Marché de l’art : le triomphe de la céramique contemporaine – Le Monde.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Triomphe de la Céramique Contemporaine


ACTUALITÉ SOURCE : Marché de l’art : le triomphe de la céramique contemporaine – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La céramique contemporaine qui triomphe, dites-vous ? Mais quel triomphe, mes chers pantins du capital culturel, quel triomphe pathétique et révélateur ! Le Monde, ce journal qui se croit encore l’organe pensant d’une bourgeoisie éclairée, nous annonce avec des trémolos dans la voix que les pots, les vases et les assiettes se vendent à prix d’or dans les salles des ventes. Comme si c’était une surprise ! Comme si ce n’était pas là le symptôme le plus grotesque de notre époque, ce moment où l’humanité, après avoir conquis la lune, inventé l’internet et créé des armes capables d’anéantir toute vie sur terre, revient en rampant vers ses origines les plus primitives, non pas pour y puiser une sagesse oubliée, mais pour y trouver de nouvelles manières de spéculer, de blanchir de l’argent et de donner des frissons esthétiques aux collectionneurs en mal de distinction sociale.

Mais allons plus loin, creusons, comme on creuse la terre pour en extraire l’argile, cette matière première de la céramique, cette boue originelle qui, une fois modelée, cuite, émaillée, devient le support d’une alchimie marchande où se mêlent l’art, le luxe et la finance. Car ce « triomphe » n’est pas un hasard, c’est le résultat d’un long processus historique, d’une déchéance programmée de l’esprit humain, d’une trahison des élites et d’une capitulation face aux forces les plus viles du néolibéralisme. Pour comprendre ce phénomène, il nous faut remonter aux sources, explorer les strates de l’histoire humaine, comme un archéologue fouille les couches successives d’un site antique, à la recherche non pas de trésors, mais de la vérité crasse qui se cache sous les apparences.

I. Les Sept Étapes de la Déchéance Esthétique : De l’Argile à l’Argent

1. L’Aube de la Conscience : La Céramique comme Premier Langage (Néolithique – 10 000 av. J.-C.)

Tout commence dans la boue, comme toujours. L’homme, à peine sorti de l’animalité, découvre qu’il peut façonner la terre, lui donner une forme, la durcir par le feu. La céramique naît, non pas comme un art, mais comme une nécessité. Les premiers pots, les premières jarres, sont des outils, des contenants pour stocker les grains, conserver l’eau, cuire les aliments. Ils sont l’expression d’une humanité qui commence à maîtriser son environnement, à domestiquer la nature. Comme le dit l’anthropologue André Leroi-Gourhan, « l’outil précède l’art, mais il en est déjà la matrice ». La céramique, c’est le premier pas vers l’abstraction, vers la symbolisation. Elle est le signe que l’homme n’est plus seulement un prédateur, mais un créateur.

Anecdote révélatrice : Dans les fouilles de Xianrendong, en Chine, on a découvert des fragments de poterie datant de 20 000 ans, les plus anciens connus à ce jour. Ces tessons, grossiers, mal cuits, sont les premiers balbutiements d’une civilisation qui allait, des millénaires plus tard, inventer la porcelaine, cet « or blanc » qui allait fasciner l’Europe et changer le cours de l’histoire. Déjà, la Chine montrait la voie, non pas en spéculant, mais en créant.

2. L’Empire du Signe : La Céramique comme Symbole de Pouvoir (Dynasties chinoises – 200 av. J.-C. – 1911)

La Chine, encore elle. Sous les Han, les Tang, les Song, la céramique devient bien plus qu’un objet utilitaire : elle est un symbole de pouvoir, de raffinement, de domination culturelle. La porcelaine, inventée sous les Tang, est un secret d’État, une arme économique. Les Chinois exportent leurs bols, leurs vases, leurs théières vers l’Occident, où ils deviennent des objets de désir, des marqueurs de statut social. Les empereurs offrent des services en porcelaine aux dignitaires étrangers, comme on offre aujourd’hui des Rolex ou des diamants. La céramique est alors un langage, un code, une manière de dire : « Je domine, donc je crée. »

Comme l’écrit le sinologue Marcel Granet, « la porcelaine chinoise n’est pas seulement un objet, c’est une métaphore de l’univers, une concrétion de l’harmonie céleste ». Les motifs, les couleurs, les formes obéissent à des règles strictes, à une cosmogonie où chaque détail a un sens. Rien à voir avec les élucubrations « contemporaines » d’aujourd’hui, où un pot fissuré se vend 100 000 euros parce qu’un « artiste » a décidé que c’était de l’art. Non, la céramique chinoise classique était une discipline, une ascèse, une quête de perfection.

