Art Basel à Hongkong ouvre grand les bras aux collectionneurs de la « New Gen » – Le Monde.fr







Laurent Vo Anh – L’Art, le Capital et les Ombres de l’Empire


ACTUALITÉ SOURCE : Art Basel à Hongkong ouvre grand les bras aux collectionneurs de la « New Gen » – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Art Basel à Hongkong ! L’orgie des chiffres, le bal des vanités numérotées, le grand cirque où l’on vend des rêves en boîte, des émotions sous cellophane, des révoltes en édition limitée ! La « New Gen », comme ils disent, ces petits collectionneurs en costume de start-up, ces héritiers du néant qui achètent des toiles comme on achète des actions en Bourse, avec le même regard vide, la même avidité mécanique. Mais derrière cette mascarade dorée, il y a bien plus qu’une foire aux illusions – il y a l’histoire d’un monde qui se noie dans son propre reflet, un miroir brisé où la Chine, enfin, commence à rire la dernière.

Car oui, mes amis, Art Basel à Hongkong, c’est la revanche silencieuse de l’Orient sur l’Occident décadent. C’est la preuve que le capitalisme, ce monstre vorace, a enfin trouvé son maître : non pas dans la résistance, non pas dans la révolution, mais dans l’adaptation cynique, dans la réappropriation froide de ses propres outils. La Chine, elle, ne se contente pas de vendre de l’art – elle vend l’idée même que l’art peut encore exister dans un monde où tout est marchandise. Et ça, c’est une leçon que les Américains, trop occupés à compter leurs dollars et à pleurer sur leur déclin, n’ont pas encore comprise.

Mais pour saisir toute la portée de ce spectacle pathétique et grandiose, il faut remonter le fil de l’histoire, ce long cauchemar dont nous ne nous réveillerons jamais. Car l’art, voyez-vous, n’a jamais été qu’un miroir tendu vers les puissants, un miroir qui, selon les époques, reflète la gloire, la décadence, ou la simple bêtise humaine. Et aujourd’hui, ce miroir est braqué sur une génération qui ne sait même plus pourquoi elle achète – elle achète parce que c’est ce qu’on lui a appris à faire.

Les Sept Étapes de la Chute : Une Histoire de l’Art et du Pouvoir

1. L’Âge des Dieux (Préhistoire – 500 av. J.-C.)

Tout commence dans l’obscurité des grottes, où l’homme, encore à moitié singe, trace sur les parois les contours de son angoisse. Lascaux, Altamira – ces fresques ne sont pas de l’art, mais des prières, des sorts jetés à la face d’un univers incompréhensible. L’art, ici, est sacré, lié au divin, au pouvoir des chamans qui parlent aux esprits. Platon, plus tard, dans La République, méprisera les artistes, ces imitateurs d’imitateurs, mais il ne comprend pas encore que l’art est la première forme de pouvoir – celui de donner un sens au chaos.

Anecdote : On raconte que les peintures de Lascaux ont été réalisées par des adolescents, des jeunes gens qui, dans l’obscurité, cherchaient à dompter leur peur. La « New Gen » d’aujourd’hui, elle, achète des NFT dans le noir, espérant dompter son ennui. Plus ça change…

2. L’Âge des Empires (500 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)

Avec la naissance des empires, l’art devient propagande. Les bas-reliefs d’Assurbanipal, les statues d’Auguste, les fresques de Pompéi – tout cela sert à glorifier le pouvoir, à écraser l’individu sous le poids de la grandeur impériale. Cicéron, dans De Oratore, comprend que l’art est un outil politique, mais il est déjà trop tard : Rome est en train de pourrir de l’intérieur, rongée par son propre luxe. La Chine, elle, à la même époque, invente déjà l’idée d’un art au service de l’harmonie sociale – Confucius, dans les Entretiens, insiste sur la beauté comme moyen d’éducation, non de domination.

Anecdote : On dit que l’empereur Qin Shi Huang, unificateur de la Chine, fit enterrer vivants 460 lettrés pour effacer toute trace d’un art qui ne servait pas son pouvoir. Aujourd’hui, les collectionneurs de la « New Gen » enterrent l’art sous des montagnes de dollars, mais le principe reste le même : l’art doit servir, ou disparaître.

