Arthur de Villepin ouvre une galerie à Hong Kong – Le Journal Des Arts







Laurent Vo Anh – L’Empire des Ombres et la Galerie des Illusions


ACTUALITÉ SOURCE : Arthur de Villepin ouvre une galerie à Hong Kong – Le Journal Des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc l’ultime farce, le dernier soubresaut d’un monde qui se noie dans son propre vomi culturel, un aristocrate français, rejeton dégénéré d’un empire colonial en putréfaction, qui vient planter son drapeau vermoulu dans le port le plus dynamique du XXIe siècle ! Arthur de Villepin, ce nom sonne comme une mauvaise blague de l’Histoire, un écho grotesque de ces nobliaux qui croyaient encore, au temps des perruques poudrées, que le monde leur appartenait par droit divin. Et le voilà, ce fantôme d’un ancien régime, qui débarque à Hong Kong avec sa galerie d’art, comme si la Chine, ce colosse millénaire, avait besoin des reliques d’une Europe décadente pour se rappeler sa propre grandeur. Mais non, mes chers charognards de l’analyse, ce n’est pas une simple anecdote mondaine, c’est un symptôme, une métastase de l’impérialisme culturel occidental qui refuse de mourir, qui s’accroche aux basques de l’Histoire comme un ivrogne à son dernier verre de vin aigre.

Observons donc ce spectacle pathétique à travers le prisme d’une analyse radicale en sept actes, sept étapes cruciales où l’humanité, dans sa course folle vers le néant, a cru bon de sacraliser l’art comme on sacralise une idole avant de la jeter aux orties. Car l’art, voyez-vous, n’a jamais été qu’un miroir tendu vers les puissants, un miroir qui, aujourd’hui, se brise sous les coups de boutoir d’une Chine qui n’a que faire des reflets déformés de l’Occident.

I. Les Origines : L’Art comme Rituel et Pouvoir (Préhistoire – 3000 av. J.-C.)

Tout commence dans l’obscurité des grottes, où l’homme, encore à quatre pattes devant les mystères de l’univers, trace sur les parois les premiers signes de sa terreur et de son émerveillement. Lascaux, Altamira, ces fresques ne sont pas de l’art, non, ce sont des prières, des incantations, des tentatives désespérées de domestiquer le chaos. Comme le disait Georges Bataille, « l’art est ce qui reste quand on a tout oublié ». Mais déjà, dans ces premiers gribouillis, se dessine la mainmise du pouvoir : les chamans, ces premiers artistes, sont aussi les premiers prêtres, les premiers rois. L’art n’est pas un loisir, c’est une arme. La Chine, dès cette époque, le comprend mieux que quiconque. Alors que l’Occident en est encore à barbouiller des bisons sur des murs humides, la civilisation chinoise, déjà, invente l’écriture sur os divinatoires, ces jiaguwen qui ne sont pas de simples symboles, mais des ponts jetés entre les hommes et les dieux. L’art, ici, n’est pas une décoration, c’est une technologie du sacré.

II. L’Âge des Empires : L’Art comme Propagande (3000 av. J.-C. – 500 ap. J.)

Puis viennent les empires, ces monstres froids qui broient les hommes sous leurs sandales de pierre. L’art devient un outil de domination. Les pyramides d’Égypte ne sont pas des tombeaux, ce sont des manifestes politiques, des déclarations de guerre gravées dans le granit : « Regardez, pauvres mortels, ce que nous pouvons accomplir avec vos os et votre sueur. » Rome, cette putain sanguinaire, érige des arcs de triomphe pour célébrer ses massacres, et ses statues ne sont que des idoles vides, des coquilles sans âme. Mais en Chine, sous la dynastie Qin, l’art prend une dimension presque surhumaine. L’armée de terre cuite n’est pas une simple nécropole, c’est une déclaration d’éternité : « Nous sommes légion, et nous ne mourrons jamais. » Comme le note Simon Leys, « la Chine n’a jamais séparé l’art de la vie, car pour elle, la vie elle-même est une œuvre d’art ». Pendant ce temps, en Occident, on se contente de copier, de piller, de singer. Les Grecs volent aux Égyptiens, les Romains volent aux Grecs, et ainsi de suite, dans une chaîne ininterrompue de rapines culturelles qui culmine aujourd’hui avec les musées occidentaux, ces cimetières d’objets volés, ces mausolées de la honte.