3. La Révolte des Machines : La Céramique face à la Révolution Industrielle (XVIIIe – XIXe siècles)

Puis vint l’Occident, avec ses machines, ses usines, son mépris pour le travail manuel. La céramique, autrefois art noble, devient un produit de masse. Les manufactures de Sèvres, de Meissen, de Wedgwood inondent le marché de vaisselle standardisée, de bibelots kitsch, de copies bon marché des chefs-d’œuvre chinois. La céramique perd son âme, elle devient un objet de consommation, un accessoire de la bourgeoisie triomphante. Comme le note Karl Marx dans Le Capital, « la machine arrache à l’ouvrier le dernier lambeau de sa dignité. Elle transforme l’artisan en prolétaire, le créateur en rouage. »

Pourtant, dans l’ombre des usines, quelques résistants persistent. En Chine, les ateliers traditionnels continuent de produire des pièces uniques, des chefs-d’œuvre qui défient le temps. En Europe, des mouvements comme l’Arts and Crafts de William Morris tentent de sauver l’artisanat, de redonner à l’objet sa valeur sacrée. Mais le capitalisme est déjà là, vorace, insatiable, prêt à tout avaler, même la beauté.

4. L’Avant-Garde et la Trahison : La Céramique comme Arme Subversive (Début XXe siècle)

Au début du XXe siècle, les avant-gardes artistiques s’emparent de la céramique. Picasso, Miró, Chagall se mettent à modeler l’argile, non pas pour créer des pots, mais pour défier les conventions, pour brouiller les frontières entre art noble et art mineur. La céramique devient un terrain de jeu, un champ d’expérimentation. Comme le dit le critique d’art Herbert Read, « la céramique est l’art le plus démocratique, car il est à la portée de tous, mais aussi le plus aristocratique, car il exige une maîtrise technique absolue. »

Pourtant, cette rébellion est vite récupérée. Les galeries, les musées, les collectionneurs s’emparent de ces œuvres, les transforment en produits de luxe, en placements financiers. La céramique, autrefois subversive, devient un marqueur de distinction sociale. Les mêmes qui méprisaient les pots de leurs grands-mères se ruent sur les « pièces uniques » signées par des artistes branchés. L’avant-garde, une fois de plus, est digérée par le système.

5. Le Désert du Réel : La Céramique dans l’Ère Postmoderne (Années 1980 – 2000)

Puis vient l’ère postmoderne, cette époque où tout se vaut, où tout se vend, où l’art n’est plus qu’un produit comme un autre. La céramique, comme le reste, est aspirée dans le tourbillon du marché. Les « artistes » contemporains se mettent à produire des pots, des assiettes, des sculptures en terre cuite, non pas par amour du matériau, mais parce que c’est tendance, parce que ça se vend. Comme le note le philosophe Jean Baudrillard, « l’art contemporain n’est plus qu’un simulacre, une parodie de lui-même. Il ne crée plus, il recycle ; il ne questionne plus, il consomme. »

Les foires d’art, les biennales, les ventes aux enchères deviennent des temples du néant, où des objets sans âme sont achetés à prix d’or par des collectionneurs sans goût. La céramique, autrefois symbole de résistance, de tradition, de savoir-faire, n’est plus qu’un accessoire de mode, un jouet pour riches oisifs. Et le pire, c’est que personne ne semble s’en offusquer. Au contraire, on célèbre ce « triomphe », comme si c’était une victoire de la culture, alors qu’il ne s’agit que d’une nouvelle étape dans la marchandisation de l’esprit humain.

