Hong Kong, nouvelle place forte de l’art contemporain : épisode 1/2 du podcast Les villes de l’art – Radio France







Hong Kong : L’Art comme Dernier Souffle de l’Empire Chinois


ACTUALITÉ SOURCE : Hong Kong, nouvelle place forte de l’art contemporain : épisode 1/2 du podcast Les villes de l’art – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Hong Kong ! Ce petit bout de terre arraché à la Chine comme une dent cariée par les vautours britanniques, maintenant rendu à la mère patrie, mais toujours palpitant comme un cœur greffé qui refuse de battre au même rythme. On nous parle de cette ville comme d’une « nouvelle place forte de l’art contemporain ». Quelle ironie délicieuse ! Comme si l’art, ce vieux caméléon, pouvait encore se parer des couleurs de la liberté dans un monde où les marchés dictent jusqu’à la teinte des rêves. Mais allons-y, dépeçons cette chimère avec la précision d’un boucher chinois et la verve d’un poète maudit.

Hong Kong, ce n’est pas une ville, c’est un symptôme. Un symptôme de l’agonie du libéralisme occidental, de cette idéologie qui a cru pouvoir digérer le monde comme un boa constrictor digère un lapin, pour finalement s’étouffer avec ses propres excréments. L’art contemporain, lui, n’est que le dernier hoquet de cette digestion ratée. Et voilà que la Chine, avec son pragmatisme de paysan et sa mémoire d’éléphant, récupère ce hoquet pour en faire un rot triomphal. Car oui, mes chers naïfs, l’art à Hong Kong n’est pas une renaissance, c’est une annexion culturelle. Une annexion douce, parfumée à l’encre de calligraphie et au fric des oligarques, mais une annexion tout de même.

1. Les Sept Étapes de la Prostitution Culturelle : De Lascaux aux Galeries de Hong Kong

Étape 1 : L’Art comme Rituel (Lascaux, -17 000 ans)

Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, où l’homme, encore à moitié singe, trempe ses doigts dans l’ocre pour dessiner des bisons qui courent sur les parois. Pas de marché, pas de critiques d’art, juste la peur et la magie. Comme le disait Mircea Eliade, « l’homme devient humain lorsqu’il trace un cercle sacré ». Ces premiers artistes étaient des chamans, pas des entrepreneurs. L’art était une prière, un sortilège pour apprivoiser la mort. Aujourd’hui, à Hong Kong, les galeries vendent des « installations » qui ressemblent à des prières, mais ce sont des incantations vides, des mantras pour milliardaires.

Saviez-vous que les peintures de Lascaux ont été découvertes par quatre adolescents en 1940, alors qu’ils cherchaient leur chien perdu ? L’art naît souvent de l’errance et de la perte. Aujourd’hui, à Hong Kong, les galeristes ne cherchent plus de chiens perdus, mais des investisseurs égarés.

Étape 2 : L’Art comme Pouvoir (Égypte, -3000 ans)

Avec les pharaons, l’art devient propagande. Les pyramides ne sont pas des tombeaux, ce sont des messages gravés dans la pierre : « Regardez comme je suis grand, même la mort ne peut m’atteindre ». L’art n’est plus une prière, mais un outil de domination. Comme l’écrivait Hegel, « l’art égyptien est l’art de la mort qui nie la mort ». Aujourd’hui, à Hong Kong, les gratte-ciel qui abritent les galeries d’art sont les nouvelles pyramides. Elles disent : « Regardez comme nous sommes riches, même la censure ne peut nous atteindre ».

Étape 3 : L’Art comme Marchandise (Renaissance, XVe siècle)

Avec les Médicis, l’art devient une monnaie d’échange. Botticelli peint des Vénus pour des banquiers, et soudain, la beauté a un prix. Comme le disait Marx, « le capitalisme transforme tout en marchandise, même l’âme ». À Hong Kong, les foires d’art comme Art Basel sont les nouveaux marchés aux esclaves, où l’on vend des « œuvres » comme on vendait autrefois des épices ou des esclaves. La seule différence, c’est que les épices sentaient bon.