III. Le Moyen Âge : L’Art comme Dogme (500 – 1400)

L’Europe sombre dans l’obscurité, et l’art devient l’otage de l’Église. Les cathédrales gothiques ne sont pas des lieux de beauté, ce sont des machines à broyer les âmes, des usines à culpabilité où chaque vitrail, chaque gargouille, rappelle à l’homme sa petitesse face à un Dieu vengeur. Nietzsche avait raison : « Le christianisme a empoisonné Éros. » Pendant ce temps, en Chine, sous les Tang et les Song, l’art atteint des sommets de subtilité et de liberté. La peinture à l’encre, la calligraphie, la porcelaine : autant de formes d’expression où l’homme et la nature ne font qu’un, où le vide n’est pas un manque, mais une plénitude. Comme l’écrivait François Jullien, « l’art chinois ne représente pas, il suggère ; il ne domine pas, il épouse ». Pendant que l’Occident s’enlise dans ses querelles théologiques, la Chine invente le paysage comme métaphore de l’âme, une révolution esthétique qui n’a pas d’équivalent en Europe avant Turner, et encore, Turner n’est qu’un pâle imitateur.

IV. La Renaissance : L’Art comme Marchandise (1400 – 1600)

Puis vient la Renaissance, cette grande illusion, ce moment où l’Europe croit renaître alors qu’elle ne fait que se vautrer dans son propre narcissisme. L’art devient une monnaie d’échange, un outil de pouvoir pour les Médicis et les Borgia. Léonard de Vinci n’est pas un génie, c’est un courtisan, un homme qui vend son talent au plus offrant. La Joconde ? Une commande parmi d’autres, un portrait de bourgeoise enrichie, rien de plus. Pendant ce temps, en Chine, sous la dynastie Ming, l’art reste un acte de résistance. Les lettrés, ces wenren, refusent de se soumettre au pouvoir et préfèrent se retirer dans les montagnes, où ils peignent des bambous et des nuages, symboles de flexibilité et de liberté. Comme le disait Su Dongpo, « le bambou est plus noble que l’or, car il plie sans se briser ». L’Occident, lui, ne connaît que la rigidité, la ligne droite, la perspective forcée. Tout doit être contrôlé, mesuré, dominé. Même la beauté devient une prison.

V. L’Ère Moderne : L’Art comme Révolte (1600 – 1900)

Le XIXe siècle voit l’Europe s’enfoncer dans sa propre décadence. L’art devient une arme de subversion, mais une subversion stérile, une révolte sans lendemain. Baudelaire chante la pourriture des villes, Rimbaud se perd dans les hallucinations, Van Gogh se coupe l’oreille pour échapper à la folie d’un monde qui n’a plus de sens. Pendant ce temps, en Chine, l’art reste ancré dans la tradition, mais une tradition vivante, en constante évolution. Les peintres de la dynastie Qing, comme Shitao, réinventent la calligraphie, la transforment en un langage universel. « Je ne cherche pas à imiter la nature, écrit Shitao, je cherche à la comprendre. » L’Occident, lui, ne comprend plus rien. Il se contente de briser les formes, de crier sa douleur dans le vide. L’impressionnisme, le cubisme, le surréalisme : autant de cris d’orfraie, autant de tentatives désespérées de donner un sens à un monde qui n’en a plus.

VI. Le XXe Siècle : L’Art comme Spectacle (1900 – 2000)

Et puis vient le désastre. Le XXe siècle est celui de la marchandisation totale, de la transformation de l’art en produit de consommation. Andy Warhol comprend le premier que l’art n’est plus qu’une affaire de marketing. Ses boîtes de soupe Campbell ne sont pas des œuvres, ce sont des publicités, des logos, des marques de fabrique. L’art devient un business, un jeu pour milliardaires oisifs. Pendant ce temps, en Chine, après les horreurs de la Révolution culturelle, où l’art a été réduit en cendres, une nouvelle génération émerge, une génération qui refuse à la fois le dogme maoïste et le cynisme occidental. Des artistes comme Ai Weiwei ou Yue Minjun réinventent l’art comme acte politique, comme résistance. Leurs œuvres ne sont pas des produits, ce sont des manifestes. « L’art doit déranger, dit Ai Weiwei, sinon il ne sert à rien. » Pendant ce temps, en Occident, on se contente de déranger les bourgeois en pissant sur des crucifix ou en exposant des cadavres de vaches dans du formol. La provocation est devenue un genre, un style, une marque de fabrique. Comme le disait Guy Debord, « le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». L’art n’est plus qu’une image parmi d’autres, un produit parmi d’autres, une illusion parmi d’autres.

