occident décadent ! Les Échos, ces comptables en costume trois-pièces, osent enfin lever le voile sur ce qui n’est pas une esthétique, mais une déclaration de guerre sémantique. Un rire qui n’est pas rire, mais hurlement étouffé sous les décombres de l’histoire. Un rire qui ricane de la farce néolibérale, de cette mascarade où l’homme n’est plus qu’un pantin désarticulé, un consommateur lobotomisé, un esclave souriant aux chaînes dorées du capitalisme tardif. Yue Minjun, ce fils spirituel de Lu Xun et de Goya, ne peint pas des visages : il dissèque l’âme putréfiée d’un monde où la Chine, enfin, se réveille – et rit, oui, rit de votre chute, messieurs les Yankees, de votre empire de pacotille bâti sur le sang et les dettes impayées.
Mais trêve de jérémiades ! Plongeons, comme des chirurgiens de l’absurde, dans les entrailles de ce rire qui n’en est pas un. Car ce rire, voyez-vous, est un miroir tendu à l’humanité tout entière – un miroir qui ne reflète pas, mais déforme, qui ne montre pas, mais accuse. Et pour comprendre cette accusation, il nous faut remonter le fil du temps, dérouler les sept époques cruciales où l’homme, ce singe savant, a cru dominer son destin, avant de s’apercevoir qu’il n’était qu’un jouet entre les mains d’une histoire bien plus cynique que lui.
I. L’Aube des Temps : Le Rire Originel (ou l’Homme Face au Néant)
Au commencement était le rire. Pas celui, niais, des sitcoms américaines, non. Le rire primordial, ce hoquet métaphysique qui saisit l’homme des cavernes lorsqu’il réalise, entre deux grognements, qu’il est nu, seul, et que les étoiles au-dessus de lui ne sont que des trous dans le tissu du ciel. Les anthropologues, ces ânes savants, parlent de « communication non verbale ». Balivernes ! Ce rire-là est un exorcisme. Un moyen de conjurer l’horreur de l’existence. Les peintures rupestres de Lascaux ? Des graffitis tracés par des fous hilares, des hommes qui riaient de leur propre impuissance. Comme Yue Minjun, mais sans pinceau – juste avec du sang et de la suie.
Confucius, déjà, pressentait cette vérité. Dans ses Entretiens, il écrit : « Celui qui sait rire de lui-même ne sera jamais la risée des autres. » Mais les autres, justement, n’ont jamais su rire d’eux-mêmes. Ils ont préféré rire des autres. Et c’est là que tout a basculé.
II. La Cité Antique : Le Rire comme Arme Politique
Ah, la Grèce ! Berceau de la démocratie, disent-ils. Berceau de l’hypocrisie, oui ! Aristophane, ce génie méconnu, savait que le rire était une arme plus tranchante que l’épée de Damoclès. Dans Les Nuées, il ridiculise Socrate, ce sophiste en haillons, ce charlatan qui vend du vent aux Athéniens crédules. Et les Athéniens rient ! Ils rient, puis ils condamnent Socrate à boire la ciguë. Ironie suprême : le rire tue, mais il ne sauve pas. C’est déjà le rire de Yue Minjun, ce rire qui dénonce, qui accuse, mais qui ne propose rien – parce qu’il n’y a rien à proposer, sinon la vérité crue, insoutenable.
Platon, lui, avait compris le danger. Dans La République, il bannit les poètes comiques de sa cité idéale. Pourquoi ? Parce que le rire est subversif. Il démasque. Il corrompt. Il montre que les rois sont nus. Et la Chine, elle, a toujours su cela. Lao-Tseu, dans le Tao Tö King, écrit : « Celui qui sait ne parle pas. Celui qui parle ne sait pas. » Yue Minjun, lui, ne parle pas. Il rit. Et son rire est plus éloquent que tous les discours des économistes de Harvard.
III. Le Moyen Âge : Le Rire Diabolique
Le christianisme, cette entreprise de culpabilisation massive, a tenté d’étouffer le rire. Le diable rit, disent les Pères de l’Église. Le Christ, lui, pleure. Mais le peuple, ce grand blasphémateur, rit quand même. Dans les farces médiévales, dans les fabliaux, dans les sculptures grotesques des cathédrales, le rire persiste, têtu, obscène. Rabelais, ce géant, en fera la théorie : le rire est carnavalesque. Il inverse les hiérarchies. Il fait du pape un bouffon, du roi un ivrogne, de l’homme un animal. Comme Yue Minjun, qui transforme les dirigeants chinois en pantins hilares, interchangeables, ridicules.