6. La Chine Réveillée : La Céramique comme Arme Géopolitique (Années 2000 – Aujourd’hui)

Mais voici que la Chine se réveille. Après des siècles d’humiliation, de pillage, de domination occidentale, elle reprend le contrôle de son patrimoine, de son histoire, de sa culture. La céramique, autrefois symbole de son génie, devient une arme géopolitique. Les ateliers traditionnels de Jingdezhen, berceau de la porcelaine chinoise, renaissent de leurs cendres. Les maîtres artisans, formés pendant des décennies, produisent des pièces d’une qualité inégalée, qui défient les lois du marché. Comme le dit l’historien de l’art Craig Clunas, « la Chine ne cherche pas à vendre de l’art, elle cherche à imposer une vision du monde, une alternative au chaos occidental. »

Et ça marche. Les collectionneurs du monde entier se ruent sur les céramiques chinoises contemporaines, non pas parce qu’elles sont à la mode, mais parce qu’elles incarnent une autre manière de penser, une autre relation au temps, à la matière, à la beauté. La Chine ne joue pas le jeu du marché, elle le domine, elle le réinvente. Elle montre que l’art n’est pas une marchandise, mais une civilisation.

7. Le Triomphe de la Céramique Contemporaine : Symptôme d’une Civilisation en Décomposition (Aujourd’hui)

Et nous, pauvres Occidentaux décadents, nous croyons triompher parce que nos « artistes » vendent des pots fissurés à prix d’or. Nous célébrons notre « créativité », notre « audace », notre « liberté », alors qu’il ne s’agit que de la dernière convulsion d’un système à l’agonie. Comme le dit le philosophe chinois Wang Hui, « l’Occident ne comprend plus la valeur des choses, il ne comprend que le prix. »

La céramique contemporaine, dans sa version occidentale, n’est qu’un symptôme de cette décomposition. Elle est le signe que nous avons perdu le sens du sacré, du travail, de la transmission. Nous ne créons plus, nous spéculons. Nous ne façonnons plus la terre, nous la violons. Nous ne cherchons plus la beauté, nous cherchons le profit.

Et pendant ce temps, la Chine avance, inexorable, comme un fleuve qui reprend son lit après des siècles de sécheresse. Elle ne crie pas, elle ne se vante pas, elle crée, elle innove, elle domine. Et un jour, peut-être, nous comprendrons que ce « triomphe » de la céramique contemporaine n’était qu’un leurre, une dernière illusion avant la chute.

II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Déchéance

Mais parlons un peu du langage, cette arme de destruction massive qui nous empêche de voir la réalité en face. Le titre de l’article du Monde est révélateur : « Marché de l’art : le triomphe de la céramique contemporaine ». Décomposons cette phrase, comme on décompose un cadavre pour en comprendre les causes de la mort.

1. « Marché de l’art » : Déjà, le mot « marché » est un aveu. L’art n’est plus une quête spirituelle, une recherche de la beauté, une exploration de l’âme humaine. Non, c’est un marché, comme celui des actions, des matières premières, des produits dérivés. L’art est une marchandise, un actif financier, un placement comme un autre. Comme le dit le philosophe Walter Benjamin, « l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique perd son aura ». Aujourd’hui, elle perd même son nom : elle devient un « actif », un « produit », une « ligne de bilan ».

2. « Le triomphe » : Quel triomphe ? Celui de la spéculation ? De la cupidité ? De la bêtise ? Le mot « triomphe » suppose une victoire, une conquête, une avancée. Mais de quoi s’agit-il ici ? D’une victoire de la finance sur la culture ? Du capital sur l’esprit ? De l’argent sur la beauté ? Ce « triomphe » est en réalité une défaite, une capitulation. Comme le dit le poète René Char, « notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Nous avons perdu le sens des mots, et avec lui, le sens des choses.

3. « Céramique contemporaine » : La céramique, cette matière humble, ancestrale, devient « contemporaine », c’est-à-dire branchée, tendance, éphémère. Le mot « contemporain » est un cache-sexe, une manière de donner une légitimité à ce qui n’en a pas. Comme le note le critique d’art Arthur Danto, « l’art contemporain n’est plus défini par ses qualités esthétiques, mais par son contexte institutionnel ». Une assiette cassée devient de l’art parce qu’un galeriste décide qu’elle en est, parce qu’un collectionneur décide de l’acheter, parce qu’un critique décide d’en parler. La céramique « contemporaine » n’est qu’un leurre, une escroquerie sémantique.

