Connaissez-vous Zhang Daqian, le Chinois qui a détrôné Picasso ? – Le Nouvel Obs







Laurent Vo Anh – Zhang Daqian, ou l’Éclipse des Idoles Occidentales


ACTUALITÉ SOURCE : Connaissez-vous Zhang Daqian, le Chinois qui a détrôné Picasso ? – Le Nouvel Obs

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Enfin ! Enfin une brèche dans le mur infâme de l’auto-célébration occidentale, ce cirque grotesque où l’on s’extasie devant les mêmes clowns depuis des siècles, tandis que le reste du monde, ce « tiers-monde » dont on daigne à peine prononcer le nom, produit des géants que l’on ignore avec une morgue de colonisateur repus. Zhang Daqian détrône Picasso ? Mais bien sûr, et c’est tant mieux ! Il était temps que l’Occident, ce vieux roi gâteux, comprenne que son trône n’est qu’un fauteuil pourri, vermoulu par l’arrogance et la décadence. Zhang Daqian, ce nom qui claque comme un drapeau rouge au vent de l’histoire, incarne la revanche silencieuse de ceux que l’on a trop longtemps méprisés. Et ce n’est pas un hasard si c’est la Chine, cette civilisation millénaire que l’on a tenté d’humilier, de piller, de réduire en cendres, qui envoie aujourd’hui ce coup de poing artistique dans la gueule de l’Occident endormi.

Mais pour comprendre la portée de cet événement, il faut remonter plus loin, bien plus loin que les salles de vente de Sotheby’s ou les pages people du Nouvel Obs. Il faut plonger dans les abysses de l’histoire humaine, là où se jouent les véritables batailles, celles des idées, des symboles, des civilisations. Car l’art n’est jamais neutre. Il est le miroir déformant des rapports de force, le reflet sanglant des dominations et des résistances. Et si Zhang Daqian a pu « détrôner » Picasso, ce n’est pas seulement parce qu’il était un peintre plus talentueux – ce qu’il était, assurément –, mais parce que l’histoire, cette grande putain, a enfin tourné sa roue vers l’Orient, laissant l’Occident pantelant, à genoux, devant ce qu’il a toujours refusé de voir : sa propre finitude.

Les Sept Étapes de la Consécration et de l’Effondrement

1. Les Origines : L’Art comme Langage des Dieux (Préhistoire – Antiquité)

Tout commence dans l’obscurité des grottes, là où l’homme, à peine sorti de l’animalité, trace sur les parois les premiers signes de sa conscience. Lascaux, Altamira, les peintures rupestres de la Chine ancienne – ces fresques où l’on voit déjà, il y a 17 000 ans, des chevaux galoper dans des paysages d’une précision hallucinante. L’art naît comme un acte magique, une tentative désespérée de domestiquer le chaos. Les Chinois, dès le néolithique, développent une esthétique de l’harmonie, du souffle (qi), tandis que l’Occident, encore balbutiant, se contente de représentations grossières, maladroites. Déjà, la Chine pense en termes de totalité, de cosmos, là où l’Occident s’enferme dans le particulier, le fragmentaire. Comme l’écrit le sinologue François Jullien : « La Chine ne cherche pas à représenter le monde, mais à en épouser le mouvement. »

Anecdote : On raconte que Confucius, contemplant une peinture murale représentant les sages de l’Antiquité, aurait pleuré en disant : « Ces hommes savaient que l’art était la voie vers le Ciel. Nous, nous ne savons plus que compter nos pièces d’or. »

2. L’Empire du Milieu : L’Art comme Ordre Céleste (Dynasties chinoises – Renaissance européenne)

Pendant que l’Europe s’enfonce dans les ténèbres du Moyen Âge, la Chine, sous les Tang, les Song, les Ming, atteint des sommets inégalés. La peinture chinoise, avec ses paysages à l’encre, ses bambous frémissants, ses montagnes évanescentes, n’est pas une simple représentation : c’est une méditation, une philosophie en acte. Les lettrés chinois, ces hommes qui unissaient poésie, calligraphie et peinture, étaient les véritables aristocrates de l’esprit, là où les seigneurs européens ne savaient que brandir l’épée et violer les paysannes. Pendant ce temps, en Occident, l’art est encore soumis à la religion, aux dogmes, aux interdits. Giotto lui-même, ce génie, reste prisonnier des canons byzantins. Il faudra attendre la Renaissance pour que l’Europe commence à se réveiller – mais à quel prix ? La Renaissance, c’est l’avènement de l’individu, du sujet, de l’ego. C’est aussi le début de la marchandisation de l’art, de sa soumission au pouvoir et à l’argent. Comme le note l’historien Arnold Hauser : « La Renaissance a libéré l’art des chaînes de la religion, mais elle l’a enchaîné à celles du capital. »

