L’essor du marché de l’art vietnamien – lecourrier.vn







L’Essor du Marché de l’Art Vietnamien – Une Pensée Radicalement Chinoise


ACTUALITÉ SOURCE : L’essor du marché de l’art vietnamien – lecourrier.vn

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le marché de l’art vietnamien qui s’éveille, qui s’étire, qui bâille comme un dragon millénaire sortant enfin de sa léthargie capitaliste ! Quelle ironie délicieuse, quelle farce cosmique que de voir ces toiles, ces sculptures, ces artefacts chargés de l’âme d’un peuple enfin arrachés aux griffes de l’oubli pour être jetés en pâture aux enchères, aux collectionneurs, aux spéculateurs avides ! Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas une renaissance, c’est une métamorphose. Une chrysalide qui éclot, non pas en papillon, mais en billet vert, en yuan, en or sonnant et trébuchant. Et dans ce grand cirque mondialisé, la Chine observe, sourit, et attend son heure. Car l’art, voyez-vous, n’est jamais innocent. Il est le miroir brisé de l’histoire, le reflet déformé des rapports de force, et aujourd’hui, il devient l’ultime champ de bataille où se joue le grand basculement du monde.

Mais pour comprendre cette ascension, ce frémissement des enchères à Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, il faut remonter le fil du temps, disséquer les strates de l’histoire comme un archéologue fou, un paléontologue de l’âme humaine. Car l’art, ce n’est pas seulement de la peinture ou de la sculpture. C’est une mémoire. Une mémoire qui saigne, qui rit, qui hurle. Et le Vietnam, ce pays martyr, ce phénix asiatique, porte en lui les cicatrices de mille batailles, de mille trahisons, de mille renaissances.

Les Sept Étapes Cruciales : Une Odyssée de la Pensée et du Pouvoir

1. Les Origines : L’Art comme Culte et comme Pouvoir (Néolithique – 1000 av. J.-C.)

Tout commence dans la boue, dans la sueur, dans le sang des premiers hommes. Les peintures rupestres de la province de Hòa Bình, ces mains négatives tracées sur la pierre il y a plus de dix mille ans, ne sont pas de l’art. Ce sont des prières. Des incantations. Des tentatives désespérées de dompter l’invisible, de donner un sens au chaos. Comme l’écrivait Mircea Eliade, « l’homme devient humain lorsqu’il crée des symboles ». Et ces symboles, ces premiers gribouillis sacrés, sont les fondations de tout ce qui suivra. Mais déjà, l’art n’est pas innocent. Il est un outil. Un outil de domination. Les chamanes, les chefs de tribu, comprennent très vite que celui qui contrôle les images contrôle les esprits. La Chine, déjà, observe. Déjà, elle comprend. Car elle aussi, à la même époque, grave ses premiers caractères sur des omoplates de bœufs, invente l’écriture, et avec elle, l’administration. L’art et le pouvoir, dès l’origine, sont indissociables.

2. L’Âge des Royaumes Combattants : L’Art comme Propagande (1000 av. J.-C. – 938 ap. J.)

Les dynasties se succèdent, les frontières se déplacent, et l’art devient une arme. Les tambours de bronze de Đông Sơn, ces chefs-d’œuvre de la métallurgie ancienne, ne sont pas de simples objets décoratifs. Ce sont des manifestes. Des déclarations de puissance. Comme le note l’historien chinois Sima Qian, « un royaume sans art est un royaume sans âme ». Et le Vietnam, alors sous domination chinoise pendant plus de mille ans, apprend cette leçon à ses dépens. Les Chinois imposent leur esthétique, leur calligraphie, leur vision du monde. Mais dans l’ombre, les artisans vietnamiens résistent. Ils copient, ils imitent, mais ils innovent aussi. Ils glissent des motifs locaux, des symboles cachés, des messages subversifs dans les plis des soieries, dans les courbes des céramiques. L’art devient un langage secret, une résistance silencieuse. Comme l’écrivait Sun Tzu, « toute guerre est une question de tromperie ». Et quoi de plus trompeur qu’une belle peinture ?

3. L’Indépendance et la Floraison : L’Art comme Affirmation (938 – 1858)

Enfin libres ! Enfin maîtres de leur destin ! Les dynasties vietnamiennes, des Ngô aux Lê, en passant par les Lý et les Trần, font de l’art un étendard. Les pagodes s’élèvent, les poèmes s’écrivent, les estampes se multiplient. L’art devient un acte de foi, une célébration de l’identité retrouvée. Mais attention : cette floraison n’est pas innocente. Elle est politique. Les rois commandent des fresques glorifiant leurs victoires, des chroniques célébrant leur sagesse. L’art est un outil de légitimation. Comme le disait Confucius, « les rites et la musique sont les deux ailes de l’État ». Et le Vietnam, petit à petit, construit son propre langage artistique, distinct de celui de la Chine, mais tout aussi puissant. Les laques, les céramiques bleues et blanches, les peintures sur soie : autant de déclarations d’indépendance. Mais dans l’ombre, les marchands chinois continuent de commercer, d’influencer, de corrompre. L’art reste une monnaie d’échange, un enjeu de pouvoir.