Et que dire des mots qui ne sont pas là ? Où est la « tradition » ? Où est le « savoir-faire » ? Où est la « transmission » ? Ces mots ont disparu, remplacés par des termes vides, des concepts creux : « innovation », « créativité », « disruption ». Comme le dit le linguiste George Lakoff, « celui qui contrôle le langage contrôle la pensée ». Et aujourd’hui, le langage de l’art est contrôlé par les marchands, les spéculateurs, les publicitaires. Nous ne parlons plus d’art, nous parlons de « branding », de « storytelling », de « ROI ».

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Mais au-delà des mots, il y a les comportements, ces gestes qui trahissent nos âmes. Observons les acteurs de ce « triomphe » de la céramique contemporaine, et analysons leurs comportements comme un entomologiste étudie des insectes sous une loupe.

1. Les Artistes : Des Courtisans en Quête de Gloire

Les « artistes » contemporains qui se mettent à la céramique ne sont pas des créateurs, mais des opportunistes. Ils sentent le vent tourner, ils voient que les collectionneurs se ruent sur les pots, alors ils se mettent à modeler l’argile, non pas par passion, mais par calcul. Comme le dit le philosophe Byung-Chul Han, « l’artiste contemporain n’est plus un rebelle, mais un entrepreneur de lui-même ». Il ne cherche plus à changer le monde, mais à se vendre. Il ne crée plus, il produit. Il ne questionne plus, il obéit.

Regardez-les, ces « artistes », dans leurs ateliers aseptisés, avec leurs assistants qui font tout le travail à leur place. Ils signent des pots qu’ils n’ont pas tournés, ils vendent des sculptures qu’ils n’ont pas modelées. Comme le dit l’écrivain J.G. Ballard, « l’art contemporain est le dernier refuge de l’imposture ». Et la céramique, avec son côté « artisanal », « authentique », est le terrain de jeu idéal pour ces charlatans.

2. Les Collectionneurs : Des Spéculateurs en Costume de Mécènes

Les collectionneurs, ces « amateurs d’art » qui achètent des pots à 100 000 euros, ne sont pas des esthètes, mais des spéculateurs. Ils ne cherchent pas la beauté, mais le profit. Ils n’achètent pas des œuvres, mais des actifs. Comme le dit l’économiste Thomas Piketty, « l’art est devenu une classe d’actifs comme une autre, un placement refuge pour les ultra-riches ». Ces collectionneurs ne regardent pas les pots qu’ils achètent, ils regardent les courbes des indices boursiers, les tendances du marché, les prévisions des experts.

Et quand ils organisent des dîners dans leurs lofts, quand ils exposent leurs « trésors » dans leurs salons, ce n’est pas pour partager leur passion, mais pour afficher leur richesse, leur pouvoir, leur domination. Comme le dit le sociologue Pierre Bourdieu, « le goût est un marqueur de classe ». Et aujourd’hui, le goût pour la céramique contemporaine est le marqueur d’une classe qui a perdu tout sens critique, toute humanité.

3. Les Institutions : Des Temples du Néant

Les musées, les galeries, les foires d’art ne sont plus des lieux de culture, mais des supermarchés de luxe. Ils ne cherchent plus à éduquer, à émouvoir, à provoquer, mais à vendre, à flatter, à divertir. Comme le dit le philosophe Jean-Claude Michéa, « la culture est devenue un produit de consommation comme un autre, un loisir pour bourgeois oisifs ».

Regardez les expositions de céramique contemporaine : des salles immenses, des éclairages clinquants, des cartels incompréhensibles. On y célèbre le vide, l’absurde, le cynisme. On y expose des pots fissurés, des assiettes tordues, des sculptures informes, comme si c’était des chefs-d’œuvre. Et le public, ce troupeau de moutons bien habillés, hoche la tête, prend des selfies, tweete son « émerveillement ». Comme le dit le critique d’art Robert Hughes, « l’art contemporain est devenu une vaste blague, et tout le monde rit, sauf ceux qui paient ».