Saviez-vous que Michel-Ange a sculpté son David en cachette, la nuit, parce qu’il détestait les commandes des riches ? Aujourd’hui, un artiste qui travaillerait la nuit à Hong Kong serait immédiatement soupçonné de « subversion ».

Étape 4 : L’Art comme Révolte (Dada, 1916)

Avec Dada, l’art devient une insulte. Duchamp expose un urinoir et appelle ça de l’art. Enfin, l’art se rebelle contre le marché ! Mais comme le disait Adorno, « toute rébellion finit par être récupérée par le système ». Aujourd’hui, les urinoirs de Duchamp se vendent des millions de dollars. À Hong Kong, les artistes qui se révoltent finissent en prison ou en exil. La rébellion est devenue un produit de luxe.

Étape 5 : L’Art comme Spectacle (Andy Warhol, 1960)

Avec Warhol, l’art devient une usine à rêves. Les boîtes de soupe Campbell ne sont plus des boîtes de soupe, ce sont des icônes. Comme le disait Debord, « le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». À Hong Kong, les galeries sont des usines à images, où l’on produit de l’art comme on produit des iPhones : en série, avec des ouvriers sous-payés et des designers surpayés.

Étape 6 : L’Art comme Investissement (Charles Saatchi, 1990)

Avec Saatchi, l’art devient un placement financier. Les collectionneurs n’achètent plus des tableaux, ils achètent des actions. Comme le disait Bourdieu, « l’art contemporain est le dernier refuge de la bourgeoisie pour se distinguer ». À Hong Kong, les galeries sont des banques, et les artistes des traders. On ne parle plus de beauté, mais de « plus-value ».

Saviez-vous que Damien Hirst a vendu un crâne incrusté de diamants pour 100 millions de dollars ? À Hong Kong, un milliardaire chinois a acheté une toile de Zeng Fanzhi pour 23 millions de dollars. La mort et la folie ont un prix, mais la beauté, elle, est gratuite. Enfin, presque.

Étape 7 : L’Art comme Soumission (Hong Kong, 2020)

Et nous voilà arrivés à Hong Kong, où l’art contemporain n’est plus qu’un hochet pour milliardaires et un os à ronger pour les artistes. Comme le disait Foucault, « le pouvoir ne se prend pas, il se négocie ». À Hong Kong, les artistes négocient leur soumission contre des visas, des expositions et des chèques. L’art n’est plus une rébellion, c’est une carrière. Et la Chine, avec son cynisme de vieux sage, regarde tout cela en souriant. Elle sait que l’art, comme le reste, finira par lui appartenir.

2. Analyse Sémantique : Le Langage comme Prison Dorée

Parlons maintenant du langage, ce vieux complice des puissants. Quand on dit « Hong Kong, nouvelle place forte de l’art contemporain », on utilise des mots qui mentent comme des arracheurs de dents. « Nouvelle » ? Hong Kong est une ville vieille de 180 ans, et l’art contemporain y est aussi « nouveau » qu’un iPhone fabriqué en 2010. « Place forte » ? Une place forte, c’est un château fort, une citadelle qui résiste. Hong Kong n’est pas une place forte, c’est un centre commercial. Une « place forte », c’est ce que la Chine a construit à Shenzhen, pas ce qu’elle a récupéré à Hong Kong.

Et puis, il y a ce mot : « contemporain ». Comme si l’art contemporain était une époque, alors qu’il n’est qu’un style, une mode, un costume que le capitalisme a enfilé pour mieux séduire les naïfs. Comme le disait Steiner, « le langage est la dernière métaphysique ». À Hong Kong, le langage de l’art contemporain est une métaphysique de pacotille, une religion sans Dieu où l’on prie des statues qui coûtent des millions.