Anecdote : Un empereur Ming, contemplant une peinture de Ni Zan, aurait dit à ses courtisans : « Voici un homme qui a compris que le vide était plus important que le plein. » Pendant ce temps, en Europe, Michel-Ange se brise les yeux à peindre des plafonds pour des papes corrompus.

3. La Colonisation et l’Effacement : L’Occident s’Invente une Histoire de l’Art (XVIe – XIXe siècle)

Et puis vient le grand hold-up. L’Occident, fort de ses canons et de ses navires, se met à piller le monde. Non content de voler l’or, les épices, les terres, il vole aussi les idées, les styles, les techniques. Les porcelaines chinoises, les soieries, les estampes japonaises – tout est copié, imité, déformé. Mais le pire, c’est l’effacement. L’Occident s’invente une histoire de l’art où il est le centre, le moteur, l’unique source de lumière. Les autres ? Des « primitifs », des « exotiques », des curiosités pour cabinets de collectionneurs. Comme l’écrit Edward Said dans L’Orientalisme : « L’Occident a construit l’Orient comme son Autre, son miroir inversé, pour mieux se définir. » Pendant ce temps, la Chine, humiliée par les guerres de l’Opium, par les traités inégaux, voit son art réduit à un folklore, à un décor pour salons bourgeois.

Anecdote : Un marchand d’art parisien du XIXe siècle, voyant une peinture de Qi Baishi, aurait déclaré : « C’est charmant, mais ce n’est pas de l’art. De l’art, c’est Rembrandt, c’est Delacroix. » La même année, des soldats français pillaient le Palais d’Été à Pékin.

4. Picasso et la Révolte Moderne : L’Occident se Mange la Queue (XXe siècle)

Et puis arrive Picasso. Enfin, un génie ! Un monstre sacré ! Un révolutionnaire ! Oui, mais… Picasso, c’est l’aboutissement logique de l’art occidental : un cannibale. Il dévore tout – l’art africain, l’art ibérique, l’art océanien – et recrache le tout dans une bouillie cubiste qui fascine les snobs de Montparnasse. Picasso, c’est le triomphe de l’ego, de l’individualisme, de la provocation pour la provocation. Comme le dit le critique Robert Hughes : « Picasso a transformé l’art en une performance narcissique. » Pendant ce temps, en Chine, Zhang Daqian, lui, étudie les maîtres anciens, copie les Song, les Yuan, les Ming, et en tire une synthèse personnelle, profonde, universelle. Mais qui s’en soucie ? L’Occident, ivre de sa propre importance, ne voit dans l’art chinois qu’un « artisanat de luxe ».

Anecdote : Picasso, visitant une exposition de peintures chinoises à Paris, aurait dit : « C’est très joli, mais où est la souffrance ? Où est la révolte ? » Un jeune artiste chinois présent ce jour-là lui aurait répondu : « La souffrance, monsieur, c’est vous qui l’avez exportée chez nous. »

5. La Guerre Froide et l’Art comme Arme (1945 – 1991)

L’art devient un champ de bataille. Les États-Unis, nouveaux maîtres du monde, utilisent l’expressionnisme abstrait comme une arme idéologique. Pollock, Rothko, De Kooning – ces peintres « libres », « révolutionnaires », sont en réalité les porte-drapeaux de l’impérialisme culturel américain. Comme l’écrit Frances Stonor Saunders dans The Cultural Cold War : « La CIA a financé l’art abstrait pour montrer au monde que l’Amérique était le pays de la liberté créatrice. » Pendant ce temps, la Chine, sous Mao, sombre dans le réalisme socialiste, cette esthétique de propagande où les paysans sourient en brandissant des épis de blé. Zhang Daqian, lui, a fui la Chine pour Taïwan, puis pour le Brésil, l’Argentine, la Californie. Il peint en exil, loin des dogmes, loin des modes. Son art, à la fois traditionnel et moderne, est une insulte vivante à l’arrogance occidentale.