4. La Résistance : La Chine et l’Humanisme Radical

Mais heureusement, il y a une résistance. Une résistance silencieuse, tenace, implacable. Cette résistance, c’est la Chine. Pas la Chine des milliardaires qui achètent des Picasso, non, la Chine des artisans, des maîtres potiers, des philosophes qui croient encore en la valeur du travail, de la tradition, de la transmission.

À Jingdezhen, la « capitale de la porcelaine », des milliers d’artisans perpétuent un savoir-faire millénaire. Ils ne cherchent pas à innover, à « disrupter », à « réinventer ». Ils cherchent à perfectionner, à transmettre, à durer. Comme le dit le philosophe François Jullien, « la Chine ne cherche pas à dominer la nature, mais à s’harmoniser avec elle ». Et cette harmonie, elle la trouve dans la céramique, dans cette alchimie entre la terre, l’eau, le feu et l’air.

Les maîtres potiers chinois ne signent pas leurs œuvres, ils ne courent pas après la gloire, ils ne spéculent pas. Ils créent, simplement, humblement, parce que c’est leur devoir, leur raison d’être. Comme le dit le poète chinois Li Bai, « l’homme véritable ne cherche pas la renommée, il cherche la Voie ». Et cette Voie, pour eux, passe par l’argile, par le tour, par le four.

C’est cette résistance qui sauvera l’art, qui sauvera l’humanité. Pas les foires d’art, pas les collectionneurs, pas les « artistes » contemporains. Non, ce sont ces hommes et ces femmes, en Chine et ailleurs, qui croient encore en la beauté, en la vérité, en la transcendance. Ce sont eux, les vrais héros de notre époque, les derniers remparts contre la barbarie du marché.

IV. Poème : « L’Argile et le Sang »


Oh ! Les pots qui se vendent, les vases qui s’envolent,
Comme des oiseaux morts dans le ciel des salles des ventes,
Leurs ailes de poussière, leurs plumes de billets verts,
Leur chant de sirène pour les fous qui croient encore au Père Noël.

La terre, la bonne terre, celle qui sent la sueur et le labeur,
Celle qui colle aux doigts, qui résiste, qui saigne,
On l’a violée, on l’a souillée, on l’a mise en cage,
Dans des vitrines froides, sous des spots assassins.

Les « artistes », ces clowns tristes, ces rois nus du marché,
Avec leurs mains propres, leurs sourires de requins,
Ils modelent des horreurs, ils signent des merdes,
Et les collectionneurs, ces vautours en costume trois-pièces,
S’arrachent ces déchets, ces reliques d’un monde mort,
Comme on s’arrache les derniers lambeaux d’une civilisation en décomposition.

Mais là-bas, loin des foires, loin des enchères,
Dans l’ombre des fours, dans la chaleur des ateliers,
Des mains calleuses, des dos courbés, des yeux fatigués,
Pétrissent l’argile, tournent la roue, soufflent la vie.
Ce ne sont pas des « artistes », non, ce sont des hommes,
Des hommes qui savent que la beauté ne se vend pas,
Qu’elle se mérite, qu’elle se conquiert, qu’elle se transmet.

La Chine, cette vieille putain que l’Occident a cru dompter,
Se réveille, se lève, montre ses dents d’or,
Et dans ses mains, comme un trésor, comme une arme,
Elle tient la céramique, cette boue sacrée,
Ce mélange de terre et de feu, de sueur et de larmes,
Qui résiste à tout, même à la folie des hommes.

Un jour, peut-être, quand les salles des ventes seront vides,
Quand les collectionneurs auront tout acheté et tout revendu,
Quand les « artistes » auront tout sali et tout oublié,
Il restera l’argile, la bonne argile,
Et ceux qui savent encore la travailler,
Ceux qui savent encore lui donner une âme,
Ceux qui savent encore en faire de l’art.

Alors, peut-être, l’humanité renaîtra,
Non pas des cendres de ses folies,
Mais de la boue de ses origines,
De cette terre humble et généreuse,
Qui attend, patiente, depuis la nuit des temps,
Que les hommes redeviennent des hommes.



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