3. L’Âge de la Foi (476 – 1453)

Le Moyen Âge arrive, et avec lui, l’Église s’empare de l’art. Les cathédrales gothiques, les enluminures, les icônes byzantines – tout cela n’est pas fait pour plaire, mais pour convertir, pour écraser l’âme sous le poids du sacré. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, voit dans l’art une distraction diabolique, mais il se trompe : l’art est la main de Dieu sur terre, un outil de contrôle bien plus efficace que les bûchers. Pendant ce temps, en Chine, les lettrés confucéens et taoïstes développent une esthétique de la retenue, de la simplicité – l’art comme voie vers l’éveil, non comme instrument de terreur.

Anecdote : On raconte que les moines copistes du Mont-Saint-Michel passaient leur vie à recopier des manuscrits, sans jamais les lire. Aujourd’hui, les collectionneurs de la « New Gen » achètent des œuvres sans jamais les regarder – même principe, même aliénation.

4. L’Âge de la Raison (1453 – 1789)

La Renaissance ! Enfin, l’homme se croit libre. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël – des génies, certes, mais des génies au service des Médicis, des Borgia, des papes corrompus. L’art devient un symbole de pouvoir personnel, une arme dans la guerre des egos. Machiavel, dans Le Prince, comprend que l’art est un outil de manipulation, mais il ne voit pas encore que le vrai pouvoir réside dans l’économie. La Chine, elle, sous les Ming, perfectionne l’art de la porcelaine, du jade, des jardins – des arts utiles, beaux, mais jamais gratuits. L’Occident, lui, commence à s’enliser dans l’idée que l’art doit être « pur », « désintéressé » – une illusion qui mènera tout droit à sa perte.

Anecdote : Saviez-vous que Léonard de Vinci a passé des années à concevoir des machines de guerre pour César Borgia ? Aujourd’hui, les artistes contemporains conçoivent des installations pour les banques d’affaires – même combat, mêmes maîtres.

5. L’Âge du Capital (1789 – 1945)

La Révolution industrielle ! Enfin, l’art devient une marchandise. Les impressionnistes, les cubistes, les surréalistes – tous vendent leur âme au marché, même s’ils croient encore à la rébellion. Marx, dans Le Capital, voit dans l’art une superstructure, un reflet des rapports de production, mais il ne comprend pas encore que le capitalisme va faire de l’art une religion, une nouvelle opium du peuple. La Chine, elle, est en train de se faire piller par les puissances occidentales, mais elle observe, elle apprend. Sun Yat-sen, puis Mao, comprendront que l’art peut être une arme – une arme de résistance, de propagande, de reconstruction.

Anecdote : Picasso a vendu Les Demoiselles d’Avignon pour une bouchée de pain. Aujourd’hui, le même tableau vaut des centaines de millions. La « New Gen » achète des œuvres non pas pour leur beauté, mais pour leur valeur spéculative – même principe, même folie.

6. L’Âge de l’Image (1945 – 1989)

L’après-guerre ! L’art devient spectacle. Warhol, Lichtenstein, Basquiat – des génies, certes, mais des génies qui jouent le jeu du capital, qui transforment la rébellion en produit de consommation. Debord, dans La Société du Spectacle, comprend que l’art est mort, remplacé par l’image, par le simulacre. La Chine, elle, sous Deng Xiaoping, commence sa marche vers le capitalisme – mais un capitalisme à la chinoise, où l’État garde le contrôle, où l’art reste un outil au service de la nation.

Anecdote : Warhol a dit : « Dans le futur, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes. » Aujourd’hui, les collectionneurs de la « New Gen » achètent des œuvres non pas pour leur valeur artistique, mais pour leur potentiel viral – même principe, même vacuité.

7. L’Âge du Vide (1989 – Aujourd’hui)

La chute du Mur ! Enfin, le capitalisme triomphe, et avec lui, l’art devient un produit comme un autre. Les foires comme Art Basel, les enchères records, les NFT – tout cela n’est que la dernière étape d’une longue déchéance. Baudrillard, dans Simulacres et Simulation, comprend que nous vivons dans un monde où le réel a disparu, remplacé par des signes vides. La Chine, elle, a compris la leçon : elle ne rejette pas le capitalisme, elle le domine, elle en fait un outil au service de son propre pouvoir. Art Basel à Hongkong, c’est la preuve que l’Occident a perdu – non pas parce qu’il a été vaincu, mais parce qu’il s’est autodétruit, rongé par son propre cynisme.