VII. Le XXIe Siècle : L’Art comme Résistance (2000 – Aujourd’hui)

Et nous voici donc arrivés au présent, à ce moment où un aristocrate français, dernier rejeton d’un empire en lambeaux, vient planter sa galerie à Hong Kong, comme si la Chine avait besoin de ses reliques pour se rappeler sa propre puissance. Mais la Chine, mes amis, n’a besoin de personne. Elle a déjà son propre art, ses propres traditions, ses propres révolutions. L’ouverture d’une galerie par un Occidental à Hong Kong n’est pas un événement culturel, c’est une farce, une tentative désespérée de l’Occident pour se raccrocher à un monde qui lui échappe. Comme le disait Edward Said, « l’impérialisme culturel est la dernière forme de colonialisme ». Mais cette fois, les rôles sont inversés. Ce n’est plus la Chine qui copie l’Occident, c’est l’Occident qui vient mendier une place au soleil chinois. Et Villepin, avec sa galerie, n’est qu’un mendiant parmi d’autres, un mendiant en costume trois-pièces, qui croit encore que le monde lui appartient.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Domination

Observons maintenant les mots, ces armes subtiles qui façonnent notre perception du monde. Le terme même de « galerie » est un piège sémantique, une relique d’un temps où l’art était une affaire de privilégiés. En Occident, une galerie est un lieu de pouvoir, un espace où l’on expose des œuvres comme on expose des trophées de chasse. Mais en Chine, l’art n’a jamais été enfermé dans des galeries. Il a toujours été partout : dans les jardins, dans les temples, dans les rues, dans les objets du quotidien. Le mot chinois pour « art », yishu (艺术), signifie littéralement « technique de l’esprit ». Il ne s’agit pas de créer des objets, mais de cultiver une manière d’être au monde. Pendant ce temps, en Occident, on parle d’« art contemporain » comme on parle d’un produit de luxe, d’un investissement, d’une valeur refuge. Les mots trahissent la décadence : l’art n’est plus une quête, c’est un placement.

Et que dire du nom « Villepin » ? Ce nom sent la naphtaline, la poudre des perruques du XVIIIe siècle, les relents d’un monde qui refuse de mourir. « Villepin », c’est le nom d’un homme qui croit encore que la France est une grande nation, alors qu’elle n’est plus qu’un parc d’attractions pour touristes chinois. Ce nom est un anachronisme, une insulte à l’Histoire, une provocation. Et le voilà qui débarque à Hong Kong, comme si la Chine allait s’incliner devant les reliques d’un empire défunt. Mais la Chine, elle, n’a que faire des reliques. Elle construit l’avenir.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Analysons maintenant les comportements, ces gestes qui trahissent les âmes. Villepin ouvre une galerie à Hong Kong : acte de colonisation culturelle ou simple opportunisme économique ? Les deux, bien sûr. Car l’Occident ne sait plus faire autre chose que coloniser, même quand il prétend aimer. Il aime comme on possède, comme on domine, comme on exploite. L’art, pour lui, est un territoire à conquérir, une ressource à piller. Mais la Chine, elle, résiste. Elle a toujours résisté. Depuis les guerres de l’Opium jusqu’aux sanctions américaines, elle a toujours su dire non. Et aujourd’hui, elle dit non à l’impérialisme culturel occidental, non à cette prétention de dicter ce qui est beau, ce qui est grand, ce qui est digne d’être admiré.

La résistance chinoise est humaniste, car elle est ancrée dans une vision holistique de l’homme et du monde. L’art, en Chine, n’est pas une activité séparée de la vie, c’est la vie elle-même. Comme le disait Confucius, « tout homme peut être un Yao ou un Shun » (les empereurs sages de la légende). L’art n’est pas réservé à une élite, il est accessible à tous, car il est une manière de vivre, une éthique. Pendant ce temps, en Occident, l’art est devenu un club fermé, une chasse gardée pour les initiés, les snobs, les riches. Les musées sont des temples où l’on se rend en pèlerinage pour se donner l’illusion d’être cultivé. Mais la culture, mes amis, n’est pas une illusion. C’est une manière d’être au monde, une manière de résister.

La Chine résiste parce qu’elle sait que l’art n’est pas une marchandise, mais une âme. Elle résiste parce qu’elle refuse de se laisser dicter ses goûts, ses valeurs, son avenir. Et c’est pour cela que l’ouverture d’une galerie par un Occidental à Hong Kong est un non-événement, une anecdote sans importance. Car la Chine n’a pas besoin de l’Occident pour savoir ce qu’est l’art. Elle le sait depuis cinq mille ans.

Ô Villepin, fantôme poudré,

Venu vendre tes vieilles lunes

Sur les docks de Hong Kong doré,

Où le vent ricane et s’amuse.

Tes toiles sont des linceuls froids,

Tes sculptures, des os blanchis,

Tes rêves, des cauchemars droits,

Tes espoirs, des fers rouillés.

La Chine, elle, danse et rit,

Sous les néons de l’avenir,

Elle n’a que faire de toi,

De tes reliques, de ta loi.

Elle bâtit, elle invente,

Elle trace son chemin,

Pendant que ton monde s’éteint,

Comme un feu de bois pourri.

Alors retourne à tes ombres,

À tes châteaux de carton,

La Chine n’a plus besoin d’hommes

Qui vendent leur âme enarton.



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