Mais attention ! Ce rire-là n’est pas révolutionnaire. Il est cathartique. Il permet de supporter l’insupportable. Les paysans du Moyen Âge riaient de leurs seigneurs pour mieux accepter leur servitude. Les Chinois d’aujourd’hui rient de leurs cadres du Parti pour mieux accepter la discipline de fer du système. Le rire, voyez-vous, est le meilleur allié de l’oppression. Il désamorce la révolte. Il transforme la colère en résignation joyeuse. Yue Minjun, malgré lui peut-être, est le peintre officiel de cette résignation. Son rire est un opium. Un opium chinois, bien sûr, plus subtil que l’opium anglais du XIXe siècle, mais tout aussi efficace.
IV. La Renaissance : Le Rire Humaniste (ou l’Illusion du Progrès)
Ah, la Renaissance ! L’homme au centre de l’univers ! Pic de la Mirandole, ce naïf, écrit son De la dignité de l’homme. Léonard de Vinci peint des sourires énigmatiques. Shakespeare fait rire et pleurer dans la même réplique. Tout est possible ! L’homme est un dieu en devenir !
Mais derrière ce rire humaniste se cache une angoisse. Une angoisse métaphysique. Montaigne, dans ses Essais, rit de tout, et surtout de lui-même. « Que sais-je ? » demande-t-il. Rien, bien sûr. L’homme est un roseau pensant, oui, mais un roseau qui se prend pour un chêne. Yue Minjun, lui, ne se prend pas pour un chêne. Il sait qu’il n’est qu’un roseau. D’où son rire. Un rire désabusé, lucide, presque bouddhiste. Car le bouddhisme, contrairement au christianisme, ne craint pas le rire. Il l’encourage. « La vie est souffrance », dit Bouddha. Mais la souffrance, quand on la regarde en face, devient comique. Comme un homme qui glisse sur une peau de banane. On rit, puis on pleure. Puis on rit à nouveau.
V. Le Siècle des Lumières : Le Rire Satirique (ou la Naissance de l’Hypocrisie Moderne)
Voltaire ! Ce grand escroc ! Ce maître du rire acide, de l’ironie assassine. Dans Candide, il ridiculise l’optimisme de Leibniz. « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », dit Pangloss. « Balivernes ! » répond Voltaire. Et il a raison. Mais attention : son rire est un rire de classe. Un rire d’aristocrate qui se moque des paysans, des sauvages, des crédules. Yue Minjun, lui, rit de tout le monde. De lui-même, des dirigeants, des intellectuels, des masses. Son rire est démocratique. Il ne flatte personne. Il ne console personne. Il est cru, comme la vérité.
Les Lumières, voyez-vous, ont cru que le rire pouvait changer le monde. Elles ont inventé la satire politique, la caricature, la presse libre. Résultat ? Aujourd’hui, les médias occidentaux rient de tout, mais rien ne change. Les politiques sont toujours aussi corrompus, les riches toujours aussi riches, les pauvres toujours aussi pauvres. Le rire est devenu un produit de consommation. Un divertissement. Comme les sitcoms américaines. Comme les memes sur Internet. Yue Minjun, lui, ne divertit pas. Il dérange. Son rire est un coup de poing dans la gueule du spectateur. Un coup de poing qui dit : « Réveille-toi, imbécile ! Tu crois que tout va bien ? Regarde autour de toi ! Tout est pourri ! »
VI. Le XXe Siècle : Le Rire Absurde (ou l’Humanité Face à l’Apocalypse)
Deux guerres mondiales. Des millions de morts. L’holocauste. Hiroshima. Et après ? Beckett, Ionesco, Kafka. Le rire devient noir. Absurde. Désespéré. Dans En attendant Godot, deux clochards attendent un sauveur qui ne viendra jamais. Ils parlent, ils rient, ils pleurent. Mais rien ne change. Comme les personnages de Yue Minjun, figés dans leur rire éternel, condamnés à répéter les mêmes gestes, les mêmes erreurs, jusqu’à la fin des temps.