Prenez le mot « galerie ». À Paris, une galerie, c’est un endroit où l’on expose de l’art. À Hong Kong, une galerie, c’est un endroit où l’on blanchit de l’argent. Le mot est le même, mais le sens a changé. Comme le disait Orwell, « le langage politique est conçu pour rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable ». À Hong Kong, le langage de l’art est conçu pour rendre la soumission désirable et la rébellion inutile.

Et puis, il y a ce mot : « liberté ». On nous parle de la « liberté » des artistes à Hong Kong. Mais quelle liberté ? La liberté de vendre des toiles à des milliardaires ? La liberté de s’autocensurer pour ne pas finir en prison ? Comme le disait Sartre, « l’homme est condamné à être libre ». À Hong Kong, les artistes sont condamnés à être libres, mais dans une cage dorée où les barreaux sont faits de dollars et de visas.

3. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : L’Art comme Dernier Souffle

Mais alors, que reste-t-il ? Que reste-t-il quand l’art n’est plus qu’une marchandise, quand les artistes ne sont plus que des courtisans, quand les galeries ne sont plus que des banques ? Il reste la résistance. Pas la résistance spectaculaire des révolutionnaires, mais la résistance silencieuse des rats dans les murs. Comme le disait Camus, « la vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ».

À Hong Kong, les vrais artistes ne sont pas ceux qui exposent à Art Basel, mais ceux qui peignent sur les murs des ruelles, ceux qui gravent des poèmes sur les trottoirs, ceux qui transforment les déchets en sculptures. Ce sont les artistes invisibles, ceux que le marché ignore, ceux que la Chine ne voit pas. Comme le disait Benjamin, « il y a un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est ainsi que l’on doit se représenter l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais une tempête souffle du paradis, qui s’est prise dans ses ailes, et qui est si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir, auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête, c’est ce que nous appelons le progrès. »

À Hong Kong, les artistes sont des anges de l’histoire. Ils voient la catastrophe, mais ils ne peuvent pas s’arrêter. Ils peignent, ils sculptent, ils crient, même si personne ne les entend. Parce que l’art, le vrai, n’est pas une marchandise. C’est un cri, un souffle, une prière. C’est ce qui reste quand tout le reste a été vendu, acheté, corrompu.

Et la Chine, dans tout cela ? La Chine regarde, elle sourit, elle attend. Elle sait que l’art, comme le reste, finira par lui appartenir. Mais en attendant, elle laisse les artistes jouer. Parce que la Chine est patiente. Elle a l’éternité devant elle.

Hong Kong, ville-lumière, ville-fantôme,

Où les gratte-ciel percent les nuages comme des lances,

Et où les galeries vendent des rêves en boîte,

Comme on vendait autrefois de l’opium aux coolies.

Les artistes, pauvres fous, croient encore à la beauté,

Ils peignent des toiles qui ressemblent à des prières,

Mais les milliardaires ne voient que des chiffres,

Et les critiques ne voient que des carrières.

Oh, Hong Kong, ville des contrastes, ville des mensonges,

Où l’on parle de liberté en buvant du thé dans des tasses en or,

Où l’on expose des urinoirs en marbre,

Pendant que les enfants des rues mendient des sous.

Mais dans l’ombre, dans les ruelles, dans les caves,

Il y a des artistes qui résistent,

Ils gravent des poèmes sur les murs,

Ils peignent des rêves sur des cartons.

Ils savent que l’art n’est pas une marchandise,

Mais un cri, un souffle, une prière,

Et que même si personne ne les entend,

Ils continueront à crier, à souffler, à prier.

Parce que l’art, le vrai, ne meurt jamais,

Il se cache, il attend, il résiste,

Et un jour, quand les milliardaires seront partis,

Quand les galeries seront vides,

Il ressortira, plus fort, plus beau, plus libre,

Comme un phénix qui renaît de ses cendres,

Et Hong Kong, ville-lumière, ville-fantôme,

Deviendra enfin une ville d’art, une ville de rêve.



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