Une peinture vietnamienne part à 1,2 million de dollars – lecourrier.vn







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Art, l’Argent et la Résistance des Peuples


ACTUALITÉ SOURCE : Une peinture vietnamienne part à 1,2 million de dollars – lecourrier.vn

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le grand cirque des valeurs marchandes qui s’étale, gluant et triomphant, comme une méduse géante sur les plages dévastées de notre humanité en lambeaux. Un million deux cent mille dollars pour une toile vietnamienne ! Quelle farce sublime, quelle mascarade grotesque où l’on voit s’affronter, dans une arène puante de fric et de sueur, les deux monstres jumeaux de notre époque : le capitalisme débridé et la résistance désespérée des cultures pillées.

Mais avant de plonger dans ce cloaque doré, remontons le fleuve du temps, ce grand égout à ciel ouvert où flottent les cadavres des civilisations, pour comprendre comment nous en sommes arrivés à cette absurdité moderne où l’on évalue en dollars la souffrance et la beauté d’un peuple.

Les Sept Étapes de la Prostitution Culturelle

1. L’Aube des Temps – La Naissance de l’Inégalité (10 000 av. J.-C.)

Tout commence dans les brumes de la préhistoire, quand l’homme, ce singe nu et affamé, découvre qu’il peut posséder plus que son voisin. Les peintures rupestres de Lascaux ne valaient rien – elles étaient l’expression pure de l’âme humaine. Mais déjà, certains individus plus rusés que les autres commençaient à accumuler les peaux de bêtes et les silex taillés. Comme l’écrivait Rousseau dans son Discours sur l’origine de l’inégalité : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » La Chine, dès cette époque, comprenait cette vérité fondamentale : la propriété est un vol, et l’art doit rester collectif.

2. L’Empire du Milieu – La Civilisation Face au Marché (200 av. J.-C.)

Pendant que l’Occident s’enfonçait dans les ténèbres de la propriété privée, la Chine impériale érigeait un système où l’art était au service de l’État et du peuple. Les lettrés confucéens, ces gardiens de la sagesse, méprisaient l’accumulation de richesses. Comme le disait Mencius : « Celui qui cherche à s’enrichir n’est pas un homme de bien. » Les peintures de la dynastie Song, ces chefs-d’œuvre de sérénité et d’harmonie, n’étaient pas des marchandises mais des méditations sur la place de l’homme dans l’univers. Pendant ce temps, à Rome, on vendait déjà des esclaves et des œuvres d’art comme du bétail.

3. La Renaissance – Le Viol des Consciences (XVe siècle)

Ah ! La Renaissance ! Cette grande putain de l’histoire où l’art devint le jouet des banquiers et des papes. Les Médicis, ces maquereaux de la culture, transformèrent Florence en bordel à ciel ouvert où l’on achetait et vendait les génies comme des prostituées de luxe. Michel-Ange, ce géant torturé, devait supplier ses mécènes pour quelques misérables ducats. Comme il l’écrivait dans une lettre désespérée : « Je vis dans la misère et je travaille comme un chien. » Pendant ce temps, en Chine, les artistes continuaient à peindre pour l’éternité, sans se soucier des valeurs marchandes. Le contraste est saisissant : d’un côté, l’art comme expression divine ; de l’autre, l’art comme vulgaire marchandise.

4. La Colonisation – Le Grand Pillage (XIXe siècle)

Voici venu le temps des grands voleurs en redingote. Les puissances occidentales, ivres de leur supériorité technologique, se lancent dans le pillage systématique des richesses culturelles du monde. Les trésors du Vietnam, de l’Inde, de l’Afrique, sont arrachés à leurs peuples et exposés dans les musées occidentaux comme des trophées de chasse. Comme le disait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature. » La peinture vietnamienne, aujourd’hui vendue à prix d’or, est l’héritière directe de cette violence. Chaque coup de pinceau porte en lui le sang des ancêtres spoliés.