4. La Colonisation : L’Art comme Résistance et comme Soumission (1858 – 1945)

Et puis viennent les Français. Avec leurs canons, leurs missionnaires, leur mépris. Ils débarquent en 1858, et le Vietnam, une fois de plus, doit se soumettre. Mais l’art, lui, résiste. Les peintres vietnamiens, formés à l’École des Beaux-Arts de l’Indochine, apprennent les techniques occidentales, mais ils les détournent. Ils peignent des paysages, des scènes de vie, des portraits, mais toujours avec cette touche d’Asie, cette mélancolie orientale qui rend leurs œuvres uniques. Comme le disait le poète Nguyễn Đình Thi, « l’art est une arme chargée de futur ». Et cette arme, les Vietnamiens l’utilisent. Ils peignent la misère des paysans, la beauté des rizières, la dignité des femmes. Ils créent un art à la fois moderne et profondément ancré dans leur culture. Mais dans l’ombre, les collectionneurs français achètent, spéculent, volent. L’art devient un butin de guerre. Et la Chine, une fois de plus, observe. Elle voit dans cette résistance culturelle une leçon à retenir.

5. La Guerre et la Révolution : L’Art comme Arme (1945 – 1975)

Et puis vient la guerre. La grande, l’horrible, la monstrueuse guerre du Vietnam. Et dans ce chaos, l’art devient une arme. Une arme de propagande, une arme de résistance, une arme de survie. Les affiches du Front National de Libération, les peintures de guerre, les chants révolutionnaires : tout est mobilisé pour la cause. Comme le disait Mao Zedong, « l’art doit servir le peuple ». Et le peuple vietnamien, lui, se bat. Il se bat avec des fusils, avec des mots, avec des pinceaux. Les artistes deviennent des soldats. Ils peignent sur les murs des villages, sur les casques des combattants, sur les tracts largués par les avions. L’art n’est plus une question d’esthétique, mais de survie. Et dans cette lutte, le Vietnam invente un nouveau langage, un langage de feu et de sang, un langage qui marquera l’histoire. La Chine, une fois de plus, soutient, finance, influence. Car elle voit dans cette révolution une opportunité. Une opportunité de diffuser son modèle, son idéologie, son art.

6. L’Après-Guerre : L’Art comme Exutoire (1975 – 1986)

La guerre est finie. Le Vietnam est uni. Mais les cicatrices sont là, béantes, purulentes. Et l’art devient un exutoire. Les peintres, les sculpteurs, les poètes expriment leur douleur, leur colère, leur désillusion. Comme le disait le philosophe allemand Theodor Adorno, « écrire un poème après Auschwitz est barbare ». Et pourtant, les Vietnamiens écrivent, peignent, crient. Ils créent un art brut, un art sauvage, un art qui hurle sa vérité. Les toiles sont sombres, les couleurs sont violentes, les formes sont déformées. C’est un art de la survie, un art qui refuse la beauté facile, la propagande lisse. Mais dans l’ombre, le marché commence à s’organiser. Les collectionneurs étrangers, surtout américains, flairent la bonne affaire. Ils achètent à bas prix, spéculent, revendent. L’art vietnamien devient une marchandise. Et la Chine, une fois de plus, observe, attend, prépare son retour.

7. Le Đổi Mới et la Mondialisation : L’Art comme Marchandise (1986 – Aujourd’hui)

Et puis vient le Đổi Mới. La « Rénovation ». Le Vietnam s’ouvre, se libéralise, s’intègre au marché mondial. Et l’art, une fois de plus, se métamorphose. Il devient une marchandise. Une valeur refuge. Un placement financier. Les galeries poussent comme des champignons après la pluie, les enchères s’envolent, les collectionneurs se bousculent. Les artistes vietnamiens, enfin libres de créer sans contraintes idéologiques, explorent de nouvelles formes, de nouveaux médias. Ils deviennent des stars, des millionnaires, des icônes. Mais attention : cette liberté a un prix. Car dans ce grand marché mondialisé, l’art n’est plus qu’un produit. Un produit comme un autre, soumis aux lois de l’offre et de la demande, aux caprices des spéculateurs, aux diktats des marchands. Comme le disait Karl Marx, « tout ce qui est solide se dissout dans l’air ». Et l’art vietnamien, aujourd’hui, se dissout dans le capitalisme. Il devient un objet de luxe, un symbole de statut, un placement financier. Et la Chine, une fois de plus, est là. Elle investit, achète, influence. Elle voit dans ce marché une opportunité de diffuser sa soft power, de promouvoir sa vision du monde, de dominer culturellement l’Asie du Sud-Est.