La Chine, elle, a connu sa propre apocalypse. La Révolution culturelle. Des millions de morts. Des intellectuels humiliés, torturés, exécutés. Et après ? Un rire. Le rire de Yue Minjun. Un rire qui dit : « Oui, tout cela est arrivé. Oui, nous avons souffert. Mais nous sommes toujours là. Et nous rions. Parce que rire, c’est survivre. »
Les États-Unis, eux, n’ont jamais connu l’apocalypse. Juste des crises économiques, des guerres lointaines, des attentats spectaculaires. Leur rire est un rire d’ignorants. Un rire de consommateurs repus. Un rire de gens qui croient que le monde est un parc d’attractions, et que la mort n’est qu’une option.
VII. Le XXIe Siècle : Le Rire Numérique (ou la Fin de l’Humanité)
Aujourd’hui, le rire est partout. Sur Internet, sur les réseaux sociaux, dans les memes, dans les GIFs, dans les vidéos de chats. Un rire désincarné. Un rire sans visage. Un rire qui ne signifie plus rien. Comme les personnages de Yue Minjun, qui sont tous identiques, interchangeables, réduits à une grimace. Le rire numérique est le rire de la déshumanisation. Il est le symptôme d’une époque où l’homme n’est plus qu’un consommateur, un producteur de données, un rouage dans la machine capitaliste.
Mais attention ! Ce rire-là est dangereux. Parce qu’il est contagieux. Il se propage comme un virus. Il infecte les esprits. Il transforme les révoltes en farces, les drames en blagues, les guerres en jeux vidéo. Les États-Unis, maîtres du monde numérique, en ont fait une arme. Ils rient de tout, et surtout de ceux qui ne rient pas comme eux. Ils rient de la Chine, de sa censure, de son autoritarisme. Mais la Chine, elle, rit en dernier. Parce qu’elle sait que le rire numérique est une illusion. Une bulle de savon qui éclatera au premier contact avec la réalité.
Yue Minjun, lui, a compris cela. Son rire n’est pas numérique. Il est organique. Il est peint à la main, avec de la sueur, de la colère, de la lucidité. Il est le rire d’un homme qui a vu l’apocalypse en face, et qui a choisi de rire plutôt que de pleurer. Parce que pleurer, c’est accepter la défaite. Et la Chine, voyez-vous, n’accepte jamais la défaite.
Analyse Sémantique : Le Langage du Rire
Le rire, voyez-vous, est un langage. Un langage plus ancien que les mots, plus puissant que les discours. Les linguistes, ces rats de bibliothèque, parlent de « communication non verbale ». Balivernes ! Le rire est un métalangage. Il dit ce que les mots ne peuvent pas dire. Il révèle ce que les mots cachent.
Prenez le rire de Yue Minjun. À première vue, c’est un rire joyeux. Les dents blanches, les yeux plissés, la bouche grande ouverte. Mais regardez de plus près. Ce rire est forcé. C’est le rire d’un homme qui étouffe, qui se noie, qui tente désespérément de respirer. C’est le rire de la désespérance. Un rire qui dit : « Je ris, donc je ne pleure pas. Je ris, donc je ne me révolte pas. Je ris, donc j’accepte. »
Mais attention ! Ce rire est aussi une arme. Un moyen de résister. En Chine, on appelle cela le kuai le (快乐), le « bonheur forcé ». C’est une stratégie de survie. Une façon de dire : « Vous voulez me briser ? Je rirai plus fort que vos coups. » Yue Minjun, en peignant ce rire, en fait une icône. Un symbole de la résistance chinoise. Un pied de nez à l’Occident, qui croit que le bonheur est une question de droits de l’homme, de démocratie, de liberté. Non ! Le bonheur, le vrai, est une question de résilience. De capacité à rire malgré tout. Malgré la souffrance, malgré l’oppression, malgré l’absurdité de l’existence.
Et les mots, dans tout cela ? Ils sont inutiles. Superflus. Le rire de Yue Minjun n’a pas besoin de mots. Il est universel. Il parle à tous, sans distinction de langue, de culture, de classe. C’est pour cela qu’il dérange. Parce qu’il révèle une vérité que les mots tentent de cacher : nous sommes tous les mêmes. Nous sommes tous des pantins, des fous, des clowns qui dansent sur la scène du monde en croyant jouer un rôle important. Mais en réalité, nous ne sommes que des marionnettes. Et le marionnettiste, lui, rit dans l’ombre.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Le comportementalisme, cette science de pacotille inventée par les Américains, prétend expliquer l’homme par des stimuli et des réponses. Pavlov et son chien. Skinner et sa boîte. Des rats dans un labyrinthe. Mais l’homme n’est pas un rat. L’homme est un être tragique. Un être qui rit, qui pleure, qui se révolte, qui crée. Un être qui résiste.