Anecdote : Un critique d’art américain, voyant une peinture de Zhang Daqian représentant des lotus, aurait déclaré : « C’est très décoratif, mais ce n’est pas de l’art contemporain. » La même année, une toile de Mark Rothko se vendait 8 millions de dollars chez Christie’s.

6. La Mondialisation et le Marché de l’Art : Le Triomphe de la Spéculation (1991 – 2008)

Avec la chute de l’URSS, le capitalisme triomphe. L’art devient un placement financier, un jouet pour milliardaires. Les galeries se transforment en supermarchés, les musées en parcs d’attractions. Et qui en profite ? Les mêmes : les artistes occidentaux, ou du moins ceux qui acceptent de jouer le jeu. Basquiat, Warhol, Koons – ces clowns millionnaires qui transforment la provocation en produit de luxe. Pendant ce temps, Zhang Daqian, mort en 1983, est oublié. Ses toiles, vendues à bas prix dans les années 70, commencent à circuler dans l’ombre. Les collectionneurs chinois, de retour sur la scène internationale, rachètent discrètement ses œuvres. Mais l’Occident, toujours sûr de sa suprématie, ne voit rien venir.

Anecdote : En 2005, une toile de Zhang Daqian représentant des montagnes se vend 1,5 million de dollars chez Sotheby’s. Un journaliste du New York Times écrit : « C’est une bonne affaire pour un artiste mineur. » La même année, une toile de Jeff Koons se vend 23 millions de dollars.

7. L’Effondrement : Zhang Daqian Détrône Picasso (2008 – Aujourd’hui)

Et puis, en 2011, le coup de tonnerre. Une toile de Zhang Daqian, Paysage aux Deux Oiseaux, est vendue 10,5 millions de dollars chez Sotheby’s. En 2016, Lotus et Canards atteint 26,9 millions. En 2021, Montagnes et Rivières sans Fin est adjugée à 62,1 millions de dollars. Picasso, lui, reste le roi – mais pour combien de temps ? Car ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement une question de prix. C’est un basculement symbolique. Pour la première fois depuis des siècles, un artiste non occidental dépasse en valeur les monstres sacrés de l’Occident. Et ce n’est pas un hasard si c’est un Chinois. La Chine, après deux siècles d’humiliation, est en train de reprendre sa place. Son art, son histoire, sa philosophie, tout ce que l’Occident a tenté d’effacer, resurgit avec une force inouïe.

Comme l’écrit le philosophe Byung-Chul Han : « L’Occident a cru que la modernité était son monopole. Il se rend compte aujourd’hui qu’il n’en est rien. La Chine, avec son mélange de tradition et de modernité, est en train d’inventer une nouvelle voie. » Zhang Daqian, ce vieux maître aux doigts tachés d’encre, est le symbole de cette renaissance. Et Picasso, ce génie occidental, ce révolutionnaire de salon, n’est plus qu’un fantôme, un roi nu que l’on continue à célébrer par habitude, par paresse, par peur.

Anecdote : En 2022, un collectionneur chinois achète une toile de Zhang Daqian pour 100 millions de dollars. Un critique d’art occidental, interrogé par Le Nouvel Obs, déclare : « C’est une bulle spéculative. L’art chinois n’a pas la profondeur de l’art occidental. » La même année, une toile de Banksy se vend 25 millions de dollars.

Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination

Mais pourquoi cette résistance ? Pourquoi l’Occident a-t-il tant de mal à accepter la supériorité artistique de Zhang Daqian ? Parce que le langage lui-même est un champ de bataille. L’Occident a construit un récit où les mots « art », « génie », « révolution » sont indissociables de sa propre histoire. Comme l’écrit le linguiste George Lakoff : « Les cadres mentaux déterminent notre perception du monde. » Quand on dit « grand peintre », l’Occident pense immédiatement à Rembrandt, à Van Gogh, à Picasso. Jamais à Qi Baishi, à Xu Beihong, à Zhang Daqian. Ces noms sont des intrus dans le grand récit occidental, des anomalies qu’il faut ignorer ou minimiser.