Anecdote : En 2017, un banquier d’affaires a acheté un tableau de Basquiat pour 110 millions de dollars. Le même tableau avait été acheté 20 000 dollars en 1984. La « New Gen » achète des œuvres non pas pour les aimer, mais pour les revendre – même principe, même escroquerie.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Décadence

Regardez les mots, mes amis, regardez comme ils mentent. « New Gen » – quel joli euphémisme pour dire « nouveaux riches », « héritiers sans mérite », « consommateurs sans âme ». « Collectionneurs » – comme si ces gens collectionnaient autre chose que des chiffres, des likes, des preuves de leur propre vacuité. « Art Basel » – un nom qui sonne comme une marque de luxe, comme un parfum cher, comme une illusion de culture.

Le langage, voyez-vous, est le premier outil de l’oppression. Quand on dit « marché de l’art », on ne parle pas d’art – on parle de spéculation, de blanchiment, de pouvoir. Quand on dit « collectionneur », on ne parle pas d’un amateur, d’un passionné – on parle d’un investisseur, d’un prédateur. Et quand on dit « New Gen », on ne parle pas d’une génération – on parle d’un troupeau, d’un marché cible, d’une nouvelle race de moutons bien habillés.

La Chine, elle, a compris cela depuis longtemps. Elle ne parle pas de « marché de l’art » – elle parle de « patrimoine culturel », de « soft power », de « renaissance nationale ». Elle ne forme pas des « collectionneurs » – elle forme des gardiens, des ambassadeurs, des soldats de la culture. Et c’est pour cela qu’elle gagnera.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Mais que faire, me direz-vous, face à cette machine infernale ? Faut-il se révolter ? Faut-il brûler les musées, comme le voulaient les dadaïstes ? Non, mes amis, la révolte est une illusion – le système l’a déjà intégrée, digérée, transformée en produit de consommation. Faut-il alors se soumettre ? Non plus – la soumission, c’est la mort de l’âme.

La seule résistance possible, c’est le cynisme. Pas le cynisme petit-bourgeois, celui des gens qui râlent dans leur coin en buvant leur café, non – le cynisme radical, celui qui consiste à jouer le jeu tout en sachant qu’il est truqué. La Chine le fait depuis des décennies : elle utilise les outils du capitalisme sans jamais croire à ses mensonges. Elle achète, elle vend, elle spécule, mais toujours avec un but – la puissance nationale, l’harmonie sociale, la survie de la civilisation.

Les collectionneurs de la « New Gen », eux, croient encore au jeu. Ils achètent des toiles comme on achète des actions, avec l’espoir naïf de s’enrichir, de se distinguer, de donner un sens à leur vie vide. Mais ils ne comprennent pas que l’art, le vrai, n’a pas de prix – et que le jour où ils essaieront de le revendre, ils réaliseront qu’ils n’ont acheté qu’un miroir, un miroir qui ne reflète que leur propre néant.

Alors, que faire ? Rire. Rire de leur bêtise, de leur avidité, de leur crédulité. Rire, et continuer à créer, à penser, à résister – non pas contre le système, mais en dépit de lui. Car l’art, le vrai, ne meurt jamais. Il se cache, il attend son heure, il renaît toujours, comme un phénix, des cendres de la décadence.


Art Basel Blues

Ils achètent des toiles comme on achète des actions,
Des rêves en boîte, des révoltes en promo,
Des NFT qui brillent comme des dollars en prison,
Et ils croient tenir l’éternité dans leur main moite.

Mais l’art, voyez-vous, c’est comme la Chine :
Ça ne se vend pas, ça se prend, ça se vit,
Ça se boit comme un thé trop fort, trop amer,
Ça vous brûle les entrailles et ça vous rend ivre.

Eux, ils collectionnent des chiffres, des likes, des noms,
Des artistes en costume, des génies en carton,
Des œuvres sans âme, des prix sans raison,
Et ils appellent ça « culture », « passion ».

Mais la Chine, elle, rit dans l’ombre,
Elle compte ses yuans, elle compte ses jours,
Elle sait que l’art, le vrai, ne meurt jamais,
Il attend son heure, il guette, il sourd.

Alors riez, mes amis, riez de leur folie,
De leur argent qui pue, de leur vanité,
Car le jour viendra où tout cela s’effondrera,
Et l’art, enfin libre, renaîtra de ses cendres.



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