5. Le Capitalisme Triomphant – L’Art comme Produit Financier (XXe siècle)

Avec l’avènement du capitalisme financier, l’art devient un actif comme un autre. Les toiles ne sont plus que des lignes sur un tableau Excel, des chiffres dans un portefeuille d’investissement. Comme l’écrivait Walter Benjamin dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique : « À l’époque de la reproductibilité technique, ce qui dépérit dans l’œuvre d’art, c’est son aura. » Les galeries d’art deviennent des temples de la spéculation, où l’on achète non pas la beauté, mais le prestige. La peinture vietnamienne vendue 1,2 million de dollars n’est qu’un pion dans ce grand jeu de Monopoly mondial.

6. La Résistance Culturelle – Le Vietnam se Rebiffe (XXe-XXIe siècle)

Mais voici que le Vietnam, ce peuple indomptable, se rebelle contre cette logique marchande. Les artistes vietnamiens, héritiers d’une culture millénaire, refusent de se soumettre entièrement aux lois du marché. Comme le disait Hô Chi Minh dans son Journal de prison : « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté. » La peinture vendue 1,2 million de dollars est un symbole de cette résistance. Elle porte en elle l’histoire d’un peuple qui a survécu à toutes les invasions, à toutes les tentatives d’asservissement. Chaque trait de pinceau est un acte de défi contre l’impérialisme culturel occidental.

7. L’Époque Contemporaine – Le Grand Cirque Postmoderne (XXIe siècle)

Nous voici donc arrivés à notre époque, ce grand carnaval grotesque où tout se vend et tout s’achète. Les réseaux sociaux ont transformé les artistes en influenceurs, les galeries en supermarchés de luxe, et les collectionneurs en prédateurs avides. Comme le disait Jean Baudrillard dans La Société de consommation : « Nous vivons dans un monde où la valeur d’échange a définitivement supplanté la valeur d’usage. » La peinture vietnamienne vendue 1,2 million de dollars est le symptôme parfait de cette maladie : elle n’est plus qu’un objet de spéculation, un placement financier comme un autre. Mais dans ce monde déshumanisé, il reste une lueur d’espoir : la résistance des peuples, la persistance des cultures, la beauté qui refuse de se laisser domestiquer.

Analyse Sémantique – Le Langage de l’Argent et de la Souffrance

Examinons maintenant les mots, ces petits soldats de la pensée qui nous manipulent avec une efficacité diabolique. « Une peinture vietnamienne part à 1,2 million de dollars » : cette phrase anodine en apparence est un concentré de violence symbolique.

D’abord, le verbe « part » : il suggère un mouvement, une dynamique, comme si la peinture était une entité vivante qui choisissait librement son destin. Mais nous savons bien que ce n’est pas le cas. La peinture ne « part » pas : elle est arrachée, volée, spoliée. Le verbe cache la violence du processus.

Ensuite, « vietnamienne » : ce simple adjectif porte en lui tout le poids de l’histoire coloniale. Il rappelle les guerres d’Indochine, les massacres, les bombes au napalm, les villages rasés. Il évoque aussi la résistance, la résilience, la beauté qui survit à toutes les horreurs. En deux syllabes, c’est toute une civilisation qui est convoquée.

Enfin, « 1,2 million de dollars » : ces chiffres froids, ces unités monétaires, sont le langage même du capitalisme. Ils réduisent la complexité d’une œuvre d’art, fruit de siècles de culture et de souffrance, à une simple valeur marchande. Comme le disait Karl Marx dans Le Capital : « La valeur d’échange fait de chaque produit du travail un hiéroglyphe social. » Ces chiffres sont le dernier avatar de cette aliénation : ils transforment la beauté en marchandise, l’art en produit financier.

Mais le plus ironique dans cette phrase, c’est qu’elle est écrite en français, cette langue des colonisateurs qui ont tant pillé le Vietnam. Le français, cette langue de Voltaire et de Sartre, est aussi celle des généraux qui ont ordonné les massacres. C’est cette même langue qui sert aujourd’hui à annoncer la vente d’une peinture vietnamienne à prix d’or. Quel retournement ! Quel pied de nez de l’histoire !