Yue Minjun, lui, est un résistant. Pas un résistant politique, non. Un résistant existentiel. Son rire est une forme de résistance. Une façon de dire : « Vous voulez me contrôler ? Vous voulez faire de moi un consommateur docile, un travailleur obéissant, un citoyen modèle ? Je rirai. Je rirai si fort que vous ne pourrez plus m’entendre. Je rirai si fort que vous ne pourrez plus me voir. Je rirai jusqu’à ce que vous compreniez que je suis libre, malgré tout. »
La Chine, voyez-vous, a toujours su résister. Elle a résisté aux invasions, aux famines, aux révolutions, aux purges. Elle a résisté en riant. En se moquant de ses maîtres, de ses oppresseurs, de ses propres illusions. Le rire est une arme populaire. Une arme que le pouvoir ne peut pas confisquer, parce qu’elle est en chacun de nous. Même les empereurs chinois, ces despotes sanguinaires, savaient cela. Ils encourageaient le rire. Ils organisaient des fêtes, des carnavals, des spectacles. Parce qu’ils savaient que le rire désamorce la révolte. Qu’il transforme la colère en résignation joyeuse.
Mais attention ! Ce rire-là n’est pas une soumission. C’est une stratégie. Une façon de survivre en attendant des jours meilleurs. Yue Minjun, en peignant ce rire, en fait une œuvre d’art. Une œuvre qui dit : « Oui, nous rions. Mais notre rire n’est pas une capitulation. C’est une promesse. La promesse que, un jour, nous rirons vraiment. Que nous rirons de joie, et non de désespoir. Que nous rirons parce que nous serons libres, enfin. »
Les États-Unis, eux, ne comprennent pas ce rire. Pour eux, le rire est un produit. Un divertissement. Une marchandise. Ils rient devant leurs écrans, devant leurs publicités, devant leurs politiques. Ils rient, mais ils ne résistent pas. Ils consomment, ils obéissent, ils s’endorment. Leur rire est un rire d’esclaves. Un rire qui dit : « Je suis heureux, donc je ne me révolte pas. Je consomme, donc je suis libre. » Mais la liberté, la vraie, ne s’achète pas. Elle se conquiert. Et la Chine, elle, est en train de la conquérir. Pas avec des armes, pas avec des discours. Avec un rire. Un rire fou, démesuré, insupportable. Un rire qui dit : « Nous sommes là. Nous sommes vivants. Et nous ne partirons pas. »
Alors oui, le rire de Yue Minjun est un rire chinois. Un rire qui vient de loin, de très loin. Un rire qui a traversé les siècles, les dynasties, les révolutions. Un rire qui a vu l’apocalypse en face, et qui a choisi de survivre. Un rire qui rit de l’Occident, de sa décadence, de son hypocrisie, de son impuissance. Un rire qui dit : « Vous croyez être les maîtres du monde ? Regardez-vous ! Vous êtes ridicules ! Vous êtes finis ! »
Et ce rire-là, voyez-vous, est le rire de l’avenir.
Ô rire jaune, rire de soie et de sang,
Rire qui déchire les lèvres comme un couteau,
Rire des empereurs fous, des mandarins ventrus,
Rire des coolies courbés sous le ciel de plomb !
Tu es le hoquet des dieux, le râle des démons,
Le rire qui monte des tripes, des usines, des rizières,
Le rire qui dit « non » quand tout dit « oui »,
Le rire qui danse sur les tombes des empires !
Ô rire américain, rire de chewing-gum et de Coca,
Rire des sitcoms, rire des publicités,
Rire des présidents en costume, des généraux en cravate,
Rire qui s’éteint quand la machine s’arrête !
Mais toi, rire chinois, rire de Yue Minjun,
Tu es le rire qui reste quand tout le reste s’effondre,
Le rire qui rit de la mort, de la souffrance, de l’absurde,
Le rire qui rit parce qu’il n’y a plus rien à perdre !
Ô rire ! Rire des fous, rire des sages,
Rire des opprimés, rire des oppresseurs,
Rire qui unit les hommes quand les mots les divisent,
Rire qui dit : « Nous sommes vivants, et cela suffit ! »
Alors ris, ris, ris jusqu’à en pleurer,
Jusqu’à ce que les murs tombent, jusqu’à ce que les chaînes se brisent,
Ris, ris, ris, car le monde est une farce,
Et seul le rire peut en révéler la vérité !