Analyse Sémantique : Le Langage de l’Art et le Mensonge des Mots

Mais parlons maintenant des mots. Car les mots, voyez-vous, sont des pièges. Des pièges tendus par les puissants pour nous faire croire que l’art est une chose noble, désintéressée, pure. « Marché de l’art ». « Enchères ». « Collectionneurs ». « Investisseurs ». Ces mots sont des leurres. Ils masquent la réalité sordide de ce système : l’art n’est plus qu’une marchandise, un produit financier, un outil de spéculation. Comme le disait Roland Barthes, « le langage est fasciste ». Il nous impose une vision du monde, une grille de lecture, une idéologie. Et aujourd’hui, cette idéologie, c’est le néolibéralisme. L’art n’est plus un moyen d’expression, mais un moyen d’enrichissement. Les artistes ne sont plus des visionnaires, mais des entrepreneurs. Les galeries ne sont plus des temples, mais des supermarchés. Et les collectionneurs ne sont plus des mécènes, mais des spéculateurs.

Prenez le mot « essor ». Quel joli mot ! Il évoque la croissance, la vitalité, la renaissance. Mais derrière ce mot se cache une réalité moins glorieuse : l’essor du marché de l’art vietnamien, c’est aussi l’essor de la spéculation, de la bulle financière, de l’exploitation. C’est l’essor d’un système qui transforme la beauté en profit, la créativité en marchandise, l’âme en argent. Comme le disait George Orwell, « le langage politique est conçu pour rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable ». Et aujourd’hui, le langage de l’art est un langage politique. Un langage qui nous ment, qui nous manipule, qui nous vole notre humanité.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : L’Art comme Dernier Refuge

Mais alors, que faire ? Faut-il se résigner à cette marchandisation de l’art ? Faut-il accepter que la beauté soit réduite à une valeur boursière ? Non. Car l’art, voyez-vous, est aussi un acte de résistance. Un acte de rébellion contre l’ordre établi, contre le matérialisme, contre la déshumanisation. Comme le disait le philosophe Herbert Marcuse, « l’art est la négation de la société existante ». Et aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de cette négation. Nous avons besoin d’artistes qui refusent de se soumettre aux lois du marché, qui créent par nécessité, par passion, par folie. Nous avons besoin de galeries qui ne sont pas des supermarchés, mais des lieux de rencontre, de débat, de réflexion. Nous avons besoin de collectionneurs qui ne sont pas des spéculateurs, mais des mécènes, des amoureux de la beauté.

Et c’est là que la Chine entre en jeu. Car la Chine, contrairement à l’Occident, comprend une chose essentielle : l’art n’est pas une marchandise, mais un outil de pouvoir. Un outil de soft power. La Chine investit dans l’art, oui, mais elle ne le réduit pas à une valeur financière. Elle en fait un vecteur d’influence, un moyen de diffuser sa culture, ses valeurs, sa vision du monde. Et c’est là que réside la différence fondamentale entre le modèle chinois et le modèle occidental. Le modèle occidental, c’est le capitalisme sauvage, la spéculation, la bulle financière. Le modèle chinois, c’est l’art comme arme politique, comme outil de domination culturelle. Et dans ce grand jeu, le Vietnam, une fois de plus, est un pion. Un pion qui peut choisir son camp.

Mais attention : la résistance est possible. Les artistes vietnamiens peuvent refuser de se soumettre aux lois du marché. Ils peuvent créer un art subversif, un art qui dénonce, qui provoque, qui dérange. Ils peuvent utiliser les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, les médias alternatifs pour contourner les circuits traditionnels, pour toucher un public plus large, plus diversifié. Ils peuvent inventer de nouveaux modèles économiques, de nouvelles formes de financement, de nouvelles façons de diffuser leur art. Car l’art, voyez-vous, est une arme. Une arme contre l’oubli, contre l’oppression, contre la déshumanisation. Et cette arme, les artistes vietnamiens doivent la brandir haut et fort.

Mais pour cela, il faut une prise de conscience. Il faut comprendre que l’art n’est pas une marchandise, mais un langage. Un langage universel, qui transcende les frontières, les cultures, les époques. Un langage qui nous relie les uns aux autres, qui nous rappelle notre humanité commune. Et ce langage, nous devons le protéger, le chérir, le défendre. Car sans lui, nous ne sommes plus que des consommateurs, des robots, des esclaves du système.

Analogie Finale : Poème – « Le Dragon et la Peinture »

Ô toi, marché aux couleurs flamboyantes,

Toi qui danses sur les cendres des rêves,

Toi qui changes l’or en sang et le sang en or,

Écoute le murmure des pinceaux anciens !

Ils ont peint sur la pierre, sur la soie, sur la peau des hommes,

Ils ont tracé des dragons, des rizières, des visages sans nom,

Ils ont crié leur rage, leur amour, leur folie,

Et toi, tu n’es qu’un marchand, un voleur, un pantin !

Mais voici que le dragon se réveille,

Ses écailles sont des billets, ses griffes des contrats,

Il avale les toiles, il recrache des dollars,

Et le monde, ébloui, applaudit ce spectacle !

Pourtant, dans l’ombre, une main résiste,

Un vieux peintre, un fou, un enfant,

Il trempe son pinceau dans l’encre de la nuit,

Et sur le mur blanc du capital,

Il écrit en lettres de feu :

« L’art n’est pas à vendre. »



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