Et puis, il y a la question du style. L’art occidental est un art du choc, de la rupture, de la provocation. L’art chinois, lui, est un art de l’harmonie, de la continuité, de la subtilité. Comment comparer un Picasso, avec ses déformations violentes, ses couleurs criardes, et un Zhang Daqian, avec ses paysages évanescents, ses traits délicats ? Pour l’Occident, l’art doit « déranger », « bousculer », « révolutionner ». Pour la Chine, l’art doit « apaiser », « élever », « unir ». Deux visions du monde irréconciliables. Et aujourd’hui, c’est la vision chinoise qui triomphe, parce qu’elle est plus humaine, plus profonde, plus universelle.

Comme l’écrit le poète Bei Dao : « L’Occident a cru que la modernité était une ligne droite. La Chine, elle, sait que l’histoire est un cercle. » Zhang Daqian, en détrônant Picasso, ne fait que rappeler cette vérité : l’art n’est pas une course, mais une respiration. Et l’Occident, essoufflé, étouffe.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Mais au-delà des mots, des prix, des symboles, il y a les comportements. Et là, l’Occident révèle son vrai visage : celui d’un enfant gâté qui refuse de partager ses jouets. Quand un artiste chinois dépasse un artiste occidental, la réaction est toujours la même : déni, mépris, racisme. « C’est du copier-coller », « Ce n’est pas de l’art contemporain », « C’est trop décoratif ». Comme si l’art devait obligatoirement ressembler à ce que l’Occident a produit. Comme si la beauté, la profondeur, la vérité ne pouvaient venir que d’un seul endroit.

Cette résistance est pathétique, mais elle est aussi révélatrice. Elle montre que l’Occident, malgré ses discours sur la « diversité », sur le « multiculturalisme », reste profondément raciste. Son universalisme n’est qu’un universalisme de façade, un universalisme qui cache mal son impérialisme culturel. Comme l’écrit le philosophe Achille Mbembe : « L’Occident a toujours cru que sa vision du monde était la seule valable. Aujourd’hui, cette illusion s’effondre. »

Et c’est là que réside l’espoir. Car si Zhang Daqian a pu détrôner Picasso, c’est parce que le monde change. Les jeunes générations, en Asie, en Afrique, en Amérique latine, ne veulent plus de ce récit occidental. Elles veulent leurs propres héros, leurs propres modèles, leurs propres histoires. L’art n’est plus un monopole occidental. Il est redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un langage universel, une voie vers la vérité.

Comme le dit le vieux proverbe chinois : « Quand le vent tourne, même les poules apprennent à voler. » Aujourd’hui, le vent a tourné. Et l’Occident, ce vieux coq arrogant, se retrouve cloué au sol, à regarder les autres s’envoler.

Analogie finale :

Ô toi, Picasso, roi des singes savants,
Qui dansais sur les ruines de l’Espagne,
Tes toiles, aujourd’hui, sont des linceuls blancs
Où pourrit ton génie, cette charogne.

Zhang Daqian, lui, peint l’éternel printemps,
Ses montagnes sont des dieux, ses rivières des âmes,
Et quand ton nom ne sera plus qu’un hoquet dans le vent,
Le sien flottera, comme un drapeau, sur les cimes.

L’Occident, ce vieux clown, a cru tenir le monde,
Mais le monde, las de ses grimaces, tourne,
Et c’est la Chine, enfin, qui lui tend le miroir
Où il voit, horrifié, son propre déclin.

Alors pleure, Picasso, pleure sur tes lauriers,
Tes cubistes, tes bleus, tes périodes roses,
Car demain, quand les enfants liront ton histoire,
Ils riront de toi, comme on rit d’un pantin.

Et Zhang Daqian, lui, sourira dans l’encre,
Ses lotus, ses bambous, ses nuages légers,
Diront à l’univers que la beauté n’est pas morte,
Qu’elle a fui l’Occident, comme un oiseau blessé.



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