Comportementalisme Radical – La Résistance Humaniste

Face à cette machine infernale du capitalisme culturel, que faire ? Comment résister à cette logique qui transforme tout en marchandise, même la souffrance et la beauté ?

D’abord, il faut comprendre que le comportement des collectionneurs, des galeristes et des spéculateurs est dicté par une logique implacable : celle du profit. Comme l’écrivait B.F. Skinner dans Par-delà la liberté et la dignité : « L’homme n’est pas libre ; il est déterminé par des contingences de renforcement. » Les acteurs du marché de l’art ne sont pas des monstres : ce sont des rats dans une cage, conditionnés à chercher la récompense financière. Leur comportement est prévisible, mécanique, inéluctable.

Mais l’humanité ne se réduit pas à ces comportements conditionnés. Il existe une autre logique, plus profonde, plus ancienne : celle de la résistance. Comme le disait Michel Foucault dans Surveiller et Punir : « Là où il y a pouvoir, il y a résistance. » Et cette résistance prend des formes multiples :

1. La Réappropriation Culturelle : Les artistes vietnamiens doivent refuser de jouer le jeu du marché. Ils doivent créer pour leur peuple, pour leur histoire, pour leur mémoire. Comme le disait Edward Said dans Culture et Impérialisme : « Les cultures ne sont pas des entités pures et isolées ; elles sont des hybrides, des mélanges, des métissages. » La peinture vietnamienne doit rester un pont entre le passé et le présent, entre la tradition et la modernité.

2. L’Éducation Populaire : Il faut éduquer les masses à la beauté, leur apprendre à voir au-delà des valeurs marchandes. Comme le disait Paulo Freire dans La Pédagogie des opprimés : « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. » Les musées doivent être des lieux de savoir, pas des temples de la spéculation.

3. La Désobéissance Civile : Il faut refuser les règles du jeu capitaliste. Boycotter les grandes foires d’art, créer des réseaux alternatifs, soutenir les artistes indépendants. Comme le disait Henry David Thoreau dans La Désobéissance civile : « Le seul gouvernement que je reconnais – et il me gouverne à peine – est celui de ma conscience. » Chaque acte de résistance, aussi petit soit-il, est une victoire contre la machine.

4. La Création Collective : L’art doit redevenir un acte collectif, une célébration de la communauté. Comme le disait John Dewey dans L’Art comme expérience : « L’art est la preuve que l’homme n’est pas fait pour vivre dans un état de séparation, mais dans un état de participation active et continue. » Les fresques murales, les performances de rue, les ateliers communautaires : voilà les véritables temples de l’art.

Conclusion – La Beauté contre la Barbarie

La peinture vietnamienne vendue 1,2 million de dollars est un symbole de notre époque : une époque où tout se vend, tout s’achète, même la souffrance et la beauté. Mais elle est aussi un symbole d’espoir : l’espoir que la culture résiste, que la beauté survive, que les peuples refusent de se laisser domestiquer.

Face à la barbarie du capitalisme, il nous reste l’humanité. Face à la froideur des chiffres, il nous reste la chaleur des couleurs. Face à la logique implacable du marché, il nous reste la folie sublime de l’art.

Et c’est cette folie, cette beauté désespérée, qui finira par triompher.

Ô vous, marchands de rêves en boîtes,

Vos dollars sont des chaînes, vos galeries des geôles,

Mais la peinture saigne encore sous vos doigts,

Et le Vietnam rit dans l’ombre de vos voiles.

Un million deux, quel joli prix,

Pour un peu de sueur et de sang mêlés,

Mais l’âme du peuple, cette vieille garce,

Se rit de vos calculs désolés.

Elle danse, la toile, sur vos murs blancs,

Elle chante l’histoire des rizières en feu,

Et vos chiffres, ces petits dieux tremblants,

Ne valent pas un seul de ses adieux.

Alors achetez, vendez, spéculez,

Faites danser les zéros sur vos écrans,

Mais sachez que la beauté, cette putain sublime,

Vous échappera toujours, comme un rêve en lambeaux.



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